Étiquette : Faure Gnassingbé

  • Togo : le dialogue politique, éternel théâtre d’un pouvoir et de son opposition

    Alors que le pouvoir met en avant le Cadre permanent de concertation pour défendre sa volonté de dialogue, le Manifeste Génération Togo rejette cette démarche, jugée inefficace après plusieurs décennies de crises politiques. La coalition privilégie une transition politique suivie d’assises nationales inclusives et appelle à une mobilisation citoyenne le 20 novembre prochain.

    Au Togo, le dialogue politique reste un sujet de profond désaccord entre le pouvoir et une partie de l’opposition. D’un côté, les autorités défendent les mécanismes de concertation mis en place pour favoriser l’apaisement politique. De l’autre, le Manifeste Génération Togo estime que ces initiatives n’ont jamais permis de résoudre durablement la crise politique ni de faire évoluer les rapports de force.

    Le débat a été relancé après les déclarations de Gilbert Bawara, ministre des Relations avec les Institutions, devant les députés. Interpellé sur les tensions politiques internes, le ministre a défendu le bilan de Faure Gnassingbé, mettant notamment en avant son ouverture aux initiatives de réconciliation nationale et son implication dans des médiations sur le continent africain.

    Cette position ne convainc toutefois pas la coalition d’opposition, qui considère les appels répétés au dialogue comme une démarche sans résultats tangibles sur le terrain démocratique.

    Une trentaine de dialogues, mais toujours la défiance

    Pour le Manifeste Génération Togo, l’expérience des concertations politiques organisées depuis les années 1990 justifie son scepticisme. La coalition estime que les différents accords conclus au fil des crises n’ont pas entraîné les changements politiques attendus et accuse le pouvoir de ne pas respecter ses engagements.

    Nathaniel Olympio, cadre du mouvement, résumait cette défiance dans les colonnes de Jeune Afrique : « Depuis les années 1990 et jusqu’à aujourd’hui, le Togo a organisé une trentaine de dialogues politiques. Beaucoup d’accords ont été signés, mais jamais respectés par le pouvoir. Le dialogue est aussi devenu un instrument de confiscation du pouvoir. »

    Ces accusations traduisent une rupture de confiance entre les acteurs politiques. Là où les autorités présentent la concertation comme un moyen de prévenir les crises et de rechercher des compromis, leurs adversaires y voient un mécanisme qui n’a pas permis de répondre aux revendications fondamentales de l’opposition.

    La coalition invoque également l’arrêt rendu en janvier 2026 par la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), relatif au changement de Constitution au Togo. Elle s’appuie sur cette décision pour contester la légitimité des institutions actuelles et défendre la nécessité d’une nouvelle orientation politique.

    La transition politique comme alternative

    Face à ce qu’elle considère comme une impasse, la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), Lumière pour le Développement dans la Paix (LDP) et le mouvement « Touche Pas à Ma Constitution », réunis au sein du Manifeste Génération Togo, proposent une autre voie.

    Dans un communiqué, ces organisations réclament une transition politique suivie d’assises nationales inclusives. Leur objectif affiché est de remettre à plat les questions politiques qui divisent le pays, plutôt que de prolonger des discussions dont elles contestent l’efficacité.

    Pour donner une visibilité à leurs revendications, elles appellent à une journée de mobilisation citoyenne, baptisée « Journée patriotique d’avertissement », prévue le 20 novembre prochain.

    Le pouvoir et ses opposants restent ainsi campés sur des positions difficilement conciliables. Gilbert Bawara défend la disponibilité de Faure Gnassingbé au dialogue, tandis que le Manifeste Génération Togo réclame une rupture avec les méthodes de concertation habituelles.

    Au-delà des déclarations, la question demeure : les acteurs politiques togolais peuvent-ils encore trouver un terrain d’entente autour du dialogue ou le désaccord sur ses objectifs et ses résultats continuera-t-il d’alimenter la crise politique ?

  • Au Togo, le trompe-l’œil de la nouvelle Constitution

    Au Togo, le trompe-l’œil de la nouvelle Constitution

    Analyse · Un an après son entrée en vigueur, la réforme constitutionnelle instaurant un régime parlementaire et créant le poste de président du Conseil, confié à Faure Gnassingbé, est toujours contestée par l’opposition et la société civile. Pour l’heure, elle n’a fait que conforter le régime dans sa toute-puissance.

    Dapaong, capitale de la région des Savanes, samedi 13 juin 2026. Des centaines de personnes convergent vers l’esplanade du gouvernorat, malgré l’état d’urgence sécuritaire en vigueur depuis quatre ans. À l’appel de Together, une association présentée comme proche du parti au pouvoir, l’Union pour la République (Unir), elles sont venues manifester leur soutien au président du Conseil et ancien président de la République, Faure Gnassingbé, et aux nouvelles institutions issues de la Ve République. Une démonstration de force qui contraste avec la mésaventure subie, quelques mois plus tôt, par une figure de l’opposition.

    Brigitte Kafui Adjamagbo Johnson, députée de la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), avait alors été escortée hors de la ville par des forces de sécurité, alors qu’elle se trouvait dans la région dans le cadre d’une tournée parlementaire destinée à rencontrer les populations et à visiter plusieurs chantiers d’infrastructures à l’abandon. Comme d’habitude, les autorités avaient justifié cette mesure par des raisons de sécurité, invoquant l’activisme des groupes armés djihadistes. Si cet épisode ne permet pas à lui seul de tirer des conclusions sur l’état de la démocratie au Togo, il s’inscrit dans un contexte qui alimente les critiques de l’opposition et de plusieurs organisations de la société civile sur les conditions d’exercice de l’activité politique, deux ans après l’adoption de la réforme constitutionnelle, et un an après son entrée en vigueur.

    Le 25 mars 2024, l’Assemblée nationale adopte une nouvelle Constitution qui marque le passage du Togo à la Ve République et instaure le régime parlementaire. Promulguée le 6 mai 2024, ce vote bouleverse l’architecture institutionnelle du pays. Désormais, le président de la République n’est plus élu au suffrage universel direct, mais par les députés réunis en congrès. Son mandat est fixé à quatre ans, non renouvelable. Il devient le garant de l’unité de l’État avec des prérogatives essentiellement honorifiques. L’essentiel du pouvoir exécutif est transféré au président du Conseil. Issu de la majorité parlementaire, ce dernier dirige l’action du gouvernement et détermine la politique de la nation. Son mandat n’est soumis à aucune limitation.

    Une « manœuvre » pour perpétuer la dynastie Gnassingbé

    Présentée par le pouvoir comme une réforme destinée à renforcer les institutions, à favoriser la participation citoyenne et à assurer la protection des droits, la nouvelle Constitution a rapidement suscité une controverse sur les modalités de son adoption et ses conséquences politiques. Pour ses promoteurs, la réforme doit rééquilibrer les rapports entre les pouvoirs législatif et exécutif et permettre une plus grande stabilité gouvernementale. Interrogé sur TV5 Monde le 17 avril 2024, Gilbert Bawara, membre du parti au pouvoir, s’était montré optimiste : « Nous avons la conviction que le nouveau régime politique va favoriser une gouvernance et une gestion beaucoup plus concertées. »

    À l’inverse, l’opposition y voyait une modification destinée à conforter le pouvoir en place. « Nous avons compris que c’est une manœuvre qui a été orchestrée pour permettre la perpétuation d’un système qui régente le Togo depuis cinquante-sept ans »1, avait rétorqué David Dosseh, porte-parole du Front citoyen Togo Debout, une organisation de la société civile. De fait, la nouvelle Constitution a permis à Faure Gnassingbé de s’éterniser au pouvoir : après avoir dirigé le pays en tant que président de la République pendant vingt ans (2005-2025), il a été désigné à la tête du Conseil en mai 2025.

    Deux jours après l’adoption de la nouvelle réforme par les députés, une trentaine de partis politiques de l’opposition et plusieurs organisations de la société civile avaient tenté d’organiser une conférence de presse au siège de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), à Lomé, afin de dénoncer cette manœuvre. La rencontre avait été interrompue par les forces de sécurité, les autorités invoquant l’absence d’autorisation.

    Dans son rapport de 2024, l’ONG Amnesty International indique qu’au moins trois conférences de presse et réunions rassemblant des partis politiques et des organisations de la société civile opposées à la réforme ont été interdites à Lomé et à Tsévié cette année-là. Les personnes présentes avaient été dispersées par les forces de l’ordre. Amnesty ajoute que le ministère de l’Administration territoriale a en outre interdit trois manifestations prévues les 11, 12 et 13 avril pour protester contre les réformes. Encore une fois, les autorités avaient invoqué des considérations liées au maintien de l’ordre public.

    Un déséquilibre accru

    Pour Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, ces événements illustrent les conséquences politiques de la réforme. « Ce changement inconstitutionnel selon les juges de la Cour de justice de la Cedeao [Communauté économiques des États de l’Afrique de l’Ouest, NDLR]2 a abîmé l’embryon de la démocratie dont les bases avaient été jetées par la Constitution de 1992 », affirme-t-elle. Pour l’opposante, le changement de Constitution a encore davantage restreint l’espace politique et institutionnel.

    Le politologue El Hadj Madi Djabakaté, essayiste et président honoraire du Centre pour la gouvernance démocratique et la prévention des crises (CGDPC), un think tank, partage le constat d’un déséquilibre accru, tout en le replaçant dans une perspective institutionnelle. « La réforme n’a pas créé un nouveau rapport de force. Elle a constitutionnalisé la concentration du pouvoir en réduisant les mécanismes de contrôle démocratique et d’alternance », analyse-t-il.

    Depuis son boycott des élections législatives de décembre 2018, l’opposition a progressivement perdu du terrain. Aux municipales de juin 2019, l’Unir, de Faure Gnassingbé, a recueilli plus de 60 % des suffrages. Les législatives d’avril 2024 n’ont laissé qu’une représentation marginale aux principaux partis d’opposition (5 sièges sur 113). Les municipales de 2025 ont confirmé cette tendance : l’Unir a remporté 1 150 des 1 527 sièges de conseillers municipaux, soit environ 75 % des sièges. Ces scores ne sont toutefois pas le résultat de la réforme constitutionnelle. Ils prolongent une érosion électorale et des divisions internes amorcées plusieurs années auparavant.

    À cette faiblesse électorale s’ajoutent des divisions qui ont progressivement fragmenté l’opposition. La crise autour de la C14 (une coalition de 14 partis politiques de l’opposition créée en 2017) puis les divergences sur la participation aux élections ou le boycott ont profondément affecté sa capacité à présenter un front commun.

    « Ce n’est pas gai, c’est difficile »

    Le rétrécissement de l’espace politique ne concerne pas uniquement les partis d’opposition. Les organisations de la société civile sont elles aussi confrontées à des restrictions croissantes. En juillet et août 2025, Novation internationale, une organisation de défense des droits humains, a tenté à trois reprises d’organiser des activités destinées à « rendre hommage aux victimes de la manifestation du 6 juin 20253 et lancer un appel à la cohésion nationale et au respect de la vie humaine ». Toutes ont été empêchées.

    Le gouvernement a justifié ces interdictions par le contexte politique tendu, notamment le contentieux postélectoral des municipales de juillet. « Le climat actuel ne permet pas d’organiser en toute sécurité un rassemblement de cette nature », avait alors expliqué le ministre de l’Administration territoriale. Pour les organisations de la société civile, ces interdictions témoignent du rétrécissement de l’espace civique. Une situation que résume Rodrigue Ahégo, journaliste et coordinateur national du mouvement pro-démocratie Tournons La Page-Togo (TLP-Togo) : « J’ai plusieurs fois été menacé et intimidé. J’avais déjà été arrêté en septembre 2024. Craignant pour ma sécurité, j’ai été obligé de quitter le Togo. Ce n’est pas gai, c’est difficile », témoigne-t-il.

    Les médias ne sont pas non plus épargnés. Le 6 juin 2025, Flore Monteau, correspondante de TV5 Monde à Lomé, a été interpellée alors qu’elle couvrait une manifestation contre le régime. Son matériel a été confisqué et, selon son témoignage, elle a été conduite dans un commissariat où elle a été contrainte de supprimer ses images. Deux mois auparavant, le 8 avril, à Tsévié, le journaliste Albert Agbéko avait lui aussi été arrêté puis contraint par la police à supprimer les images prises alors qu’il couvrait le recensement électoral. L’un des journalistes les plus combatifs, Ferdinand Ayité, a été contraint à l’exil en 2023.

    Une asymétrie institutionnalisée

    Au-delà de la liberté de presse, c’est la capacité de la société civile à faire vivre la contradiction qui se trouve mise à rude épreuve. Avoir plusieurs partis suffit-il à prétendre au pluralisme politique ? Pour El Hadj Madi Djabakaté, « le pluralisme politique ne se mesure pas seulement au nombre de partis politiques, mais à leur capacité réelle à concourir au pouvoir dans des conditions équitables ». Or, poursuit-il, « l’asymétrie des ressources entre majorité et opposition, les restrictions des libertés publiques et l’accès inégal aux médias fragilisent cette compétition ».

    En l’absence d’institutions perçues comme impartiales et de garanties effectives des libertés, conclut-il, « le pluralisme demeure davantage formel que le socle d’une alternance politique crédible ».

    Un constat qui ramène au cœur de la question posée par la nouvelle Constitution : au- delà de l’architecture institutionnelle, la Ve République a-t-elle créé les conditions d’une compétition politique plus équitable ou a-t-elle au contraire institutionnalisé un rapport de force déjà largement favorable au pouvoir ? Une question rhétorique, un an après l’entrée en vigueur de la réforme.

    Source: https://afriquexxi.info

  • Au Mali, le rôle discret de Faure Gnassingbé dans la libération de deux Russes

    Au Mali, le rôle discret de Faure Gnassingbé dans la libération de deux Russes

    La libération, le 20 août, de deux ressortissants russes capturés au Mali remet en lumière le rôle de médiation que Lomé cherche à jouer entre les autorités de Bamako et le Front de libération de l’Azawad (FLA).

    Une nouvelle libération après celle de 82 soldats maliens

    Deux ressortissants russes, présentés comme des membres du groupe Wagner, ont été libérés le 20 août par le Front de libération de l’Azawad (FLA). Ils avaient été capturés en juillet 2024 lors des combats de Tinzawaten, dans le nord du Mali. Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, leur libération aurait notamment été facilitée par une médiation conduite par le Togo entre le mouvement armé et les autorités maliennes.

    Cette opération intervient quelques jours après la remise en liberté de 82 militaires maliens détenus par des groupes armés. Le 13 août, l’armée malienne avait confirmé leur libération. Le FLA, de son côté, avait évoqué un geste à caractère humanitaire.

    Ces deux épisodes rapprochés donnent ainsi une visibilité particulière à l’implication diplomatique de Lomé dans le dossier malien.

    Lomé cherche à consolider son rôle de facilitateur

    Pour Jeune Afrique, ces dénouements successifs illustrent la volonté du Togo de s’impliquer dans les contacts entre Bamako et les indépendantistes de l’Azawad. Des représentants du FLA auraient notamment établi des contacts à Lomé, dans le cadre de discussions destinées à faciliter certaines libérations.

    Le rôle exact joué par les différents acteurs dans la libération des deux Russes reste toutefois difficile à établir publiquement. D’autres informations font état de négociations impliquant également des interlocuteurs libyens, notamment autour de Saddam Haftar.

    Pour le Togo, cette séquence renforce en tout cas une diplomatie de facilitation déjà visible dans plusieurs dossiers régionaux. Elle intervient alors que le Mali reste confronté à une situation sécuritaire complexe, marquée par l’activité de groupes jihadistes et la rébellion touarègue dans le nord.

    L’évolution de ces médiations pourrait désormais déterminer si Lomé parvient à s’imposer durablement comme un intermédiaire entre Bamako et les groupes armés opérant dans le nord du Mali.

  • Togo : le pays est-il devenu la nouvelle cible des groupes jihadistes ? L’alerte de l’ex-agent de la DGSE

    Togo : le pays est-il devenu la nouvelle cible des groupes jihadistes ? L’alerte de l’ex-agent de la DGSE

    Bien que les autorités togolaises multiplient les dispositifs sécuritaires pour contenir cette menace grandissante, le Togo demeure l’un des pays les plus exposés à la poussée des groupes jihadistes vers les côtes ouest-africaines.

    Le Togo est désormais pleinement intégré aux préoccupations sécuritaires des experts du renseignement. Invité de l’émission Le Grand Invité Afrique de RFI ce 29 juillet 2026, l’ancien collaborateur de la DGSE, Vincent Crouzet, estime que les groupes jihadistes cherchent à étendre leur influence bien au-delà du Mali et du Burkina Faso. Pour lui, les États côtiers, dont le Togo, sont aujourd’hui confrontés à une menace de plus en plus tangible.

    Interrogé sur l’évolution de la situation au Sahel, l’expert souligne que les organisations terroristes poursuivent une stratégie d’expansion vers le golfe de Guinée. Selon lui, « les groupes jihadistes cherchent à ouvrir de nouveaux espaces d’action en direction des pays côtiers », une dynamique qui place directement le Togo parmi les États sous pression.

    Vincent Crouzet rappelle que les incursions enregistrées dans le nord du pays ne sont pas le fruit du hasard. À ses yeux, il s’agit d’une stratégie mûrement réfléchie visant à déstabiliser progressivement les États du littoral. « Le Togo fait partie des objectifs de cette progression vers le sud », affirme-t-il, tout en précisant que cette évolution est observée depuis plusieurs années par les spécialistes du renseignement.

    L’ancien agent français relève toutefois que le contexte régional évolue. Il estime notamment que « les Russes fonctionnent en mode dégradé depuis quelques mois au Mali », une situation qui pourrait modifier les équilibres sécuritaires dans la région sans pour autant réduire la menace terroriste.

    Pour Vincent Crouzet, le défi auquel le Togo est confronté dépasse désormais la simple protection de ses frontières. Il appelle à une coopération renforcée entre les États de la sous-région et leurs partenaires afin d’anticiper les mutations des groupes armés.

    À travers cette analyse, l’ancien responsable du renseignement français confirme que le Togo demeure l’un des pays les plus exposés à la poussée des groupes jihadistes vers les côtes ouest-africaines, même si les autorités togolaises multiplient les dispositifs sécuritaires pour contenir cette menace grandissante.

  • L’Afrique resserre les rangs à Lomé

    L’Afrique resserre les rangs à Lomé

    Des responsables africains se réunissent à Lomé pour renforcer les positions communes du continent face aux défis internationaux.

    La Conférence ministérielle extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine (APA) s’est ouverte vendredi 3 juillet à Lomé, en présence de plusieurs responsables africains, dont le président sierra-léonais Julius Maada Bio. Cette rencontre intervient dans un contexte international marqué par des évolutions géopolitiques majeures et des appels croissants à une meilleure coordination des positions africaines sur les grandes questions mondiales.

    À l’ouverture des travaux, le président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé, a souhaité la bienvenue aux délégations participantes et salué la présence de son homologue sierra-léonais, Julius Maada Bio. Il a estimé que cette participation témoigne de l’intérêt porté par les États membres au renforcement du dialogue politique et de la coopération entre les pays africains.

    Dans son allocution, Faure Gnassingbé a insisté sur les défis auxquels le continent est confronté dans un environnement international en mutation. Selon lui, ces transformations appellent à une concertation accrue entre les États africains afin de défendre leurs intérêts communs et de promouvoir une voix plus unie sur la scène internationale.

    Le président du Conseil a également souligné l’importance de la solidarité entre les pays africains pour faire face aux enjeux politiques, économiques et sécuritaires. Il a plaidé en faveur de réponses collectives, fondées sur le dialogue et la recherche de solutions adaptées aux réalités du continent.

    Les travaux de cette conférence ministérielle portent notamment sur le renforcement de la coopération politique entre les États membres de l’Alliance Politique Africaine. Les participants sont appelés à échanger sur les principaux défis auxquels l’Afrique est confrontée et à identifier des approches communes susceptibles de renforcer la coordination diplomatique du continent.

    À travers l’organisation de cette rencontre, les autorités togolaises réaffirment leur volonté de promouvoir le dialogue multilatéral et la coopération interafricaine. Les conclusions des travaux devraient contribuer à alimenter les réflexions sur les mécanismes de concertation politique et sur le rôle de l’Afrique dans un contexte international en pleine recomposition.

  • Kagame à Lomé : le Togo, un nouveau carrefour diplomatique africain?

    Kagame à Lomé : le Togo, un nouveau carrefour diplomatique africain?

    La visite de travail du président rwandais Paul Kagame à Lomé, ce lundi 15 juin, dépasse largement le cadre protocolaire. Elle confirme l’émergence du Togo comme une plateforme diplomatique incontournable en Afrique et traduit la volonté des deux pays d’accélérer un partenariat devenu stratégique.

    Invité par Faure Gnassingbé, le chef de l’État rwandais effectue sa première visite officielle au Togo après plusieurs années de rapprochement discret mais constant entre Kigali et Lomé.

    Cette rencontre intervient dans un contexte particulier, marqué par la tenue à Lomé de la Convention et exposition africaines du transport aérien 2026, un rendez-vous continental qui réunit des décideurs politiques, des experts et des investisseurs autour de l’avenir de la connectivité africaine.

    Au-delà de l’agenda officiel, cette visite symbolise la convergence de deux modèles de gouvernance qui misent sur la modernisation des administrations, la digitalisation des services publics et l’attractivité économique. Depuis plusieurs années, le Togo s’inspire de certaines réussites rwandaises dans des secteurs clés tels que la transformation numérique, la logistique, la gouvernance publique et le climat des affaires.

    Lomé et Kigali cultivent également une proximité diplomatique sur plusieurs dossiers africains. Les deux capitales privilégient le dialogue, le pragmatisme et le renforcement des mécanismes africains de résolution des crises.

    Cette visite intervient aussi à un moment où le Togo multiplie les initiatives diplomatiques et accueille régulièrement des dirigeants étrangers, consolidant ainsi son statut de médiateur et de hub politique en Afrique de l’Ouest.

    Plus qu’une simple rencontre bilatérale, l’arrivée de Paul Kagame à Lomé est un signal envoyé au continent : l’Afrique des partenariats Sud-Sud gagne du terrain. Et le tandem Lomé-Kigali entend bien en devenir l’un des principaux moteurs.

  • 5è République, même pouvoir

    5è République, même pouvoir

    Un an après l’entrée officielle du Togo dans la 5è République, le paysage politique national semble avoir changé de forme sans véritablement changer de fond. Derrière les nouvelles institutions et les discours sur la modernisation de l’État, beaucoup d’observateurs estiment que le pouvoir de Faure Gnassingbé sort davantage consolidé de cette réforme constitutionnelle controversée.

    Le 3 mai 2025 restera une date symbolique dans l’histoire politique togolaise. Ce jour-là, dans une atmosphère solennelle soigneusement orchestrée à Lomé, les autorités célébraient officiellement le basculement du pays vers un régime parlementaire. Diplomates, responsables administratifs, chefs traditionnels et membres du gouvernement étaient réunis pour assister à la cérémonie retransmise sur les médias publics. Au centre de toutes les attentions, Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005 après la mort de son père, le général Gnassingbé Eyadéma.

    Présentée par les autorités comme une avancée démocratique majeure, la réforme constitutionnelle adoptée en 2024 a profondément modifié l’architecture institutionnelle du pays. Le président de la République n’est désormais plus élu au suffrage universel direct, mais désigné par le Parlement réuni en congrès. Dans le même temps, un nouveau poste stratégique a été créé : celui de président du Conseil des ministres, fonction attribuée au chef du parti majoritaire et détenteur de l’essentiel du pouvoir exécutif.

    Pour les partisans du régime, cette évolution rapproche le Togo des grandes démocraties parlementaires et permet une meilleure stabilité institutionnelle. Le gouvernement défend une réforme pensée pour éviter les crises politiques répétitives et renforcer l’efficacité de l’action publique. Les autorités mettent également en avant la continuité des projets économiques et des grands chantiers d’infrastructures engagés ces dernières années.

    Mais dans les rangs de l’opposition et de la société civile, le discours est tout autre. Beaucoup dénoncent une réforme taillée sur mesure pour permettre à Faure Gnassingbé de conserver durablement les rênes du pouvoir, sans être soumis aux contraintes de la limitation des mandats présidentiels. Selon plusieurs critiques, la 5è République togolaise apparaît davantage comme une reconfiguration politique que comme une véritable alternance institutionnelle.

    L’opposition, déjà fragilisée depuis plusieurs années, peine à mobiliser autour de cette question. Divisée entre plusieurs formations et confrontée à des difficultés d’organisation, elle n’a pas réussi à empêcher l’adoption de la nouvelle Constitution. Les manifestations organisées dans certaines villes du pays ont mobilisé sans atteindre l’ampleur des grandes contestations populaires observées entre 2017 et 2018.

    Dans les rues de Lomé, Sokodé ou Kara, les préoccupations quotidiennes semblent d’ailleurs dépasser le débat institutionnel. Pour une grande partie de la population, la priorité reste le coût de la vie, l’accès à l’emploi et l’amélioration des conditions sociales. La hausse régulière des prix des produits de première nécessité, les difficultés d’insertion des jeunes diplômés et les tensions économiques liées au contexte international alimentent un sentiment de lassitude.

    Si certains citoyens reconnaissent les efforts réalisés dans les infrastructures routières, l’électrification ou la digitalisation des services administratifs, beaucoup disent attendre davantage de retombées concrètes sur leur quotidien. « Les institutions changent, mais nos problèmes restent les mêmes », confie un commerçant rencontré dans un marché de la capitale.

    Sur le plan sécuritaire, le pouvoir continue également de mettre en avant la nécessité de préserver la stabilité du pays dans une sous-région marquée par les coups d’État et la menace terroriste au Sahel. Le nord du Togo reste sous vigilance renforcée face aux incursions de groupes armés. Pour les autorités, la stabilité politique constitue un impératif stratégique dans ce contexte régional tendu.

    Cette argumentation trouve un certain écho auprès d’une partie de la population, attachée à la paix sociale dans un environnement ouest-africain instable. Cependant, des voix critiques estiment que l’argument sécuritaire est parfois utilisé pour réduire l’espace de contestation politique et justifier un contrôle accru de la vie publique.

    Au niveau international, les réactions à la réforme togolaise sont restées relativement mesurées. Si certaines organisations de défense des droits humains ont exprimé leurs inquiétudes sur l’avenir démocratique du pays, les partenaires étrangers privilégient souvent la stabilité et la coopération sécuritaire dans leurs relations avec Lomé.

    Un an après la naissance officielle de la 5è République, le Togo donne ainsi l’image d’un pays politiquement verrouillé mais relativement stable. Faure Gnassingbé, discret mais omniprésent, continue de dominer le jeu politique national après plus de deux décennies au sommet de l’État.

    Reste désormais une interrogation essentielle : cette nouvelle République permettra-t-elle réellement de répondre aux aspirations sociales et démocratiques des Togolais, ou ne sera-t-elle qu’un nouvel habillage institutionnel d’un pouvoir déjà solidement enraciné ? Pour de nombreux citoyens, le véritable changement ne se mesurera pas dans les textes constitutionnels, mais dans l’amélioration concrète des conditions de vie.

  • La France à l’offensive dans un Togo courtisé par la Russie

    La France à l’offensive dans un Togo courtisé par la Russie

    Paris a dépêché à Lomé son chef de la diplomatie fin avril après deux décennies d’absence d’une visite à un tel niveau. Un signal fort, alors que la Russie s’emploie à faire du Togo un nouveau point d’ancrage.

    Une première depuis 24 ans : en dépêchant fin avril son chef de la diplomatie à Lomé, Paris cherche à réaffirmer son partenariat avec le Togo, au moment où la Russie intensifie son rapprochement avec Lomé pour étendre son influence régionale.

    Si le Togo n’a jamais cessé d’entretenir de bonnes relations avec Paris, il est devenu ces dernières années un terrain fertile pour l’expansion de Moscou, qui ambitionne d’en faire son point d’ancrage dans le golfe de Guinée après le Sahel. Car Lomé est resté très proche du Mali, du Niger et du Burkina Faso voisin, qui ont rompu leurs relations historiques avec la France pour se rapprocher notamment de la Russie.

    Une « anomalie » que Paris veut corriger

    L’absence d’une visite d’un tel niveau pendant deux décennies constituait une « anomalie » que Paris entendait corriger « au regard de la densité et l’ancienneté de la relation entre la France et le Togo », déclarait Jean-Noël Barrot lors de sa visite à Lomé les 23 et 24 avril. « Faure [Gnassingbé] et le président Macron ont souhaité donner encore plus d’impulsion à la relation entre nos deux pays qu’elle n’en avait déjà », a-t-il expliqué.

    « L’enjeu pour la France n’est pas tant un “retour” au Togo qu’une tentative de contenir l’érosion continue de son influence régionale », explique le politologue et essayiste togolais Madi Djabakate.

    En 2025, Moscou a signé un accord de coopération militaire avec Lomé, qui lui permet d’envoyer des « instructeurs », des navires et des aéronefs militaires au Togo, confronté aux violences jihadistes meurtrières dans sa partie nord.

    Avec cet accord, le Togo est cité parmi les pays où le groupe paramilitaire russe Africa Corps « pourrait s’étendre [ou se serait déjà étendu] », pour lutter contre les jihadistes qui frappent le nord du pays, selon un rapport d’avril du Congressional Research Service (CRS), organe d’expertise du Congrès américain.

    « Notre offre est la meilleure »

    Moscou s’intéresse également au stratégique port de Lomé, « le plus profond d’Afrique de l’Ouest avec ses 17 mètres  », qu’elle envisage comme un hub logistique pour écouler ses marchandises vers le Togo mais aussi les pays enclavés du Sahel, expliquait l’ambassadeur russe au Togo et au Bénin, Igor Evdokimov, dans une interview en mars.

    Pour accompagner cette stratégie, la Russie veut construire une ligne ferroviaire reliant le port de Lomé à l’intérieur du pays, voire jusqu’à la frontière burkinabè, ainsi qu’un projet d’oléoduc sur le même axe, détaillait le diplomate russe.

    Moscou mise également sur le soft power pour asseoir son influence au Togo : nomination prochaine d’un ambassadeur résident, plus de bourses d’études, bientôt un centre d’enseignement du russe et des concerts d’artistes du conservatoire de Moscou à Lomé.

     « On voit bien que la Russie étend sa coopération et sa présence. Mais de notre côté, ce qu’on propose, c’est du concret », assurait un conseiller de Jean‑Noël Barrot en marge de sa visite à Lomé. « On n’a pas de soucis pour la diversification des partenariats. C’est à nous de démontrer que notre offre est la meilleure », ajoute une diplomate de la délégation.

    Un message que la visite de Jean-Noël Barrot à Lomé visait précisément à illustrer, avec à la clé des projets tangibles sur des financements français, comme la rénovation d’un CHU doté d’équipements de pointe ou le lancement d’une école d’excellence en programmation et intelligence artificielle.

    « Efficacité narrative » russe

    Pour le politologue Madi Djabakate, « dans cette compétition d’influence, Moscou progresse moins par sa puissance économique que par son efficacité narrative et psychologique : discours anti-occidental, défense de la souveraineté étatique, rejet des injonctions démocratiques et offre de coopération sécuritaire rapide. » « De notre côté nous sommes fiables et on s’inscrit dans la durée », assure la diplomate française.

    Selon plusieurs spécialistes du Sahel, la présence russe n’empêche pas les jihadistes de progresser dans la région, notamment au Mali où les Russes n’ont pu défendre la ville symbole de Kidal face aux attaques menées fin avril. Toutefois, Paris ne doit pas ignorer « une opinion publique togolaise de plus en plus sensible aux discours critiques de la “Françafrique” », prévient Madi Djabakate.

    Représenté par le président de l’Assemblée nationale au sommet franco-africain Africa Forward de Nairobi début mai, Faure Gnassingbé, est en revanche attendu fin octobre à Moscou pour un sommet Russie-Afrique.

    (Avec AFP)

  • Tchamonga, au cœur de la guerre invisible

    Tchamonga, au cœur de la guerre invisible

    Entre guerre asymétrique, menace terroriste grandissante et pression régionale, la visite de Faure Gnassingbé à Tchamonga révèle l’ampleur des défis sécuritaires auxquels le Togo est désormais confronté dans sa partie septentrionale.

    Dans un contexte régional marqué par une montée persistante des menaces sécuritaires, le président du Conseil et chef suprême des armées, Faure Gnassingbé, s’est rendu le 7 mai dernier sur le front nord du Togo, précisément à Tchamonga, au cœur de la zone de l’opération Koundjoaré. Une visite hautement symbolique et stratégique qui traduit la gravité des défis sécuritaires auxquels le pays fait face dans la région des Savanes.

    Officiellement, ce déplacement avait pour objectif de superviser les opérations militaires en cours, évaluer l’état de la sécurité et encourager les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) engagées contre les groupes armés terroristes. Mais au-delà du discours institutionnel, cette présence présidentielle sur le terrain ressemble davantage à une immersion dans une guerre devenue complexe, mouvante et particulièrement éprouvante pour les soldats togolais.

    À Tchamonga, zone avancée située dans la bande frontalière est, les réalités du terrain sont loin des rapports administratifs. Les militaires engagés dans l’opération Koundjoaré font désormais face à une menace asymétrique difficile à contenir. Les groupes armés terroristes ont changé de stratégie : usage d’engins explosifs improvisés (IED), harcèlement nocturne, infiltration par le renseignement humain… L’ennemi ne tient plus une ligne de front identifiable. Il frappe, se disperse et exploite les failles d’un territoire vaste et difficile à contrôler.

    En s’attardant au Poste de Commandement Opérationnel, Faure Gnassingbé a pu mesurer l’usure physique et psychologique des troupes. Dans cette guerre de l’ombre, les besoins des soldats dépassent largement les équipements lourds. Derrière les discours sur les capacités opérationnelles se cachent aussi des préoccupations liées au quotidien : logistique, conditions de vie, rotations, soutien matériel et moral.

    Face aux soldats, le président du Conseil a promis une prise en compte progressive des besoins exprimés par les unités engagées. Il a également salué leur engagement dans la défense du territoire national. Le ministère de la Défense a indiqué qu’il a exhorté les militaires à faire preuve de vigilance, de détermination et d’un sens élevé du sacrifice afin de prévenir toute tentative de déstabilisation dans un environnement régional jugé préoccupant.

    Cette visite intervient alors que la pression sécuritaire s’intensifie dans le nord du pays. Longtemps concentrée sur certains axes centraux, la menace semble désormais se déplacer vers la partie orientale des Savanes, à proximité du Bénin, lui aussi confronté à des attaques djihadistes récurrentes, et d’un Burkina Faso toujours en proie à une forte instabilité.

    Le choix de Tchamonga n’est donc pas anodin. Il traduit un repositionnement stratégique des autorités togolaises face à l’évolution des risques sécuritaires dans la sous-région. En se rendant personnellement sur cette ligne avancée, Faure Gnassingbé a voulu envoyer un double message : rassurer les troupes sur le soutien de l’État et montrer à l’opinion que le pouvoir prend la pleine mesure de la menace.

    Mais cette visite relance également les débats politiques autour de la gouvernance sécuritaire du pays. Pour certains observateurs, elle marque surtout l’entrée en scène du nouveau président du Conseil dans son rôle de chef de guerre, cherchant à consolider son autorité à travers un pacte symbolique avec l’armée dans une période de fortes incertitudes régionales.

  • Au Togo, un réquisitoire sévère contre le discours du 27 avril

    Au Togo, un réquisitoire sévère contre le discours du 27 avril

    Une coalition d’acteurs politiques et citoyens dénonce un discours présidentiel jugé déconnecté et appelle à une rupture urgente face à la crise politique et sociale au Togo.


    Dans une déclaration conjointe rendue publique le 28 avril 2026 à Lomé, plusieurs organisations politiques et citoyennes ont vivement critiqué le discours prononcé par le président Faure Gnassingbé à l’occasion de la fête de l’indépendance. Le document, signé notamment par Thomas Kokou Nsoukpoe, Sambiri Targone, Tchagnaou Ouro-Akpo et Nathaniel Olympio, dresse un constat sans concession de la gouvernance actuelle et appelle à une rupture politique immédiate.

    Discours jugé déconnecté

    Les auteurs de la déclaration dénoncent un discours « surréaliste », éloigné des réalités quotidiennes des Togolais. Selon eux, l’intervention présidentielle du 27 avril 2026 s’apparente davantage à un exposé académique qu’à une véritable adresse à la nation. Ils regrettent surtout l’absence d’un bilan clair après plus de deux décennies de pouvoir.

    Pour ces organisations, ce discours traduit l’essoufflement d’un régime incapable de répondre aux attentes de la population. Elles estiment que les propos du chef de l’État, bien que soignés sur la forme, ne parviennent pas à masquer les difficultés croissantes auxquelles font face les citoyens.

    21 ans de pouvoir sans résultats

    Le communiqué insiste sur ce qu’il qualifie de « vide comptable » après 21 ans de gouvernance. Les signataires reprochent au président d’avoir évité toute reddition de comptes, préférant des discours généraux à une évaluation concrète des politiques publiques.

    Ils évoquent une économie fragilisée, marquée par une dette croissante et une corruption persistante. Cette situation aurait, selon eux, contribué à accentuer les inégalités et à maintenir une grande partie de la population dans la précarité.

    Crise sociale

    Les auteurs dressent un tableau préoccupant des conditions de vie au Togo. Ils pointent notamment les difficultés d’accès aux soins, devenus inabordables pour de nombreux citoyens, ainsi que les pénuries d’électricité et d’eau potable, y compris dans les grandes villes.

    Le système éducatif est également critiqué pour son manque d’infrastructures et de moyens. À cela s’ajoute le désarroi d’une jeunesse qui, selon le document, voit son avenir compromis et envisage de plus en plus l’exil.

    Le communiqué évoque également des atteintes aux libertés, affirmant que certains citoyens seraient emprisonnés ou contraints à l’exil en raison de leurs opinions politiques.

    5è République toujours contestée

    Un autre point central de la déclaration concerne le passage à la 5e République. Les signataires y voient une « fuite en avant institutionnelle » destinée à prolonger le pouvoir en place.

    Ils estiment que cette réforme, imposée sans véritable consensus, ne répond en rien aux défis politiques et sociaux du pays. Au contraire, elle renforcerait, selon eux, une concentration du pouvoir et éloignerait davantage les citoyens des processus décisionnels.

    Rejet du dialogue proposé

    Les organisations rejettent également l’idée d’un dialogue évoqué dans le discours présidentiel. Elles considèrent cette initiative comme une manœuvre visant à consolider le pouvoir plutôt qu’à engager de véritables réformes.

    Face à cette situation, elles appellent à une « transition inclusive » comme seule issue pacifique à la crise politique actuelle. L’objectif serait d’éviter des tensions majeures et de poser les bases d’un nouveau départ pour le pays.

    Appel à la mobilisation

    En conclusion, les signataires lancent un appel direct au peuple togolais. Ils exhortent les citoyens à sortir de leur silence et à s’engager pour un changement profond.

    La déclaration, portée par la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), le parti Lumière pour le Développement dans la Paix (LDP) et le mouvement « Touche Pas A Ma Constitution », se veut un signal fort.

    À travers les signatures de Thomas Kokou Nsoukpoe, Sambiri Targone, Tchagnaou Ouro-Akpo et Nathaniel Olympio, ce texte s’inscrit dans une volonté affichée de mobilisation collective pour un avenir politique différent au Togo.

Radio Renouveau228

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