RICAC, un carrefour créatif
La cérémonie des ART PLASTIC AWARDS 2026, tenue le 6 février à Lomé dans le cadre des Résidences internationales de créations artistiques et culturelles (RICAC) – ART TO GO, s’impose comme un tournant majeur pour les arts plastiques au Togo et, au-delà, pour la scène artistique africaine. En clôturant deux semaines d’intenses résidences placées sous le thème de la multipolarité, l’événement a confirmé le rôle stratégique de Lomé comme espace de création, de circulation des idées et de reconnaissance des talents du continent.
Bien plus qu’une simple cérémonie de remise de prix, ART TO GO s’affirme comme un outil structurant pour les artistes, notamment togolais, souvent confrontés à un manque d’infrastructures, de visibilité internationale et de cadres de formation spécialisés. En sélectionnant chaque année quatorze artistes, personnalités ou institutions, le programme crée un environnement propice à l’émergence, à la professionnalisation et à la mise en réseau des créateurs africains.
Pour les artistes togolais, les retombées sont multiples. D’abord en termes de visibilité : évoluer au sein d’une résidence internationale, exposer aux côtés de confrères venus d’autres pays africains et être vus par des curateurs, critiques et acteurs culturels constitue une opportunité rare. Ensuite en termes de montée en compétences : le travail collectif, les échanges esthétiques et les confrontations de pratiques permettent aux artistes locaux d’affiner leur langage plastique et de se positionner dans les débats artistiques contemporains.
L’édition 2026 a également mis en lumière la capacité des artistes togolais à dialoguer d’égal à égal avec leurs homologues africains. Les œuvres produites — tableaux et sculptures — puisent à la fois dans l’histoire du Togo, les valeurs de paix, de vivre-ensemble et de souveraineté, tout en s’inscrivant dans une réflexion globale sur un monde multipolaire. Cette articulation entre ancrage local et ouverture internationale est l’un des principaux acquis de la résidence.

La remise du Prix de la Renaissance Africaine à Julie Mehretu et Ibrahim Mahama a, elle aussi, un impact symbolique fort pour les artistes participants. En côtoyant des figures majeures de l’art contemporain mondial, les jeunes créateurs africains mesurent concrètement que des trajectoires internationales sont possibles à partir du continent. Ces parcours inspirants contribuent à briser le plafond de verre psychologique qui freine encore de nombreux talents africains.

Le choix de Tsévié comme espace de création et de réflexion renforce également les bénéfices à long terme de l’initiative. Présentée comme la source de la nation togolaise, la localité incarne l’ambition de voir naître la première école nationale des beaux-arts. Pour les artistes togolais, cette perspective représente un espoir structurant : celui d’un futur où la formation artistique de haut niveau pourra se faire sur place, réduisant l’exil forcé des talents.
Dans son discours de clôture, le directeur artistique Kokou Ekouagou a rappelé que la résidence ART TO GO est avant tout un laboratoire vivant, où les idées, les identités et les esthétiques se confrontent sans hiérarchie. Cette dynamique bénéficie particulièrement aux artistes africains, souvent cantonnés à des catégories figées sur les scènes internationales. Ici, ils construisent eux-mêmes leurs récits, en toute souveraineté.
La remise de 14 distinctions, incluant mentors panafricains, meilleurs espoirs, mécènes et acteurs institutionnels, renforce cette logique inclusive. Elle valorise non seulement les artistes confirmés, mais aussi les jeunes talents et les soutiens indispensables à l’écosystème culturel. Pour les créateurs togolais et africains, cette reconnaissance constitue un levier de crédibilité et d’accès à de nouvelles opportunités.
La présence de Natta N’Poh Labounamah, représentant du ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, et le soutien affiché de l’État togolais, envoient enfin un signal fort : celui d’une reconnaissance institutionnelle du rôle stratégique de l’art dans le développement culturel et social.
À travers les ART PLASTIC AWARDS 2026, Lomé s’impose ainsi comme un carrefour créatif africain, offrant aux artistes togolais et à leurs pairs du continent un espace d’expression, de reconnaissance et de projection vers l’avenir. Une dynamique porteuse, qui participe à la construction d’un écosystème artistique africain plus fort, plus visible et résolument tourné vers le monde.
