Dans une thèse de doctorat en géographie, Anani Kokou Kpomegbe met en évidence les conséquences environnementales et socio-économiques de l’exploitation du bois-énergie dans l’Est Maritime du Togo.
L’exploitation du bois-énergie nourrit des ménages, génère des revenus et participe à l’économie locale. Mais derrière ces retombées se dessine une réalité préoccupante : la dégradation progressive du couvert végétal et ses conséquences sur la biodiversité et la santé humaine. C’est le constat majeur de la recherche menée par Anani Kokou Kpomegbe, présentée le 16 octobre 2026 dans le cadre de sa soutenance de thèse de doctorat unique en géographie, spécialité biogéographie, à l’Université de Lomé.

Cadre du parti politique Union des forces de changement (UFC) et ancien député, le chercheur s’est intéressé aux « Impacts écologiques et socio-économiques de l’exploitation du bois énergie dans l’Est Maritime du Togo ». Sous la direction d’Ama-Edi Kouya, maître de conférences à l’Université de Lomé, cette étude examine les pratiques de production et de consommation de cette ressource, ainsi que leurs répercussions sur les écosystèmes et les conditions de vie des populations.

Une pression croissante sur les formations végétales
Pour parvenir à ses conclusions, Anani Kokou Kpomegbe a combiné recherches documentaires, enquêtes de terrain, inventaires floristiques et forestiers, entretiens socio-économiques et analyse de l’évolution de l’occupation des sols. Les investigations ont notamment permis de recenser 38 localités à forte production de bois-énergie réparties dans quatre préfectures : les Lacs, Vo, Yoto et Bas-Mono.
L’étude distingue quatre modes de production : la concession individuelle, la concession collective, l’exploitation par héritage individuel et la production individuelle frauduleuse. Les prélèvements reposent aussi bien sur l’abattage d’arbres vivants que sur le ramassage de bois mort, selon les pratiques et les circuits d’approvisionnement.
Les données relatives à l’évolution du paysage sont particulièrement révélatrices. Entre 1988 et 2023, les superficies forestières sont passées de 80 224,88 à 49 888,56 hectares, soit une diminution d’environ 38 %. Les savanes ont également reculé, passant de 135 387,13 à 84 224,59 hectares. Dans le même temps, les champs et les jachères ont progressé de 29 183,96 à 91 946,09 hectares.

Cette transformation traduit une régression des formations végétales au profit d’espaces davantage marqués par les activités humaines. Si l’exploitation du bois-énergie constitue un facteur de pression, les chiffres présentés décrivent une dynamique globale d’occupation des sols et ne permettent pas, à eux seuls, d’attribuer l’ensemble des changements à cette seule activité.
Sur le plan de la biodiversité, les inventaires ont identifié 116 espèces végétales appartenant à 98 genres et 39 familles. Les Fabaceae arrivent en tête avec 25 espèces, devant les Rubiaceae et les Moraceae, qui en comptent chacune six. Cette richesse floristique subit les effets des prélèvements et de la transformation des habitats naturels.
Des revenus indispensables, mais un coût sanitaire et environnemental
L’intérêt de cette recherche réside également dans la mise en lumière du rôle économique du bois-énergie. Pour de nombreux ménages, cette activité constitue une source de revenus qui contribue directement à la satisfaction des besoins essentiels. Selon les résultats présentés, 98 % des personnes enquêtées citent l’habillement parmi les dépenses couvertes, 79 % la construction des maisons et 68 % la scolarisation des enfants. La santé, l’alimentation et les dépenses liées au mariage figurent également parmi les postes financés.
La filière contribue, par ailleurs, aux recettes des communes à travers les taxes locales. Ces retombées expliquent pourquoi l’exploitation du bois-énergie demeure une activité importante pour les populations concernées, malgré ses conséquences écologiques.

Cependant, les bénéfices économiques ne doivent pas occulter les risques sanitaires. Les enquêtes auprès des producteurs font état de problèmes tels que la fatigue, les courbatures, les blessures et les brûlures. L’utilisation domestique du bois et du charbon expose également les populations aux fumées, dont les effets dépendent notamment des conditions de combustion et de ventilation.
Face à ces constats, Anani Kokou Kpomegbe préconise une gestion plus durable de la ressource. Le reboisement, la protection des formations végétales, la promotion des foyers améliorés et le développement des énergies alternatives figurent parmi les pistes à privilégier.
L’enjeu est de concilier les besoins énergétiques des ménages avec la préservation des écosystèmes. Car, dans l’Est Maritime, le bois-énergie demeure à la fois une ressource économique vitale et une source de pression sur l’environnement. La durabilité de cette filière dépendra de la capacité des acteurs publics et des communautés à organiser son exploitation sans compromettre le patrimoine végétal dont dépend une partie de leurs moyens de subsistance.

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