Étiquette : CEDEAO

  • Togo : des OSC réclament des sanctions après l’arrêt de la CEDEAO

    Togo : des OSC réclament des sanctions après l’arrêt de la CEDEAO

    Des organisations de la société civile africaine et togolaise sollicitent l’intervention des instances régionales et internationales, tandis que le gouvernement togolais rejette les conclusions de la Cour de justice de la CEDEAO.

    Quarante-trois organisations de la société civile (OSC) d’Afrique, du Togo et de la diaspora ont adressé une lettre ouverte à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à l’Union africaine (UA) et aux Nations unies pour demander des mesures à l’encontre des autorités togolaises. Cette démarche intervient à la suite de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO relatif à la réforme constitutionnelle adoptée au Togo en mars 2024.

    Les signataires estiment que cette décision judiciaire constitue une étape importante dans l’interprétation des textes régionaux en matière de gouvernance démocratique. Ils s’appuient notamment sur l’arrêt n° ECW/CCJ/JUD/01/26, dans lequel la juridiction communautaire a jugé que la réforme constitutionnelle est contraire aux principes consacrés par la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG).

    Selon les organisations, la réforme, qui instaure un régime parlementaire avec un président du Conseil exerçant l’essentiel du pouvoir exécutif, constitue un « changement anticonstitutionnel de gouvernement ». Elles soutiennent également que son adoption par une Assemblée nationale dont le mandat était arrivé à son terme, sans recours à un référendum, soulève des interrogations sur sa légitimité.

    Des mesures réclamées aux organisations régionales

    Dans leur lettre, les 43 organisations invitent la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations unies à traduire les conclusions de la Cour en actions concrètes. Elles demandent notamment la suspension du Togo des instances de la CEDEAO, la suspension de ses droits de participation au sein de l’Union africaine, ainsi que l’ouverture de procédures devant les juridictions compétentes contre les personnes qu’elles estiment impliquées dans ce qu’elles qualifient de changement anticonstitutionnel de gouvernement.

    Le collectif plaide également pour le réexamen de certaines missions diplomatiques confiées aux autorités togolaises et pour la désignation d’un Rapporteur spécial des Nations unies chargé du suivi de la situation des droits humains et de la gouvernance au Togo.

    Au-delà du cas togolais, les organisations proposent une révision du Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance afin d’y inscrire explicitement une limitation à deux mandats pour tous les détenteurs du pouvoir exécutif dans les États membres. Selon elles, une telle réforme renforcerait les mécanismes régionaux de prévention des changements anticonstitutionnels de gouvernement et consoliderait les objectifs de la Vision 2050 de la CEDEAO.

    Le gouvernement togolais rejette les conclusions de la Cour

    Les autorités togolaises contestent pour leur part les conclusions de la Cour de justice de la CEDEAO. Dans une déclaration publiée à la fin du mois de juillet 2026, le gouvernement a rejeté l’arrêt rendu le 29 janvier 2026, dont le contenu a été rendu public en juin, estimant que la juridiction communautaire ne dispose d’aucune compétence pour exercer un contrôle de constitutionnalité sur les lois internes ou sur le pouvoir constituant d’un État.

    Lomé soutient que la réforme constitutionnelle de mars 2024 relève exclusivement de la souveraineté nationale et de l’ordre constitutionnel interne. Le gouvernement affirme également que cette réforme instaure un régime parlementaire et ne saurait être assimilée à un changement anticonstitutionnel de gouvernement ni à une violation des engagements régionaux.

    Ce débat intervient dans un contexte où les interprétations de la décision de la Cour continuent d’alimenter les échanges entre les autorités togolaises, les organisations de la société civile et les institutions régionales sur les questions de gouvernance démocratique et de respect des textes communautaires.

  • Vincent Palokinam Pitché, le médecin togolais qui prend les rênes de la santé ouest-africaine

    Vincent Palokinam Pitché, le médecin togolais qui prend les rênes de la santé ouest-africaine

    Un parcours d’excellence désormais au service de toute la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest.

    La nomination du Professeur Vincent Palokinam Pitché à la direction générale de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) marque une nouvelle étape dans une carrière consacrée à la santé publique. En accédant à cette haute responsabilité régionale pour un mandat de quatre ans, le médecin togolais voit son expertise reconnue bien au-delà des frontières nationales. Cette désignation témoigne également de la confiance accordée par les États de la CEDEAO aux compétences togolaises.

    Du terrain à la gouvernance sanitaire régionale

    Médecin dermatologue et professeur à la Faculté des sciences de la santé de l’Université de Lomé, Vincent Pitché s’est imposé comme une figure de référence grâce à un parcours alliant recherche, innovation et engagement au service des populations. Ses initiatives de télédermatologie, développées avec le soutien de la Fondation Pierre Fabre, ont permis d’améliorer l’accès aux soins spécialisés dans plusieurs localités rurales et périurbaines.

    Depuis juillet 2012, il dirigeait le Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le Sida et les infections sexuellement transmissibles (CNLS-IST). Sous sa coordination, des avancées significatives ont été enregistrées dans la riposte au VIH, avec une prévalence nationale passée de 1,6 % en 2024 à 1,5 % en 2025. Au cours des deux dernières années, 189 425 personnes ont bénéficié d’un traitement antirétroviral.

    À la tête de l’OOAS, le Professeur Pitché devra désormais relever des défis d’envergure : renforcer les systèmes de santé des quinze États membres, améliorer la surveillance épidémiologique, prévenir les épidémies, mobiliser davantage de financements et accélérer l’intégration sanitaire régionale. Sa nomination consacre un parcours individuel remarquable tout en renforçant le rayonnement du Togo dans la gouvernance sanitaire de l’Afrique de l’Ouest.

  • Lomé au cœur du jeu sahélien

    Lomé au cœur du jeu sahélien

    Le Togo tente de redéfinir sa place dans l’architecture régionale à l’heure où les équilibres sécuritaires et politiques en Afrique de l’Ouest connaissent de profondes mutations.

    Dans un environnement où les équilibres sécuritaires et politiques en Afrique de l’Ouest connaissent de profondes mutations, le Togo tente de redéfinir sa place dans l’architecture régionale. La rencontre de haut niveau organisée à Lomé autour de la stratégie Sahel 2026–2028 s’inscrit dans cette dynamique d’adaptation face à un environnement en constante évolution.

    Sous l’égide du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, cette initiative traduit une volonté de positionnement stratégique. Le Togo, pays côtier, se retrouve de plus en plus concerné par des menaces longtemps circonscrites au Sahel. L’expansion des groupes armés vers les États du Golfe de Guinée a progressivement effacé les frontières traditionnelles entre zones de crise et espaces relativement stables.

    Dans ce contexte, la nouvelle stratégie togolaise apparaît comme une réponse à un double impératif : sécuritaire et diplomatique. Sur le plan sécuritaire, il s’agit de renforcer la résilience nationale tout en contribuant aux efforts collectifs de lutte contre le terrorisme. Sur le plan diplomatique, Lomé cherche à consolider son rôle d’interface entre les pays sahéliens et les États côtiers, dans un moment où les cadres classiques de coopération sont fragilisés.

    L’émergence de l’Alliance des États du Sahel illustre en effet les recompositions en cours. Cette nouvelle entité, portée par certains États sahéliens, redéfinit les alliances et les mécanismes de coopération sécuritaire. Face à ces changements, le Togo semble privilégier une approche inclusive, fondée sur le dialogue et la concertation avec une diversité d’acteurs, qu’ils soient étatiques, institutionnels ou issus de la société civile.

    La réunion de Lomé ne constitue donc pas seulement une présentation technique d’une stratégie nationale. Elle se veut également un espace de discussion sur les modalités d’une coopération renouvelée. En mettant autour de la même table des partenaires aux intérêts parfois divergents, le Togo tente de favoriser une convergence des approches face à des défis communs.

    Toutefois, la portée réelle de cette stratégie dépendra de sa mise en œuvre et de sa capacité à s’inscrire dans des dynamiques régionales cohérentes. Dans un environnement marqué par des tensions politiques, des transitions institutionnelles et des priorités sécuritaires parfois concurrentes, la coordination reste un défi majeur.

    En définitive, cette initiative positionne le Togo comme un acteur attentif aux évolutions régionales, cherchant à jouer un rôle de médiation et de passerelle. Reste à savoir si cette ambition pourra se traduire en résultats concrets dans une région où les équilibres demeurent fragiles et en constante recomposition.

  • Lomé décroche la direction future de l’Organisation ouest-africaine de la santé

    Lomé décroche la direction future de l’Organisation ouest-africaine de la santé

    La capitale togolaise a été désignée pour accueillir la future direction de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), a annoncé ce vendredi la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à l’issue de longues discussions entre États membres.

    Cet aboutissement intervient après des années de lobbying de la part des autorités togolaises, qui souhaitaient voir Lomé jouer un rôle central dans la coordination des politiques sanitaires en Afrique de l’Ouest. Le Togo avait déjà montré son engagement sur ces questions, en accueillant en 2025 des réunions régionales clés sur la santé publique, notamment une session de formation et d’harmonisation en épidémiologie organisée par l’OOAS.

    Le choix de Lomé s’inscrit dans un contexte où les États ouest-africains cherchent à renforcer leur coopération face à des défis sanitaires multiples, allant de la menace persistante de maladies endémiques comme la fièvre de Lassa à la nécessité d’une réponse coordonnée aux futures pandémies. Selon des diplomates impliqués dans les négociations, le Togo a convaincu ses pairs par sa politique proactive en matière de santé publique et par son rôle actif au sein des structures communautaires.

    Pour les autorités togolaises, cette victoire diplomatique est aussi un symbole de reconnaissance de l’investissement national dans le secteur. « Nous avons toujours soutenu l’intégration régionale dans tous ses aspects, et notamment dans celui de la santé, parce que la santé des citoyens est un capital pour le développement », a déclaré une source gouvernementale sous couvert d’anonymat. Lomé avait déjà été le théâtre de plusieurs initiatives sous-régionales visant à harmoniser les pratiques sanitaires et améliorer la surveillance des maladies transfrontalières.

    La future implantation de la direction de l’OOAS à Lomé devrait s’accompagner d’un renforcement des infrastructures et d’un accroissement des effectifs dédiés à la santé publique. Les autorités envisagent de mettre à niveau les installations existantes pour répondre aux exigences logistiques d’une agence régionale en pleine croissance. Elles ont également promis des cadres opérationnels robustes, en s’appuyant sur l’approche « Une seule santé » – favorisant une coopération multisectorielle entre santé humaine, animale et environnementale – déjà adoptée dans plusieurs pays de la région.

    Cette décision de la CEDEAO est perçue par plusieurs experts comme un signal fort pour le renforcement des mécanismes de santé collective en Afrique de l’Ouest, marquant un tournant dans la gouvernance régionale de la santé publique

  • Pourquoi le cinquantenaire de la CEDEAO à Lomé a été annulé

    Pourquoi le cinquantenaire de la CEDEAO à Lomé a été annulé

    Le très attendu sommet marquant les 50 ans de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), initialement prévu à Lomé en 2026, ne se tiendra finalement pas dans la capitale togolaise. L’annonce a été confirmée par plusieurs sources spécialisées ce vendredi, mettant fin à des mois de spéculations diplomatiques et de tensions sous-régionales.

    La célébration du cinquantenaire de la CEDEAO devait être un moment historique pour l’organisation régionale, créée en 1975 pour renforcer l’intégration économique, politique et sociale des États membres. Mais loin d’être une fête unitaire, ce jubilé est devenu le reflet des fractures profondes qui traversent aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest.

    Le report puis l’annulation de Lomé sont directement liés à un contexte politique tendu, tant à l’intérieur du Togo que dans l’espace CEDEAO au sens large.

    Au Togo même, les derniers mois ont été marqués par une forte contestation sociopolitique. Des mouvements de jeunesse et des collectifs citoyens — notamment le Mouvement du 6 juin (M66) — ont organisé des manifestations massives contre des réformes constitutionnelles et des restrictions politiques. Ces mobilisations ont parfois dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, créant un climat d’instabilité difficile à ignorer pour une organisation qui appelle à la paix et à l’unité régionale.

    Dans ce contexte sensible, organiser un sommet diplomatique de grande envergure dans la capitale togolaise aurait été perçu par certains comme un risque d’instrumentalisation politique plutôt qu’un moment de convergence régionale.

    Au-delà du Togo, la CEDEAO traverse une crise existentielle majeure : trois de ses anciens membres — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — ont quitté l’organisation début 2025 pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), changeant radicalement l’équilibre politique de la sous-région.

    Ce départ a ravivé un débat sur l’avenir même de l’organisation : certains États membres doutent de la capacité de la CEDEAO à répondre efficacement aux défis de sécurité, tandis que d’autres dénoncent l’influence de puissances étrangères ou l’absence d’une vision stratégique partagée.

    Ces divisions internes ont rendu l’organisation d’un sommet de célébration encore plus complexe, car il conviendrait d’adresser les divergences politiques au lieu de simplement marquer une date symbolique.

    L’annulation du sommet à Lomé est peut-être plus que le simple report d’un événement protocolaire. Elle symbolise une CEDEAO à la croisée des chemins, tiraillée entre son héritage institutionnel et les réalités géopolitiques actuelles.

    Les critiques internes et externes soulignent que l’organisation doit d’abord relever les défis structurels — de sécurité, de cohésion et de légitimité démocratique — avant d’envisager de grandes célébrations. Dans un climat marqué par des tensions politiques, des fractures institutionnelles et l’émergence d’entités rivales comme l’AES, la commémoration d’un demi-siècle d’existence a perdu de sa substance festive.

  • Cédéao: la part ghanéenne du gâchis !

    Cédéao: la part ghanéenne du gâchis !

    Savoir distinguer les putschistes aux idées claires, capables de porter leur patrie sur la rampe de la démocratie et du développement, des aventuriers qui s’emparent du pouvoir avant de commencer à improviser un avenir, pour eux, plutôt que pour leurs peuples…

    Dans la crise existentielle que vit la Cédéao avec sa gestion des putschs et des régimes qui en sont issus, un paramètre supplémentaire vient d’être introduit par John Dramani Mahama, président du Ghana : il appelle à une reconnaissance de l’Alliance des États du Sahel par la Cédéao. A-t-il quelque chance d’être entendu ?

    Dans cette communauté où certains chefs d’État ont une fâcheuse tendance à faire prévaloir leur agenda personnel sur les principes et objectifs communs, d’une manière ou d’une autre, il sera entendu. À quelques semaines de son demi-siècle d’existence, la Cédéao pouvait espérer mieux que cette confusion et cette cacophonie ! À la veille de sa tournée sahélienne, le dirigeant ghanéen avait reçu, à Abidjan, la bénédiction de son homologue ivoirien pour une ultime main tendue aux pays frères, visiblement dans l’impasse.

    Le président Ouattara s’attendait-il à ce que John Dramani Mahama, interlocuteur nouveau et théoriquement neutre, déploie plutôt une stratégie personnelle, dans le seul intérêt du Ghana ? Probablement pas ! Mais, comment oublier que cet homme a déjà perdu le pouvoir, pour ses contreperformances économiques, et la chute vertigineuse du cedi, la monnaie ghanéenne ! Comme si cette cour maladroite qu’il fait aux pays enclavés découlait d’une envie irrépressible de mieux réussir, cette fois, en économie…

    Faut-il croire le président du Ghana capable de sacrifier ainsi les règles et les principes de la Cédéao, dans l’intérêt de son seul pays ?

    Aujourd’hui, tous les dirigeants peuvent tout sacrifier à l’économie. Le tort de la Cédéao a été de brandir les menaces et de déclencher les sanctions contre les putschistes de l’hinterland, sans en avoir mesuré les conséquences pour leurs voisins côtiers. Exportateurs de matières premières, les États du Sahel sont surtout importateurs d’une multitude de produits arrivant par l’océan, et pesant lourd dans le chiffre d’affaires des installations portuaires du Golfe de Guinée. Tout comme la petite économie des centaines de localités traversées jusqu’aux frontières du Burkina, du Mali et du Niger, transitaires et transporteurs routiers des pays de transit en profitent. Tous risquaient gros et ont, partout, beaucoup perdu. Au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Bénin, au Nigeria. Seul le Togo a ramassé la mise dans cette crise de la gestion des putschs par la Cédéao qui aura, au moins, montré l’intérêt d’une communauté économique, l’utilité d’une union douanière.

    Pour le reste, sacrifier ses principes pour des gains économiques vous expose souvent au discrédit, sans même vous garantir les parts de marché convoitées.

    Est-ce à dire qu’il faut craindre des conséquences pour la Cédéao, et pour John Dramani Mahama lui-même ?

    En faisant passer les putschistes pour des victimes innocentes, le dirigeant ghanéen a passablement terni l’image déjà dégradée d’une Cédéao qui n’a fait qu’appliquer ses textes. Certes, elle n’a pas toujours montré le même zèle dans d’autres cas similaires. Mais, président d’une des démocraties les plus fiables d’Afrique, John Dramani Mahama ne pouvait s’autoriser cette apologie de fait, comme si la baïonnette pouvait se substituer au bulletin de vote ! Comme si cette épidémie de putschs n’affectait pas la crédibilité de cette communauté économique scrutée par les marchés financiers ! Cela est d’autant plus désastreux que ce qui se joue, ici, c’est aussi la signature des États. Y compris celle du Ghana, qui n’a pourtant plus connu de coup d’État depuis quarante-quatre ans. 

    Pour avoir, tour à tour, connu le pouvoir et l’opposition, alterné échecs et victoires par la seule volonté des électeurs, John Dramani Mahama n’avait pas le droit de se muer ainsi en chantre des putschistes. Et, même s’il devait en tomber amoureux, lui, qui doit ses premières responsabilités politiques à Jerry John Rawlings, devrait savoir distinguer les putschistes aux idées claires, capables de porter leur patrie sur la rampe de la démocratie et du développement, des aventuriers qui s’emparent du pouvoir avant de commencer à improviser un avenir, pour eux, plutôt que pour leurs peuples.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 15 mars sur RFI

  • Togo: un pas de plus vers une intégration à l’Alliance des États du Sahel ?

    Togo: un pas de plus vers une intégration à l’Alliance des États du Sahel ?

    Le Togo n’a jamais caché sa proximité avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, trois pays qui ont rompu avec la CEDEAO pour créer l’Alliance des États du Sahel. Après les dernières déclarations des autorités locales, le Togo fait-il un pas de plus vers l’Alliance des États du Sahel en envisageant intégrer l’organisation ? 

    Le ministre des Affaires étrangères du Togo revient à la charge. Après ses déclarations du début de l’année (sur la chaîne de télévision VoxAfrica, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de l’Intégration africaine du Togo réaffirmait en janvier la proximité de Lomé avec l’AES), Robert Dussey assure cette fois sur les réseaux sociaux que le Togo envisage d’adhérer à l’AES, l’Alliance des États du Sahel, l’organisation des trois putschistes galonnés : le Malien Assimi Goïta, le Burkinabè Ibrahim Traoré et le Nigérien Abdourahamane Tiani.

    À Lomé pour le moment on se veut très peu bavard après la déclaration du chef de la diplomatie togolaise, souligne notre correspondant régional, Serge Daniel. Injoignable pour le moment sur les réseaux sociaux, il justifie sa sortie : le Togo membre de l’AES pourrait devenir le port préféré pour l’économie des trois autres pays qui n’ont pas accès à la mer. Il y aurait donc un avantage économique pour le Togo à intégrer l’organisation régionale.

    Si cette intégration devient effective, elle peut se révéler être un joli coup politique au moment où la posture en vogue dans la sous-région est de défier l’ancienne puissance coloniale. Le Togo, face à l’offensive de charme du Ghana, prend de nouvelles initiatives, analyse de son côté un diplomate de la région qui ajoute : le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, n’a pas pu parler de possible intégration de son pays à l’Alliance des États du Sahel sans le feu vert du président du Togo.

    Source: Rfi

  • Théodore Holo: «Il y a un intérêt économique et politique pour le Togo d’intégrer l’AES»

    Théodore Holo: «Il y a un intérêt économique et politique pour le Togo d’intégrer l’AES»

    Le Togo va-t-il rejoindre l’AES, l’Alliance des États du Sahel, formée par le Mali, le Niger et le Burkina Faso ? « Ce n’est pas impossible », a déclaré jeudi dernier Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères, à la chaîne de télévision VoxAfrica. Pourquoi le régime du président Faure Gnassingbé caresse-t-il ce projet ? Est-ce pour des raisons politiques ou économiques ? Théodore Holo a été ministre béninois des Affaires étrangères. Il a présidé aussi la Cour constitutionnelle du Bénin. Il livre son analyse au micro de Christophe Boisbouvier.

    Êtes-vous surpris par l’éventuelle adhésion du Togo à l’AES (l’Alliance des États du Sahel) ?

    Vous savez que, pour le moment, étant donné que le port de Cotonou est fermé au commerce avec le Niger, le port de Lomé sert de solution de rechange. Et de ce point de vue, il y a un intérêt économique et peut-être même politique pour le Togo d’intégrer l’AES, puisqu’au niveau de la Cédéao, il y a des convergences politiques mettant l’accent sur la démocratie, convergences acceptées par la plupart des pays anglophones et quelques pays francophones. Le Togo n’en faisant pas partie, je pense que la souveraineté qui se manifeste dans les pays de l’AES se fonde sur le refus en réalité de cette convergence politique. Ce qui veut dire qu’il y a un intérêt économique et aussi un intérêt politique que le Togo intègre l’AES. Mais on attend la décision du président Faure Gnassingbé, comme l’a rappelé le ministre togolais des Affaires étrangères.

    Oui, Robert Dussey est prudent, il dit qu’il faudrait que ce projet soit validé par le président et par le Parlement. Il affirme aussi que l’Alliance des États du Sahel, c’est une coalition souverainiste et qu’il est donc logique que le Togo y adhère puisqu’il partage la même idéologie…

    Je constate que beaucoup de ces États, tout en rejetant la présence militaire française, initient une coopération militaire avec d’autres pays tels que la Russie. La souveraineté, c’est de défendre ses intérêts. Et je pense qu’au niveau de la Cédéao, il y a cette défense des intérêts avec la création de l’Eco. C’étaient les pays francophones qui essayaient de bloquer le processus qui doit reprendre, je crois, en 2027. Donc c’est un prétexte en réalité de dire que l’AES, ce sont les États qui se veulent souverainistes. Il y a d’autres pays qui sont aussi souverainistes, mais qui sont toujours au niveau de la Cédéao.

    Ce que sous-entend le ministre togolais, c’est que la Cédéao est instrumentalisée par la France. C’est ce que disent en tout cas les trois pays actuels de l’AES et qu’avec la Cédéao, il n’y a pas de vraie souveraineté…

    Je ne pense pas que le Nigeria ou le Ghana peuvent être considérés comme des laquais de la France. Être souverain, c’est prendre les décisions qui s’imposent en tenant compte des intérêts de son pays et non pas des intérêts de la classe gouvernante de mon point de vue. Je crois que quelqu’un comme Sankara était très souverainiste, mais n’a jamais décidé de quitter la Cédéao, ni l’Union africaine.

    Donc pour vous, la Cédéao n’est pas instrumentalisée par une puissance étrangère comme la France ?

    Je ne pense pas que la France, à elle seule, puisse imposer son point de vue. C’est peut-être un argument très facile pour justifier certaines positions. En tout cas, quand j’étais ministre des Affaires étrangères du Bénin dans les années 1990 et que nous discutions des questions de la Cédéao, je n’ai jamais eu l’impression que la France s’immisçait dans les activités que nous menions. Il y avait un leadership du Nigeria à l’époque, c’est vrai, mais il n’y avait pas une immixtion de mon point de vue de la France. Je ne pense pas que la situation ait évolué entre temps. Je voudrais rappeler que la limitation des mandats est un élément de convergence, au niveau de la Cédéao, qui fait blocage parce qu’il y a des pays comme le Togo qui s’étaient opposés à cette limitation des mandats. Alors quand on vient me dire que la Cédéao est instrumentalisée par la France, je trouve que c’est un argument très facile quand on ne veut pas accepter certaines exigences du point de vue de la démocratie ou du point de vue de l’alternance, du point de vue de la limitation des mandats. Et c’est sur la base de ce refus que des pays comme le Mali, comme le Burkina Faso se sont retirés aujourd’hui de la communauté.

    Voulez-vous dire qu’il y a une convergence entre les trois pays de l’AES et le Togo d’un point de vue idéologique ?

    C’est une évidence de mon point de vue, en tenant compte de ce que, aujourd’hui, dans ces pays, nous sommes dans des régimes où l’alternance n’est pas encore une évidence. Donc il y a cet élément de convergence idéologique qui peut expliquer cette proximité. Il y a aussi les intérêts économiques parce que le Togo, aussi, en tant qu’État souverain, défend ses intérêts.

    Sur le plan économique justement, depuis que la frontière Niger-Bénin est fermée, les marchandises à destination et en provenance du Niger ne passent plus par le port de Cotonou, mais par celui de Lomé. Avec une adhésion du Togo à l’AES, est-ce que cette route commerciale ne serait pas encore plus renforcée et validée ?

    Pour aller du Togo au Niger, il faut traverser non seulement le Togo, mais il faut aussi traverser le Burkina Faso. Vous savez qu’il y a des difficultés militaires en raison de l’insécurité qui y règne, ce qui fait que les commerçants se sentent un peu pénalisés. Et il y a des protestations à raison du renchérissement du coût des produits qui sont importés. Ce qui veut dire qu’il va falloir garantir la sécurité de ce corridor. Cela prendra du temps, mais si la volonté politique y est, ils y arriveront.

    Source : rfi.fr/afrique

  • Le Togo va-t-il rejoindre l’Alliance des États du Sahel, formée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger?

    Le Togo va-t-il rejoindre l’Alliance des États du Sahel, formée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger?

    « Ce n’est pas impossible », selon le ministre togolais des Affaires étrangères. Robert Dussey l’a dit jeudi dans un entretien accordé à la chaîne de télévision VoxAfrica, tout en précisant que la décision doit venir du président ou du Parlement. Le ministre estime que la population togolaise y est favorable. Contrairement à d’autres pays de la sous région, Lomé entretient de bonnes relations avec les pays sahéliens, et a plusieurs fois joué un rôle de médiateur.

    Le Togo n’a jamais caché ses relations avec les régimes militaires du Sahel. Dans son entretien avec VoxAfrica, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de l’Intégration africaine du Togo, Robert Dussey, réaffirme la proximité de Lomé avec l’AES, créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont tourné le dos à la Cédéao.

    “Pour moi, ce n’est pas impossible, mais c’est la décision du président de la République d’abord et c’est la décision également du Parlement togolais. Nous avons des institutions togolaises, nous avons la présidence de la République, nous allons vers la Ve République. Si le Parlement décide que le Togo doit rejoindre les pays de l’AES, pourquoi le Togo ne le ferait pas ? Je vais vous surprendre : demandez à la population togolaise si le Togo veut rentrer dans l’AES et vous verrez leur réponse. Ils vous diront oui”.

    Le Togo a joué un rôle de médiateur, à plusieurs reprises, entre la Cédéao et le Niger, suite au coup d’État de juillet 2023, ou entre le Mali et la Côte d’Ivoire, par exemple.

    En mai dernier, Lomé a aussi pris part à des exercices militaires conjoints avec les trois pays de l’Alliance des États du Sahel et le Tchad.

    Un rapprochement entre le Togo et les pays sahéliens enclavés pourrait bénéficier au port de Lomé que le Niger utilise déjà pour importer des marchandises, au détriment du port de Cotonou, puisque Niamey garde sa frontière avec le Bénin fermée.

    « Je ne vois pas le Togo quitter la Cédéao, je pense qu’il va jouer sur la multi-appartenance », estime Niagalé Bagayoko, en rappelant que Gnassingbé Eyadema faisait partie des fondateurs de l’organisation régionale. Pour la présidente du réseau africain pour le secteur de la sécurité, le Togo pourrait peser pour que la Cédéao se recentre sur l’économie, plutôt que sur les questions de démocratie.

    Source : rfi.fr/afrique

  • Editorial: Comme une alliance de parias…

    Editorial: Comme une alliance de parias…

    La campagne qui consiste à persuader certains Sahéliens du bonheur de vivre coupés de leur environnement naturel offre peu de chances de succès…

    Alors que la Cédéao tente de retenir le Burkina, le Mali et le Niger dans ses rangs, le chef de la junte au pouvoir à Niamey a rejeté, cette semaine, toute main tendue, insistant sur le caractère irréversible de leur décision. Est-ce à dire que les perdants, dans cette rupture, sont finalement ceux qui demeurent dans la communauté ?

    Il n’y aura pas de gagnants. Et les plus gros perdants seront bien les peuples des États qui claquent la porte. C’est, justement, parce que de telles décisions sont graves de conséquences qu’elles devraient demeurer le privilège de leaders ayant l’onction du suffrage universel, et pas de putschistes qui assimilent leur orgueil personnel à l’honneur de leur patrie. Entre ces États sahéliens et leurs voisins immédiats, l’interdépendance est telle que les considérations d’amour-propre ne devraient pas y prévaloir. On ne quitte pas une organisation, parce qu’elle vous applique les textes qui la fondent. Après tout, il y des règles dans toute communauté. Même la maffia a son code d’honneur, que l’on n’enfreint pas impunément !

    Certes, pour avoir trop souvent appliqué à la carte ses propres règles et principes,  la Cédéao s’était beaucoup discréditée aux yeux des populations, ces dernières années. Mais cette rupture est une diversion, qui rejaillira sur tous les citoyens de ces États et leur diaspora, importante dans la sous-région.

    Ces trois États disent dispenser de visa les ressortissants des pays de la Cédéao, libres d’entrer, de circuler, et même s’établir dans l’espace de leur confédération. N’est-ce pas une preuve de bonne volonté ?

    C’est surtout une manœuvre grotesque, qui trahit l’inconséquence de leur démarche. Pourquoi n’appliquent-ils donc pas ces exemptions à toute l’Afrique ? Une concession aussi ciblée vise surtout à quémander, par la force, une réciprocité. Ils anticipent la réprobation de leurs concitoyens, qui ne manqueront pas de leur reprocher cette rupture, lorsqu’elle commencera à leur compliquer singulièrement l’existence. Alors, plutôt que d’assumer leur méprise, ces dirigeants accuseront les voisins d’en vouloir à leurs peuples. Lorsque l’on se saisit arbitrairement du destin d’un peuple, la décence élémentaire commande de préserver ses intérêts réels, et cette décision n’est pas dans l’intérêt de ces peuples. Les discours rejetant tous leurs malheurs sur des “ennemis extérieurs”, des “traîtres internes” ou de soi-disant “renégats” ne suffiront pas à la justifier. Ils lasseront d’autant que ces militaires s’avèrent incapables d’améliorer la sécurité et les conditions de vie de leurs peuples.

    Plus de quatre ans après le renversement d’Ibrahim Boubacar Kéita, près de trois ans après le renversement de Roch Marc Christian Kaboré, et bientôt un an et demi après le coup d’État qui a renversé Mohamed Bazoum, ni les Maliens ni les Burkinabè et encore moins les Nigériens ne vous diront qu’ils sont un peuple heureux, en sécurité, à l’abri des privations et de la vie chère. Les nouveaux riches en treillis que l’on voit parader dans les capitales ne sont pas le meilleur indicateur du bonheur de ces peuples. Ceux qui ont cru à ces coups d’État réalisent avoir fait un mauvais calcul, qui ne fera qu’empirer après la rupture avec la Cédéao.

    Et pourtant, la Cédéao, vous l’avez souvent dit ici, est discréditée…

    Sans aucun doute. Et, pour espérer redorer un blason durablement terni, elle devra se réinventer. Mais, hormis le fait géographique, le seul dénominateur commun entre ces trois pays enclavés est d’être dirigés par des putschistes. Un peu comme une alliance de… parias ! Elle aurait été plus crédible, si elle émanait de dirigeants dûment élus.

    Et puis, lorsque Rawlings prenait le pouvoir au Ghana, en 1979 puis en 1981, ses concitoyens avaient une idée claire de ce qu’il pensait, et ce dont il rêvait pour son peuple. Sankara, en 1983, avait un discours d’autant plus clair qu’il n’était emprunté à personne. Mais, ici, on se demande quelle peut bien être la vision des putschistes d’aujourd’hui. L’on n’entend que des tâtonnements dans leurs discours, truffés d’extraits picorés chez Rawlings, Sankara, ou même Sékou Touré. Et c’est bien insuffisant, pour des peuples qui ont déjà donné, et que l’on voudrait, à présent, persuader du bonheur de vivre coupés de leur environnement naturel.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 21 décembre 2024

Radio Renouveau228

Ceci fermera dans 0 secondes