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Pourquoi le cinquantenaire de la CEDEAO à Lomé a été annulé

Le très attendu sommet marquant les 50 ans de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), initialement prévu à Lomé en 2026, ne se tiendra finalement pas dans la capitale togolaise. L’annonce a été confirmée par plusieurs sources spécialisées ce vendredi, mettant fin à des mois de spéculations diplomatiques et de tensions sous-régionales.

La célébration du cinquantenaire de la CEDEAO devait être un moment historique pour l’organisation régionale, créée en 1975 pour renforcer l’intégration économique, politique et sociale des États membres. Mais loin d’être une fête unitaire, ce jubilé est devenu le reflet des fractures profondes qui traversent aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest.

Le report puis l’annulation de Lomé sont directement liés à un contexte politique tendu, tant à l’intérieur du Togo que dans l’espace CEDEAO au sens large.

Au Togo même, les derniers mois ont été marqués par une forte contestation sociopolitique. Des mouvements de jeunesse et des collectifs citoyens — notamment le Mouvement du 6 juin (M66) — ont organisé des manifestations massives contre des réformes constitutionnelles et des restrictions politiques. Ces mobilisations ont parfois dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, créant un climat d’instabilité difficile à ignorer pour une organisation qui appelle à la paix et à l’unité régionale.

Dans ce contexte sensible, organiser un sommet diplomatique de grande envergure dans la capitale togolaise aurait été perçu par certains comme un risque d’instrumentalisation politique plutôt qu’un moment de convergence régionale.

Au-delà du Togo, la CEDEAO traverse une crise existentielle majeure : trois de ses anciens membres — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — ont quitté l’organisation début 2025 pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), changeant radicalement l’équilibre politique de la sous-région.

Ce départ a ravivé un débat sur l’avenir même de l’organisation : certains États membres doutent de la capacité de la CEDEAO à répondre efficacement aux défis de sécurité, tandis que d’autres dénoncent l’influence de puissances étrangères ou l’absence d’une vision stratégique partagée.

Ces divisions internes ont rendu l’organisation d’un sommet de célébration encore plus complexe, car il conviendrait d’adresser les divergences politiques au lieu de simplement marquer une date symbolique.

L’annulation du sommet à Lomé est peut-être plus que le simple report d’un événement protocolaire. Elle symbolise une CEDEAO à la croisée des chemins, tiraillée entre son héritage institutionnel et les réalités géopolitiques actuelles.

Les critiques internes et externes soulignent que l’organisation doit d’abord relever les défis structurels — de sécurité, de cohésion et de légitimité démocratique — avant d’envisager de grandes célébrations. Dans un climat marqué par des tensions politiques, des fractures institutionnelles et l’émergence d’entités rivales comme l’AES, la commémoration d’un demi-siècle d’existence a perdu de sa substance festive.

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