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  • Togo-𝐋𝐞𝐬 𝐅𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐦𝐞́𝐝𝐢𝐚𝐭𝐫𝐢𝐜𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐚𝐮𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐞́𝐥𝐞̀𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐯𝐨𝐢𝐱 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐝𝐞́𝐬𝐢𝐧𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐛𝐚𝐬𝐞́𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐠𝐞𝐧𝐫𝐞

    Togo-𝐋𝐞𝐬 𝐅𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐦𝐞́𝐝𝐢𝐚𝐭𝐫𝐢𝐜𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐚𝐮𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐞́𝐥𝐞̀𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐯𝐨𝐢𝐱 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐝𝐞́𝐬𝐢𝐧𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐛𝐚𝐬𝐞́𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐠𝐞𝐧𝐫𝐞

    À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la désinformation célébrée chaque 12 juin, les Femmes Médiatrices Communautaires (FMC)  ont animé sur la radio Horizon de Tsévié (région maritime), une émission engagée  avec l’appui de WANEP-TOGO sur la désinformation basée sur le genre.

    Témoignages, définitions,  outils pratiques et échanges interactifs ont rythmé ces 45 minutes d’antenne pour éveiller les consciences face à un fléau invisible mais puissant : la désinformation basée sur le genre.

    Voici quelques éléments clés à retenir :

     58 % des femmes leaders africaines ont déjà été ciblées par des fausses informations sexistes (ONU Femmes, 2023).

    • La désinformation basée sur le genre repose souvent sur des stéréotypes bien ancrés ce qui facilite son fonctionnement

    • Elle est l’une des causes de l’auto-censure et la réticence à la gestion citoyenne ou à la candidature à des postes de pouvoir, d’autorité des femmes et également à la baisse de la participation politique des femmes.

    • Il est primordial de toujours vérifier les informations qu’on reçoit avant de les partager

    • Derrière les fakes news, ce sont des vies, des carrières et des droits qu’on brise.

     Contre la désinformation, chacun.e de nous peut agir : vérifier avant de partager, éduquer, signaler.

    WANEP-Togo

  • Golfe1/Reddition des comptes: les gratitudes d’Espoir Koudjodji

    Golfe1/Reddition des comptes: les gratitudes d’Espoir Koudjodji

    Conformément à l’article 18 de la loi sur la décentralisation, la Commune du Golfe 1 a rendu compte à ses administrés. Il s’agit d’ ”Une règle de bonne gouvernance que nous avons adoptée et qui renforce notre proximité avec nos populations”, souligne Espoir Koudjodji, le maire adjoint.

    𝐌𝐞𝐬 𝐠𝐫𝐚𝐭𝐢𝐭𝐮𝐝𝐞𝐬….

    Pour la troisième fois consécutive, le conseil municipal du Golfe 1 a rendu compte aux mandants que sont les populations.

    Cette exigence de la loi sur la décentralisation est à son article 18 qui demande aux élus locaux de rendre compte de leur gestion.

    Une règle de bonne gouvernance que nous avons adoptée et qui renforce notre proximité avec nos populations. Du fonctionnement et des investissements, tous les détails de la gestion 2024 sont donnés.

    En fin de mandat, c’était également l’occasion de souligner quelques grandes lignes du bilan global des six (06) ans de gouvernance à la tête de la commune Golfe 1.

    La décentralisation avec des conseils élus étant une nouvelle expérience au Togo, nous avons essayé quelque chose que les gens peuvent apprécier à juste titre. Si les résultats de cette gestion sont encourageants, comme cela a été dit par la plupart des intervenants à la cérémonie d’hier 17 juin 2025, c’est à mettre à l’actif du collectif : Conseil communal, l’exécutif, le personnel et les forces vives de la commune. Nous avons accordé nos violons malgré nos différences pour bâtir ce bilan que nous défendons tout en reconnaissant des faiblesses liées aux nombreuses attentes non satisfaites. C’est aussi une question de moyens et de priorisation.

    Je voudrais ici comme je l’ai fait de vive voix hier à la cérémonie, rendre hommage à la population du Golfe 1 dans toute sa diversité, au personnel qui sous le soleil et la pluie est à l’œuvre pour rendre service et régler quotidiennement les problèmes des administrés. Mes remerciements en ma qualité de membre de l’exécutif local vont également à la chefferie traditionnelle, les confessions religieuses, aux Comités de Développement de Quartiers (CDQ), les associations de femmes et de jeunes, les services déconcentrés de l’Etat, les opérateurs économiques…

    Tous ces acteurs venus d’horizons divers, dans toute leur diversité religieuse et ethnique, chacun dans son domaine, ont décidé d’apporter leur touche, leur contribution au développement de leur commune. Cette convergence dans la diversité est le socle de la cohésion sociale. C’est en cela que tout discours ou toute considération communautariste est à condamner quand il s’agit d’une commune qui est un Etat en miniature, où les habitants et les différents acteurs sont variés et de plusieurs origines.

    Nous avons ce grand devoir de construire nos différents territoires pour le développement du Togo aujourd’hui en difficulté à cause de la mal gouvernance généralisée, source de misère ambiante des populations. Le développement par la base reste l’un des remparts.

    Espoir Koudjodji, maire adjoint de la commune du Golfe 1

  • Au Togo, la Prison civile de Lomé est «un vrai mouroir»

    Au Togo, la Prison civile de Lomé est «un vrai mouroir»

    Série · Dans « Prisons et passé colonial », nous explorons les liens encore vivaces entre les réalités pénitentiaires sur le continent africain et la colonisation. Au Togo, la Prison civile de Lomé est un bâtiment inadapté qui date de l’époque coloniale. Dans des cellules vétustes et surpeuplées, où s’allonger est parfois impossible, des détenus meurent faute de soins. Cette enquête a été réalisée en partenariat avec le consortium Togo Reporting Post.

    « C’est l’enfer sur terre. Sortir vivant de cette prison est un miracle », se souvient avec douleur John (le prénom a été modifié), libéré il y a environ un an de la prison civile de Lomé. Surpopulation carcérale, chaleur suffocante, manque d’hygiène, de soins de santé et mauvaise nourriture : au Togo, être détenu dans l’une des quatorze maisons d’arrêt civiles relève du calvaire.

     En 2019, le Comité contre de la torture des Nations Unies demandait aux autorités togolaises de « fermer définitivement et sans délai la prison de Lomé et de concevoir un plan général sur la situation des établissements pénitentiaires au Togo. » Pour l’ONU, les conditions de détention en prison et dans les lieux de garde à vue au Togo ne sont pas conformes à « l’ensemble de règles minima pour le traitement des détenus. »

    En novembre 2024, un jeune homme emprisonné pour une dette meurt à Lomé deux semaines seulement après son incarcération, selon Kao Atcholi, président de l’Association des victimes de torture (Asvitto), joint par Afrique XXI. En février, Karrou Wawim, arrêté lors des manifestations de l’opposition en 2018 et considéré comme un prisonnier politique par des organisations de la société civile, est décédé suite à un mauvais suivi médical. Ses avocats affirment qu’il a été torturé lors de sa garde à vue. Pour l’Asvitto, « entre 2020 et 2025, onze personnes victimes de la torture et des traitements cruels, inhumains et dégradants » ont trouvé la mort en prison.

    Les personnes enfermées sont par ailleurs exposées quotidiennement à des maladies de la peau, de l’estomac, à des bronchites, des hépatites, ou même à des épidémies comme la gale. Dans la prison de Lomé, une infirmerie est tout de même ouverte en journée. Un détenu malade doit alerter ses « chefs bâtiments », qui à leur tour préviennent les gardiens. Si besoin, il peut être évacué dans un hôpital de la ville pour d’autres soins.

    L’eau du forage est polluée

    En revanche, la plupart des centres de détention du Togo n’ont tout simplement pas de centre de santé. Dans ce cas, les seuls soins apportés sont le fait du personnel médical qui se déplace certains jours pour venir voir les détenus, ou de gardes pénitentiaires qui ont reçu une formation basique au métier d’infirmier. Dans tous les cas, une majeure partie des coûts est prise en charge par les détenus.

    Certaines associations financent des médicaments et des traitements, ou aident les centres de détention à éliminer des épidémies comme la gale. C’est le cas du Collectif des associations contre l’impunité au Togo (Cacit), qui plaide auprès d’Afrique XXI pour que « chaque prison possède des infrastructures en termes de soins et que les détenus soient totalement pris en charge ». 

    Jusqu’à l’épidémie de Covid-19, les détenus ne bénéficiaient que d’un repas par jour. Les prisonniers avec de la famille à l’extérieur ou un peu d’argent pouvaient améliorer leur quotidien. Depuis la crise sanitaire, alors que les familles étaient dans l’impossibilité de se rendre à la prison, les autorités ont consenti à servir deux repas par jour. En revanche, selon les anciens détenus, la qualité reste mauvaise et le contenu « bourratif ».

    S’hydrater est un autre défi : l’eau courante, fournie par la Société togolaise des eaux (TDE), ne fonctionne pas dans la prison de Lomé. Il faut payer pour se désaltérer, ou s’approvisionner à un forage directement connecté à la nappe phréatique. La pollution de Lomé s’y infiltre et la qualité de l’eau n’est pas contrôlée.

    Un taux d’occupation de 368 %

    Ces conditions d’hygiène s’ajoutent à la fatigue cumulée à cause des mauvaises conditions de repos. « Il n’y a pas de place pour dormir, témoigne à nouveau John. On est entassés comme des sardines, dans des cellules exiguës. Cela crée un sentiment d’étouffement et de mal-être constant. » La prison civile de Lomé, un bâtiment colonial civil transformé en 1969 en centre pénitentiaire, jouxte le tribunal et l’ambassade de France, en plein centre historique de la capitale togolaise. Ce centre de détention devrait accueillir 666 personnes maximum. Pourtant, à la date du 1er mars, il comptait 2 448 détenus, soit une surpopulation de 368 %, selon le Cacit. Le bâtiment des femmes est moins surpeuplé, avec un peu plus de 100 personnes pour 80 places d’après les données de mars 2025.

    Un ancien pensionnaire de l’établissement explique que sa cellule d’environ 6 mètres sur 4,5 mètres accueillait plus ou moins 70 détenus. Pendant la période de « nuit », qui débute à 17 heures et se termine à 6 heures, les prisonniers se relaient pour dormir : certains allongés, d’autres debout. « Ce n’est pas un lieu correctionnel mais un vrai mouroir », conclut John.

    Les détenus de la prison de Lomé ne peuvent pas s’allonger.

    Cette situation est nationale. Le taux moyen de surpopulation dans les prisons togolaises est de 222 %, explique le Cacit. Un chiffre qui prend pourtant en compte le nouveau centre de détention de Kpalimé, construit en 2017.

    « Ce n’est pas fait pour les humains. Quand j’y repense, ça me fait trop mal… », déplore un autre ex-détenu qui a demandé l’anonymat, tout juste sorti de la prison de Dapaong, dans le nord du Togo. « J’étais dans une cellule faite pour environ 45 personnes alors qu’on était 174 ! Toute la nuit, on était assis l’un en face de l’autre. Ceux qui n’avaient pas trouvé de place étaient debout. À cause de cela, beaucoup avaient des membres de leurs corps enflés… D’autres avaient des maladies dermatologiques… Et j’ai vu deux personnes mourir, dans mon bâtiment, visiblement par suffocation. Dans la nuit, quand la chaleur était insupportable, ou si un détenu tombait dans le coma, on faisait appel aux agents mais ils ne venaient à notre secours que quand on criait qu’il y avait un mort ! »

    « Le bâtiment de la mort »

    Au Togo, les températures oscillent quotidiennement autour des 30°C à l’extérieur, et atteignent presque les 40°C dans le nord du pays. Malheureusement, les prisons sont souvent conçues sans ventilation et avec des tôles, voire des dalles en guise de plafond. À tel point qu’à Dapaong, le bâtiment A, sous dalle, est surnommé « le bâtiment de la mort »… Les pensionnaires doivent se cotiser pour acquérir des ventilateurs – de même pour des télévisions ou tout autre produit du quotidien.

    L’un des moyens de supporter ce quotidien est de recourir aux drogues, qui circulent facilement entre les murs. « La prison a l’effet inverse du but recherché : elle n’est plus un centre de redressement mais de fabrication des délinquants », estime Kao Atcholi, le président d’Asvitto.

    Aujourd’hui réfugié en France, le journaliste Ferdinand Ayité, évoque des souvenirs douloureux de son passage à la maison d’arrêt de Lomé. Après dix jours de garde à vue puis une détention du 20 au 31 décembre 2021, son collègue Joël Egah et lui ont obtenu une liberté provisoire. Trois mois après sa sortie, Joël Egah a perdu la vie.

    « On était encore dans les mesures Covid, donc nous avons été placés dans une cellule annexe, comme en quarantaine. L’espace était de 40 m2 environ, mais on était en tout 76 personnes. On devait rester H24 accroupis, même pour dormir ! Toute la journée, sauf pour se doucher le matin ! Les prisonniers étaient mélangés : il y avait des assassins, des braqueurs, des délinquants, des récidivistes… Et nous deux, des journalistes ! On était totalement isolés, fermés à double tour, et seuls des petits trous servaient de lumière et d’aération… »

    « On était nus dans la cour »

    « Dans la cellule, il y avait juste un WC qui n’avait pas d’eau pour chasser les besoins. Le matin, à 5 heures, les gardiens ouvraient et sortaient les gens par vague de dix, pour prendre une douche de deux minutes chacun. On était nus, tous, dans la cour, les gardes étaient munis d’armes et nous entouraient, assistés de prisonniers “chefs bâtiments”, avec des gourdins… Ils vous criaient dessus, ils vous insultaient pour faire vite. Puis on vous remettait dans la cellule, et c’était la seule sortie de la journée. J’y suis resté en tout six jours avant d’être testé non positif à la Covid, suite à quoi j’ai été envoyé dans une autre cellule de la prison, moins peuplée. »

    Pour expliquer la situation carcérale précaire et surtout la surpopulation, les défenseurs des droits humains, comme la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) en mai, dénoncent notamment le recours abusif aux détentions préventives. Au Togo, entre 50 % et 60 % des détenus sont en attente d’être jugés, d’après le Cacit et la CNDH. Selon le Code pénal togolais, un prisonnier peut passer jusqu’à la moitié d’une peine encourue en détention préventive, sans procès, que ce soit pour un délit ou un crime. Et il arrive que des mandats de dépôt dépassent leur durée légale. Dans ces cas, les prisonniers devraient être automatiquement libérés mais cette disposition est rarement appliquée.

    Plusieurs associations comme le Cacit ou Asvitto ont donc développé une assistance juridique pour retrouver et accélérer des dossiers en justice, libérant ainsi des pensionnaires retenues abusivement. Une des causes du retard dans le traitement des dossiers est le manque de magistrats au Togo, en comparaison avec le nombre de prisonniers. Qui plus est, les assises criminelles ont lieu seulement deux fois par an. Même en matière civile, les juges sont souvent débordés.

    Des conditions de détention « inhumaines »

    « Personne ne devrait être enfermé dans de telles conditions, car cela ne fait qu’aggraver la situation au lieu de favoriser la réinsertion », estime John. Face à la misère des maisons d’arrêt togolaises, les défenseurs des droits humains s’alarment et listent des recommandations. « Il faut mettre en œuvre les injonctions du Comité contre la torture : fermer la prison de Lomé et mettre en place le plan de gestion des prisons demandé par le l’ONU », souligne Ghislain Nyaku, le directeur exécutif du Cacit. Il insiste : les conditions de détention au Togo sont « inhumaines ».

    L’ONU a aussi enjoint le Togo à « doter les établissements pénitentiaires de personnel qualifié et formé en suffisance, y compris médical et à « réduire la surpopulation carcérale en privilégiant les mesures alternatives à la détention ».

    Le Cacit pousse également pour l’adoption du nouveau code de procédure pénale, qui prévoit notamment des peines alternatives. Le Cacit ou Asvitto préconisent par exemple des travaux d’intérêt général pour les délits mineurs, ce qui réduirait la surpopulation. Asvitto plaide aussi pour que toute personne qui entre en prison connaisse la date de sa prochaine comparution. Enfin, la société civile organise régulièrement des formations sur la prévention de la torture et sur les conventions internationales à destination des acteurs de la justice et des services pénitentiaires.

    De leur côté, les pouvoirs publics prévoient avant tout la construction de nouveaux bâtiments. En 2017 a été inaugurée la nouvelle prison à Kpalimé. Elle atteindrait les normes pénitentiaires internationales, si elle n’était pas, elle aussi, surpeuplée. Le Togo a également ouvert un Centre d’accès au droit et à la justice pour les enfants et pour les jeunes soumis à une procédure judiciaire. D’ici 2026, les autorités souhaitent réhabiliter trois centres de détention (Dapaong, Notse et Aného).

    Autre mesure palliative : de plus en plus de grâces présidentielles ont pu désengorger les prisons ces dernières années. Afrique XXI a contacté le ministère de la Justice du Togo qui n’a pas réagi aux demandes d’interview.

    Une prison secrète pour djihadistes…

    Au Togo, certaines personnes ne sont pas retenues dans les quatorze prisons connues du pays. Il existe des lieux non conventionnels, comme le service de gendarmerie du Service central de recherches et d’investigations criminelles (Scric) qui détient l’activiste Jean-Paul Omolou, arrêté en 2021. S’y trouvent aussi, depuis août 2024, des membres de la famille de l’homme d’affaires décédé, Bertin Agba. Le 3 avril, la femme de ce dernier a été libérée et placée sous contrôle. Les sources proches des détenus au Scric expliquent que ces derniers n’ont pas le droit de sortir de leur cellule, sauf pour manger ou pour aller aux toilettes. « Ces conditions sont contraires aux droits des prisonniers », explique l’avocat de Jean-Paul Omolou, Me Darius Atsoo, tout en dénonçant ses difficultés à rendre visite à son client « malgré un arrêt de la Cedeao [Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest] demandant aux autorités d’autoriser les avocats de M. Omolou d’avoir accès à sa cellule ». D’autres détenus font l’objet d’un traitement particulier, comme le général Abalo Kadangha, condamné en mai 2023 à vingt ans de réclusion criminelle pour complot contre la sûreté intérieure de l’État. Il serait quant à lui dans une résidence surveillée, a appris Afrique XXI de sources proches du militaire. Enfin, selon plusieurs sources concordantes interrogées par Afrique XXI, une prison spéciale, dite « Kazaboua », proche de la ville de Sotouboua (région Centrale), accueille depuis plus de deux ans déjà les personnes considérées comme « terroristes », arrêtées dans le cadre de l’opération militaire Koundjoaré dans le nord du pays. Problème : cette maison d’arrêt pour « jihadistes » reste peu connue des acteurs judiciaires, les avocats n’y auraient pas accès et ces captifs n’auraient donc pas encore été jugés.

    Source: afriquexxi.info

  • Togo. Les autorités doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestant·e·s et cesser de réprimer les voix dissidentes

    Togo. Les autorités doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestant·e·s et cesser de réprimer les voix dissidentes

    Les autorités togolaises doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestant·e·s à la suite des manifestations qui ont eu lieu au début du mois, et respecter leurs engagements en matière de protection des droits à la liberté de réunion pacifique et d’expression, a déclaré Amnesty International aujourd’hui.

    Des dizaines de personnes ont été arrêtées les 5 et 6 juin à Lomé après être sorties dans la rue pour protester contre la répression des voix dissidentes par les autorités, la cherté de la vie et les changements constitutionnels qui pourraient permettre à l’actuel président du Conseil des ministres, Faure Gnassingbé, de rester au pouvoir sans limite de temps.

    Cinquante-six personnes ont été libérées le 9 juin, selon le procureur général. Trois manifestant·e·s sont toujours détenus à la date du 17 juin, selon plusieurs sources.

    « En interdisant les manifestations et en les réprimant par la force, les autorités violent le droit international»: Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    Pendant leur détention, plusieurs manifestant·e·s ont été soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements, selon les témoignages recueillis par Amnesty International.

    « Ces manifestant·e·s togolais sont sévèrement punis pour le simple fait d’avoir exprimé leurs opinions. En interdisant les manifestations et en les réprimant par la force, les autorités violent le droit international qui protège le droit de manifester. Elles ne respectent pas non plus les engagements pris lors du dernier Examen périodique universel, notamment l’interdiction de la torture sous toutes ses formes et l’ouverture d’enquêtes sur les actes de torture présumés », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « La répression de la liberté d’expression et de réunion pacifique doit cesser immédiatement. »

    Dans une déclaration lue à la télévision le 9 juin, le procureur de la République a évoqué des « individus [qui] par groupuscules ont bruyamment occupé les voies publiques […], orchestrant des vacarmes et érigeant par endroits des barricades », alors qu’« aucune déclaration de manifestation publique n’avait été enregistrée » ce qui constitue selon lui des « troubles aggravés à l’ordre public ».

    Des témoignages et certificats médicaux faisant état d’actes de torture

    Amnesty International s’est entretenue avec 10 manifestant·e·s dans les jours qui ont suivi leur détention à la gendarmerie de Djidjolé. Tous ont déclaré avoir été soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements.

    « Nous demandons qu’une enquête rapide, impartiale, indépendante et efficace soit menée sur ces allégations»: Fabien Offner, chercheur au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    « Nous étions couchés sur le sol, ils étaient six ou sept agents autour de nous. Ils versaient de l’eau sur nous et ils nous frappaient les fesses avec des cordelettes. Ils ont frappé nos plantes de pieds en nous demandant ‘est-ce que vous allez encore sortir manifester ?’ Puis ils nous ont ordonné d’aller courir sur des gravillons. Ils nous menaçaient. À un moment, ils nous ont ordonné d’aller danser sous la pluie. Ils ont ordonné à un manifestant qui avait été arrêté avec un mégaphone de chanter dans l’appareil éteint, » a raconté l’un d’eux à Amnesty International.

    « Ce n’est pas la première fois que des manifestant·e·s arrêtés font état de torture et d’autres mauvais traitements dans le pays. Le Togo a été condamné une dizaine de fois ces dernières années par la Cour de justice de la CEDEAO pour avoir eu recours à la torture. Nous demandons qu’une enquête rapide, impartiale, indépendante et efficace soit menée sur ces allégations », a déclaré Fabien Offner, chercheur au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    Trois certificats médicaux consultés par Amnesty International font état de « contusions des muscles fessiers » et un quatrième de « contusions des muscles paravertébraux ». Amnesty International a également constaté des blessures sur des photographies de manifestant·e·s.

    Une des victimes présumées, détenue pendant quatre jours et qui témoignait trois jours après sa libération, a déclaré : « j’ai toujours des douleurs aux fesses, à la hanche et j’ai du mal à lever le bras droit. » Une autre victime présumée a déclaré avoir signé des documents à la gendarmerie sans savoir de quoi il s’agissait. Une autre a dit avoir été menacée par téléphone après avoir signalé ces violences sur les réseaux sociaux.

    Le 10 juin, Amnesty International s’est rendue à la Brigade de recherche et d’intervention de la Direction générale de la police nationale, où 32 manifestant·e·s étaient détenus. L’organisation s’est entretenue avec trois d’entre eux, qui ont déclaré avoir été bien traités et avoir reçu la visite de leurs proches.

    Contexte
    Le 26 mai, le chanteur Aamron, critique virulent des autorités, a appelé à la mobilisation contre le gouvernement dans une vidéo postée sur TikTok. Il a été arrêté la nuit suivante à son domicile, sans convocation préalable ni mandat d’arrêt, et emmené dans un lieu inconnu. Il est réapparu le 6 juin dans une vidéo, s’excusant auprès du président du Conseil des ministres pour avoir tenu des propos « injurieux et outrageants ». Il a également annoncé qu’il était soigné dans un hôpital psychiatrique.

    Dans une déclaration publiée le 6 juin, le gouvernement a averti que toute personne utilisant les réseaux sociaux pour « diffuser des informations dénuées de tout fondement et susceptibles de provoquer des troubles graves à l’ordre public (…) [s’exposaient], sans exception aucune, à la rigueur de la loi ».

    Certaines des lois citées dans cette déclaration contiennent des dispositions contraires au droit international.

    Depuis l’adoption d’une nouvelle constitution en avril 2024, le pouvoir est concentré entre les mains du président du Conseil des ministres, chef du parti majoritaire. L’ancien président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis la mort de son père en 2005, a accédé à cette fonction le 3 mai 2025.

    LISEZ LA COMMUNICATION D’AMNESTY INTERNATIONAL POUR L’EXAMEN PÉRIODIQUE UNIVERSEL DU TOGO EN 2022

    Source: Amnesty International

  • Au Togo, RFI et France 24 suspendus pendant trois mois

    Au Togo, RFI et France 24 suspendus pendant trois mois

    L’instance de régulation togolaise justifie cette mesure par « des manquements répétés, déjà signalés et formellement rappelés, en matière d’impartialité, de rigueur et de vérification des faits ». Le pays est classé 121ᵉ rang sur 180 dans le classement 2025 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.

    Les diffusions de Radio France internationale (RFI) et de la chaîne de télévision France 24 ont été suspendues au Togo pour trois mois, a annoncé l’instance de régulation des médias du pays, lundi 16 juin.

    Dans sa décision dont l’Agence France-Presse a eu copie, la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) du Togo pointe trois reportages ou interventions, dont la diffusion sur France 24 d’un entretien dans lequel « des propos inexacts ont été tenus au sujet de conditions alléguées dans lesquelles l’artiste Aamron aurait été interpellé ». Ce rappeur, critique du pouvoir, avait notamment appelé à manifester avant d’être arrêté fin mai, puis de réapparaître, le 5 juin, dans une vidéo tournée dans un hôpital psychiatrique dans laquelle il présentait des excuses envers M. Gnassingbé.

    L’instance de régulation relève également des « prises de position publiques de la correspondante régionale de France 24 appelant à la mobilisation contre les institutions républicaines », et des propos relayés dans le journal Afrique et dans une chronique de RFI « présentant un caractère tendancieux ».

    La HAAC ajoute que cette mesure de suspension « fait suite à des manquements répétés, déjà signalés et formellement rappelés, en matière d’impartialité, de rigueur et de vérification des faits ». « Le pluralisme des opinions n’autorise pas la diffusion de contre-vérités ni la présentation partiale de l’actualité. La liberté de la presse ne saurait être synonyme de désinformation ou d’ingérence », poursuit l’institution.

    Cette décision vient réduire un peu plus l’espace de diffusion en Afrique de l’ouest de ces deux médias publics français, suspendus depuis plusieurs années au Mali, Burkina Faso et Niger, trois pays sahéliens dirigés par des juntes militaires. Le Togo est au 121e rang sur 180 dans le classement 2025 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, en recul de huit places par rapport à 2024.

    Des journalistes interpellés lors de manifestations contre le pouvoir

    Cette suspension intervient une dizaine de jours après des manifestations contre le pouvoir qui ont secoué Lomé, la capitale. Début juin, des manifestations lancées sur les réseaux sociaux par des jeunes et des militants de la société civile avaient pour objet de protester contre le régime, dirigé par Faure Gnassingbé depuis 2005. Les manifestants s’exprimaient contre des arrestations de voix critiques, la hausse du prix de l’électricité.

    Un autre grief adressé à Faure Gnassingbé porte sur la nouvelle Constitution, adoptée en avril 2024, qui lui permet de consolider son pouvoir désormais au sein d’un régime parlementaire dont il occupe la plus haute fonction, celle de président du Conseil. Cette réforme constitutionnelle cristallise les tensions au Togo, l’opposition et la société civile accusant M. Gnassingbé de vouloir rester indéfiniment à la tête de l’Etat, les autorités répondant que la réforme constitutionnelle vise plutôt à « dépersonnaliser » le pouvoir et à renforcer « l’unité nationale et la cohésion du pays ».

    Lors des manifestations, la police a arrêté une cinquantaine de personnes avant de les libérer, selon le procureur qui précisait la semaine dernière que « quelques-unes » encore détenues allaient être rapidement présentées au parquet. Des journalistes qui couvraient les manifestations ont été brièvement interpellés et contraints par les forces de l’ordre d’effacer leurs images. De nouveaux appels à manifester ont été lancés sur les réseaux sociaux, pour les 26, 27 et 28 juin.

    AFP

  • ’’Togolais, ne laissons pas la colère détruire notre avenir’’

    ’’Togolais, ne laissons pas la colère détruire notre avenir’’

    La jeunesse ressent chaque jour le poids d’une vie de plus en plus chère, le vertige du chômage, les frustrations liées au manque d’infrastructures et de perspectives réelles.

    La jeunesse togolaise a mal.

    Elle regarde l’avenir avec inquiétude.

    Elle ressent chaque jour le poids d’une vie de plus en plus chère, le vertige du chômage, les frustrations liées au manque d’infrastructures et de perspectives réelles.

    Et elle a raison de s’indigner.

    Oui, la situation économique est difficile.

    Oui, l’État doit faire davantage.

    Oui, les réformes sont trop lentes pour répondre à l’urgence sociale.

    Mais dans cette légitime révolte, ne perdons pas la lucidité.

    Le chaos n’est pas une solution.

    Casser, brûler, diviser n’améliorera ni les prix des denrées, ni le taux d’emploi, ni l’accès à l’eau, à la santé ou à l’éducation.

    Le Togo a besoin d’un sursaut collectif.

    Il ne s’agit pas de minimiser les souffrances, ni d’ignorer les limites de l’action gouvernementale. Le gouvernement a amorcé des efforts  insuffisants, certes  mais existants.

    Des chantiers sont ouverts. Des erreurs aussi.

    Mais ce n’est qu’ensemble, dans un climat de stabilité, que nous pourrons aller plus loin.

    – Appelons à un dialogue plus franc, plus ouvert, plus inclusif.

    – Appelons à une jeunesse exigeante, mais constructive.

    – Appelons à une opposition vigilante, mais responsable.

    – Appelons à un gouvernement qui écoute, ajuste, corrige et agit avec courage.

    Il est temps de prendre de la hauteur.

    Notre avenir ne se bâtira pas sur les ruines d’une société fracturée par la violence.

    Le Togo n’a pas besoin de devenir le théâtre d’une déchirure nationale.

    Il a besoin de solidarité, de justice, de réformes courageuses mais surtout *”d’une JEUNESSE qui reste porteuse d’espoir, non d’embrasement.”

    – À ceux qui souffrent, nous devons une écoute vraie.

    – À ceux qui dirigent, nous devons exiger des réponses concrètes.

    Mais à nous tous, nous devons le devoir sacré de protéger la paix.

    – Car sans paix, pas d’avenir.

    – Sans stabilité, pas de progrès.

    Et sans union, pas de nation.

    Le Togo est notre bien commun. Ne le sacrifions pas.

     AZOUMAH Mohamed (Délégué National de la Jeunesse de l’UFC)

  • Togo: vingt ans, et après ?

    Togo: vingt ans, et après ?

    En Afrique de l’Ouest, hormis les régimes putschistes, il était un des rares à refuser la limitation (à deux) des mandats présidentiels. Pour continuer à diriger indéfiniment, sans passer pour le mouton noir du groupe, il a opéré un réaménagement cosmétique de la Constitution. À présent, ses adversaires attaquent ses résultats.

    Sous prétexte qu’il a échoué sur tous les plans, Faure Gnassingbé a été, ce 12 juin, sommé de démissionner, par l’opposition et la société civile. Cette injonction a-t-elle quelque chance d’être entendue par le dirigeant togolais ?

    Ce serait un miracle. Mais, comment reprocher à un peuple qui ne croit plus au pouvoir du bulletin de vote d’espérer un signe du ciel ? De la possibilité d’éconduire Faure Gnassingbé par les urnes, les Togolais, depuis longtemps, ont fait leur deuil. Il ne sait pas perdre ! Après tout, la réforme constitutionnelle contre laquelle protestaient les jeunes arrêtés la semaine dernière visait à perpétuer son bail aux commandes du Togo, en s’épargnant les accusations de mandats sans nombre. Ce serait véritablement un miracle, si, après toutes ces contorsions, il démissionnait, à la suite d’une simple injonction d’opposant. Tout comme il serait illusoire d’espérer le voir abandonner, par fierté, à cause de l’allusion à son bilan peu glorieux.

    Manque de légitimité, carences de la gouvernance, échec sur le plan économique, incapacité à offrir un modèle exemplaire aux jeunes générations… Le tableau dépeint par le professeur David Dosseh pour exiger sa démission est accablant. S’accrocher au pouvoir avec un tel bilan, corroboré, en plus, par certains membres de son propre camp, relève des motivations impénétrables. Il faut du courage, beaucoup de courage, pour renoncer au pouvoir.

    Peut-être croit-il que les opposants sont juste de mauvaise foi, et que ses anciens partisans sont aigris…

    Au-delà des opposants et des déçus de son propre camp, Faure Gnassingbé a un problème plus grave, qui est sous les yeux de tous : les performances plutôt étincelantes des pays voisins. Oublions le Burkina Faso, qui a ses problèmes, en plus d’être un pays enclavé, tributaire des États côtiers pour ses exportations et importations. À l’est, le Bénin, sur qui le Togo avait, dans les années 70 et 80, une avance certaine, accrue par les ravages de la Révolution marxiste, sous Mathieu Kérékou. Même les lycéens et collégiens béninois préféraient, à l’époque, aller terminer leurs études secondaires au Togo ou même plus loin. Après la Conférence nationale de 1990, le pays s’est relevé, progressivement. Mais, ces neuf dernières années, le Bénin s’est construit avec méthode, dans une modernité qui s’étend à tout le territoire national, pas seulement à  Cotonou et à Porto-Novo.

    D’aucuns évaluent, aujourd’hui, à un bon quart de siècle le retard qu’accuse le Togo par rapport au Bénin. Qui a, lui aussi, ses problèmes politiques. Mais, même ses plus féroces détracteurs reconnaissent à Patrice Talon d’œuvrer au mieux-être du Bénin et des Béninois. Rien à voir avec ce qu’une ancienne ministre des Armées, membre du clan au pouvoir à Lomé, qualifie de petits projets aux objectifs inavouables, vantés par une propagande dont l’unique finalité est la conservation de pouvoir.

    À l’ouest du Togo, le Ghana, on l’a souvent dit ici, rayonne plutôt. Est-ce bien cela ?

    Plus que jamais ! Un diplomate angolais, devenu ensuite ministre, raconte que dans les années 80, en poste à Accra, ils allaient, en fin de semaine, faire leurs courses et se détendre à Lomé. Aujourd’hui, lorsqu’ils ont besoin de détente, les Togolais qui en ont les moyens vont en villégiature au Ghana. Qui a, lui aussi, ses problèmes, mais avance de manière irréversible. On pourrait même poursuivre le voyage un peu plus loin, à l’ouest du Ghana, avec la Côte d’Ivoire, qui continue de se construire et d’impressionner.

    Il se trouve que les Togolais visitent ces États voisins, et n’ont donc nullement besoin de mauvaise foi pour constater que leur Togo, dans ce voisinage, est d’une anormalité d’autant plus triste que Faure Gnassingbé, arrivé au pouvoir à moins de 40 ans, aurait dû brûler, plus que tous, d’envie de très bien faire. S’accrocher au pouvoir n’est tolérable que si on s’applique, au moins, à faire le bonheur de son peuple. Mais toute boulimie de longévité au pouvoir qui se nourrit du mépris de ceux dont on accapare ainsi le destin est, au regard de l’Histoire, doublement coupable.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 15 juillet 2025 sur RFI

  • Togo : quelles sont les causes de la contestation citoyenne ?

    Togo : quelles sont les causes de la contestation citoyenne ?

    Le 6 juin, jour d’anniversaire du président Faure Gnassingbé, des Togolais ont bravé l’interdiction de manifester pour se retrouver dans les rues de Lomé. D’où vient la contestation ? Entretien avec Mohamed Madi Djabakaté, politologue et essayiste. 

    Mohamed Madi Djabakaté, vous êtes politologue et essayiste au Togo. Quelle est la situation sur place ? 

    Mohamed Madi Djabakaté,  politologue et essayiste : Il y a eu une montée d’adrénaline dans la nuit du 5 au 6 juin, les gens ont cru qu’ils allaient pouvoir manifester sans répression. Malheureusement ça n’a pas été le cas, mais ce 6 juin est un premier acte, il marque une rupture avec la peur. 

    Dans la rue, ce n’étaient pas que des leaders politiques classiques, mais aussi des Togolais ordinaires qui se sont retrouvés face à un système qui fait tout pour imposer le silence. Cette répression amène les gens à se dire : il faut parler, il faut agir, mais comment ? 

    Pourquoi parler de rupture ? 

    Mohamed Madi Djabakaté,  politologue et essayiste : Parce que la contestation a toujours été faite par la classe politique de l’opposition. Alors que cette fois, ce sont des gens issus de la société civile qui ont le courage de parler et de dénoncer. Que ce soit à Lomé, à l’intérieur du pays, ou dans la diaspora.  Et ils ont un canal via les réseaux sociaux surtout Tiktok. Les Togolais peuvent ainsi se partager leur vécu mais aussi se retrouver en ligne et partager ce qui ne va pas. Comme le social, le sanitaire, l’éducation, et la vie chère.

    Justement, quelles sont les revendications des Togolais ? 

    Ces derniers jours, il y a eu +12,5% d’augmentation des frais d’électricité, et les togolais ne l’ont pas digéré. Ils sont obligés de payer cher pour un service dont ils ne bénéficient pas en termes de qualité. Parce qu’il y a beaucoup de perte d’énergie, elle n’arrive pas à destination, et ce sont des pratiques qui permettent de pouvoir détourner des fonds. 

    Résultat : beaucoup de services en rapport avec l’électricité ont subi des augmentations. Les Togolais ont donc compris que la politique menée a un impact concret sur leur quotidien. Selon des analyses économiques, l’augmentation du prix de l’électricité pourrait entraîner une inflation de 10 à 15% dans les mois à venir.  

    Est-ce que la mobilisation vient surtout des jeunes ? 

    Pas que, mais ce sont eux qui sont sur le devant de la scène, c’est leur moment. Beaucoup n’ont pas eu de cadre approprié au Togo, ils ont dû s’enfuir et aujourd’hui ils osent donc dénoncer. D’autres jeunes n’ont plus de perspectives mais ne savent même plus où immigrer. Et la politique actuelle aux Etats-Unis est loin d’offrir des perspectives. 

    Le rappeur Aamron, très critique envers le pouvoir, a été arrêté il y a deux semaines. Il a présenté ses excuses sur Tiktok, mais selon son avocat, cela aurait été fait sous la contrainte. Qu’en pensez-vous ? 

    Aamron a contribué à accélérer l’indignation, c’est lui qui a suggéré la date du 6 juin. Il a proposé ironiquement aux jeunes de sortir dans la rue le jour de l’anniversaire du président Faure Gnassingbé. En ce qui concerne sa vidéo d’excuses, il suffit de la décoder pour comprendre. On voit son état physique, et qu’il fait ça sous la contrainte. 

    De toute façon, on connaît le système togolais et sa façon de faire. Ils ont cru que le fait qu’Aamron plie allait démobiliser les gens mais au contraire, ça a contribué à les exaspérer parce qu’ils ont vu que le régime garde les mêmes pratiques. L’indignation ne fait que monter, même si ça continue à aggraver la peur chez certains.   

    Malgré la peur, les Togolais ont quand même laissé exploser leur colère alors qu’ils n’avaient pas le droit de se rassembler ? 

    Beaucoup de Togolais ont ce dilemme : réagir aux violences. Ou continuer de maintenir une approche pacifique et restez soumis. Le terrain de prédilection du régime lui, reste le même : la violence. 

    Pensez-vous qu’on se rapproche d’une insurrection populaire comme en 2014 au Burkina Faso ? 

    Ce qui est sûr, c’est qu’un processus est enclenché et pas dirigé par une seule personne. C’est un conglomérat d’acteurs : certains dans le pays, mais aussi aux Etats-Unis ou en Europe et tous convergent à défier l’autorité en place. Les gens veulent voir Faure Gnassingbé dégager après 20 ans au pouvoir, et ils sont déterminés. 

    Source: TV5Monde/Afrique

  • Petite décrispation à Kinshasa

    Petite décrispation à Kinshasa

    Dans la rencontre de ce 5 juin entre Martin Fayulu et Félix Tshisekedi, certains voient une victoire politique pour le chef de l’État congolais, tandis que d’autres soupçonnent un ralliement et parlent d’opposition, de connivence. Comment se faire un avis, avec des appréciations aussi contrastées ?

    D’abord, une certitude : cette rencontre est un événement marquant de la vie politique congolaise. Mais, avant de tirer des conclusions définitives sur les motivations de l’opposant Martin Fayulu, comme sur la sincérité du président congolais Félix Tshisekedi, les Congolais devraient observer calmement l’évolution de ce nouveau climat. En mettant une multitude de guillemets bien solides au substantif « rapprochement ». 

    Le diagnostic posé par Martin Fayulu se fonde sur des réalités que vivent douloureusement, dans leur chair, des millions de Congolais. Oui, la RDC est dans une passe difficile, et même en danger ! Oui, le sang des Congolais a trop coulé. Mais, devant un tel tableau, les leaders politiques devraient-ils constater et laisser faire, en espérant voir le chef de l’État déstabilisé, disqualifié ou renversé ? Ou alors surmonter les rancœurs pour sauver l’essentiel, qui peut encore l’être ? 

    Voici venus les jours où les hommes d’État, ayant le sens du sacrifice et de l’intérêt général, se distinguent. À l’opposé des tacticiens de la politique, qui rapportent tout au profit personnel qu’ils peuvent en tirer. Au regard du contentieux historique entre lui et Félix Tshisekedi, il a probablement fallu à Martin Fayulu un certain courage, pour oser une telle initiative.

    Accusations de se positionner en candidat au poste de Premier ministre

    Est-ce pour cela que certains le soupçonnent de se positionner pour le poste de Premier ministre ? Dans ce monde, beaucoup aiment prêter aux autres leurs propres mesquineries. Le souci de l’intégrité territoriale et des victimes du M23 ne devrait pas être irrémédiablement suspect. Il est facile, pour chacun, de désigner l’autre comme opposition de connivence, de se proclamer opposition de rupture, à bonne distance de l’opposition armée. Mais, certains se positionnent à leur manière, en laissant la gangrène se propager, avec le cynique et secret espoir que la déconfiture aura raison du pouvoir qu’ils combattent et leur profiterait. 

    Comme Premier ministre, Martin Fayulu, qui sait, serait peut-être moins incompétent que d’autres. Après tout, en 2018, lorsque son nom a surgi dans la présidentielle en RDC, les échos venant de Bamako vantaient ses qualités de dirigeant, du temps où il officiait à la tête de la compagnie ExxonMobil, au Mali. La jeunesse y admirait son leadership stimulant, il l’incitait à se surpasser, accroissait la productivité de tous et de chacun, en payant mieux les salariés. Cela ne garantit évidemment rien. Mais, s’il était finalement l’exception, qui confirmerait la règle de l’incurie généralisée ?

    Félix Tshisekedi et Martin Fayulu pointent accusent Joseph Kabila

    Martin Fayulu et Félix Tshisekedi accusent ouvertement Joseph Kabila d’être derrière la rébellion du M23. Joseph Kabila avait sous-estimé Félix Tshisekedi, qu’il espérait sans doute manipuler, comme tant de politiques, plus préoccupés par leurs intérêts tortueux que par le destin de leur peuple. Et si lui-même faisait partie du problème ? Avant 1997, il était totalement inconnu des Congolais. Puis, en janvier 2001, du jour au lendemain, il s’est retrouvé aux commandes de ce grand pays, au mépris de tout cadre constitutionnel. Son grand mérite était d’être le fils de Laurent-Désiré Kabila, assassiné par une main aussi mystérieuse que les intérêts opaques des armées étrangères qui l’avaient porté au pouvoir, quatre ans plus tôt. À la faveur d’une rébellion expéditive, les Congolais ont donc eu le père pendat quatre ans, et le fils pendant 18 ans. En pure perte, comme les 32 ans de Mobutu ! 

    Et personne ne s’étonne de cette maladresse qui consiste, pour un ancien chef de cet État-là, à transiter, pour regagner sa patrie, par Kigali, capitale accusée de télécommander la rébellion du M23. Et il n’imagine pas que s’afficher avec les mêmes rebelles, à Goma sous contrôle, est une faute politique. Quel consternant désastre serait-ce, si le sursaut auquel appelle Martin Fayulu devait consister à seulement redistribuer les places autour de la mangeoire, sous les yeux ahuris d’un peuple congolais qui, depuis six décennies, résiste frénétiquement à l’avilissement !

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 7 juin 2025 sur RFI


  • Togo: important déploiement des forces de l’ordre à Lomé lors de manifestants contre le pouvoir

    Togo: important déploiement des forces de l’ordre à Lomé lors de manifestants contre le pouvoir

    À Lomé, au Togo, un important dispositif de sécurité a été déployé ce vendredi 6 juin lors de manifestations contre le pouvoir. Plusieurs journalistes ont été brièvement interpellés et obligés d’effacer les images tournées. Ces rassemblements, rares ces dernières années, dénoncent des arrestations ciblées, la hausse du prix du carburant et une récente réforme constitutionnelle renforçant le pouvoir du président Faure Gnassingbé.

    Nous y reviendrons plus en détails…

Radio Renouveau228

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