Étiquette : Gabon

  • Trois ans après le putsch : le général est devenu président, mais la rupture est-elle réelle ?

    Trois ans après le putsch : le général est devenu président, mais la rupture est-elle réelle ?

    Trois ans après la chute d’Ali Bongo, le général Brice Clotaire Oligui Nguema célèbre un pouvoir né d’un coup d’État et désormais légitimé par les urnes. Entre promesses de rupture, réformes institutionnelles et défis économiques, l’heure du premier véritable bilan a sonné.

    Le 30 août 2023 devait être une rupture. Ce jour-là, au lendemain d’une élection présidentielle contestée, des militaires annonçaient la fin du régime d’Ali Bongo Ondimba et la dissolution des institutions. À la tête de cette prise de pouvoir, le général Brice Clotaire Oligui Nguema devenait quelques jours plus tard président de la Transition.

    Trois ans plus tard, le Gabon ne parle plus seulement de « coup d’État ». Le pouvoir préfère désormais évoquer une « libération ». Depuis 2024, le 30 août est ainsi célébré comme la Fête de la Libération. Pour cette troisième édition, les cérémonies officielles se tiennent à Makokou, dans la province de l’Ogooué-Ivindo, avec notamment une parade militaire.

    Du putsch à la présidence

    La trajectoire d’Oligui Nguema est singulière. Chef de la Garde républicaine sous Ali Bongo et issu du sérail, il devient l’homme fort du pays après avoir participé au renversement d’un système politique dominé par la famille Bongo depuis plus d’un demi-siècle.

    Le pari du général était alors de transformer la rupture militaire en refondation politique. La Transition a notamment conduit à l’adoption d’une nouvelle Constitution et à la préparation d’un nouveau cadre électoral. En avril 2025, Oligui Nguema franchit une étape décisive en remportant l’élection présidentielle avec un score très largement majoritaire, avant d’être investi président de la République le 3 mai 2025.

    Le pouvoir militaire de 2023 est donc devenu un pouvoir constitutionnel. Mais cette transformation ne suffit pas à clore le débat sur la rupture du 30 août. Elle place surtout Oligui Nguema devant une nouvelle exigence : démontrer que le changement de régime a produit une amélioration durable de la gouvernance et des conditions de vie.

    Le temps du bilan

    Dans son discours du 29 août 2026, à la veille de la Fête de la Libération, le chef de l’État a défendu les réformes engagées depuis le putsch. Il a notamment mis en avant la nouvelle Constitution, le nouveau code électoral et la loi sur les partis politiques. Son message : le 30 août 2023 aurait ouvert au Gabon une nouvelle séquence politique.

    Sur le terrain, le gouvernement met également en avant les investissements dans les infrastructures, la santé, l’éducation et la modernisation de l’administration. Dans son bilan de première année de mandat, la présidence souligne notamment la réhabilitation de routes, la construction d’établissements scolaires et sanitaires ainsi que différents projets structurants.

    Mais les attentes restent considérables. Avant le renversement d’Ali Bongo, le Gabon disposait d’importantes ressources pétrolières, minières et forestières tout en étant confronté au chômage, aux insuffisances des services publics, aux difficultés d’accès à l’électricité et à l’état préoccupant de certaines infrastructures.

    Trois ans après le 30 août 2023, la question n’est donc plus seulement de savoir si Oligui Nguema a réussi à renverser l’ancien système. Il faut désormais mesurer ce qu’il a construit à sa place.

    Le général putschiste devenu président élu dispose encore d’un capital politique important. Mais le temps de la justification par la rupture est terminé. Celui des résultats commence véritablement.

    Le 30 août 2023 avait promis une « libération ». Le défi d’Oligui Nguema est désormais de convaincre que cette libération peut se traduire par davantage de démocratie, de prospérité et de justice sociale pour les Gabonais.

  • Affaire des « biens mal acquis » : le clan Bongo plus que jamais dans le viseur de la justice française

    Affaire des « biens mal acquis » : le clan Bongo plus que jamais dans le viseur de la justice française

    Le Parquet national financier français franchit une nouvelle étape dans le volet gabonais de l’affaire des « biens mal acquis » en réclamant un procès contre 18 personnes, dont neuf enfants de l’ancien président Omar Bongo, ainsi que cinq sociétés.

    L’affaire des « biens mal acquis » connaît un nouveau rebondissement. Le Parquet national financier (PNF) a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel de 18 personnes physiques et de cinq sociétés dans le cadre de l’enquête portant sur un patrimoine immobilier estimé à près de 85 millions d’euros, que la justice française soupçonne d’avoir été constitué grâce à des fonds publics détournés. Parmi les personnes visées figurent plusieurs membres de la famille de l’ancien président gabonais Omar Bongo, dont le régime a dirigé le Gabon de 1967 à 2023. Le juge d’instruction doit désormais décider s’il suit ou non ces réquisitions et ouvre un procès.

    Une affaire emblématique de la lutte contre la corruption

    Cette procédure, ouverte à la suite de plaintes déposées par des organisations de lutte contre la corruption, est devenue l’un des dossiers les plus emblématiques des poursuites engagées en France contre des patrimoines soupçonnés d’avoir été financés par des détournements de fonds publics. Les personnes mises en cause contestent les accusations et dénoncent une procédure à caractère politique, tandis que la justice poursuit ses investigations dans le respect de la présomption d’innocence.

    Au-delà du cas gabonais, cette affaire relance un débat récurrent sur la gouvernance en Afrique. Depuis plusieurs décennies, des enquêtes judiciaires, des rapports d’organisations internationales et des investigations journalistiques ont mis en lumière, dans différents pays, des situations où des dirigeants ou leurs entourages ont été accusés d’avoir confondu les ressources de l’État avec leurs intérêts privés. Lorsque de telles pratiques sont établies par la justice, elles se traduisent par un enrichissement personnel au détriment des finances publiques, privant les populations de ressources essentielles pour l’éducation, la santé, les infrastructures ou encore l’emploi.

    Un enjeu de crédibilité pour les États africains

    L’affaire Bongo rappelle que la lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics demeure un défi majeur pour de nombreux États. Si les poursuites engagées à l’étranger constituent un signal fort, elles soulignent également l’importance de renforcer les mécanismes nationaux de contrôle, de transparence et de reddition des comptes.

    Pour de nombreux observateurs, la crédibilité des institutions repose sur une gestion rigoureuse des ressources publiques. Les deniers de l’État ne sauraient être assimilés à un patrimoine familial ou personnel. Leur vocation est de financer les politiques publiques et d’améliorer les conditions de vie des citoyens. L’issue de cette procédure sera donc suivie de près, tant au Gabon qu’au-delà, comme un nouveau test de la capacité de la justice à lutter contre l’impunité financière.

  • Au Gabon, un an d’Oligui Nguema entre relance visible et zones d’ombre persistantes

    Au Gabon, un an d’Oligui Nguema entre relance visible et zones d’ombre persistantes

    Un an après son arrivée au pouvoir, le président Brice Clotaire Oligui Nguema affiche un bilan contrasté, où les ambitions de refondation de l’État se heurtent encore à des limites structurelles et à des attentes sociales élevées.

    Entre promesses de refondation et réalités socio-économiques, ce premier anniversaire du président Oligui Nguema apparaît ainsi comme une étape charnière, où le pays oscille encore entre espoir de renouveau et exigences de résultats concrets.

    Sur le plan positif, son action est marquée par une volonté affichée de restaurer la crédibilité des institutions. La transition a permis une reprise en main de l’administration publique, avec plusieurs audits et annonces de lutte contre la corruption. Le gouvernement met également en avant des efforts de relance des chantiers d’infrastructures, notamment dans les routes, le logement et certains services publics longtemps dégradés.

    Sur le plan social, des initiatives en faveur de l’emploi des jeunes et de l’amélioration de l’accès aux services de base ont été lancées, donnant l’image d’un exécutif actif et volontaire.

    Cependant, plusieurs points faibles sont relevés par des observateurs. L’économie reste fortement dépendante du pétrole, malgré les discours sur la diversification. Les résultats concrets des réformes structurelles tardent à se faire sentir dans le quotidien des Gabonais, notamment face au chômage et au coût de la vie. En politique, des interrogations persistent sur la profondeur des réformes démocratiques, certains estimant que les mécanismes de participation et de contre-pouvoir restent encore limités dans le contexte de transition.

    Enfin, la communication gouvernementale, jugée très centrée sur les annonces, contraste parfois avec la lenteur d’exécution sur le terrain.

    Entre volonté de rupture et réalités contraintes, ce premier anniversaire du président Oligui Nguema met en lumière un défi central, celui de transformer l’élan politique initial en résultats durables et visibles pour les Gabonais.

  • Au Gabon, pourquoi le procureur vedette Eddy Minang a été suspendu

    Au Gabon, pourquoi le procureur vedette Eddy Minang a été suspendu

    De figure incontournable du procès Bongo à magistrat écarté de ses fonctions, Eddy Minang traverse la plus grave zone de turbulence de sa carrière. Sa suspension provisoire révèle les tensions qui secouent aujourd’hui l’appareil judiciaire gabonais.

    Le 9 juin 2026, le ministre gabonais de la Justice a pris une décision spectaculaire en suspendant pour trois mois Eddy Minang, procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville. Cette mesure conservatoire intervient alors que le haut magistrat, devenu célèbre lors du très médiatique procès de Sylvia et Noureddin Bongo, fait face à de sérieuses accusations internes.

    Selon plusieurs médias gabonais, cette suspension est liée à des soupçons de malversations administratives, de dysfonctionnements dans la gestion de certaines procédures judiciaires et d’éventuelles interférences dans des dossiers sensibles. Les autorités ont ouvert des investigations afin de déterminer si le magistrat a outrepassé ses prérogatives ou influencé certaines décisions de justice.

    Cette affaire prend une dimension particulière en raison de la notoriété acquise par Eddy Minang ces derniers mois. Lors du procès historique visant l’ancienne première dame Sylvia Bongo et son fils Noureddin Bongo, il s’était imposé comme le visage de la fermeté judiciaire du nouveau Gabon post-Ali Bongo. Ses conférences de presse, son ton direct et ses prises de parole médiatisées lui avaient conféré une stature inhabituelle pour un magistrat.

    Cependant, cette forte exposition médiatique lui a également attiré des critiques. Certains observateurs lui reprochaient déjà une personnalisation excessive de la justice et une communication jugée parfois trop politique.

    La suspension ne constitue toutefois pas une sanction définitive. Juridiquement, il s’agit d’une mesure conservatoire destinée à permettre aux enquêteurs de travailler sans risque de pression ou d’entrave. À l’issue des trois mois, plusieurs scénarios restent envisageables : une réintégration, des poursuites disciplinaires, voire des procédures judiciaires si les faits reprochés sont établis.

    Au-delà du cas personnel d’Eddy Minang, cette affaire est un test majeur pour les nouvelles autorités gabonaises. Elles avaient promis une justice indépendante, transparente et irréprochable après la chute du régime Bongo. En suspendant l’un des magistrats les plus puissants du pays, le gouvernement envoie un message fort : aucun responsable ne doit être au-dessus des règles qu’il est chargé de faire respecter.

  • 17 ans après sa disparition : Omar Bongo, le parrain déchu de la Françafrique

    17 ans après sa disparition : Omar Bongo, le parrain déchu de la Françafrique

    Dix-sept ans après sa mort, Omar Bongo Ondimba demeure l’un des symboles les plus marquants de la Françafrique, un système dont il fut l’un des piliers avant d’en subir les désillusions jusqu’à ses derniers jours.

    Le 8 juin 2009 s’éteignait à Barcelone, en Espagne, Omar Bongo Ondimba, président du Gabon pendant plus de quarante ans. Dix-sept ans après sa disparition, son nom reste associé à une époque où les relations entre Paris et ses anciennes colonies africaines étaient façonnées par des réseaux d’influence, des intérêts économiques et des alliances politiques souvent opaques.

    Arrivé au pouvoir en 1967, Omar Bongo a dirigé le Gabon d’une main de fer tout en entretenant des relations privilégiées avec plusieurs présidents français. Pendant des décennies, il a été considéré comme l’un des principaux artisans et bénéficiaires de la Françafrique. Grâce à la richesse pétrolière du Gabon, il a joué un rôle de médiateur dans plusieurs crises africaines et s’est imposé comme un interlocuteur incontournable de Paris sur le continent.

    Mais les dernières années de sa vie ont été marquées par une détérioration progressive de ses rapports avec la France. Alors que son état de santé se dégradait, l’homme fort de Libreville aurait souhaité être pris en charge dans un établissement hospitalier français. Selon plusieurs observateurs et récits relayés à l’époque, cette possibilité lui aurait été refusée dans un contexte de tensions croissantes entre les autorités françaises et certains dirigeants africains.

    Contraint de chercher des soins ailleurs, Omar Bongo fut finalement hospitalisé à Barcelone, où il rendit son dernier souffle à l’âge de 73 ans. Une fin que nombre d’analystes ont interprétée comme une forme d’humiliation pour celui qui avait longtemps incarné l’alliance entre la France et ses alliés africains.

    Dix-sept ans plus tard, l’héritage d’Omar Bongo continue d’alimenter les débats sur la Françafrique et ses profondes contradictions.

  • Ali Bongo contre son propre camp

    Ali Bongo contre son propre camp

    Affaibli mais déterminé à reprendre le contrôle du Parti démocratique gabonais, Ali Bongo Ondimba relance la bataille politique depuis son exil, au risque de rallumer de profondes fractures au sein de l’ancien parti au pouvoir.

    Donné politiquement affaibli depuis le coup d’État du 30 août 2023 qui a mis fin à son règne, Ali Bongo Ondimba semble pourtant loin d’avoir renoncé à la bataille politique. Depuis son exil entre Londres et Paris, l’ancien chef de l’État multiplie les offensives juridiques et politiques pour reprendre le contrôle du Parti démocratique gabonais (PDG), l’ancien parti au pouvoir fondé par son père, Omar Bongo Ondimba.

    L’ex-président, renversé par les militaires dirigés par Brice Clotaire Oligui Nguema, conteste ouvertement la légitimité de la direction actuelle du PDG. Dans plusieurs correspondances adressées aux responsables du parti depuis Paris, il affirme demeurer le président légal de la formation politique et menace de saisir pleinement la justice pour faire annuler les décisions prises contre lui depuis 2024.

    Cette stratégie marque un tournant. Longtemps silencieux après sa chute, Ali Bongo adopte désormais une posture de chef d’opposition interne au sein même de l’appareil qu’il a dirigé pendant près de quinze ans. Ses proches dénoncent une “usurpation” de la direction du parti et accusent les nouveaux dirigeants d’avoir organisé sa mise à l’écart en profitant de son état de santé fragile.

    Victime d’un accident vasculaire cérébral en 2018, l’ancien président apparaît diminué physiquement et éprouve encore des difficultés à se déplacer et à s’exprimer. Mais malgré cette fragilité visible, il refuse manifestement de quitter définitivement la scène politique gabonaise. En mars dernier, il a même réaffirmé publiquement sa volonté de conserver les rênes du PDG, tout en assurant qu’il ne briguerait plus de mandat national.

    Ce retour annoncé risque toutefois de raviver les fractures déjà profondes au sein du parti. Depuis le renversement du régime Bongo, plusieurs cadres du PDG tentent de reconstruire une formation capable de survivre à la chute de son ancien leader historique. Certains responsables estiment désormais qu’un retour d’Ali Bongo compromettrait les efforts de repositionnement politique engagés depuis deux ans.

    En interne, la bataille s’annonce donc explosive. Entre les fidèles de l’ancien président et ceux qui souhaitent tourner définitivement la page du système Bongo, le PDG pourrait replonger dans une guerre de leadership aux conséquences imprévisibles. Et dans un Gabon en pleine recomposition politique, le retour au premier plan d’Ali Bongo pourrait rapidement redevenir un facteur majeur de tensions nationales.

  • Au Gabon, l’arrestation de Bilie-By-Nze ravive les tensions politiques

    Au Gabon, l’arrestation de Bilie-By-Nze ravive les tensions politiques

    L’interpellation de Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure majeure de l’opposition gabonaise, le 15 avril 2026 à Libreville, suscite de vives réactions au sein de la classe politique et de la société civile.

    Ancien Premier ministre sous Ali Bongo Ondimba, l’homme politique a été conduit dans les locaux de la Direction générale des recherches (DGR), où il a passé la nuit en garde à vue. Une arrestation dont les circonstances et le timing interrogent, dans un contexte politique déjà tendu.

    Interpellation rapide et ciblée

    Selon les informations confirmées par sa défense, Alain-Claude Bilie-By-Nze a été arrêté aux environs de 18 heures, près de son domicile, alors qu’il venait de monter seul dans son véhicule. Des agents des forces de défense, identifiés comme appartenant à la DGR, seraient sortis de deux voitures pour procéder à son interpellation. L’opération, rapide et visiblement coordonnée, a conduit l’ancien chef du gouvernement vers les locaux des renseignements militaires, communément appelés le « B2 ».

    Durant sa détention, l’opposant a pu recevoir la visite de son épouse dans la soirée. En revanche, son avocate, Gisèle Eyue Bekale, également connue pour défendre la famille Bongo, n’avait pas encore pu le rencontrer au moment des faits. Cette situation alimente les inquiétudes quant au respect des droits de la défense.

    Affaire ancienne remise sur la table

    Les raisons de cette arrestation remontent à une affaire vieille de plus de quinze ans. Selon les déclarations faites à son épouse, Alain-Claude Bilie-By-Nze serait soupçonné d’escroquerie dans le cadre de l’organisation de la 9e édition de la Fête des cultures à Libreville, en 2008.

    À l’époque, il occupait le poste de ministre délégué auprès du ministre des Transports et de l’Aviation civile, sous la présidence de Omar Bongo Ondimba. Proche de Paul Mba Abessole au sein du Rassemblement national des bûcherons (RNB), il dirigeait également le comité d’organisation de cet événement culturel.

    Certains prestataires avaient alors dénoncé des impayés, évalués à près de 5 millions de francs CFA. Une plainte a récemment été déposée par une ancienne militante du RNB, relançant cette affaire. Pourtant, selon la défense de l’ancien Premier ministre, les délais de prescription — trois ans pour les délits et dix ans pour les crimes — seraient largement dépassés, rendant juridiquement contestable toute poursuite.

    Climat politique sous tension

    Au-delà des faits judiciaires, cette arrestation s’inscrit dans un contexte politique particulièrement sensible au Gabon. Depuis le coup d’État du Coup d’État du 30 août 2023 au Gabon, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’est imposé comme l’un des principaux opposants au régime dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema.

    Arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle d’avril 2025 avec environ 3 % des suffrages, loin derrière le président de transition, il n’a cessé depuis de critiquer la gouvernance en place. Très actif sur les réseaux sociaux, il s’est notamment opposé aux nouvelles ordonnances et au Code de la nationalité, accusant le pouvoir de vouloir restreindre les libertés publiques et affaiblir l’opposition.

    Ses proches affirment d’ailleurs qu’il se sentait de plus en plus menacé ces dernières semaines. Cette perception renforce l’idée, au sein de son camp, que son arrestation pourrait être motivée par des considérations politiques plutôt que strictement judiciaires.

    Opposition vent debout

    La plateforme Ensemble pour le Gabon (EPG), qu’il dirige, a rapidement réagi en dénonçant une « atteinte grave à l’État de droit ». Dans un communiqué, elle accuse les autorités de chercher à « faire taire une voix critique majeure » à travers cette interpellation.

    Cette affaire relance ainsi le débat sur l’indépendance de la justice au Gabon et sur les conditions d’exercice de l’opposition dans un pays en transition politique. Pour de nombreux observateurs, la concomitance entre les prises de position critiques de Bilie-By-Nze et sa récente arrestation ne relève pas du hasard.

    Alors que le pays tente de redéfinir ses institutions après la chute du régime Bongo, cet épisode pourrait accentuer les tensions et fragiliser davantage le climat politique. L’évolution de cette affaire sera scrutée de près, tant au niveau national qu’international, comme un test de la crédibilité des engagements des autorités en matière d’État de droit et de respect des libertés fondamentales.

  • Au Gabon, un Togolais arrêté pour vente illégale d’électricité

    Au Gabon, un Togolais arrêté pour vente illégale d’électricité

    Un homme de nationalité togolaise a été arrêté en flagrant délit pour avoir vendu illégalement de l’électricité fournie par la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) dans la commune de Ntoum, à environ 40 km de Libreville.

    Selon les autorités gabonaises, le suspect, identifié comme Kokou Anassi, exploitait un réseau clandestin de distribution d’énergie électrique, connecté sans autorisation au réseau officiel de la SEEG. Il fournissait cette électricité à une vingtaine de ménages en échange d’un forfait mensuel compris entre 5 000 et 15 000 FCFA versé par chaque client.

    L’homme a été mis en garde à vue par la gendarmerie de Ntoum après avoir admis les faits lors de son interrogatoire. Il est le père de trois enfants et vivait avec une compagne gabonaise dans la zone où il opérait.

    Conséquences économiques et judiciaires

    La SEEG a rappelé que les branchement frauduleux et la revente illégale de courant causent de lourdes pertes financières à l’entreprise, fragilisent le réseau électrique et peuvent compromettre la sécurité des installations ainsi que des populations. Ces pratiques constituent une violation de la législation gabonaise sur l’énergie et peuvent entraîner des poursuites pénales.

    Ce type d’affaire s’inscrit dans un contexte où les pertes pour la SEEG dues à la fraude au réseau sont estimées à plusieurs milliards de francs CFA, avec de nombreux branchements non autorisés ou modifications illégales du système officiel de facturation.

    L’arrestation récente d’un ressortissant togolais impliqué dans la revente illégale d’électricité a remis sur le devant de la scène un phénomène bien plus vaste : la fraude énergétique au Gabon. Derrière ce fait divers se cache une réalité structurelle qui pèse lourdement sur l’économie nationale, fragilise le réseau électrique et pénalise, paradoxalement, les consommateurs réguliers.

  • Au Gabon, coupure des réseaux sociaux, Oligui Nguema sous pression

    Au Gabon, coupure des réseaux sociaux, Oligui Nguema sous pression

    Les autorités ont décidé de suspendre l’accès aux réseaux sociaux dans tout le pays, une mesure brutale qui illustre l’ampleur de la pression politique et sociale que connaît actuellement le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

    Cette décision, annoncée par la Haute Autorité de la Communication (HAC), intervient dans un contexte de mécontentement populaire croissant et de contestation sociale.

    Dans un communiqué lu à la télévision publique, la HAC a justifié cette suspension « jusqu’à nouvel ordre » en affirmant que certains contenus diffusés sur les plateformes numériques étaient susceptibles de provoquer des « dérives conflictogènes », de porter atteinte à la stabilité des institutions et de menacer la cohésion nationale. L’autorité de régulation a pointé du doigt la circulation de messages jugés diffamatoires, haineux ou insultants, ainsi que des informations considérées comme fausses ou non modérées.

    Cette coupure des réseaux sociaux intervient au moment où le pays est secoué par une vague de grèves et de mouvements sociaux, notamment chez les enseignants et certains employés publics, qui dénoncent des conditions de travail difficiles, des salaires jugés insuffisants et un manque de dialogue avec le gouvernement. Selon plusieurs sources, ces mouvements de protestation se sont étendus depuis janvier et février 2026, reflétant une montée du mécontentement populaire envers la gouvernance du chef de l’État.

    La décision de restreindre l’accès à ces plateformes numériques suscite de fortes critiques, surtout de la part des défenseurs de la liberté d’expression. Ces réseaux sont depuis longtemps l’un des principaux moyens pour les citoyens et les opposants de partager des informations, de s’organiser et de critiquer les politiques du gouvernement. Leur suspension risque d’isoler davantage la population et d’alimenter la colère contre l’exécutif gabonais.

    Si les autorités affirment vouloir préserver la paix sociale, beaucoup y voient une tentative de museler la contestation et de limiter l’accès à l’information en période de tensions. Cette mesure intervient à peine quelques mois après une année marquée par la fin de la période de transition et l’élection de Brice Clotaire Oligui Nguema à la présidence, avec des résultats largement contestés par certains partis et observateurs, malgré des chiffres officiels très favorables à l’actuel chef de l’État.

    Dans un climat où la liberté d’expression est déjà sous pression, cette suspension des réseaux sociaux est perçue par de nombreux analystes comme un signe supplémentaire des difficultés politiques et sociales auxquelles fait face le pouvoir gabonais. Elle pose également de sérieuses questions sur l’avenir de l’espace public numérique et sur la capacité du gouvernement à gérer les frustrations croissantes sans recourir à des restrictions drastiques.

  • Gabon : Bilie-By-Nze, l’inlassable critique d’Oligui Nguema

    Gabon : Bilie-By-Nze, l’inlassable critique d’Oligui Nguema

    Alain-Claude Bilie-By-Nze, président du parti Ensemble pour le Gabon (EPG), est aujourd’hui l’un des rares hommes politiques du pays à défier ouvertement Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République.

    La position de l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo, loin d’être conciliatrice, s’est affirmée au fil des mois en critique frontale (politique, juridique et morale) de la gestion du pouvoir, au point de faire de lui l’opposant numéro 1 au Gabon depuis l’élection de Brice Clotaire Oligui Nguema.

    De candidat présidentiel à principal opposant

    Lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2025, organisée pour clore près de deux ans de transition après le coup d’État d’août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema a obtenu plus de 90 % des voix, selon les résultats officiels.

    Face à cette victoire écrasante, Bilie-By-Nze n’a pas reconnu le résultat. Il a refusé de le féliciter publiquement. Pour lui, ce large score n’était pas la preuve d’une adhésion populaire réelle, mais plutôt le symptôme d’un processus électoral qu’il qualifie d’opaque et entaché de pratiques contestables.

    Dans une interview à RFI, l’ancien Premier ministre a même déclaré qu’il représentait aujourd’hui « l’alternative unique qu’il reste aux Gabonais face aux militaires », soulignant sa volonté de tenir tête à la nouvelle élite politique qui se construit autour d’Oligui Nguema.

    Une critique constante du pouvoir en place

    Contrairement à certains leaders politiques qui adoptent une posture plus modérée après une défaite électorale, Bilie-By-Nze a multiplié les critiques contre le gouvernement d’Oligui Nguema.

    Dans un entretien accordé à Jeune Afrique en août 2025, il a affirmé que l’exécutif avançait « sans cap ni boussole », et que la gouvernance actuelle ressemblait, selon lui, à une continuité du système Bongo, malgré les promesses de rupture faites après le coup d’État.

    Son attaque ne s’est pas limitée à des critiques générales. En effet, il a dénoncé la gouvernance concentrée entre les mains du président, la faible crédibilité du nouveau cadre constitutionnel et reproché au gouvernement de négliger les défis sociaux et économiques du pays, tels que la crise du système de santé, le manque d’enseignants ou encore la vie chère persistante.

    Plus récemment, dans une déclaration retentissante en octobre 2025, Bilie-By-Nze est allé jusqu’à qualifier les élections législatives de « fraude d’État » et de « défaite morale », prophétisant « l’orage politique » si la situation ne changeait pas.

    Une offensive médiatique sur la scène internationale

    Il y a quelques jours encore, Alain-Claude Bilie-By-Nze a rappelé qu’il n’entendait ni se taire ni se retirer du débat public. Sur plusieurs médias internationaux, l’ancien Premier ministre est monté au créneau pour livrer une charge sévère contre le régime de transition devenu pouvoir constitutionnel, dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema.

    Invité sur des antennes étrangères suivies bien au-delà des frontières gabonaises, Bilie-By-Nze a dénoncé ce qu’il qualifie de “confiscation du pouvoir par une minorité militaro-politique”, estimant que la transition promise comme une rupture s’est progressivement transformée en recomposition du système, sans réforme de fond. Selon lui, les promesses de gouvernance vertueuse, de justice sociale et de transparence électorale peinent à se traduire dans les faits.

    L’ancien chef du gouvernement a également mis en cause la concentration excessive du pouvoir exécutif, l’absence de contre-pouvoirs effectifs et le climat politique qu’il juge peu favorable à une opposition libre et équitable. Des propos qui, une fois encore, ont trouvé un écho particulier à l’international, où la situation gabonaise reste observée avec attention depuis le coup d’État d’août 2023.

    En choisissant de s’exprimer hors des médias nationaux, Bilie-By-Nze assume une stratégie claire, celle d’internationaliser le débat gabonais. Une démarche qui vise autant à alerter les partenaires étrangers du Gabon qu’à renforcer son statut de principal contradicteur du pouvoir en place. Cette exposition médiatique renforce son image d’homme politique qui refuse toute compromission et confirme qu’il ne compte pas laisser au régime le monopole du récit politique.

    Pour le camp présidentiel, ces sorties répétées sont perçues comme une tentative de fragilisation de l’image du pays à l’extérieur. Pour ses partisans, elles constituent au contraire un acte de résistance politique, dans un contexte où l’espace d’expression interne serait, selon eux, de plus en plus restreint.

    Controverses institutionnelles et confrontation juridique

    Au-delà des critiques politiques, Bilie-By-Nze a également contesté la légalité même de certaines décisions de l’État.

    Avant l’élection présidentielle, il avait dénoncé un vice de procédure concernant la mise à disposition du général Oligui Nguema, estimant que la nomination du chef de la Transition ne respectait pas le cadre juridique prévu, ce qui illustrait, selon lui, un « coup d’État permanent ».

    Par la suite, lors des contestations préélectorales de 2025, il a renvoyé Oligui Nguema à ses responsabilités constitutionnelles, notamment sur la gestion des listes électorales, qu’il jugeait entachées d’irrégularités.

    Ces confrontations montrent que son opposition n’est pas seulement politique, mais aussi institutionnelle – visant à remettre en cause, pas à pas, la légitimité et la conformité des actions du pouvoir en place.

    Malgré son franc-parler, Bilie-By-Nze a aussi tenté à plusieurs reprises de nuancer son positionnement. Après les critiques sévères sur l’organisation des élections locales et législatives de septembre-octobre 2025, il s’est entretenu avec Oligui Nguema au palais présidentiel, insistant sur le besoin d’un climat électoral « équitable et transparent ».

    Ce geste pourrait être interprété comme une tentative de dialogue, mais il n’a pas entamé sa ligne de critique la plus dure : pour l’instant, aucun signe concret ne laisse penser qu’il renonce à son rôle de contre-poids politique.

    Une réconciliation possible ?

    La question est sur toutes les lèvres : ces deux hommes pourront-ils un jour enterrer la hache de guerre ? À court terme, la réponse semble peu probable. Les critiques de Bilie-By-Nze sont trop profondes et ciblent non seulement des choix politiques, mais aussi la question de la légitimité et de l’État de droit dans le Gabon post-transition. À ce jour, il continue à se présenter comme la principale voix contestataire face à un pouvoir qu’il juge autoritaire dans son fonctionnement, même si celui-ci prétend avoir démocratiquement remporté les suffrages.

    Pour une réconciliation, il faudrait, au minimum, une reconnaissance mutuelle d’un cadre institutionnel partagé et respecté, une condition qui reste aujourd’hui lointaine.

    Aujourd’hui, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’est imposé comme l’opposant numéro 1 à Brice Clotaire Oligui Nguema. Par ses critiques répétées du pouvoir en place il incarne une opposition résolue, refusant de cautionner ce qu’il qualifie de dérives institutionnelles. Si la réconciliation entre les deux hommes demeure un enjeu futur, elle n’est pour l’instant qu’un horizon lointain, tant leurs visions du Gabon divergent. Profondément.

Radio Renouveau228

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