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Maladies tropicales négligées: informer pour guérir

Le discours prononcé par le Dr Michel Sidibé à Cotonou, lors de la remise des Awards du REMAPSEN, dépasse largement le cadre protocolaire d’une cérémonie honorifique.

Son intervention constitue un véritable acte politique, au sens noble du terme, interrogeant frontalement les responsabilités des États, des médias et de la société face aux maladies tropicales négligées (MTN). À travers une rhétorique maîtrisée, l’ancien directeur exécutif de l’ONUSIDA pose un diagnostic sévère : si ces maladies persistent, ce n’est pas seulement par manque de traitements, mais surtout par déficit d’attention, de visibilité et d’indignation collective.

En affirmant que « l’élimination commence par l’indignation », Michel Sidibé renverse l’approche technocratique classique de la santé publique. Il rappelle que les MTN sont d’abord des maladies de l’invisibilité sociale. Elles touchent des populations pauvres, rurales, marginalisées, dont la souffrance ne perturbe ni l’agenda politique ni les priorités médiatiques. Leur caractère « négligé » n’est donc pas accidentel : il est le produit d’un choix implicite, celui de tolérer certaines injustices sanitaires tant qu’elles restent hors champ.

Dans ce contexte, le rôle attribué aux journalistes par Michel Sidibé est central et profondément subversif. Le REMAPSEN n’est pas présenté comme un simple réseau professionnel, mais comme un acteur de transformation sociale. En éclairant ce qui est volontairement laissé dans l’ombre, les médias deviennent des producteurs de pression politique. Une maladie commence à reculer, non pas uniquement lorsqu’un médicament existe, mais lorsqu’elle devient un sujet de débat public, un enjeu national, une source d’embarras pour les décideurs.

L’analyse du discours met également en lumière une critique indirecte mais ferme des gouvernances africaines. Lorsque Michel Sidibé affirme qu’« un État qui craint ses journalistes affaiblit sa politique de santé », il pointe un paradoxe récurrent : les gouvernements proclament des engagements sanitaires ambitieux tout en redoutant la transparence. Or, sans confiance ni adhésion populaire, aucune stratégie de santé publique ne peut produire des résultats durables.

Enfin, le « Prix Michel Sidibé » apparaît comme un instrument symbolique puissant. Il ne récompense pas seulement l’excellence journalistique, mais consacre une posture, celle du courage éditorial. En ce sens, le message de Cotonou est clair : lutter contre les MTN, c’est aussi lutter contre l’indifférence organisée. Et dans cette bataille, la plume, le micro et la caméra deviennent des armes aussi décisives que les politiques sanitaires elles-mêmes.

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