Étiquette : Donald Trump

  • Le Ghana expulse vers le Togo au moins six ouest-africains, initialement expulsés par les États-Unis

    Le Ghana expulse vers le Togo au moins six ouest-africains, initialement expulsés par les États-Unis

    Ces demandeurs d’asile expulsés début septembre des États-Unis, à cause de la politique anti-immigration de Donald Trump, avaient déposé plainte contre le Ghana, estimant que leur procédure d’expulsion est illégale.

    Des États-Unis au Ghana puis du Ghana au Togo, en l’espace de trois semaines. Le Ghana a expulsé vers le Togo au moins six Ouest-Africains, initialement expulsés par les États-Unis, ont indiqué à l’Agence France-Presse leurs avocats.

    Onze personnes expulsées par les États-Unis et détenues au Ghana avaient saisi la justice et attaquait le gouvernement ghanéen pour leur placement en détention sans procès ni accusation, et empêcher un renvoi dans leur pays d’origine. Ces personnes, dont 4 sont issues du Nigeria, trois du Togo, deux du Mali, une du Liberia et une autre de la Gambie, ont été expulsées au Ghana au début du mois de septembre. 

    Expulsés avant la fin de l’examen de leur dossier au Ghana

    “Toutes ces personnes demandaient l’asile aux États-Unis, et elles ont clairement indiqué qu’elles étaient confrontées à des persécutions – que ce soit pour des raisons religieuses, politiques, et même en raison de leur orientation sexuelle“, avait déclaré Maître Olivier Barker-Vormawor à l’AFP la semaine dernière. 

    Mardi, à l’audience devant un juge de la Division des droits de l’homme de la Haute cour du Ghana, l’avocat a indiqué qu’elles avaient été “expulsées” sans attendre la fin de l’examen du dossier.

    Le Ghana a signé un accord avec Washington pour accueillir des Africains de l’Ouest expulsés des États-Unis. Une décision qui suscite de nombreuses réactions à Accra.

    L’une des 11 personnes a été remise en liberté et rendue à l’un de ses proches dans le pays, tandis que six autres ont été envoyés au Togo, a-t-il précisé à l’AFP et les derniers ont vraisemblablement été “aussi expédiés au Togo, mais nous n’avons pas eu entrer en contact” avec eux, a-t-il déclaré.

    Le sort de ces personnes, qui demandaient l’asile aux États-Unis, reste entouré de secret, y compris le moment exact de leur arrivée au Ghana ou leur lieu de détention. Et ce malgré l’effort des avocats, défenseurs de droits humains et journalistes pour suivre le rythme rapide des expulsions pratiquées par l’administration Trump et leur acceptation par des pays tiers dans le monde.

    D’autres expulsions sont en cours

    L’expulsion de personnes vers des pays tiers – dans lesquelles elles n’ont souvent jamais vécu – est une des mesures phares de Donald Trump depuis son retour à la Maison blanche en janvier, notamment en envoyant des centaines de personnes dans une prison tristement célèbre au Salvador, ou encore au Panama et au Soudan du Sud. 

    Les expulsions vers le Ghana auraient commencé au début de septembre et d’autres sont en cours, bien qu’Accra ait gardé de nombreux détails secrets. Le 11 septembre, le président ghanéen John Mahama avait annoncé que son pays acceptait sur demande de Washington d’accueillir des ressortissants originaires d’Afrique de l’Ouest expulsés des États-Unis.

    Un accord conclu dans un contexte de tensions avec les États-Unis, l’administration Trump ayant augmenté les droits de douane sur les produits ghanéens et restreint le nombre de visas.

    Après l’arrivée au Ghana d’un premier groupe de 14 expulsés, les autorités avaient d’abord déclaré qu’ils seraient autorisés à rester temporairement dans le pays, conformément aux règles régionales de voyage sans visa, ou à retourner chez eux. L’annonce avait déclenché un tollé, l’opposition affirmant que l’accord avait été conclu à l’insu du Parlement.

    Pour ajouter à la confusion, les autorités avaient déclaré que ces 14 personnes avaient regagné leur domicile. Or, seuls trois étaient retournés dans leur pays d’origine contre 11 restés au Ghana, a indiqué Olivier Barker-Vormawor.

    Quarante autres personnes expulsées par les États-Unis sont attendues dans les prochains jours, a annoncé jeudi dernier le ministre des Affaires étrangères ghanéen, Samuel Okudzeto Ablakwa. Il a affirmé que la décision du Ghana d’accepter ces personnes expulsées se fondait sur des considérations humanitaires et ne constituait pas une “approbation” de la politique d’immigration des États-Unis.

    Soudan du sud, Eswatini, Rwanda, Ouganda… Depuis mai dernier, cinq nations africaines ont conclu des accords avec Washington pour recevoir des migrants.

    Source: https://information.tv5monde.com

  • Afrique: le sursaut ou la noyade

    Afrique: le sursaut ou la noyade

    Dans le désordre généralisé provoqué par les guerres commerciales tous azimuts du chef de l’exécutif américain, l’Afrique risque de voir sa position sur l’échiquier mondial fragilisée. À moins de repenser enfin solidement son destin. Ce dont, pour l’instant, l’on ne perçoit aucun signe.

    Alors que les décisions intempestives et les volte-face à répétition de Donald Trump ne cessent de mettre le fragile équilibre du monde au bord de la rupture, pour l’Afrique, l’inaction des Africains est bien plus préoccupante que la politique erratique du locataire de la Maison Blanche.

    L’Afrique, en dépit de son poids relativement faible dans la balance des paiements des États-Unis, est plus durement affectée par les incohérences qui fusent du Bureau ovale. C’est la destinée du monde qui se joue, et la passivité des Africains n’en est que plus affligeante. Alors que même les alliés traditionnels de l’Amérique repensent de nouvelles stratégies à long terme pour réduire leur dépendance à cet allié si versatile, l’Afrique, elle, se contente de bredouiller d’inaudibles protestations.

    Les relations internationales sont à la croisée des chemins, et tous les autres s’organisent. Seuls les Africains semblent croire que les injonctions de l’Histoire s’imposent moins à eux qu’aux autres peuples. Comme si, systématiquement, ce continent se déclarait forfait aux grands rendez-vous historiques. Au début des années 1990, alors que le monde, après la chute du Mur de Berlin, était en pleine recomposition, l’Afrique, recroquevillée, oubliait de se trouver une place sur l’échiquier international. Elle était pourtant méprisée. Les grands cabinets mondiaux d’audit et de conseil, comme les agences de notation, ne la prenaient nullement en compte. Sous couvert d’anonymat, un haut-fonctionnaire français s’était même hasardé à suggérer, dans un grand quotidien, que si l’Afrique venait à disparaître, engloutie par l’océan, ce ne serait pas si grave pour l’humanité.

    Par sa stature, Nelson Mandela, libéré en février 1990 après 27 ans de prison, fera taire les quolibets. À lui tout seul, l’Africain Mandela, figure la plus charismatique au monde, sauva l’Afrique du mépris. À sa mort, en 2013, le premier président américain afro-descendant Barack Obama prendra discrètement la relève. Mais, depuis, les dieux qui veillaient sur l’Afrique semblent en congés. Elle est redevenue souffre-douleur de Donald Trump et de ses semblables.

    L’interruption des subventions américaines

    Le mépris est consubstantiel à l’idée que se fait Donald Trump de sa propre importance. Alors que le nouveau président a annoncé l’interruption des subventions américaines, celles-ci, même cumulées sur 60 ans, n’atteignent pas le millième de ce que les États-Unis, ont déboursé pour soutenir l’Ukraine ces trois dernières années, après son invasion par la Russie. Une aumône ! Que l’Afrique, avec ses immenses ressources naturelles, dépende autant de cette aumône est une anomalie. Celle-ci risque de se perpétuer, si l’Afrique ne se décide pas à s’interroger sur elle-même, sur le poids dont elle veut peser sur l’échiquier international, et sur le mépris et l’humiliation que subit, partout, l’homme africain. Ce dernier est souvent obligé de fuir sa terre d’origine, pour survivre.

    Une désapprobation générale

    La désapprobation générale ne prouve-t-elle pas, au fond, que Donald Trump n’épargne personne ? La plupart des alliés des États-Unis, déconcertés, sauront se prémunir, à l’avenir, contre de telles déconvenues. Mais Donald Trump n’est que l’affligeant révélateur du niveau général des dirigeants actuels du monde et de l’inconsistance de la réflexion qui sous-tend leurs politiques. À l’époque, aux États-Unis, la densité des maîtres à penser se percevait aisément chez les présidents dont ils étaient les conseillers à la sécurité nationale : Kissinger, Brezinski, McFarlane, Condoleezza Rice, et tant d’autres.

    Parce que le monde s’effondre et que le niveau, partout, est en chute, l’Afrique, continent anormalement émietté, ne peut se contenter d’observer et de subir. Incapable de résoudre le moindre conflit entre les quelque 55 États qui la composent, elle a une impérieuse soif de leaders d’envergure. Pour la tirer vers le haut. Inciter les Africains à se respecter, et à faire respecter l’Afrique. Et c’est bien plus judicieux que de sans cesse exiger un respect que l’on n’inspire pas… à soi-même.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 19 avrol 2025 sur RFI

  • Suspension de l’USAID: «L’annonce américaine peut servir de réveil pour les dirigeants africains» selon Kako Nubukpo

    Suspension de l’USAID: «L’annonce américaine peut servir de réveil pour les dirigeants africains» selon Kako Nubukpo

    Le 27 janvier, le président Donald Trump gelait pour trois mois les aides extérieures américaines. Plus de 68 milliards de dollars en 2023, gérés en majorité par l’agence USAID. Cette mesure a provoqué une onde de choc, particulièrement en Afrique, où l’avenir de millions de bénéficiaires est en jeu. L’économiste et ancien ministre togolais Kako Nubukpo appelle à repenser la solidarité internationale, et incite les dirigeants africains à sortir « d’une certaine posture misérabiliste ». Il répond aux questions de Liza Fabbian.

    RFI : Comment avez-vous réagi en apprenant la suspension de l’aide au développement américaine ? 

    Kako Nubukpo : Ce fut brutal comme annonce et, j’allais dire, un peu excessif. C’est quand même 20 milliards de dollars qui vont vers l’Afrique, normalement en provenance des États-Unis, qui n’arriveront pas cette année.

    Est-ce que vous pensez que cette décision de Donald Trump était prévisible en quelque sorte ? 

    Oui et non. Oui, parce que durant son premier mandat, il a eu parfois des propos qui marquaient, quasiment du mépris par rapport à l’Afrique. Et puis le fait d’avoir demandé à Elon Musk de faire un peu la revue des dépenses publiques américaines pouvait laisser présager des coupes sombres. Mais c’est clair que c’est surprenant parce qu’on a l’impression qu’il est resté dans une vision de l’aide « charité », alors que de toute évidence, aujourd’hui, l’aide, c’est de l’investissement gagnant-gagnant. 

    On peut peut-être parler de l’impact de cette décision américaine sur les populations et les pays africains. Est-ce qu’il y a une manière de mesurer cet impact ? 

    Il y a déjà les gens qui travaillent dans ces agences d’aide, comme l’USAID, qui se retrouvent au chômage technique. Il y a beaucoup d’ONG qui dépendent des financements de l’USAID qui vont se retrouver également à court d’argent. Et puis il y a surtout les populations bénéficiaires de cette aide. 

    Vous savez, depuis les programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale, plusieurs secteurs, notamment sociaux en Afrique, dépendent quasiment de l’aide publique au développement : la santé, l’éducation. C’est-à-dire que le fonctionnement est assuré par le budget national. Mais pour l’essentiel, les budgets d’investissement dépendent en fait des aides. 

    Pourtant, vous appelez aussi à relativiser le poids et l’importance de cette aide américaine… 

    L’Afrique exporte à peu près 600 milliards de dollars en termes de recettes d’exportation qui ne sont pas forcément rapatriés. Et en plus, la CNUCED nous indique qu’il y a à peu près 90 milliards de dollars chaque année de flux financiers illicites qui quittent l’Afrique en direction du reste du monde. Donc en net, l’Afrique apporte plus au reste du monde que l’inverse. Et donc c’est une question au fond de narratif. 

    Alors que peuvent faire les États africains ? Est-ce que ce n’est pas justement le moment pour eux de repenser certaines de leurs politiques budgétaires notamment ? 

    Nous nous sommes complus dans l’acceptation du narratif occidental qui consistait à dire qu’on nous aide. Dans les faits, ce n’est absolument pas vrai. 

    Et comme en plus, nous avons toujours eu des dirigeants qui donnaient l’impression d’aller quémander auprès du reste du monde ce dont ils avaient besoin pour piloter leurs nations, il s’est installé ce narratif. Et donc il est temps d’assumer les fonctions régaliennes des États. 

    On ne peut pas laisser les fonctions régaliennes de l’État aux aléas des flux d’aide publique au développement. Et de ce point de vue, l’annonce américaine peut servir au fond de réveil pour les dirigeants africains qui doivent comprendre qu’ils doivent assumer pleinement la souveraineté économique. 

    Et alors, quels sont les défis qui se posent à eux ?  

    Il y a un enjeu autour de la dette parce qu’aujourd’hui, ce que nous constatons, c’est que le ratio du service de la dette sur les recettes totales est de 54 % en Afrique, contre 10 % dans les pays développés. 

    Ça veut dire que plus de la moitié de vos recettes fiscales et non fiscales est consacrée au remboursement de la dette. Donc, vous voyez, au moment où vous votez votre budget, vous savez déjà que vous êtes amputé de plus de la moitié de vos recettes. Et donc, comment vous voulez piloter les politiques économiques si vous n’avez que la moitié des ressources budgétaires. 

    Et c’est pour ça que moi, je plaide pour une annulation de la dette parce qu’on voit qu’aujourd’hui le service de la dette empêche les États d’avoir de vraies politiques publiques volontaristes. 

    Il me semble aussi que vous, vous faites partie de ceux qui ont appelé en fait à une refonte du système de solidarité internationale, vous n’êtes pas non plus pour une suppression totale des mécanismes d’aide. Qu’est-ce que vous entendez par là ?  

    C’est simplement revenir aux fondamentaux. L’aide est utile, mais il faut qu’elle soit bien pensée, bien utilisée et bien évaluée. Et du coup, j’ai quasiment envie de dire par rapport à l’annonce américaine qu’il ne faut pas jeter l’aide avec l’eau du populisme.

     La communauté internationale construit depuis un demi-siècle quelque chose d’important dans lequel nous nous inscrivons, nous les Africains. Et donc ce multilatéralisme équitable, moi, je prône qu’il ne soit pas abandonné. Et c’est pour ça que je dis qu’il y a en fait tous les outils qui existent déjà pour qu’on fasse du bon travail collectivement. L’enjeu, c’est de sortir des dépendances subies et d’opter pour des interdépendances choisies. 

    Ça pourrait aussi inciter les pays africains à se tourner vers d’autres partenaires, j’imagine ? 

    Ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le « Sud global » avec des pays comme la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran et d’autres, vont certainement prendre la place que les Américains sont en train de laisser vide en Afrique. 

    Et c’est pour ça que, au fond, on a l’impression que l’Occident se tire une balle dans le pied par ce type d’annonce. Au fond, ça accrédite la thèse d’un retrait de l’Occident et ça légitime aussi une montée en puissance des BRICS. 

    Et donc c’est très intéressant, d’un point de vue géopolitique, de comprendre que ce type d’annonce n’est pas neutre.

    Source: rfi.fr

  • Retour sur la suspension de l’aide des États-Unis à l’Afrique du Sud

    Retour sur la suspension de l’aide des États-Unis à l’Afrique du Sud

    Donald Trump, pour sanctionner une loi sur l’expropriation de certains propriétaires afrikaners, suspend l’aide des États-Unis à l’Afrique du Sud. À la surprise générale, toute la classe politique du pays, y compris l’Alliance démocratique, opposée à ladite loi, se mobilise derrière Cyril Ramaphosa, en dénonçant une désinformation propre à entacher l’image de leur pays. Comment expliquer le contraste avec la RDC, où les principales formations de l’opposition accablaient, cette semaine, Félix Tshisekedi pour sa gestion de la guerre dans l’est du pays ?

    Au nom du danger qui guette leur patrie, les opposants congolais auraient pu, en effet, épauler leur président. La conscience qu’ils ont de leurs responsabilités vis-à-vis de la nation est peut-être ce qui distingue la classe politique d’Afrique du Sud des politiciens de nombreux autres pays, où beaucoup ramènent tout à leurs rancœurs personnelles, à leurs intérêts immédiats. En RDC, certains ne conçoivent l’opposition entre adversaires politiques qu’en animosité incurable. En Afrique du Sud, pour préserver l’essentiel, ils savent taire, à l’occasion, leurs dissensions. Même du temps de l’Apartheid, tous les Blancs n’étaient pas des partisans bornés du racisme d’État. D’ailleurs, les extrémistes Afrikaners ont décliné l’offre d’asile de l’Américain, un président rétif aux étrangers envahissant son pays, et d’une si soudaine hospitalité ! Sa logique est indéchiffrable. Ou trop explicite…

    Qu’y a-t-il de trop explicite, dans cette offre ?

    À quoi, à qui la fait-il ? À leur condition de persécutés ? Ou à leur couleur de peau ? En Afrique du Sud, la dimension raciale de la question de la terre est telle que l’on a dû constitutionnaliser la nécessité d’un rééquilibrage décent. 72% des terres agricoles appartiennent à 8% de Sud-Africains blancs. Certains en possèdent tellement qu’ils en laissent en jachère, ou en garanties bancaires. Trente ans après la fin de l’Apartheid, le statu quo était intenable. Les expropriations qui transforment Donald Trump en défenseur des droits de l’homme ne visaient qu’à leur reprendre les terres non exploitées. Sauf que le président des Etats-Unis, tel le promoteur immobilier qu’il ne peut s’empêcher d’être, salive devant chaque hectare, alors que l’on attend du leader du monde libre, d’oublier celui où prévalaient les méthodes d’antan des milieux d’affaires new-yorkais, avec les Bernard Madoff et autres personnages convaincus que l’essentiel est de prospérer, à la manière d’un Charles Ponzi, escroquant de nouveaux clients pour rémunérer les précédents. La question de la terre en Afrique du Sud est bien trop sensible pour accepter que Trump s’en mêle.

    Pourquoi donc est-elle si sensible, si délicate, cette question ?

    Sans doute parce qu’elle renvoie sans cesse au piège infernal de la responsabilité initiale : qui donc, le premier, a exproprié qui ? Nelson Mandela, magnifié, notamment en Occident, pour son leadership tolérant, a laissé beaucoup d’amertume chez les siens, pour n’avoir pas osé restituer leurs terres aux communautés noires, à la fin de l’apartheid. Même Robert Mugabe a dû s’y prendre par étapes, avant de confisquer leurs terres aux Blancs du Zimbabwe, au début des années 2000. Durant les quatorze semaines passées, en 1979, à négocier l’indépendance du Zimbabwe à Lancaster House, la délégation du Front patriotique, qu’il conduisait avec Joshua Nkomo, a maintes fois menacé de se retirer, si elle ne pouvait, en même temps que l’indépendance, restituer au peuple les terres accaparées du temps colonial. Pour sauver les négociations, le gouvernement Thatcher, au Royaume-Uni, et l’administration Carter, aux États-Unis, leur proposèrent d’accepter l’indépendance, avec la promesse de leur octroyer, dans cinq ans, les fonds pour racheter leurs terres aux propriétaires blancs. À l’échéance, Ronald Reagan, président des États-Unis, prétextera de l’orientation marxiste du régime zimbabwéen pour refuser d’honorer la promesse. Dans l’impossibilité d’honorer la principale promesse de l’indépendance, Mugabe revient régulièrement à la charge. En vain. Aussi, choisit-il, vingt ans après l’indépendance, de recourir aux grands moyens, avec quelques maladresses. Des manifestants expulsent les Blancs et occupent les propriétés. Pointant Mugabe du doigt, Tony Blair invitera alors le monde à contempler ce qu’est un dictateur sans pitié. Sans doute l’était-il. Mais était-ce vraiment là, la question ? Une belle diversion !

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 15 février 2025 sur RFI

  • Trump 2: retour au nombrilisme

    Trump 2: retour au nombrilisme

    Au tout début de son second mandat, le quarante-septième président des États-Unis semble découvrir que son pays n’est pas seul au monde, et profite autant des autres que les autres de l’Amérique. Sa politique d’intimidation semble vouée à l’échec.

    Retrait de l’Accord de Paris sur le climat, sortie de l’OMS et d’autres organes du système des Nations unies, visées sur le Groenland, le canal de Panama, et maintenant Gaza, vidée de ses habitants… En seulement deux semaines, Donald Trump, par ses annonces et décisions aussi intempestives que troublantes, a affolé les chancelleries et les places financières. Que laisse présager tout cela de son second mandat ?

    Sans doute beaucoup d’improvisations. Et, aussi, des reculs spectaculaires. Car, plus personne n’entend se laisser intimider par lui, désormais. Sur l’augmentation des droits de douane, le Canada et le Mexique l’ont déjà fait reculer. Et les mesures de rétorsions vigoureuses de la Chine sont et pèseront de leur poids. À terme, ce président perdra donc sa capacité d’intimidation, et sera démystifié par ceux qui le prenaient pour un Rambo conquérant. Il ne lui resterait plus alors que la tentation de la fuite en avant. Avec ce que cela comporte de risque pour l’équilibre d’un monde sommé de subir les sautes d’humeur d’un président des Etats-Unis élu par 77 millions de ses concitoyens, président dont le pouvoir dépasse les frontières de leur pays, et dont les décisions troublantes ont des implications, loin de chez eux.

    Comment pouvaient-ils imaginer tout ce dont est capable ce président ?

    Ils auraient dû savoir. Trump n’est pas un inconnu. Dans la multitude de témoignages qui lui sont consacrés, trois personnalités qui l’ont pratiqué et ne le détestaient pas toutes dressent de lui un portrait qui aurait dû intéresser davantage ceux qui, pour la seconde fois, viennent de l’imposer au monde. « Imposteur, charlatan, personnage autoglorifiant s’attribuant des succès qu’il ne mérite pas », disait de lui, dans les années 80, Ed Koch, maire de la ville de New York, à laquelle il avait extorqué, pour sa Trump Tower, quarante ans d’abattements fiscaux.

    Roy Cohn, avocat de cinq familles de la maffia new-yorkaise, qu’il avait choisi pour conseil en raison de sa capacité à intimider les autres, disait, bien avant janvier 2021, que Trump ne supportait pas de perdre. Enfin, Barbara Reiss, l’ingénieure qui a construit pour lui la Trump Tower, le décrivait comme un homme qu’il valait mieux ne pas avoir face à soi. « Il attaquait, disait-elle, il était vicieux, et aimait s’en prendre à deux sortes de personnes : les faibles – parce qu’il trouvait toujours leurs failles et les exploitait –, et ceux qui s’en prenaient à lui, et contre qui il se retournait, dès lors qu’il se sentait plus fort ».Sur lui, tout avait et été dit, tout était su. Nul ne découvre aujourd’hui, à la tête de la première puissance mondiale, un homme différent de celui qui confiait à la chroniqueuse mondaine Rona Barrett, dans les années 80, que s’il perdait tout, il ferait de la politique.

    Pour beaucoup, il demeure l’homme qui veut rendre sa grandeur à l’Amérique. Et ils le croient…

    Ces deux dernières semaines, il a plutôt été le révélateur des vulnérabilités de l’Amérique, qui a reculé devant les mesures de rétorsions brandies par le Canada et le Mexique. Tous savent, désormais, où frapper et comment parer à l’intimidation. À force d’indexer, dans ses monologues de campagne, certains pays comme des pique-assiette abusant de la générosité des Américains, il a oublié les milliers de milliards de dollars que tirent les USA du commerce avec les autres. Et il est tombé de haut, en apprenant les conséquences de la riposte des autres au mépris : renchérissement des importations en provenance de ces États, menaces sur les emplois dans les industries américaines exportant vers ces pays… Comme s’il découvrait, soudain, que les Américains ne sont pas seuls au monde.

    Justifier le report des tarifs douaniers visant le Canada et le Mexique par les efforts déployés sur leurs frontières est une supercherie, dont il ne pourra user indéfiniment pour différer son hasardeuse promesse de campagne. Il finira donc par reconnaître que les autres ne sont pas que des parasites. Mieux : qu’aucun peuple, sur terre, ne vend aux autres autant que les Américains. Sous toutes les latitudes, le reste du monde leur achète, à chaque seconde, des milliers de produits. En supplément à leurs mesures de rétorsion, les Chinois, du haut de leur culture millénaire, ont rappelé aux Américains que les guerres commerciales font rarement des vainqueurs. Dans le vacarme suicidaire de la tentation nombriliste, cette vérité d’intelligence méritait d’être dite et entendue.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 8 février 2025 sur RFI

  • Trump: le triomphe du populisme

    Trump: le triomphe du populisme

    Les américains l’ont voulu. Ils l’ont fait. Donald Trump est à nouveau président. Je les envie en fait. Pourquoi ? Ils ont mis à la tête de leur pays celui qu’ils ont voulu. C’est la démocratie, elle est simple et commode.

    Au-delà, je considère que les américains ont une fois encore cédé aux lueurs du populisme. Aux mirages, doit-on dire.

    Pour moi en effet, Trump a la manie des positions politiques va-t-en-guerre. Sur différents sujets, Trump prend des positions qui émeuvent les américains. Déçus par la gouvernance Biden, mysogines ou gynesceptiques, ils ont pris le parti du populisme de Trump, sans se soucier de la pertinence ou de l’opérationnalité des positions de leur champion.

    Je considère en vérité que, au-delà de la liberté des américains de croire ou non aux propositions de Trump, certaines, sino’ toutes, de ces positions sont impertinentes. Démagogiques. Elles relèvent de l’arnaque politique et morale. N’est-ce pas que la fin justifie les moyens ? Que tout flatteur vit aux dépens de ceux qui l’écoutent ? C’est aussi vrai que qui vivra verra.

    Bonne chance aux américains.

    Kodjo Avuletey

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    10Félix Nahm et 9 autres personnes

  • Comment traiter avec Donald Trump

    Comment traiter avec Donald Trump

    Le président élu des États-Unis, si prompt à dénigrer certaines nations, sait néanmoins faire preuve de mesure, lorsque le poids économique des interlocuteurs s’impose à lui. L’Afrique, pour l’affronter, devra apprendre à exister véritablement dans l’économie mondiale.

    La messe est dite : les électeurs américains ont rouvert, ce 5 novembre, le Bureau ovale à Donald Trump. Un président qui ne s’est pas souvent distingué par la délicatesse des qualificatifs dont il use, pour parler de l’Afrique. Les Africains doivent-ils s’inquiéter de son retour prochain à la Maison Blanche ?

    Seuls les Américains savent ce qui est le mieux pour leur pays. Ils l’ont élu. Ils vont l’avoir. De par le monde, il en est qui s’en réjouissent, en effet. Mais il en est aussi qui s’apprêtent, résignés, à s’accommoder de la nouvelle donne à Washington, avec un dirigeant prévisible, pour le pire et le meilleur. Pour l’Afrique, cette élection n’aura aucune incidence déterminante. Pas plus avec lui qu’elle n’en aurait eu avec Kamala Harris présidente.

    Le président des Etats-Unis gouverne pour les intérêts de son pays et de son peuple. Quant aux réflexions désobligeantes de Donald Trump, si elles font mal, c’est parce que le chef d’un tel État ne devrait pas parler de la sorte des autres. Nombre d’autres dirigeants pensent comme lui, mais ne le disent pas. Ou alors, à l’abri des caméras et des micros. La question fondamentale n’est donc pas de savoir pourquoi certains pensent tant de mal des nations africaines et le chuchotent à huis clos, mais ce que doivent faire les Africains, pour inspirer un peu plus de respect.

    Que doivent donc faire les Africains, pour inspirer le respect ?

    Peut-être devraient-ils commencer par s’interroger sur la place de l’Afrique dans ce monde où l’on ne vous respecte que par rapport à ce que vous représentez et présentez comme intérêt. Où donc se pense, aujourd’hui, l’avenir de ce continent ? Quels leaders pour piloter une stratégie panafricaine dense, avec un chronogramme rigoureusement respecté ? Un continent sur lequel l’on fait silence, partout où il est question de perspectives et de stratégies planétaires, est un continent virtuellement perdu. Certes, quelques cercles de réflexion plus ou moins démunis analysent, ici et là, certains segments la vie des nations. Mais tout cela manque terriblement de moyens, de cohésion et de coordination. L’Afrique souffre d’un déficit chronique de dirigeants capables d’investir et de s’impliquer dans une réflexion d’avenir. Alors, chaque pays, chaque dirigeant s’agite dans ses limites géographiques étriquées, pour des résultats aussitôt compromis par l’incohérence de tel ou tel de ses voisins.

    Comme si le train du développement, à jamais, était bloqué. À quai. Encore pire que ce que déplorait, en 1962, le célèbre agronome René Dumont, dans son ouvrage au titre finalement pas si violent : « L’Afrique noire est mal partie »… Il lui faut se réinventer, pour espérer se hisser durablement dans l’estime des nations.

    Croyez-vous que cela suffira pour échapper aux propos désobligeants de certains ?

    Non. Mais, il faut, au préalable, ne plus prêter le flanc aux critiques faciles et parfois grossières. Ensuite, lorsque l’on scrute la prudence que met le même Trump à attaquer certains pays ou dirigeants, on comprend que certaines réalités lui imposent de la retenue. L’Afrique doit donc pouvoir peser véritablement dans l’économie mondiale pour compter. Avec toutes les ressources naturelles dont regorge son sous-sol, et tant de minerais que convoite la terre entière, elle ne peut persister à juste exporter les matières premières, sans même faire des réalisations, pour faire fructifier lesdites ressources.

    Si Donald Trump évite certains qualificatifs trop discourtois, lorsqu’il parle, par exemple, de la Chine, c’est parce qu’il ne peut se le permettre : les Chinois détiennent une part, certes décroissante, mais toujours appréciable des près de 35 000 milliards de dollars de dette américaine. Tout homme d’affaires lucide sait que l’on ne parle pas n’importe comment à ses créanciers ou à son banquier. L’équilibre de la terreur, autrefois soutenu par les armements stratégiques et la dissuasion nucléaire a, aujourd’hui, un pendant économique et financier tout aussi efficace : les finances, la puissance économique. Là où les Chinois, jadis indexés comme une bombe démographique à retardement, sont, de fait, devenus « actionnaires des États-Unis », l’Afrique doit-elle continuer à n’être qu’une spectatrice passive de son destin ?

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 9 novembre 2024

  • Aux Etats, Donald Trump de retour au pouvoir

    Aux Etats, Donald Trump de retour au pouvoir

    Donald Trump, le candidat républicain remporte l’élection présidentielle aux États-Unis face à la démocrate Kamala Harris. Il sera investi le 20 janvier prochain.

    Bien avant la certification des résultats dans chaque Etat, c’est l’ancien président qui l’emporte face à la vice-présidence. Le milliardaire signe ainsi son retour fracassant au pouvoir qu’il a quitté il plus de quatre ans.

    Selon  James Cohen, le chef des démocrates de l’étranger, les Democrats Abroad, « Ça va être désastreux pour la plupart des Américains, pour les femmes, pour les homosexuels, pour les minoritaires ».

    Et d’ajouter : « Ça va être désastreux pour le climat. Ça va être désastreux pour la France, pour l’Europe, pour les relations internationales. Ça va être catastrophique ! L’Amérique a choisi une catastrophe pure et simple ».

    Les partisans et soutiens de Trump, eux, jubilent.

  • États-Unis: des élections à conséquences

    États-Unis: des élections à conséquences

    L’homme qui a aidé à créer le mythe Donald Trump pour la télé-réalité demande pardon aux Américains, « pour avoir aidé à créer un monstre ».

    Le compte à rebours est lancé : le 5 novembre, les Américains se rendront aux urnes, pour élire leur président pour les quatre prochaines années. D’où vient donc cette impression que cette élection aura des conséquences déterminantes sur la paix mondiale ?

    D’ordinaire, l’opinion, sous toutes les latitudes, vit chaque présidentielle aux États-Unis comme si elle était déterminante pour le destin du monde. Et, de fait, elle l’est, puisque le locataire de la Maison Blanche, de par le poids de son pays sur l’échiquier diplomatique international et dans l’économie mondiale passe pour être le leader du monde libre. Avec l’actualité agitée que nous vivons, et toutes ces tensions qui fragilisent les équilibres régionaux, la personnalité du prochain président des États-Unis peut, soit ramener un tout petit peu de sérénité, ou précipiter le monde vers un peu plus d’incertitude. Certains des protagonistes des tensions actuelles ne s’y trompent pas, qui ont leurs préférences, et seraient heureux de voir dans le Bureau ovale Donald Trump ou Kamara Harris, pour leur permettre de persister dans la voie qu’ils ont choisie, ou de refréner quelque peu les ardeurs de leurs adversaires. Deux personnalités en tout points dissemblables, que les sondages peinent à départager. Autant dire que le meilleur reste possible, mais le pire aussi.

    N’a-t-on pas un peu trop tendance à diaboliser Donald Trump ?

    Ses actes et ses propos justifient la perception que l’on peut avoir de lui. Pour le reste, lui-même ne se prive pas de diaboliser tous ceux qui viennent d’ailleurs, ne pensent pas comme lui, ou ont l’outrecuidance de ne pas le soutenir. D’ailleurs, il suffit de survoler la liste de tous ceux qui l’ont soutenu par le passé, ont travaillé avec lui et tout donné pour lui, et qui se retrouvent à le combattre aujourd’hui avec virulence, pour comprendre. Son propre vice-président l’a désavoué, et Dick Cheney, l’ancien vice-président de George W. Bush, connu pour être un républicain pur et dur, s’est rangé derrière la candidate démocrate. Tout comme sa fille Liz Cheney, qui a justifié son rejet de Donald Trump par cette formule assassine : « les Américains veulent un président que leurs enfants peuvent regarder avec fierté ». Ses amis, Trump les embarrasse ou leur fait peur.

    Les défections les plus spectaculaires sont celles de jeunes dames courageuses, qui occupaient des postes en vue à la Maison Blanche sous son administration, et disent aujourd’hui préférer leur patrie à leur parti. Nombre de ceux qui ne le combattent pas craignent sa capacité de nuisance, mais le détestent. Ils réprouvent sa radicalité dans le verbe, ses affirmations définitives parfois à mille lieues de la vérité. Ils le trouvent potentiellement dangereux pour la paix mondiale et pour la paix sociale, tant il a du mal à concevoir les relations humaines et interétatiques autrement que dans des rapports d’allégeance ou d’hostilité. Pour certains, il a pris en otage le Parti républicain d’Abraham Lincoln. Ce parti de valeurs est devenu le parti de Trump, assénant les contre-vérités avec un aplomb déconcertant.

    Il y a pourtant un public qui le suit, des foules…

    Oui ! Au-delà des États-Unis, le danger qui guette notre monde tient au fait que les dirigeants populistes ont du succès. Une partie de l’opinion adhère ou donne l’impression d’adhérer, y compris à leurs mensonges flagrants. Quel que soit le côté inacceptable de ce que disent certains dirigeants politiques, il y a toujours une partie de l’opinion qui les suit et s’abreuve à la fontaine de leurs excès. Comme si le monde avait pris congé des dirigeants d’envergure. Les imposteurs, les démagogues, les populistes ont quartier libre. Les gens qui sont en politique pour servir l’intérêt général sont de moins en moins nombreux. Mais les actes inappropriés, les propos indécents ne restent jamais sans conséquences pour les peuples. La facture des excès et autres guerres inutiles devra être, tôt ou tard, réglée. Ancien directeur du marketing de la chaîne américaine NBC, John Miller, qui a aidé à fabriquer le mythe Donald Trump dans l’émission de télé-réalité « Apprentice », a pris sa plume, ces jours-ci, pour demander pardon aux Américains, « pour avoir aidé à créer, vingt années durant, un monstre », dit-il. En voici la facture…

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 19 octobre 2024

  • Etats-Unis: Biden confronté à un choix historique

    Etats-Unis: Biden confronté à un choix historique

    L’état dans lequel se trouvait le président sortant des États-Unis, ce jeudi, est un cadeau inespéré pour son tristement célèbre prédécesseur et adversaire. L’option d’un retrait serait un service à son peuple et à l’humanité. En politique, il faut, parfois, savoir perdre un peu, pour gagner l’immortalité.

    Joe Biden, qui s’embrouille dans ses réponses, mais refuse obstinément d’accepter que ses forces l’abandonnent, au point d’offrir les clés de la Maison Blanche à un Donald Trump incapable d’accepter une défaite électorale, et qui, à coups d’affirmations fantaisistes, prend de surprenantes libertés avec la vérité. Tel était le décor du premier débat de la présidentielle de novembre prochain, aux États-Unis. Quels signaux reçoit ainsi l’Afrique de la démocratie américaine ?

    Depuis que Donald Trump a lâché ses partisans à l’assaut du Capitol, en janvier 2021, la démocratie américaine a cessé d’impressionner en Afrique. Trump a même failli rabaisser les États-Unis au rang de ces républiques bananières que lui-même méprise tant. Il n’empêche. Bien des tares, que l’on déplore régulièrement dans la vie politique, en Afrique, ne paraissent plus improbables, en Amérique ou dans certaines grandes démocraties. Ainsi, lorsque Joe Biden, manifestement diminué, sans plus assez de lucidité pour admettre qu’il serait peut-être temps pour lui de passer la main, certains, en Afrique, se demandent ce qui le différencie de Robert Mugabe, même s’ils n’ont rien en commun, dans la pratique du pouvoir. Quant à Donald Trump, qu’aurait l’aplomb avec lequel il assène les approximations à envier à certains despotes d’Afrique ou d’ailleurs ?

    Le pire, ici, est que Biden, inconsciemment, est en train de faciliter le retour de Trump à la Maison Blanche. Ce serait l’ultime preuve que très peu de démocraties, aujourd’hui, sont à l’abri d’un recul brutal. Surtout dans un monde où nombre d’électeurs, d’insatisfactions en déceptions dues aux politiciens, n’hésitent plus à faire, quand bon leur semble, un usage capricieux de leur bulletin de vote.

    Aux États-Unis, au moins, certains leaders amis de Biden disent tout haut qu’il serait bon qu’il s’éclipse…

    Mais, comme en Afrique, il est aussi des partisans ou courtisans qui n’osent pas dire la vérité à ce leader qui sombre dans un naufrage évident. Par tendresse ou par calcul, certains tentent de faire croire qu’il pourrait, demain, retrouver la vigueur qu’il faut pour rassurer les Américains. Et pourtant, à vue d’œil, celle-ci l’abandonne, de jour en jour. C’est comme cela qu’en Afrique, des dirigeants fatigués, sinon finis, s’accrochent, envers et contre tout. Certes, aux États-Unis, les institutions fonctionnent. Mais les questionnements qui découlent du débat de ce jeudi n’interpellent pas que le présent. C’est aussi, surtout l’avenir qui est en cause. Et l’on imagine comment Joe Biden pourrait, durant les quatre prochaines années, retrouver la vigueur qui semble l’abandonner jour après jour. Après tout, aux États-Unis, le président de la République est d’abord le commandant en chef des armées. Convenir qu’il est durablement diminué n’est pas de la malveillance, mais juste ne pas parier sur l’incertitude, par rapport aux charges de leader du monde libre.

    Et c’est ici que ce qui peut être considéré comme un problème typiquement américain devient une source de cauchemars pour la planète. Dans son déni de tout, Donald Trump a laissé croire que Biden était en train de précipiter l’humanité vers une troisième guerre mondiale. Et si c’était lui-même, au cas où il retournerait à la Maison Blanche ? Joe Biden, en cédant la place à un candidat plus solide, rendrait un service à son peuple, et à la terre entière, dans un monde guetté par tant de dangers.

    Barack Obama a pourtant fait valoir que les débats décevants font partie de la vie politique.

    Un débat voulu et longuement préparé par Biden. Ses propres médecins ne peuvent assurer que le naufrage du temps l’épargnera moins au fil de la campagne. Ni même si l’un et l’autre arriveront à l’élection. Se convaincre qu’il y aura des jours meilleurs, c’est se mentir. Et c’est au nom de tous que parlent tous ceux qui demandent aux démocrates de se trouver un candidat plus convaincant. Et s’il avait le courage de l’accepter, Joe Biden pourrait entrer dans l’Histoire, comme y est entré, pour toujours, Lyndon Baines Johnson, en renonçant à un second mandat qui aurait mis parti en lambeaux. Les Américains, aujourd’hui encore, considèrent « LBJ » comme un des plus grands présidents de l’histoire des États-Unis d’Amérique. En politique, il faut, parfois, savoir perdre un peu, pour gagner l’immortalité.

    À Joe Biden, comme à Donald Trumps, on a envie de dédier ces quelques injonctions, tirées de l’hymne de l’Empire du Wassoulou, dans l’actuel Mali : « Si tu ne peux organiser, diriger et défendre le pays de tes pères, fais appel aux hommes plus valeureux ».

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 29 juin 2024

Radio Renouveau228

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