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  • Un procès en appel très attendu s’ouvre dans l’affaire du général Félix Abalo Kadanga

    Un procès en appel très attendu s’ouvre dans l’affaire du général Félix Abalo Kadanga

    Après plusieurs reports, la Cour d’appel militaire de Lomé a enfin entamé ce lundi les débats dans le procès en appel du général Félix Abalo Kadanga, ancien chef d’état-major des Forces armées togolaises (FAT). Cette procédure judiciaire très suivie intervient trois ans après la condamnation en première instance de l’officier supérieur, au centre d’une affaire qui continue de diviser l’opinion publique togolaise.

    Rappel des faits

    En novembre 2023, le tribunal militaire de Lomé avait condamné le général Kadanga à 20 ans de réclusion criminelle pour son rôle présumé dans l’assassinat du colonel Bitala Madjoulba, commandant du 1er Bataillon d’intervention rapide (BIR), tué dans son bureau dans la nuit du 3 au 4 mai 2020.

    La juridiction l’avait reconnu coupable de complot contre la sûreté intérieure de l’État, complicité d’assassinat et entrave au bon fonctionnement de la justice. La sentence avait été rendue au terme d’un procès très médiatisé devant une chambre criminelle spécialement constituée au sein de la justice militaire.

    Félix Abalo Kadanga avait toujours rejeté ces accusations, clamant son innocence et qualifiant la procédure de procès politique. Sa défense avait ainsi interjeté appel de la décision dès la fin de l’instance initiale, ouvrant la voie à un nouveau jugement devant la Cour d’appel militaire.

    Cependant, ce procès en appel n’a pas été un long fleuve tranquille : programmé à plusieurs reprises, il avait déjà fait l’objet de reports. En novembre 2025, l’audience initialement fixée au 10 novembre avait été repoussée au 16 février 2026, faute de la présence de témoins ou d’experts jugés essentiels, selon les explications du procureur général.

    Fond du dossier

    Ce report à répétition avait suscité frustration et inquiétude : pour la défense, il illustrait les difficultés structurelles de la justice militaire togolaise et les possibles pressions externes pesant sur le dossier. Les avocats de Félix Kadanga avaient dénoncé, en amont, des irrégularités dans la procédure, un dossier incomplet et un manque de preuves déterminantes, estimant que ces retards équivalaient à une prolongation injustifiée de la détention de leur client.

    Ce lundi matin, la Cour d’appel militaire a donc entamé les débats dans une atmosphère tendue. Si les autorités judiciaires n’ont pas encore communiqué publiquement les détails complets des arguments, plusieurs avocats présents dans la salle ont souligné l’enjeu crucial de cette étape pour le système judiciaire togolais.

    Dans le camp de la défense, on attend désormais que la Cour examine les moyens de droit soulevés par les avocats, dont la contestation des éléments de preuve et la régularité de la première instance. Certains espèrent obtenir une révision du verdict voire, à défaut, une diminution de la peine. Du côté de l’accusation, le parquet général devrait, pour sa part, chercher à confirmer le jugement antérieur, estimant que celui-ci repose sur des éléments probants suffisamment solides.

    Ce procès en appel, qui pourrait durer plusieurs semaines, constitue donc un moment judiciaire déterminant pour le général Kadanga mais aussi pour le système de justice militaire togolais dans son ensemble. Alors que l’affaire Madjoulba reste encore dans les mémoires collectives, les décisions rendues dans cette nouvelle phase pourraient bien entrer dans l’histoire judiciaire du Togo.

  • MAWU SIKA, le poids de l’héritage et la promesse d’un grand cinéma

    MAWU SIKA, le poids de l’héritage et la promesse d’un grand cinéma

    Avec MAWU SIKA, le réalisateur Steven AF signe une œuvre dense et profondément ancrée dans les réalités socioculturelles ouest-africaines. Porté par une affiche élégante et symbolique, le film s’impose d’emblée comme un drame familial et initiatique où se mêlent mémoire, transmission et quête d’identité.

    Mawu-Sika raconte l’histoire d’une héritière de Nana-Benz, ces femmes emblématiques qui ont bâti leur pouvoir économique autour du commerce des pagnes. À la mort de sa mère, Mawu-Sika se retrouve face à un héritage aussi prestigieux que lourd à porter. Pour reprendre le commerce familial, elle doit affronter les non-dits, les secrets enfouis et les fantômes d’un passé soigneusement dissimulé. Ce voyage initiatique, autant intérieur que social, devient le fil conducteur d’un récit où la tradition dialogue avec la modernité, et où le destin d’une femme se confond avec celui d’un pan entier de la mémoire collective.

    L’affiche officielle du film résume à elle seule cette tension dramatique. Trois femmes, droites et fières, vêtues de pagnes aux motifs éclatants, incarnent les différentes générations d’un même héritage. La composition visuelle, dominée par des couleurs chaudes et des textures textiles, rappelle l’importance du commerce du pagne non seulement comme activité économique, mais aussi comme symbole de pouvoir, de transmission et d’identité féminine. Cette esthétique soignée confirme l’attention particulière que Steven AF porte à l’image et à la symbolique visuelle.

    Sur le plan narratif, Mawu-Sika s’inscrit dans une veine réaliste, mais jamais figée. Le réalisateur privilégie les silences, les regards et les tensions familiales pour construire son drame. Il évite le sensationnalisme au profit d’une approche plus intime, laissant les personnages évoluer dans toute leur complexité. Cette maturité dans l’écriture et la mise en scène confirme ce que beaucoup observent déjà : Steven AF fait indéniablement partie des meilleurs réalisateurs de sa génération dans le cinéma togolais et, plus largement, ouest-africain.

    Cependant, malgré cette maîtrise artistique évidente, Mawu-Sika révèle aussi les limites structurelles auxquelles le réalisateur est confronté. Le manque de moyens financiers se fait parfois sentir, notamment dans l’ampleur des décors, la durée du film ou certaines ambitions narratives qui semblent volontairement contenues. Ce déficit de ressources empêche Steeven AF de déployer pleinement tout son potentiel cinématographique. Là où son regard et son écriture appellent des développements plus audacieux, la réalité de la production impose des choix de sobriété.

    Pour autant, loin d’être un frein artistique, cette contrainte renforce parfois la sincérité du film. Elle oblige le cinéaste à aller à l’essentiel : les personnages, leurs conflits et leurs émotions. Mawu-Sika devient alors un film de conviction, porté par une vision claire et un engagement profond envers les histoires locales et les figures féminines fortes.

    Mawu-Sika n’est pas seulement un nouveau film à inscrire au catalogue du cinéma togolais. Il est la preuve qu’une génération de réalisateurs, dont Steven AF est l’un des visages les plus prometteurs, possède le talent et la vision nécessaires pour hisser ce cinéma à un niveau supérieur. Il ne manque désormais qu’un véritable accompagnement financier et institutionnel pour permettre à ces créateurs de révéler toute l’étendue de leurs potentialités et d’imposer durablement leurs œuvres sur les scènes africaine et internationale.

  • Kerala à l’honneur : quand culture et affaires se rencontrent à Lomé

    Kerala à l’honneur : quand culture et affaires se rencontrent à Lomé

    L’ambition du Kerala est de se positionner comme une plateforme d’affaires compétitive, en facilitant l’accès au marché et en réduisant les obstacles à l’investissement.

    Le 14 février 2026, l’ambassade de l’Inde, dans le cadre de l’Initiative de Facilitation des États du ministère des Affaires extérieures de l’Inde, a organisé un événement de Facilitation de l’État mettant en lumière l’État du Kerala, aux côtés de la World Malayalee Federation (WMF).

    L’événement, tenu dans les locaux de l’ambassade, avait pour objectif de célébrer à la fois les richesses culturelles vibrantes et les opportunités d’affaires dynamiques que le Kerala offre aux investisseurs et aux communautés de la diaspora. Plus de 80 participants ont assisté au programme, parmi lesquels des invités de marque, des entrepreneurs, des acteurs d’affaires et des membres de la diaspora indienne.

    Dans ce cadre, les membres de la WMF ont présenté des performances classiques captivantes et une exposition de produits artisanaux qui reflètent le patrimoine culturel diversifié du Kerala — notamment ses textiles riches, sa tradition culinaire, ses arts et son artisanat. Ce type d’initiative souligne l’approche inclusive adoptée par l’Inde pour promouvoir le savoir-faire culturel, tout en créant des ponts avec les investisseurs intéressés par les atouts entrepreneuriaux du Kerala.

    Investissement

    Le Kerala est reconnu non seulement pour sa richesse culturelle mais également pour son potentiel économique croissant. L’État a développé une stratégie proactive pour attirer les investissements internationaux à travers des plateformes telles que le Invest Kerala Global Summit, un important forum d’investissement qui a permis de rassembler des milliers de participants et des dirigeants d’entreprises du monde entier.

    Lors de l’édition 2025, l’événement a réuni plus de 3 300 participants provenant de 26 pays, mettant en avant les opportunités dans des secteurs clés tels que l’IT, les énergies renouvelables, le tourisme, la logistique et la fabrication durable.

    L’ambition du Kerala est de se positionner comme une plateforme d’affaires compétitive, en facilitant l’accès au marché et en réduisant les obstacles à l’investissement. L’État a attiré des engagements de projets pour des milliards de roupies et développé des mécanismes pour renforcer les relations investisseurs grâce à des sessions de dialogue stratégique.

    Croissance

    L’événement organisé par l’ambassade souligne également l’importance de la diaspora dans la stratégie de développement de l’Inde et de ses États. Le Kerala dispose d’une diaspora mondiale significative, souvent mobilisée pour catalyser des investissements, des partenariats et des échanges culturels. Des plateformes comme la Loka Kerala Sabha ou des rencontres dédiées aux Keralites non résidents rassemblent régulièrement des acteurs de la diaspora afin d’encourager leur engagement dans des projets économiques, sociaux et culturels.

    La combinaison d’initiatives de facilitation d’État et d’engagement communautaire démontre une stratégie holistique cherchant à aligner patrimoine culturel, diaspora, entrepreneuriat local et opportunités d’affaires globales.

    Opportunités

    L’événement du 14 février a clairement illustré que la promotion du patrimoine culturel du Kerala peut être un moteur d’attraction pour les investisseurs. Les performances classiques et les expositions de produits artisanaux ont servi non seulement à célébrer la richesse culturelle, mais aussi à montrer comment les traditions peuvent être intégrées dans des chaînes de valeur créatives et économiques durables, notamment dans les secteurs du tourisme, de l’artisanat haut de gamme et des produits de marque régionale.

    Convergence

    À travers des initiatives comme celle de l’ambassade et des événements de promotion de l’État, le Kerala continue de se présenter comme une destination attrayante pour les affaires et l’investissement international. L’interaction entre culture, diaspora, entrepreneurs et institutions gouvernementales crée un environnement de collaboration favorisant l’innovation, la croissance inclusive et la diversification économique, tout en honorant les racines culturelles profondes qui font du Kerala un État unique dans le paysage indien.

  • Mario Attidokpo, passeur de traditions, bâtisseur de talents

    Mario Attidokpo, passeur de traditions, bâtisseur de talents

    Né sous le nom de Koffi Mawoutor Attidokpo à Hahotoé, au Togo, Mario Attidokpo est l’une des figures les plus marquantes de la création artistique et de la culture vivante en Afrique.

    Background

    Artiste pluridisciplinaire, dramaturge, metteur en scène, conteur, chorégraphe, maître de danses, percussionniste, comédien et animateur, Mario Attidokpo allie une profonde connaissance des traditions orales à une pratique engagée de l’art contemporain.

    Après des formations de base en théâtre, danse et conte dès les années 1980, il s’est affirmé dans les structures professionnelles de Lomé avant de fonder en 1998 l’Ensemble Culturel Les Griots Noirs du Togo, où coexistent des compagnies de théâtre, de danse, de musique, d’arts plastiques et de cinéma.

    Attidokpo n’a cessé de travailler pour donner à l’oralité africaine la place qu’elle mérite, estimant que le continent, bien qu’empreint d’une riche tradition de récit, manquait d’événements phares consacrés aux arts de la parole. C’est ainsi qu’il a créé en 2005 le Festival International de Conte du Togo (FESCONTE) devenu l’un des rendez-vous culturels majeurs du pays et de la sous-région, réunissant conteurs, artistes et passionnés autour de la transmission des savoirs immatériels.

    En 2024 et en 2025, sous sa direction, les 20e et 21ᵉ éditions du FESCONTE se sont tenues entre août et novembre avec des ateliers et tournées de formation dans plusieurs cantons du Togo, visant à faire vivre le conte comme un outil de transmission des valeurs africaines auprès des jeunes générations.

    Transmission

    Durant ce festival, il a lui-même animé des formations pour de jeunes dont ceux d’Akoumapé, expliquant l’origine, les valeurs et la portée pédagogique du conte dans les sociétés africaines, un rappel fort de l’importance d’une tradition vivante transmise de génération en génération.

    En plus de son rôle de promoteur culturel, Mario Attidokpo distingué par ses engagements internationaux. En 2023, il a reçu un trophée de reconnaissance au Festival International de Théâtre d’Abidjan (FITHA) pour sa contribution artistique et son expertise dans l’organisation de festivals et d’événements culturels. Dans la même année, il fut sacré Baobab d’Or du Théâtre africain, option directeur artistique, dramaturge et metteur en scène dont les œuvres ont foulé les planches depuis 25 ans.

    Outre le FESCONTE, Mario Attidokpo est un habitué de tournées artistiques européennes depuis 1999 et en 2025, il en a effectué deux pour des spectacles artistiques, d’animation d’ateliers et d’échanges artistiques entre l’Allemagne, la Belgique, la France, la Hollande et la Suisse.

    Parallèlement à sa vie d’artiste, Attidokpo est Enseignant permanent de didactique, d’animation  et d’arts vivants à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS), à la Faculté des lettres, langues et arts (FLLA) et à l’Institut national des sciences de l’éducation (INSE) de l’Université de Lomé, où il forme les nouvelles générations notamment en arts vivants, transmettant non seulement des techniques mais aussi une vision du spectacle comme outil d’éducation, de cohésion sociale et de dialogue interculturel.

    Au fil des décennies, Mario Attidokpo demeure un héritier et un passeur, un baobab solide enraciné dans la tradition qui, par son enseignement et ses festivals, continue d’irriguer les jeunes pousses de la culture vivante au Togo et ailleurs.

  • Évariste Ndayishimiye à la barre de l’UA

    Évariste Ndayishimiye à la barre de l’UA

    En prenant la présidence tournante de l’Union africaine (UA), Évariste Ndayishimiye s’avance sur une ligne de crête. C’est dire que les défis sont nombreux et délicats.

    Chef d’État d’un pays longtemps resté en marge des grands cercles diplomatiques, le président burundais arrive avec un profil de rassembleur discret, une parole mesurée et une promesse, celle de faire de l’UA un instrument plus utile aux Africains, moins prisonnier des rivalités et des lenteurs institutionnelles. La tâche s’annonce immense, les attentes élevées, et les défis pressants.

    Consensus

    À la tête de l’UA, Évariste Ndayishimiye devrait privilégier une méthode fondée sur le consensus. Peu porté sur les coups d’éclat, il sait que l’organisation panafricaine avance rarement par ruptures, mais par compromis successifs. Son style, marqué par la retenue et l’écoute, peut s’avérer un atout dans une institution où cohabitent des régimes, des intérêts économiques et des visions géopolitiques souvent contradictoires.

    Le président burundais entend également défendre un pragmatisme assumé : moins de déclarations symboliques, davantage de décisions applicables. Cela suppose de renforcer la coordination entre la Commission de l’UA, les États membres et les organisations régionales, souvent accusées de se chevaucher ou de se neutraliser. Pour lui, l’efficacité passera par une hiérarchisation claire des priorités et un suivi rigoureux des engagements pris lors des sommets.

    Test majeur

    Le premier défi est sécuritaire. L’Afrique fait face à une multiplication des crises : conflits persistants à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), instabilité au Soudan, menaces terroristes au Sahel et dans le bassin du lac Tchad. A cette liste s’ajoutent les transitions politiques fragiles dans plusieurs pays. L’UA est régulièrement critiquée pour son impuissance ou sa lenteur à agir sur les dossiers où on l’attend.

    Sous la présidence de M. Ndayishimiye, la question sera de redonner de la crédibilité au mécanisme africain de prévention et de gestion des conflits. Cela implique de renforcer les missions de médiation, mais aussi de poser la question sensible du financement des opérations de paix, encore largement dépendantes de partenaires extérieurs. Comment trouver un équilibre entre souveraineté des États et protection des populations civiles constituera un autre exercice délicat.

    Terrain miné

    Un autre défi central demeure la gouvernance. L’UA est tiraillée entre la défense des principes démocratiques et la réalité politique du continent, marquée par des coups d’État, des révisions constitutionnelles controversées et des tensions électorales récurrentes. M. Ndayishimiye devra arbitrer entre fermeté et réalisme.

    S’il veut éviter une UA perçue comme un simple club de chefs d’État solidaires entre eux, il lui faudra renforcer la cohérence du discours sur l’État de droit, tout en évitant les postures moralisatrices. La crédibilité de son leadership dépendra de sa capacité à encourager des transitions inclusives, sans donner l’impression d’une ingérence sélective.

    Urgence

    Sur le plan économique, la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) reste un chantier prioritaire. Les infrastructures insuffisantes, les barrières non tarifaires, la lenteur administrative, les obstacles sont nombreux. La présidence Ndayishimiye pourrait miser sur une accélération concrète de l’intégration régionale, en mettant l’accent sur les corridors commerciaux, la mobilité des personnes et le soutien aux économies locales.

    Dans un contexte mondial instable, marqué par l’inflation, l’endettement et les chocs climatiques, l’Union africaine devra aussi parler d’une voix plus forte dans les négociations économiques internationales. Là encore, la capacité de M. Ndayishimiye à fédérer des positions communes sera déterminante.

    Attentes fortes

    Le changement climatique et la jeunesse africaine constituent deux enjeux transversaux. Les sécheresses, les inondations et l’insécurité alimentaire frappent durement plusieurs régions. Parallèlement, une jeunesse majoritaire, souvent marginalisée, réclame l’emploi, la formation et la participation politique.

    Le président burundais pourrait chercher à inscrire son mandat sous le signe de l’anticipation, c’est-à-dire promouvoir des politiques climatiques africaines adaptées aux réalités locales et renforcer les programmes en faveur de l’entrepreneuriat et de l’éducation des jeunes. Sur ces sujets, l’UA est attendue au-delà des slogans ou des discours pompeux.

    Surveillance

    La présidence d’Évariste Ndayishimiye à la tête de l’UA sera jugée à l’aune d’un critère simple, celui de sa capacité à transformer les intentions en résultats visibles. Son style discret peut apaiser, mais il devra aussi savoir trancher. Dans une Afrique en quête de stabilité, d’unité et de crédibilité internationale, le temps n’est plus aux demi-mesures. Le défi est clair, s’employer à faire de l’Union africaine non seulement une tribune, mais un véritable levier d’action.

  • Chronique: quand l’art refuse un seul centre

    Chronique: quand l’art refuse un seul centre

    Il y a des moments où l’art cesse d’être un simple objet exposé pour devenir un langage collectif, un espace de respiration, une prise de position face au monde.

    Il y a des moments où l’art cesse d’être un simple objet exposé pour devenir un langage collectif, un espace de respiration, une prise de position face au monde. La clôture des Résidences internationales de créations artistiques et culturelles (RICAC) ART TO GO 2026 s’est inscrite dans cette dynamique. Plus qu’un événement de fin de parcours, elle a révélé une conviction forte : la création contemporaine ne se pense plus depuis un centre unique, mais depuis une pluralité de pôles qui coexistent, se confrontent et s’enrichissent.

    Durant près de deux semaines, artistes venus d’horizons différents ont partagé un même espace de travail, mais surtout des manières diverses de voir, de dire et de ressentir le monde. Le thème choisi cette année, « La métaphore multipolaire », n’avait rien d’anodin. Il ne promettait ni confort intellectuel ni consensus immédiat. Au contraire, il invitait à l’inconfort fertile, à la remise en question des certitudes, à l’acceptation des contradictions comme moteurs de création.

    Dans un contexte mondial marqué par les fragmentations – politiques, culturelles, identitaires – la métaphore multipolaire agit comme une réponse artistique. Elle refuse la domination d’un récit unique, d’une esthétique hégémonique ou d’une lecture imposée du réel. Aux RICAC, cette idée n’est pas restée théorique. Elle s’est incarnée dans les échanges entre disciplines, dans les frottements entre esthétiques, dans les discussions parfois rugueuses, parfois silencieuses, qui précèdent l’émergence d’une œuvre juste.

    Les œuvres présentées à l’issue de la résidence ne sont pas des productions isolées. Elles portent en elles les traces de rencontres humaines et artistiques. Elles racontent les langues échangées, les gestes observés, les références déplacées. Elles témoignent d’un processus où l’artiste accepte d’être transformé par l’autre, par le contexte, par le doute. Ici, la création devient un acte relationnel, presque politique : créer avec, plutôt que créer contre ou au-dessus.

    L’exposition de clôture n’a donc rien d’une simple vitrine finale. Elle s’apparente davantage à une cartographie sensible. Chaque œuvre y est un point de force, un pôle autonome, mais jamais dominateur. Aucune ne prétend résumer le monde. Ensemble, elles proposent une lecture éclatée, multiple, parfois déroutante, mais profondément honnête de notre époque. Elles invitent le regardeur à abandonner l’idée d’une interprétation unique, au profit d’une pluralité de sens assumée.

    Dans ce cadre, la remise des ART’ PLASTIC AWARDS prend une signification particulière. Il ne s’agit pas de classer ou de hiérarchiser de manière rigide. Le trophée devient un geste symbolique de reconnaissance : reconnaissance de l’engagement, de l’audace, de la rigueur, mais aussi de la générosité humaine dont les artistes ont fait preuve tout au long de la résidence. Récompenser, ici, c’est saluer un parcours, un risque pris, une posture artistique ouverte au dialogue.

    Cette aventure collective n’aurait toutefois pas été possible sans un écosystème souvent invisible. Derrière les œuvres, il y a le travail discret mais essentiel des équipes de coordination, de médiation et de production. Il y a aussi la confiance des partenaires et des institutions qui ont cru en la pertinence du projet, et bien sûr le public, sans lequel l’œuvre reste inachevée. Car l’art ne s’accomplit pleinement que dans la rencontre avec l’autre.

    À travers les RICAC ART TO GO 2026, une idée s’impose : l’art n’a pas vocation à simplifier le réel. Dans un monde en quête de réponses rapides et de vérités simplifiées, il ose au contraire la complexité. Il rend le monde plus habitable en acceptant sa diversité, ses tensions et ses zones d’ombre. Il ouvre des espaces où les pôles ne s’annulent pas, mais dialoguent.

    En cela, cette résidence laisse une trace durable. Les œuvres, les échanges et les liens tissés ne s’arrêtent pas à la clôture officielle. Ils continueront de circuler, de nourrir d’autres projets, d’autres regards. ART TO GO porte bien son nom : l’art y est en mouvement, prêt à voyager, à contaminer d’autres territoires et d’autres imaginaires.

    Plus qu’une fin, les RICAC 2026 auront été un point de départ. Un rappel salutaire que la création artistique, lorsqu’elle accepte la multipolarité, devient un espace rare : celui où la complexité du monde n’est pas une menace, mais une richesse.


    Chronique écrite à partir du discours de clôture de Kokou Ekouagou, Directeur artistique – Les RICAC 2026, Artiste plasticien | Consultant | Manager culturel

  • Togbe Agbodjan Jad Fozis, la voix togolaise qui s’exporte

    Togbe Agbodjan Jad Fozis, la voix togolaise qui s’exporte

    Dans un paysage musical togolais souvent tourné vers l’urgence locale, Togbe Agbodjan Jad Fozis fait figure d’exception. Artiste de reggae, musicien accompli et militant culturel, il est aujourd’hui l’un des rares artistes togolais à porter durablement et positivement l’image du Togo à l’international, sans tapage, mais avec constance, conviction et cohérence artistique.

    Naissance

    Né le 3 décembre 1971 à Lomé sous le nom de François Djadoo, Togbe Agbodjan Jad Fozis grandit dans un environnement musical marqué par la chorale et les grandes voix afro-américaines. Très jeune, il s’imprègne de l’univers de Ray Charles et surtout de Bob Marley, dont l’influence sera décisive. Mais chez lui, l’héritage ne se limite pas à l’imitation. Il devient rapidement un langage, une manière de dire le monde, de dénoncer l’injustice et de revendiquer la dignité.

    Autodidacte, il fait ses premiers pas dans le rock and roll avant de s’ancrer définitivement dans le reggae au cours des années 1980. Un choix artistique, mais aussi politique. À une époque où la parole libre est rare, l’artiste fait de la musique un espace de résistance, ce qui le contraint à l’exil en 1990. Loin de briser son élan, cette rupture géographique va paradoxalement élargir son horizon.

    Terre étrangère

    Installé en Allemagne après un passage par le Danemark, il s’intègre à la scène reggae européenne tout en restant profondément enraciné dans son identité togolaise. Contrairement à beaucoup d’artistes de la diaspora, Togbe Agbodjan Jad Fozis ne gomme jamais ses origines pour plaire. Il les revendique. Il chante en français, en anglais et en éwé, porte les réalités africaines sur des scènes européennes, et assume un discours panafricaniste sans folklore ni caricature.

    Son premier album SOS Africa marque un tournant. La chanson Gbékuia, devenue emblématique et remixée en 2020, le propulse sur le devant de la scène internationale. À Hambourg, Paris, Cotonou ou Lomé, Togbe Agbodjan Jad Fozis ne représente pas seulement un artiste. Il incarne une image crédible et respectée du Togo, loin des clichés misérabilistes ou purement festifs.

    Reconnaissance

    C’est là que réside sa singularité. Togbe Agbodjan Jad Fozis ne court pas après les tendances. Il bâtit une carrière sur le temps long, faite de tournées, de collaborations solides, de prestations scéniques maîtrisées. Membre du groupe jamaïcain The Lion, fondateur de formations comme Vanity System ou Jah Children, il s’impose comme un ambassadeur culturel informel, dont la musique parle souvent plus fort que les discours officiels.

    Ses distinctions, Heroes 228, All Music Awards, reconnaissance panafricaine, ne sont que la partie visible d’un parcours marqué par la rigueur et la fidélité à ses valeurs. Même dans l’épreuve, notamment la perte successive de ses parents, l’artiste transforme la douleur en mémoire musicale, rendant hommage à ceux qui l’ont façonné.

    Dans un contexte où beaucoup d’artistes peinent à franchir les frontières ou à y durer, Togbe Agbodjan Jad Fozis fait figure de repère. Le quinquagénaire prouve qu’on peut porter haut le drapeau togolais sans compromis artistique, en restant fidèle à une musique engagée, consciente et universelle.

    Plus qu’un chanteur de reggae, il est une voix qui traverse les frontières, et, avec elle, une certaine idée du Togo : digne, résistante et profondément humaine.

  • Habib Beye, un pari crédible pour l’OM, à l’épreuve de la pression marseillaise

    Habib Beye, un pari crédible pour l’OM, à l’épreuve de la pression marseillaise

    Depuis plusieurs semaines, le nom de Habib Beye revient avec insistance dans les couloirs de la Commanderie. À la recherche d’un nouvel entraîneur capable de stabiliser son projet sportif, Olympique de Marseille semble sérieusement envisager la piste menant au technicien sénégalais. Un choix qui divise, mais qui mérite une analyse dépassionnée, tant le profil de Beye présente des atouts réels… sans être exempt de risques.

    Un entraîneur moderne, préparé et ambitieux

    Ancien international sénégalais, passé par de grands clubs européens, Habib Beye s’est construit une solide crédibilité dans le monde du football après sa reconversion. Consultant respecté, puis entraîneur convaincant dans ses premières expériences, il incarne une nouvelle génération de techniciens : proche de ses joueurs, à l’aise dans la communication, et adepte d’un football structuré mais dynamique.

    À Marseille, son profil coche plusieurs cases. Beye connaît la maison, l’exigence populaire et la ferveur du Vélodrome pour y avoir évolué comme joueur. Il sait ce que représente l’OM, ce club à part où chaque match est un test, chaque mot scruté, chaque décision commentée. Cette connaissance intime de l’environnement marseillais constitue un avantage non négligeable dans un contexte souvent hostile aux entraîneurs venus de l’extérieur.

    Sur le plan sportif, Beye est reconnu pour sa capacité à instaurer une discipline collective et à responsabiliser ses joueurs. Dans un effectif parfois critiqué pour son irrégularité mentale, son autorité naturelle et son discours clair pourraient rapidement faire du bien.

    Un club malade de son instabilité

    Mais entraîner l’OM ne se résume pas à des compétences tactiques ou managériales. Comme l’a récemment souligné Bixente Lizarazu, le véritable problème marseillais dépasse largement le choix d’un homme. Dix entraîneurs se sont succédé depuis 2019, preuve d’une instabilité chronique qui finit par user même les profils les plus solides.

    Dans ce contexte, Habib Beye ne serait pas un magicien. Sans cadre clair, sans continuité dans la direction sportive et sans protection institutionnelle, son projet pourrait rapidement se heurter aux mêmes obstacles que ses prédécesseurs. La réussite à Marseille exige une structure forte autant qu’un entraîneur compétent.

    La pression, principal danger pour Beye

    C’est sans doute là que réside le principal point d’interrogation : la pression de l’OM. Marseille est un club où tout va très vite, parfois trop. Une série de mauvais résultats peut faire basculer l’opinion publique, les médias et même une partie du vestiaire.

    Habib Beye, malgré son intelligence et sa maturité, n’a pas encore connu un tel niveau d’exposition permanente. Gérer la pression populaire, les attentes démesurées, les critiques quotidiennes et l’instabilité émotionnelle propre au club phocéen représente un saut considérable dans sa carrière.

    Autre limite possible : son manque relatif d’expérience au très haut niveau en tant qu’entraîneur principal. À l’OM, le droit à l’erreur est quasi inexistant, surtout dans un championnat aussi disputé que la Ligue 1, où Marseille vise chaque saison le podium et la qualification européenne.

    Un pari raisonné, mais pas isolé

    Aujourd’hui 4ᵉ de Ligue 1, l’OM reste en course pour ses objectifs sportifs. Le choix du prochain entraîneur sera donc déterminant. Habib Beye peut entraîner l’Olympique de Marseille, c’est une évidence. Il a le profil, l’ambition et la compréhension du club.

    Mais pour que ce pari réussisse, il devra être accompagné : par une direction stable, une vision claire et un soutien sans ambiguïté. Sans cela, même les meilleures intentions risqueraient de se fracasser contre la réalité marseillaise.

    À Marseille plus qu’ailleurs, un entraîneur ne gagne jamais seul.

  • Au Togo, HopeMax fait parler l’art jusqu’au plus intime de l’être

    Au Togo, HopeMax fait parler l’art jusqu’au plus intime de l’être

    Maximilienne Misiratou Salawou, connue sous le nom d’artiste HopeMax, impose une vision profonde de la création artistique, celle d’un art qui ne se contente pas de séduire l’œil, mais qui dialogue avec l’âme humaine.

    Lors d’une conversation exclusive accordée à Renouveau228 dans la soirée de ce samedi 14 février, chez elle, dans son atelier, la jeune plasticienne a dévoilé les racines de son inspiration, les messages cachés derrière ses œuvres et ses ambitions pour l’avenir, révélant une maturité et une sensibilité qui dépassent largement son âge.

    Un art qui vient de l’intérieur

    Pour HopeMax, l’art n’est pas une simple activité esthétique ou récréative. C’est une démarche existentielle. Depuis son plus jeune âge, elle s’est tournée vers la création comme un langage intime, capable de traduire ce que les mots ne peuvent pas toujours dire.

    « À travers mes tableaux, je révèle ce qui habite mon âme », confie-t-elle avec sérieux et émotion. Son rapport à la peinture est avant tout intuitif. Elle laisse ses émotions guider ses coups de pinceau, ses choix de textures et de couleurs, dans une quête de sincérité expressive plutôt que de perfection formelle.

    HopeMax considère chaque toile comme une fenêtre ouverte sur son monde intérieur, un territoire où se mêlent amour, espoir, douleur, résilience et questionnements existentiels. Cette approche rappelle l’idée que l’art agit comme un langage de l’inconscient, permettant à l’artiste et au spectateur d’atteindre des zones de sens qui échappent à la logique ordinaire.

    L’exposition « Manifestation de l’Âme » : un pont entre artistes et spectateurs

    Son exposition la plus récente, HOPEMAX EXPO 2025, Manifestation de l’Âme, organisée à Lomé, a attiré un public nombreux et varié, enthousiaste à l’idée de découvrir une jeune voix artistique émergente.

    Pour l’artiste, ce vernissage n’a pas été un simple affichage de tableaux, mais bien un moment de partage émotionnel. Chaque visiteur a été invité à ressentir, interpréter et se reconnaître dans les œuvres, plutôt que de réduire celles-ci à de simples objets de contemplation.

    « L’art, pour moi, est un espace de rencontre », dit-elle. « Ce que je recherche, ce n’est pas l’admiration, mais la connexion. Que quelqu’un puisse voir dans mes couleurs et mes formes un reflet de ce qu’il porte lui-même à l’intérieur. »

    Cette vision rejoint une idée largement partagée par les théoriciens de l’art : loin d’être un divertissement superficiel, l’art est un miroir de l’âme humaine — un moyen de communication qui dépasse les mots, les cultures et les barrières sociales.

    Des thèmes universels, une voix personnelle

    À travers ses œuvres, HopeMax aborde des thèmes profondément humains : la quête d’identité, la résilience face à l’adversité, l’espoir malgré les blessures, et un appel à l’écoute intérieure. Son travail parle autant de vulnérabilité que de force, avec une capacité rare à conjuguer sensibilité et puissance expressive.

    « Je ne peins pas seulement ce que je vois », explique-t-elle. « Je peins ce que je ressens, ce qui me pousse à avancer dans la vie. »

    Cette démarche artistique est doublement significative : elle reflète à la fois un voyage intérieur — une exploration des émotions et des questionnements personnels — et une volonté d’ouverture vers les autres. Dans chaque composition, l’artiste tente d’ouvrir une porte vers une compréhension plus profonde de l’expérience humaine.

    Un engagement au-delà de la surface

    HopeMax ne considère pas l’art comme un simple hobby ou un passe-temps. Pour elle, créer, c’est résister, communiquer, transformer. Elle se bat pour que l’art soit perçu comme un vecteur de sens et d’émotion, capable de résonner avec les luttes individuelles et collectives.

    Dans des sociétés où la liberté d’expression artistique peut parfois être limitée ou mal comprise, la jeune artiste voit sa démarche comme un acte d’affirmation. Comme beaucoup d’artistes avant elle, elle pense que l’art a une dimension sociale et spirituelle qui dépasse la beauté visuelle.

    Son ambition ne s’arrête pas à exposer des toiles dans un salon. Elle souhaite que sa démarche inspire la jeunesse, particulièrement au Togo et en Afrique, à utiliser l’art comme un outil d’expression, de partage et de transformation personnelle.

    Regarder autrement, ressentir pleinement

    Le message central de HopeMax est limpide : l’art n’est pas seulement pour les yeux, il est pour l’âme. À travers sa peinture, elle veut inviter chacun à regarder autrement, à ressentir avec profondeur et à se connecter à cette partie essentielle de soi que beaucoup ignorent ou répriment.

    « L’art est une force vivante, un miroir de l’âme et un chemin vers la lumière », affirme-t-elle.

    En appliquant une telle philosophie, la jeune plasticienne se place déjà parmi les voix nouvelles les plus prometteuses de la scène artistique togolaise et africaine. Avec ses 22 ans, elle ne se contente pas de peindre — elle tisse un langage partagé, un pont entre les émotions humaines et l’expression artistique.

    Dans un monde où l’art est parfois réduit à des formes superficielles, HopeMax rappelle que la création est d’abord un acte profondément humain — un langage de l’âme, capable de résonner avec chacun de nous. À travers sa sensibilité, son engagement et sa vision, elle trace sa propre voie artistique — ambitieuse, sincère et essentielle.

  • Mafille Woedikou : de l’étoile togolaise à l’AS Cannes, un nouveau défi en France

    Mafille Woedikou : de l’étoile togolaise à l’AS Cannes, un nouveau défi en France

    Malgré son talent indéniable et ses nombreuses sélections avec l’équipe nationale féminine du Togo, les Éperviers dames, Woedikou n’a pas encore réussi à franchir le fameux “cap” qui lui permettrait de s’imposer durablement dans un club de très haut niveau en Europe.

    Dans le paysage du football féminin togolais, Mafille Woedikou s’est imposée comme l’une des figures les plus emblématiques de sa génération. Née à Lomé, Togo, Woedikou s’est d’abord forgée une réputation solide sur les pelouses de son pays natal où elle a été élue meilleure joueuse du championnat national avant de tenter l’aventure européenne.

    Depuis son arrivée en France en 2019, Woedikou a multiplié les clubs et les expériences, passant par l’ES Trois Cités Poitiers, l’AJ Auxerre, le FF Yzeure Allier Auvergne, puis le RC Strasbourg et le FC Nantes en Division 2 féminine. Ces années en France ont été marquées par des hauts et des bas, mais surtout par une persévérance hors du commun et une volonté de toujours progresser.

    Cette semaine, l’internationale togolaise a signé un nouveau contrat avec l’AS Cannes Football, club évoluant en Division 3 féminine française. La transaction a été officialisée par plusieurs sources sportives et sur les réseaux sociaux du club et de la joueuse elle-même, confirmant son arrivée dans l’équipe azuréenne pour la saison 2026.

    Pour Woedikou, ce transfert représente une nouvelle étape dans une carrière déjà bien remplie. À 31 ans, la Togolaise apporte non seulement son expérience, mais aussi sa capacité à faire la différence offensivement au sein d’un collectif en quête d’ambitions. L’AS Cannes, qui figure parmi les équipes leaders de son championnat, voit en elle une joueuse capable d’apporter de la profondeur au secteur offensif.

    Pourtant, malgré son talent indéniable et ses nombreuses sélections avec l’équipe nationale féminine du Togo, les Éperviers dames, Woedikou n’a pas encore réussi à franchir le fameux “cap” qui lui permettrait de s’imposer durablement dans un club de très haut niveau en Europe. En France, la majorité de ses expériences l’ont vue évoluer dans les divisions inférieures – D2 et désormais D3 – plutôt que dans l’élite du football féminin hexagonal. Ce constat soulève de nombreuses interrogations quant aux obstacles structurels et personnels auxquels les joueuses africaines doivent faire face pour intégrer les niveaux supérieurs du football européen.

    Le parcours de Woedikou illustre parfaitement cette réalité : une joueuse dotée d’un talent reconnu, régulièrement décisive avec son équipe nationale (elle compte plus de 14 buts en sélection), mais qui se heurte à un plafond de verre lorsqu’il s’agit de franchir un pas décisif vers les clubs les plus prestigieux.

    Les raisons de cette situation sont multiples. D’une part, la transition entre le football africain et européen exige une adaptation tactique et physique qui n’est pas toujours évidente. D’autre part, la visibilité moindre des joueuses évoluant en divisions inférieures rend plus ardues les opportunités de recrutement par les clubs de haut niveau. Enfin, les joueuses féminines africaines font souvent face à des défis culturels, linguistiques et logistiques qui peuvent freiner leur progression.

    Pour Mafille Woedikou, la signature à l’AS Cannes est l’occasion de relancer sa carrière et de démontrer que son talent ne se limite pas aux succès nationaux ou à l’échelon amateur/semiprofessionnel. En rejoignant un club ambitieux en D3 française, elle espère non seulement aider son équipe à atteindre ses objectifs de promotion, mais aussi attirer à nouveau l’attention de clubs plus importants.

    Alors que la saison bat son plein, tous les regards seront tournés vers cette joueuse togolaise qui, malgré les obstacles, continue de poursuivre son rêve, celui de briller au plus haut niveau du football féminin européen.

Radio Renouveau228

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