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  • Dans le nord du Togo, l’endettement s’écrit au féminin

    Dans le nord du Togo, l’endettement s’écrit au féminin

    Reportage · Dans le nord du Togo, une zone touchée par l’insécurité liée aux attaques djihadistes, la situation économique devient de plus en plus difficile, et les femmes en sont les premières victimes. Nombre d’entre elles qui ont contracté des prêts pour créer leur entreprise sont tombées dans la spirale de l’endettement auprès des organismes de microfinance.

    Une main sur le pilon, une autre sur le menton. À l’ombre d’un manguier, Yempaab Kolani, la quarantaine, semble ne plus avoir la force de continuer à piler les noix de karité dans le mortier. Nous sommes à Todjoate-Lambounte, à 17 km au nord-est de la ville de Dapaong, dans le nord du Togo. Il y a quelques années, c’était au moulin qu’elle les écrasait. Aujourd’hui, elle ne peut plus se le permettre. « Je ne peux plus amener les noix au moulin parce que la quantité n’est pas assez importante et il me faut limiter les dépenses pour espérer un peu de bénéfice. Depuis deux ans, il est pratiquement impossible pour les femmes d’aller dans la forêt pour récolter les noix de karité de peur de sauter sur une mine ou d’être capturées par les groupes armés. Du coup, le prix de la noix est devenu très cher et, dans le même temps, j’ai perdu plus de la moitié de mon capital. Depuis l’avènement de la crise sécuritaire, je me bats juste pour pouvoir rembourser les mensualités de mon crédit », explique-t-elle. Son histoire ressemble à celle de beaucoup de femmes de la région des Savanes.

    Dans cette région située à l’extrême nord du Togo, plus de 65 % des habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté d’après les  résultats de l’Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (EHCVM). Et ici comme ailleurs, la pauvreté se conjugue d’autant plus au féminin.

    Les femmes sont en première ligne de l’économie togolaise. Elles sont commerçantes, agricultrices, transformatrices de produits locaux, coiffeuses, tisserandes ou encore couturières. Elles représentent 57 % des personnes actives dans le commerce au Togo, d’après le ministère de l’Action sociale et de la Promotion de la femme. Mais elles travaillent pour la plupart dans le secteur informel et sont soumises à de nombreux aléas économiques. Et quand elles possèdent une micro-entreprise, elles rencontrent souvent des difficultés pour la gérer : faible bancarisation, manque d’éducation financière, faible capacité de remboursement… Dans ce contexte, les institutions de microfinance restent souvent leur seul moyen de s’en sortir.

    LA MICROFINANCE COMME DERNIER REMPART

    Les conditions d’ouverture et de maintien d’un compte, l’éloignement des établissements bancaires (souvent concentrés dans les chefs-lieux de régions) ou encore l’analphabétisme expliquent le fait qu’une grande partie des femmes, surtout en milieu rural, ne disposent pas de compte en banque. « Au début de mes activités, j’avais ouvert un compte courant à Ecobank, confie Lalle Tani, propriétaire d’une unité de transformation agroalimentaire à Dapaong. Je l’alimentais régulièrement. Puis à un moment, mes activités ne marchaient plus, or chaque mois la banque fait des prélèvements pour les frais de tenue de compte. Un jour, on m’a envoyé de l’argent pour les activités d’une association dans laquelle je milite. La banque m’a prélevé près de 50 000 FCFA [76 euros], j’ai dû m’endetter pour compléter la somme et, depuis, il n’y a plus eu de mouvement sur ce compte. En février, la banque m’a appelée pour comprendre pourquoi il n’y avait plus de mouvements sur le compte. Je leur ai expliqué que je traversais une situation économique difficile. Le peu que je gagne ne me permet pas d’épargner. » Mais qu’elles soient commerçantes, artisanes ou agricultrices, les femmes ont besoin de faire des emprunts pour développer leurs activités.

    À Kpeguidjini, un village situé à une quinzaine de kilomètres au nord de la commune de Tône 1, Tchampoua Nassani, 41 ans, maraîchère, explique comment la microfinance s’est imposée à elle :

    J’ai voulu ouvrir un compte à l’Union togolaise de banque, sur proposition du conseiller agricole de notre secteur. Lorsque je me suis fait accompagner pour prendre des renseignements, il m’a été demandé, entre autres, ma carte nationale d’identité, une pièce que je n’ai pas. Pour l’établir, il me fallait mon acte de naissance. Malheureusement, mon père, comme la plupart des hommes de son époque, ne faisait pas faire d’acte de naissance pour les filles. Je suis rentrée déçue ce jour-là : une journée perdue et des dépenses inutiles pour le transport. Après, j’ai partagé mon souci à une voisine qui m’a suggéré d’aller voir une microfinance. Et depuis, j’ai mon compte à la Caisse mutuelle d’épargne et de crédit de Tidonte, qui m’octroie du crédit de temps en temps pour mes activités.

    Au Togo, l’histoire de la microfinance date des années 1960. La Fucec, la plus grande coopérative financière, est née en 1969. Le secteur s’est rapidement développé dans les années 2000 avec l’avènement de plusieurs autres institutions de microfinance ayant pour objectif l’accès des services financiers aux personnes défavorisées. Dans la région des Savanes, les plus présentes sont la Fucec-Togo, la Coopec-Sifa, l’UCMECS et la Coopec-AD. La majorité de ces institutions de microfinance a tendance à privilégier les femmes dans l’octroi de crédits. Raison avancée : elles seraient plus fiables et plus disciplinées. Pour les accompagner, la Coopec-Sifa les organise en groupements. Leurs membres bénéficient de sensibilisations et de formations en éducation financière sur une période de trois à quatre mois avant l’octroi des crédits.

    DES TAUX D’INTÉRÊT DÉMESURÉS

    Selon la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le taux d’intérêt maximal est de 24 % dans les microfinances. Dans celles de la région des Savanes, il va de 4 à 16 % selon les types de crédits, contre 8 % maximum dans les banques. Ces taux sont démesurés pour les emprunteuses, surtout dans cette région classée la plus pauvre du pays. Au marché de Dapaong, Bibata Koanda, revendeuse de beurre de karité, se désole : « 16 % d’intérêt, je trouve cela exorbitant. Je n’arrive plus à vendre à cause de la crise sécuritaire, et depuis je n’arrive pas à rembourser mon crédit alors que l’échéance est arrivée à terme depuis six mois. »

    Du côté des institutions de microfinance, les responsables avouent être conscients de cette situation mais disent faire face à des contraintes qui ne permettent pas d’envisager une baisse des taux. « Nous avons conscience qu’il faut octroyer le crédit à un faible taux d’intérêt mais nous sommes confrontés à l’indisponibilité des ressources, indique Phillipe Fori, le directeur de la Coopec-Sifa. Nous sommes implantés dans une région pauvre où il est impossible de faire le recyclage des épargnes parce que l’épargne est faible. Il faut alors aller emprunter à la banque à 8 % d’intérêt. Pour espérer couvrir nos charges, il faut faire une marge d’au moins 8 %. Voilà ce qui justifie les 16 %. »

    Dans la région des Savanes, beaucoup de femmes élèvent seules leurs enfants. Toutes les charges du ménage reposent sur leurs épaules : alimentation, soins de santé et scolarité, etc. « Nous faisons des efforts, nous avons la volonté mais nous semblons faire du surplace. Dès que nous obtenons un crédit et que le mari est mis au courant, il n’assume plus ses responsabilités, explique Youossa Namepine, cultivatrice à Doupkergou, un village de la préfecture de Tandjoare. C’est avec cet argent qu’il faut payer les frais de scolarité des enfants, les soigner quand ils sont malades, acheter les condiments, aller au moulin, etc. Face à toutes ces charges, il est difficile de faire prospérer une activité génératrice de revenus afin de rembourser le crédit. »

    À Tantoga, bourgade située à une dizaine de kilomètres au nord de Korbongou (chef-lieu de la commune de Tône 4), Boudanlengue Kolani, 49 ans, est revendeuse de tchakpalo, une bière locale à base de sorgho. Le visage marqué par une vie de dur labeur, elle se lamente, les mains crispées sur son pagne :

    Le jour où j’ai obtenu mon premier crédit [30 000 FCFA au taux de 16 %, NDLR], mon enfant est tombé malade. J’ai dépensé la totalité à l’hôpital parce que mon mari n’avait rien. Pour ne plus rester les bras croisés, je suis allée acheter un sac de mil à crédit. À chaque vente, il fallait rembourser à la commerçante, et à la fin du mois il fallait verser la mensualité au niveau de la microfinance. C’était intenable. Si certaines femmes ont réussi à se soustraire de la précarité, il faut noter aujourd’hui que beaucoup d’emprunteuses s’enfoncent de plus en plus dans un cycle d’endettement.

    UNE CRISE SÉCURITAIRE AGGRAVANTE

    Il y a trois ans, quand le nord du Togo a commencé à être frappé par les violences des groupes djihadistes venus du Burkina Faso voisin, les activités économiques des femmes ont été plombées. La préfecture de Kpendjal, la plus touchée par la crise sécuritaire, est pourtant l’un des greniers céréaliers de la région (céréales, mais aussi sésame, bois de chauffe, charbon de bois, bétail, volaille, etc.). À Dapaong, les grandes commerçantes sont pour la plupart des grossistes de céréales qui dépendent du Kpendjal. Depuis l’attaque qui a visé un camion du marché de Koundjoaré (commune de Kpendjal 1) le 22 juillet 2022, elles craignent pour leur vie. Elles ont cessé de se rendre dans la plupart des marchés de la préfecture du Kpendjal. Leurs activités commerciales sont en berne, et le remboursement des crédits contractés devient impossible.

    Aujourd’hui, des femmes qui ont dû fuir les violences ont tout perdu. « C’est une situation qui a des répercussions sur la vie de notre structure. Aujourd’hui, c’est plus de 60 millions de FCFA que nous avons perdus », confie un haut responsable d’une institution financière implantée dans la région, qui ne souhaite pas révéler son identité ni celle de son établissement. À la Coopec-Sifa de Dapaong, Philippe Fori se désole lui aussi de cette situation : « Aujourd’hui, la plupart de nos groupements traversent des difficultés de remboursement. Nous avons 4,75 % de crédits impayés », assure-t-il.

    Dans le nord du Togo, quelques voix s’élèvent pour contester l’opportunité de continuer de prêter de l’argent aux femmes qui ne répondent plus aux critères ordinaires de solvabilité. Sylvain Nassandja, opérateur économique dans l’immobilier à Dapaong, estime qu’il faut arrêter de les enfoncer :

    Une commerçante de céréales était venue me voir pour que je lui prête la somme de 300 000 FCFA pour satisfaire à une commande d’un fournisseur. Elle a promis de me rembourser dans un délai de trois semaines au plus tard. Je n’ai pas hésité à lui donner l’argent parce que je la connaissais très bien. Après un mois, elle ne m’avait pas remboursé. Au bout de deux mois, elle a avoué qu’en réalité elle avait utilisé la somme que je lui avais prêtée pour rembourser un crédit dans une microfinance et qu’elle attendait le déblocage d’un nouveau crédit avant de me rembourser. Comment pourra-t-elle se tirer d’affaire ?

    « DIFFICILE DE SORTIR DU CYCLE DE L’ENDETTEMENT »

    De tels témoignages sont légion. Dans le village de Sidiki (8 km au sud-est de Dapaong), le chef Yentougli Tame peut en témoigner : « Il est difficile de sortir de ce cycle d’endettement. Les crédits obtenus auprès des microfinances servent à rembourser d’autres contractés auprès des particuliers. Pour rembourser 100 000 FCFA par exemple, on emprunte 50 000 FCFA chez une personne, 30 000 chez une deuxième et 20 000 chez une troisième… avec des intérêts minimaux de 4 % par jour ! Dès que le nouveau crédit est débloqué, il faut faire le tour pour rembourser. Et à l’arrivée, on se retrouve à la case de départ. » Le chef du village constate que « beaucoup de femmes fuient le foyer pour aller travailler dans les mines d’or au Ghana ou dans les débits de boissons au Burkina Faso ».

    À Cinkassé, une ville togolaise située à la frontière avec le Burkina, une employée d’une institution de microfinance de la place s’indigne, sous couvert de l’anonymat : « Parfois, des femmes plus nanties profitent de ce système en assistant aux réunions de microcrédit, proposant ainsi de prêter de l’argent aux membres en difficulté… avec un intérêt allant jusqu’à 5 %. » « Il m’arrivait parfois de gagner jusqu’à 100 000 FCFA par jour » grâce aux intérêts, confie une usurière dans la même ville.

    Entre les menaces des microfinances et le harcèlement des créanciers de toutes parts, Monique (prénom d’emprunt), mère de deux filles dont la plus jeune n’est âgée que de 7 mois, a dû fuir son foyer. Redoutant la réaction de son époux qui l’a déjà aidée plusieurs fois à payer ses dettes, elle a profité de son absence pour s’en aller, nuitamment, abandonnant les enfants à leur grand-mère. « C’est au bout de trois semaines de recherche que nous avons appris qu’elle était au Mali, employée comme femme de ménage dans une société minière tenue par des Chinois », confie Eugène, son mari, un instituteur de la commune de Tône 2.

    Source: afriquexxi.info

  • Au Togo, la Cour constitutionnelle confirme la victoire du parti au pouvoir aux législatives et régionales

    Au Togo, la Cour constitutionnelle confirme la victoire du parti au pouvoir aux législatives et régionales

    4 millions de Togolais étaient appelés aux urnes le 29 avril dernier dans un double scrutin pour élire 113 députés et 179 conseillers régionaux qui ont vu une large victoire de l’Union pour la République (Unir), le parti au pouvoir. Lundi 13 mai à Lomé, la Cour constitutionnelle a confirmé ces résultats.

    Pas de changement pour les résultats définitifs. La trentaine de recours déposé par les partis de l’opposition a été entièrement rejetée par la cour constitutionnelle. L’Union pour la république (Unir) rafle 108 des 113 sièges en jeu, l’Alliance pour la démocratie et le développement intégral (Addi) en obtient deux, l’Alliance nationale pour le changement (ANC), les Forces démocratiques pour la république (FDR) et la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP) se partagent les trois autres sièges.

    Ce résultat est le fruit du travail et de la proximité avec les populations affirme Yawa Kouigan, ministre de la communication et des médias, nouvellement élue députée : « Il est extrêmement heureux pour notre paix que la République fonctionne comme prévu et que les institutions jouent chacune leur partition pour que notre démocratie continue de se renforcer. Je suis de Unir, notre grand parti. »

    Plusieurs partis de l’opposition ont dénoncé des fraudes au lendemain de ce scrutin. Des accusations documentées dans les dossiers des recours, souligne l’opposante Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson de la dynamique pour la majorité du peuple. « Notre pays, quand nous faisons le bilan de tout ce processus électoral, ce que nous retenons, c’est qu’il y a une incapacité congénitale de ce régime à pratiquer la démocratie. »

    Le taux de participation, légèrement modifié, est de 61,76%. La nouvelle Assemblée doit siéger pour la première fois le 21 mai.

    Source : rfi.fr

  • Au Togo, pourquoi l’opposant Gerry Taama quitte la scène politique

    Au Togo, pourquoi l’opposant Gerry Taama quitte la scène politique

    Patron du Nouvel engagement togolais (NET), Gerry Taama annonce son départ de la scène politique de son pays après une débâcle électorale. Bien qu’il tente de justifier son choix à travers une logue publication consultable sur sa page Facebook, des observateurs assurent qu’il paie le prix de son inconstance….

    « Togo: Gerry TAAMA Komandega – GETAK «..Je quitte la scène politique togolaise»

    Je suis resté silencieux si longtemps parce qu’il me fallait mettre de l’ordre dans les affaires du parti. Je viens de finir une ultime réunion du bureau national. Le 30 avril 2024, dès le lendemain du double scrutin, j’avais déjà annoncé à la fédération de l’Est-Mono que je quittais la politique. Au niveau national, cela a pris plus de temps, puisqu’il faut, avant de démissionner de la tête d’un parti disposant de 35 mille adhérents, prendre un certain nombre de dispositions. C’est chose faite à présent. La démission est actée et le parti sera dirigé par le premier vice-président, jusqu’à l’organisation d’un congrès dès le mois prochain.

    Je vais un peu revenir sur la campagne électorale puisque je n’en ai pas parlé.

    Contrairement à ce que je faisais lors des élections précédentes, je n’ai pas réalisé cette année de tournée nationale. Je voulais faire de cette élection une expérience sociale, en tant que sociologue. Je voulais répondre à cette question précise: est-il possible, en organisant une bonne campagne, dans des conditions d’hostilité telles que celles résultant de mon opposition à la nouvelle constitution, de remporter deux sièges sur trois dans une préfecture à l’intérieur du pays, quand on est un jeune parti comme le Net?

    C’est ainsi que s’est organisée la campagne dans les 7 cantons où se répartissaient les 12 candidats du double scrutin. J’avais mis en place une organisation horizontale. Chaque candidat se comporte dans son canton comme une tête de liste.

    La campagne finalement est une réussite en termes de mobilisation, d’autant plus que, assez curieusement, Unir en face en fait très peu sur le terrain, contrairement à ce qu’on voyait dans d’autres préfectures. Vous avez suivi ma campagne et je n’ai pas à vous faire un dessin.

    Le jour de l’élection, quelques incidents sont signalés. Ils sont documentés et enregistrés. Dans deux bureaux de vote d’un canton, deux personnes sont surprises en train de bourrer les urnes. Le superviseur de la Celi déployé sur le secteur (Unir) est interpellé et se saisit lui-même du surplus de bulletins tombés à terre. Dans un autre canton, un membre de bureau de vote a été surpris avec 150 bulletins de vote chez lui. Ces bulletins seront retournés dans le bureau de vote. Je suis moi-même allé sur le terrain vérifier les deux premières irrégularités et ce sont les seuls incidents qui me seront rapportés dans la journée.

    C’est à partir de 16h, quand commencent les dépouillements, que le processus va complètement sortir de son cadre légal.

    J’avais mis un dispositif pyramidal de collecte des résultats. Il y avait à la base les membres de bureau de vote : 324. Juste au-dessus, les délégués, pour renforcer les membres de bureaux de vote qui en faisait la demande. Nous sommes partis de 150 délégués pour atteindre plus de 200 au cours de la journée. Il y avait ensuite les superviseurs, chargés de surveiller des secteurs donnés en journée puis de ramasser les PV après le vote, et enfin les candidats, transformés en super superviseurs, chargés de rassembler les PV et de les rapporter au siège. Enfin, une équipe de contrôleurs, au siège, chargés d’appeler chaque membre de bureau de vote pour recueillir les résultats immédiatement sur une fiche de compilation identique à celle de la Celi. Pour compléter le tout, les membres des bureaux ont reçu dans la journée chacun 7 SMS, rappelant les dispositions du code électoral et appelant à la vigilance.

    Au lendemain du vote, donc le 30 avril, le résultat de tout ce dispositif est plutôt catastrophique. Sur 324 PV, nous n’en avons recueilli que 151 par type de scrutin. Les motifs d’absence de PV sont multiples mais le plus récurrent est le refus de donner les PV à nos membres de bureaux de vote, quand il ne s’agit pas de menaces et d’intimidations. Dans certains cas, nos membres ont dû fuir le bureau de vote pour se mettre à l’abri. Et la dernière raison est que certains de nos membres de BV ont simplement disparu et n’ont plus répondu au téléphone depuis lors.

    Quand on analyse les PV à notre disposition, on réalise que c’est uniquement dans deux cantons qu’ils reflètent la réalité d’une élection plurielle et équitable. Le taux de participation est conforme à celui observé lors de nos tournées dans les bureaux de vote à la fermeture de ceux-ci, soit entre 35 et 45%. Les gens ne sont pas sortis voter, nous n’avons observé de l’affluence nulle part. Dans les bureaux de vote de ces deux cantons, j’ai environ les ⅖ des voix.

    Dans les 5 autres cantons, en dehors centres de votes où étaient mes candidats au moment du dépouillement, les PV se présentent majoritairement sous la forme suivante : nombre d‘inscrits : 290 (c’est un exemple) nombre de votants 290, suffrages exprimés Unir 80% et le reste des candidats de l’opposition 20%.  Certains PV montrent les résultats suivants : inscrits 290 (exemple toujours) , votants 290, unir 290, autres candidats 0,0,0. Un certain nombre de PV aussi sont vides avec pourtant les signatures des membres de bureau de vote. Il a aussi été documenté que des PV ont été remplis devant la Celi, sans compter un certain nombre dont les résultats ont été barrés et modifiés.

    La compilation des résultats dans la préfecture sera laborieuse, comme je l’ai dit, plusieurs PV sont soit difficiles à exploiter, soit les résultats sont difficiles à comprendre. Comment 100 % des inscrits peuvent voter dans un bureau de vote, parfois sans qu’il n’y ait des procurations ? Mais cet argument, techniquement intenable, tombe facilement à l’épreuve du droit devant une cour constitutionnelle. La dernière anecdote de cet épisode, c’est que pendant 3 jours, on se retrouve avec 18 urnes sans PV. Elles sont là, ces 18 urnes sans PV, avec personne pour donner les résultats. Et le troisième jour, on découvre fort opportunément les PV dans les urnes, ce qui clos le suspens.

    Contrairement aux dispositions du code électoral, nous demanderons sans succès la fiche de compilation des résultats à la Celi.

    Nos 40 listes de candidats sur le plan national exigeront aussi ce document, en vain. Fin de l’histoire.

    Tous les PV dont j’ai parlé dans mon propos sont à ma disposition. Ils ont été scannés et les originaux laissés au siège du parti dans l’Est-mono. D’ici quelques années, j’écrirai sans doute un livre sur cette expérience électorale. Mais je rappelle que je dispose de moins de la moitié des 324 PV de la préfecture.

    J’ai pris la décision de quitter la politique ce 30 avril 2024, au vu de la vanité de tous nos efforts. Il ne sert à rien de perdre son temps en politique au Togo, tant que les résultats des élections n’ont aucun rapport avec le vote des électeurs. Cette situation, cette férocité et cette voracité, je ne l’ai observée dans aucune des quatre élections auxquelles j’ai déjà participé. Cette année était spéciale.

    Certains me demanderont pourquoi n’ai-je pas fait de recours à la cour constitutionnelle ? Le Net s’est refusé à faire des recours.

    Ah j’oubliais, au résultat, les trois sièges de la préfecture iront à Unir, tout comme les 108 sur les 113 du pays.

    Alors, pourquoi n’ai-je pas fait de recours ? Ceci pour trois raisons.

    La première et la plus évidente est que je n’ai plus de raisons objectives de croire à l’objectivité de notre cour constitutionnelle. À deux reprises durant ce mois de mars, j’ai été débouté par cette même cour sur des sujets où j’estime qu’elle n’avait pas dit le droit. Cela aurait servi à quoi de continuer à la solliciter, d’autant plus que je n’avais pas la totalité des PV ?

    La seconde raison, la plus inquiétante et la plus importante, est que toutes les irrégularités dont j’ai fait mention lors des dépouillements n’ont pas été faites par des personnes opulentes venues de Lomé. Non, c’est l’enseignant volontaire payé à 5000f le mois, le paysan ayant perdu son pouvoir d’achat depuis que le soja ne donne plus rien, c’est le diplômé au chômage depuis des années, c’est des pauvres hères qui ont mis une énergie extraordinaire pour dévier le processus de sa trajectoire. S’ils le font, c’est qu’ils sont satisfaits de leur situation. Pire, certains de nos propres membres de bureau de vote et délégués nous ont trahis dans des proportions inimaginables. Comment un membre de bureau de vote, formé à plusieurs reprises, peut expliquer que sur le pv de son bureau de vote, son parti n’ait pas de voix ? Lui-même a voté pour qui ? Donc les gens qui soutiennent le système et sont prêts à tout pour son maintien, le font volontairement, en connaissance de cause. J’ai, en 5 ans de législature, investi plusieurs dizaines de millions de francs CFA dans l’Est-Mono. C’est plus de la moitié de mes indemnités de député. Des jeunes d’un village où j’ai installé un forage, des lampadaires, ou offert un financement de 300 000 f au groupement de femmes, ont pu scander qu’ils ne voulaient pas du Net dans leur village. Que peut-on faire face à cela? Est-ce que c’est forcé d’aider les gens même ?

    La troisième raison est la réponse que j’ai obtenue suite au postulat posé avant la participation à cette élection. Vous vous souvenez ? Peut-on, dans les conditions de déroulement de ces élections d’avril 2024, gagner une élection à l’intérieur du pays en étant un parti autre qu’Unir? Ma réponse est non. Seul l’Addi a gagné deux sièges à l’intérieur du pays, dans Tandjouaré où Gogué dispose d’une longue et solide base électorale, et à Danyi où l’implantation du parti s’ajoute à une faible population. Avec 4000 électeurs, c’est tout bon. D’après mon expérience et dans les conditions actuelles, un jeune parti, même n’importe quel parti de l’opposition, ne peut pas remporter des élections dans notre pays, sauf si les règles du jeu sont respectées par tout le monde. Il se trouve que ceci n’est pas le cas et ne le sera sans doute jamais, avant un long moment. C’est mon avis personnel.

    Entre mon entrée en politique en 2012 et ce jour, j’ai dépensé plusieurs centaines de millions de fcfa, une grande partie de cet argent est issue de mes propres activités économiques, et la seconde, de la participation des militants, notamment les membres des Celi, de la Ceni et des députés. Rien que cette élection m’a coûté plusieurs dizaines de millions, dont les ⅔ environs dans l’Est-mono. Pourquoi continuer de gaspiller tout cet argent pour une cause perdue d’avance ?

    Quand j’entends des jeunes se moquer de notre situation aujourd’hui, nous traitant de buveurs de lait, cela me fait rire. Il faudrait que je fasse au moins 4 mandats en tant que député, sans plus rien investir, pour commencer à rattraper mes dépenses en politique. Rien qu’au lancement du Net en 2012, j’avais déposé 20 millions sur la table. Bref.

    J’ai essayé de faire la politique autrement et j’ai échoué. Il faut croire, avec les résultats de cette élection, que les Togolais sont satisfaits de la politique du parti Unir. En bon démocrate, je respecte ce choix. Mais s’il fallait le refaire, je voterai toujours contre ce texte. Nous avons besoin de rêver d’une alternance politique par des élections au suffrage universel direct au Togo et le régime parlementaire enlève ce rêve.

    Il faut savoir quitter la scène avant qu’elle ne te quitte. Je suis heureux de ces 12 années de ma vie en tant que politicien. De mon engagement citoyen et de l’espoir que j’ai pu donner à certaines personnes. Je reste fier de mon parcours parlementaire. J’ai contribué à désacraliser la fonction de député et à montrer qu’on peut faire bouger certaines choses même en étant minoritaire. J’espère que quelqu’un d’autre prendra la relève.

    Pour finir, je ne crois pas que les élections apporteront de l’alternance politique dans notre pays. Pas avec ce que j’ai vu au cours de ces élections. Le Net était présent dans 41 Celi sur 56.

    Aujourd’hui, je n’encouragerai aucun jeune à entrer en politique, sauf dans les rangs du parti Unir. C’est une perte de temps et d’argent. Occupez-vous de vos vies et faites du business. Nous restons un pays à économie libérale et on peut encore réussir en affaires, jusqu’à un certain niveau. Pas pour devenir milliardaire, il ne faut pas rêver non plus.

    Voilà, l’homme politique prend congé. En réalité, cela fait 4 ans que j’aurai déjà dû céder ma place de président du NET. Le mandat selon nos statuts est de 4 ans renouvelables une seule fois et j’ai fait 4 années de trop. Il faut à présent rendre le tablier. Les jeunes feront sans doute mieux que moi et je reste bien entendu un militant du parti, mais de second rang, tout simplement.

    Je vais retourner à mes premiers amours: entrepreneuriat, tourisme, culture et motivation des jeunes. Je suis un vendeur de caméras de surveillance et d’équipements de sécurité et je suis plutôt un bon vendeur. Place au business à présent.

    J’ai toujours eu un esprit chevaleresque et on peut servir son pays et ses compatriotes autrement. Ma vie est un éternel recommencement. Quand j’ai quitté l’armée en 2008, ma situation économique n’était pas terrible et 3 ans plus tard, j’avais un chiffre d’affaires annuel à 9 chiffres avec ma principale entreprise. Je me donne une année pour faire le double, avec Vanessa. Heureusement qu’elle est là et me soutient en permanence.

    Ce pays nous appartient à nous tous. Nous y sommes nés, nous y grandissons et nous y mourrons. Réussir sa vie au Togo ne signifie pas forcément y avoir été député, ministre ou Dg. Pour moi, réussir sa vie au Togo, c’est prendre soin de sa famille, élever dignement ses enfants, et être utile à sa communauté, du mieux qu’on peut. Et on peut ensuite rejoindre son créateur avec le sentiment de devoir accompli. C’est pour cette raison que je suis resté en permanence un homme humble, un homme au milieu du peuple. Ce que l’homme fait de sa vie, résonne dans l’éternité.

    Servir autrement ».

    Gerry Taama

  • Tchad: dans le lac, c’est toujours la même eau qui coule

    Tchad: dans le lac, c’est toujours la même eau qui coule

    Trois ans après le décès tragique du maréchal Idriss Deby Itno, on a voté, et rien n’a changé. À part, peut-être, de la part du pouvoir, un peu plus de… rapidité !

    Avec douze jours d’avance, l’organe en charge des élections a proclamé, ce jeudi 9 mai, Mahamat Idriss Deby Itno vainqueur de la présidentielle, avec 61 % des voix. Une victoire contestée par le Premier ministre Succès Masra, qui la revendique aussi.

    N’est-elle pas surprenante, la tournure que prennent les événements au Tchad ?

    Si seulement il y avait quoi que ce soit de surprenant dans le spectacle qu’offre à nouveau le Tchad ! L’on est, hélas, en droite ligne de ce à quoi le maréchal Deby avait habitué le monde, en trente ans de pouvoir ! À sa mort, en avril 2021, l’on avait, au mépris de la Constitution, fait croire à tous que l’installation de son fils dans le fauteuil présidentiel était le plus sûr moyen de préserver le Tchad d’une déstabilisation extérieure totalement fantasmée. Les Tchadiens ont été bernés avec la promesse que cet héritier imposé n’allait pas s’incruster. Moins d’un mois plus tard, le sang de Tchadiens innocents recommençait à couler, comme du temps de son père, et n’a, depuis, jamais cessé de couler. Comme il coule, depuis cette annonce précipitée d’une victoire à la traçabilité douteuse. Et voilà les Tchadiens sur le point d’embarquer pour un nouveau bail à durée indéterminée avec l’héritier du maréchal défunt.

    Ce n’est pas un sort des plus enviables, pour un peuple, que de voir son destin confisqué, depuis si longtemps, par une même famille, un clan si friand de violence. Pour avancer, les Tchadiens vont devoir s’interroger plus sérieusement sur ce qui les fait trébucher si souvent. Et questionner les complicités et compromissions individuelles qui ont conforté, au fil du temps, un régime qui n’a, à l’évidence, pas su faire leur bonheur.

    Le processus électoral étant encore en cours, n’est-il pas prématuré de conclure que l’élection a été volée ?

    Il est encore trop tôt, en effet, pour porter quelque accusation définitive sur ces résultats réputés provisoires. Mais les morts, eux, sont déjà là ! La violence, aussi. Ce serait pure hypocrisie, que de prétendre n’être pas intrigué par ces résultats tombés du ciel, dans une capitale quadrillée par des soldats surarmés, où beaucoup voulaient sincèrement croire à une élection transparente, enfin. Dans sa déroutante constance, ce pouvoir préfère intimider que séduire. Les blindés sont donc de sortie à Ndjamena. Comme à chaque élection aux résultats douteux. Le pouvoir des Deby semble irrémédiablement prévisible !

    À Ndjamena, on se plaît à rappeler que sept des neuf candidats auraient appelé le président élu pour le féliciter. Peut-être le Premier ministre n’est-il qu’un mauvais perdant ! À moins que certains de ceux qui félicitent avant d’avoir perdu se positionnent pour les places au bord de la « mangeoire ». Après tout, ce type de régime survit et prospère sur les petites lâchetés individuelles. Que faut-il de courage pour distribuer, au cœur des ténèbres, des pourcentages arbitraires, sans attendre la consolidation des résultats ?

    Lorsque, le 24 mars dernier, Amadou Bâ félicitait Bassirou Diomaye Faye, la transparence du processus électoral avait déjà permis aux Sénégalais d’évaluer dans quel sens allait le choix des électeurs. Rien à voir avec une victoire intraçable, imposée par des véhicules blindés.

    Peut-on dire d’un pouvoir si souvent confronté à des rébellions qu’il se nourrit de compromissions ?

    Ce sont, presque toujours, les alliés inconditionnels d’un temps qui, un jour, deviennent des ennemis jurés, et prennent les armes contre le système qu’ils ont servi, de bonne foi ou par calcul. Ils se muent en détracteurs, lorsqu’ils se sentent rejetés, démonétisés. Nul ne s’étonnera d’apprendre, un jour, que celui qui a distribué si généreusement les pourcentages en ce mois de mai 2024 est passé à une des rébellions. Ceux qui ont conforté le père, naguère, et travaillent, aujourd’hui, à asseoir le pouvoir du fils sont tous de potentiels détracteurs.

    Et cela explique largement pourquoi, en trois décennies d’un pouvoir dur et personnel, Idriss Deby Itno n’a jamais su apporter aux Tchadiens l’État de droit, la démocratie ou le début de ce que l’on appelle le développement.

    Jean-Baptiste Placca

  • Les journalistes, moteurs de la démocratie et du développement

    Les journalistes, moteurs de la démocratie et du développement

    Voilà ce que devraient être les journalistes, afin que la presse cesse d’être un instrument au service de quelques intérêts égoïstes, pour devenir le moteur de l’État de droit, de la démocratie et du développement des nations.

    À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, notre confrère Haman Mana a, dans une interview accordée à Christophe Boisbouvier, hier vendredi, sur RFI, dressé un état de la liberté de la presse, au Cameroun. En quoi son propos est-il aussi édifiant sur l’état général de la liberté de la presse en Afrique ?

    Ce que dit Haman Manade son pays nous ramène à ce que l’on observe dans nombre d’autres, sur le continent, le meilleur, de temps à autre, et le pire, trop souvent, malheureusement. Au-delà du propos, cette interview révèle aussi un journaliste courageux, comme on en compte quelques-uns, ici et là en Afrique. Il en faudra davantage, pour constituer la masse critique, indispensable pour rendre à la presse la place irréversible qu’elle mérite à l’échelle continentale. Mais, qu’ils existent est un motif d’espérance, dans un environnement où le pire, triomphant d’arrogance et de cupidité, a une fâcheuse tendance à vouloir éclipser le meilleur. Pour reprendre cette image contenue dans son interview, « l’eau propre » du journalisme est une réalité, même si elle est sans cesse polluée par « l’eau sale », d’un autre type de journalisme.

    Le journaliste africain devait, selon un de nos maîtres, être un agent de développement. Mieux, il pourrait être un agent de l’État de droit, de la démocratie et du développement, partout où la presse joue pleinement son rôle. C’est dire que les journalistes ont leur part de responsabilité dans les retards accumulés dans la consolidation de l’État de droit et de la démocratie, en Afrique, comme dans son non-développement. Une presse libre, saine et courageuse peut avoir, sur le destin des peuples, un effet vivifiant que l’on n’imagine pas.

    Mais, distinguer, dans le journalisme, « l’eau propre » de « l’eau sale », n’est-ce pas opposer les membres d’une corporation dont les destins sont liés ?

    L’eau sale, ce sont, notamment, ceux que Haman Mana qualifie de « presse à gages ». Des journalistes qui déploient, à des fins mercantiles, leur zèle et leur talent au service de causes douteuses, sinon mafieuses, à l’image des tueurs à gages, dans « le milieu ». Certains dirigeants ont eu beau se draper dans la souveraineté nationale, par leurs pratiques, ils se rapprochent davantage de la mafia qui, sous toutes les latitudes, a toujours eu tendance à infiltrer les États. C’est aussi le rôle d’une presse libre que de débusquer les comportements mafieux.

    Haman Mana a eu le courage de citer, notamment, le commanditaire présumé de l’assassinat de Martinez Zogo, et démontré, en attendant qu’il soit jugé, en quoi il s’apparente, par son œuvre journalistique, à ceux que son célèbre compatriote Mongo Beti dénonçait naguère comme des mercenaires de la plume, des Al Capone de la rotative.

    Le journaliste « d’eau propre » aurait-il l’exclusivité de ce qui est juste ?

    S’il dénonce les détournements et autres scandales financiers, ce n’est pas parce qu’il jalouse le bonheur apparent de ceux qui pillent l’État, mais parce qu’il compatit aux souffrances des populations démunies, qui n’auront pas de dispensaire, pas d’école près de chez elles, parce que les fonds ont été détournés. Il fait, en somme, œuvre de salubrité publique.

    Et pour le contrecarrer, le journaliste de la « presse à gages » s’emploie à jeter le discrédit sur son travail, sinon sur sa personne. En Afrique, le bon journalisme peine et vit péniblement, tandis que celui de « l’eau sale » peut toujours compter sur la généreuse part du fruit de la corruption que lui jette une branche gangrenée du pouvoir politique. Ce n’est pas un hasard, si les journalistes que l’on tue ou qui meurent courageusement pour la liberté de la presse sont toujours ceux qui défendent l’intérêt général, tandis que prospèrent librement ceux prêts à tout pour des gains faciles et une gloire à bon marché.

    Le sujet qu’aborde Haman Mana est donc d’une réelle gravité, et mérite d’être approfondi, afin que la presse cesse d’être un instrument au service de quelques intérêts égoïstes, pour devenir le moteur de l’État de droit, de la démocratie et du développement des nations.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca

  • Elections au Togo: satisfaction du camp présidentiel, l’opposition annonce des recours

    Elections au Togo: satisfaction du camp présidentiel, l’opposition annonce des recours

    Les résultats des élections législatives et régionales du 29 avril dernier tombent au compte-gouttes au Togo. L’Unir, le parti présidentiel est annoncé en tête et se félicite de ses scores tandis que l’opposition dénonce des malversations.   

    Pendant que les tendances et résultats du scrutin du 29 avril au Togo sont annoncés au compte-gouttes, l’opposition et particulièrement la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP) continue de dénoncer les malversations qui ont caractérisé le scrutin.

    Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson compte user de tous les droits pour réclamer, elle l’explique au micro de notre correspondant à Lomé, Peter Sassou Dogbé.

    « Nous avons remarqué que l’on a abusé des votes par dérogation. On peut vous dire qu’il y en a eu sur toute l’étendue du territoire. À part les pratiques de vote par dérogation, il y a eu beaucoup de bourrage d’urnes, partout. Voilà un peu une typologie de fraude massive à laquelle nous avons assisté. Pour tout ça, nous avons des preuves. Nous allons exercer des recours et des poursuites contre ceux qui ont été impliqués dans ces manœuvres. »

    Le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UNIR) annoncé en tête par les premières tendances, se félicite de son résultat. Pour le tout nouveau conseiller politique du président de la République, chargé de stratégie politique, Pascal Bodjona, ces bons scores sont dus à la présence constante du parti sur le terrain. Et si fraude, il y a eu, les instances compétentes feront leur travail, déclare t-il au micro de notre correspondant.

    « Ceux qui ont les preuves qu’il y a eu des fraudes doivent saisir, le moment venu, les instances compétentes (pour qu’elles prennent connaissance) du contentieux électoral. Même à Lomé, Unir a fait un score exceptionnel, historique. (Or) Lomé, qui a été vu pendant longtemps comme étant le fief de l’opposition aussi, a connu ces allégations de fraude.

    Je pense que le résultat qui est en train d’être vu pour le parti Unir est dû au fruit d’un travail, d’une occupation de terrain, et certainement que les populations ont été charmées par les actions qui ont été faites depuis longtemps.»

    Source: rfi.fr/afrique

  • Togo : Cedeao, UA et OIF satisfaites des élections, l’opposition nettement moins

    Togo : Cedeao, UA et OIF satisfaites des élections, l’opposition nettement moins

    Les trois organisations internationales ont salué le bon déroulé du scrutin. Les Togolais étaient appelés aux urnes pour élire leurs députés et conseillers régionaux, après l’adoption contestée d’une nouvelle Constitution.

    La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Union africaine (UA) et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ont exprimé leur satisfaction sur la tenue des élections législatives et régionales le 29 avril au Togo, dans un communiqué diffusé le 1er mai.

    Les trois organisations internationales « se félicitent de la mise en place d’un cadre permanent de concertation » ainsi que du «bon déroulement de la campagne électorale»  et « saluent la tenue des élections dans le calme », selon leur communiqué.

    La veille, une mission électorale de la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD) a jugé que le scrutin a été « libre, équitable et transparent ».

    « Nombre abusif de votes », « retards », « fraudes »…

    Nathaniel Olympio, président du Parti des Togolais (PT, opposition), a néanmoins estimé le 1er mai sur X (anciennement Twitter) que « les organisations internationales ont validé les élections frauduleuses », déplorant qu’elles aient déployé « moins de 70 observateurs » dans tout le pays.

    L’un des grands rassemblements de l’opposition, la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP, regroupement de partis de l’opposition et d’organisations de la société civile) a affirmé, le 30 avril, avoir constaté tout au long de la journée électorale « un nombre abusif de votes dans plusieurs centres », des « retards dans le démarrage du vote » et des listes électorales « pas affichées ».

    Les résultats n’étaient toujours pas rendus public ce 2 mai au matin. Selon le code électoral, ils doivent être annoncés dans les six jours suivant le vote.

    Nouvelle Constitution

    Les Togolais étaient appelés aux urnes pour élire leurs députés et conseillers régionaux, dans un contexte politique tendu après l’adoption contestée d’une nouvelle Constitution le 19 avril qui fait passer le pays d’un régime présidentiel à un régime parlementaire.

    L’enjeu de ces législatives est particulièrement important puisque le chef du parti majoritaire à l’Assemblée nationale sera automatiquement nommé président du Conseil, une sorte de super-Premier ministre qui concentrera tous les pouvoirs. Le rôle de président de la République devient un simple titre honorifique.

    L’opposition togolaise, qui dénonce le nouveau texte, y voit une manière pour l’actuel chef de l’État, Faure Essozimna Gnassingbé, président depuis 2005, de rester au pouvoir sans avoir à se soumettre à la limitation du nombre de mandats présidentiels. Le président de l’actuel parti majoritaire à l’Assemblée nationale, l’Union pour la République, pourrait donc assumer cette fonction de président du Conseil des ministres à l’issue des élections.

    AFP

  • Tchad-La quête perpétuelle du sauveur

    Tchad-La quête perpétuelle du sauveur

    Sur un continent qui a un besoin vital de leaders d’envergure, il y a un réel danger à croire que plagier les discours des figures charismatiques qui ont fait la gloire de l’Afrique, suffit pour faire de certains dirigeants actuels, les nouveaux Lumumba, Nkrumah, Sankara…

    À l’approche la présidentielle du 6 mai, au Tchad, la question d’une éventuelle entente entre Mahamat Idriss Déby, chef de l’État et Succès Masra, son Premier ministre, devient un thème de campagne pour leurs adversaires. Est-ce donc possible que l’ex-opposant irréductible soit devenu l’allié secret du président qu’il combattait ?

    En politique, tout est possible. Mais, il ne s’agit, pour le moment, que de conjectures, et l’attente ne devrait plus être très longue, pour que les Tchadiens apprécient, par eux-mêmes, ce qu’il en est, sur la base du déroulement du scrutin et des résultats qui seront proclamés. L’heure de vérité approche, qui dira à chacun si l’ex-opposant en chef garde quelque fidélité par rapport à ce qu’il proclamait naguère, et qui a poussé nombre de ses concitoyens à risquer leurs vies, en le suivant.

    Pour ce qui est de la victoire que lui prédisent certains, l’héritier du maréchal Déby peut aussi bien la devoir aux mystères de la technologie électorale, au Tchad, qu’à une adhésion réelle à sa personne, dans une Afrique où une partie de l’opinion a tendance à voir un sauveur en chaque individu installé au pouvoir, y compris par des voies détournées. L’on avait vendu cette succession dynastique, présentée comme transitoire aux Tchadiens, comme un gage de stabilité pour le pays, et même pour le Sahel. Ils ne doivent pas être particulièrement fiers, aujourd’hui, les parrains de cette transaction qui sanctifie un autre pouvoir familial, en Afrique francophone. Et, au-delà du Tchad, le véritable problème est celui de ces héros plus ou moins artificiels, que l’on vend, à la chaîne, à certains peuples du continent.

    Cette soif d’hommes providentiels n’est-elle pas légitime de la part de populations si souvent déçues par leurs dirigeants ?

    Peut-être. Mais, on a du mal à croire que pour guérir des trois éprouvantes décennies d’Idriss Déby Itno, la solution soit de mettre en selle son fils, pour une nouvelle tournée. Au regard de la pénurie chronique de leaders charismatiques, aujourd’hui en Afrique, il suffit de si peu, pour impressionner des peuples trop longtemps abreuvés de mensonges et ballotés entre déconvenues cuisantes et grandes désillusions. L’enthousiasme de commande autour de dirigeants parvenus au pouvoir par la petite porte a tout de la gloire acquise à bon marché. Surtout pour des personnes parfois totalement inconnues du grand public, dont le pedigree ne justifie nullement les colonnes d’apothéoses qu’on leur dresse dans l’imaginaire populaire.

    Certes, la pénurie de leaders charismatiques n’est pas moins chronique, à l’échelle planétaire, avec tant de crises plus insolubles que jamais. Mais, le drame de l’Afrique est qu’elle est plus vulnérable, avec des héros qui n’en sont pas du tout, alors qu’elle a, justement, besoin de leaders d’envergure. Ici et là, les rares qui feraient l’affaire sont parfois étouffés, sinon liquidés, pour laisser le champ libre aux imposteurs et autres maîtres de la captation d’héritage, prompts à récupérer le nom et l’image de grands leaders disparus qui rehaussaient, jadis, le prestige de l’Afrique, y compris au prix de leur vie ou de leur liberté : Lumumba, Nkrumah, Cabral, Sankara, Rawlings, Mandela, et tant d’autres, exemplaires par leur sens de l’intérêt général.

    Se revendiquer de ces leaders n’est-il pas, déjà, une belle avancée ?

    Ce serait trop facile, s’il suffisait de plagier les discours de ces figures charismatiques pour devenir ce qu’elles sont, à jamais, pour l’Afrique ! Si, encore, ces nouveaux héros avaient tous lu et digéré leur pensée ! La plupart ne font que rendre, plus ou moins laborieusement, des discours pondus par des personnes qui ont peut-être lu ces grands leaders, et s’en croient suffisamment experts pour faire de leurs nouveaux employeurs les Lumumba, Nkrumah, Sankara d’aujourd’hui.

    Davantage que leurs discours, c’est leur sens de l’intérêt général et leur esprit de sacrifice qui faisait la grandeur de ces héros du panafricanisme. Tout l’enjeu, pour l’Afrique, est de leur trouver des successeurs à peu près à la hauteur.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca

  • Sénégal-Une vie après le pouvoir

    Sénégal-Une vie après le pouvoir

    Pour le Sénégal, Macky Sall composerait sans états d’âme avec Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Car, tous savent devoir situer l’intérêt de leur patrie au-dessus de leurs rancœurs, tenaces ou passagères.

    Deux semaines après son départ du pouvoir, l’ancien président Macky Sall, en sa qualité d’envoyé spécial du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète, a pris contact, en cette mi-avril, avec le Secrétaire général des Nations unies, à New York, puis avec les milieux de la finance, à Washington, où se tenaient les Assemblées du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale. Pourquoi donc certains Sénégalais, ne veulent y voir qu’une anomalie, gênante pour son successeur ?

    Chacun y verra ce qu’il voudra. L’essentiel, ici, est que la fin d’un mandat politique cesse d’être vécu, en Afrique, comme une malédiction. Sur la vitalité d’une démocratie, ce que deviennent les anciens chefs d’État après le pouvoir est édifiant ! Et le Sénégal, de ce point de vue, est un exemple plutôt plaisant. Fin 1980. Léopold Sédar Senghor, 75 ans, quitte volontairement le pouvoir. Trois ans plus tard, il passe à l’immortalité : élu à l’Académie française.

    Mars 2000. Son successeur, Abdou Diouf, 65 ans, battu à la présidentielle par Abdoulaye Wade, devient, deux ans après, Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie. Peut-être que s’il n’avait pas préféré, à 86 ans, le repos du guerrier, Wade aurait eu droit à sa petite sinécure de jeune retraité, comme Macky Sall, qui l’avait battu en 2012, et qui a sa nouvelle vie, désormais, loin de la gestion de son successeur.

    Que Paris ait été pour beaucoup dans la reconversion de trois des quatre anciens chefs d’État du Sénégal est peut-être une forme de soutien à la démocratie sénégalaise, en dépit des récriminations que nourrissent certains à l’égard de l’ancienne métropole.

    Mais Macky Sall pourrait-il vraiment, dans ses nouvelles fonctions, gêner son successeur ou nuire au Sénégal ?

    Sa mission est celle d’un ambassadeur de bonne volonté, qui plaidera pour lever des fonds en faveur des pays confrontés aux dérèglements climatiques. Les nationaux de certains États africains craindraient plutôt qu’il favorise, parfois, le Sénégal de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Parce que les Sénégalais aiment leur pays. Qui a toujours eu une diplomatie des postes dans les institutions internationales, déployant tous les efforts, pour promouvoir ses ressortissants dans la fonction publique internationale. À charge, pour ceux-ci, d’aider en retour leur patrie à mériter les meilleurs projets et financements. À la différence d’autres nationalités africaines, le Sénégal ne brise pas ses propres ressortissants, sous prétexte qu’ils ne seraient pas du parti au pouvoir, ou de la région d’origine du chef de l’État. À l’international, les Sénégalais savent transcender leurs rivalités partisanes. Ce qui peut subsister d’animosité entre eux se joue ailleurs. Sur la scène internationale, Senghor n’a jamais gêné Diouf ; qui n’a jamais gêné Wade, qui, même s’il lui en voulait, n’a jamais gêné Sall. C’est à leur capacité à situer la patrie au-dessus de leurs rancœurs, tenaces ou passagères, que l’on apprécie les hommes d’État.

    Le Sénégal n’est tout de même pas seul à compter de tels hommes d’État !…

    On en trouve en nombre, notamment dans les pays lusophones et anglophones que nous citons souvent en exemple ici. Mais, on n’oublie pas qu’en francophonie, une des successions les plus violentes, après coup, a été celle du Cameroun, où Ahmadou Ahidjo avait, en novembre 1982, transmis le pouvoir à son Premier ministre, Paul Biya, tout en gardant le contrôle du Parti, afin, disait-il, de calmer certains barons hostiles au successeur. Cela se transforma bientôt en une omniprésence d’un Ahidjo campant sur la prééminence du parti, avec des incongruités protocolaires, qui achèveront de ruiner les relations avec Biya. Et lorsque survient, en avril 1984, une violente tentative de coup d’État, l’ancien président, qui avait publiquement regretté d’avoir cédé le pouvoir à Biya, s’empresse de suggérer que le putsch réussirait, s’il était le fait de ses partisans. À Yaoundé, on le tiendra pour responsable, même si certains auteurs présumés confient ensuite n’avoir rien à voir avec lui. Peut-être que Ahidjo – peu habitué à ne plus passer en premier –  s’était morfondu dans l’ennui et une certaine nostalgie… Ce qui ne risquait pas d’arriver à Senghor, le poète, devenu… académicien français !

    Chronique de Jean-Baptiste Placca

  • Au Togo, Sena Alipui salue le “climat apaisé” ayant caractérisé les législatives et régionales

    Au Togo, Sena Alipui salue le “climat apaisé” ayant caractérisé les législatives et régionales

    Les élections législatives et régionales de ce lundi 29 avril 2024 se sont, dans l’ensemble, déroulées dans une atmosphère acceptable. C’est l’avis de Sena Alipui, le deuxième vice-président de l’Union des forces de changement (UFC) dans un communiqué au soir du vote.

    Le double scrutin législatif et régional a eu lieu hier sur l’ensemble du territoire. ” L’Union des Forces de Changement (UFC) tient à saluer le climat apaisé qui a caractérisé la campagne et le déroulement du vote pour les élections législatives et régionales”, retient le député Sena alipui dans un communiqué dont Renouveau 228 a copie.

    Tout en saluant “la maturité du peuple Togolais et” félicitant “toutes les institutions et acteurs politiques qui ont permis aux électeurs d’exercer leur droit de vote dans de bonnes conditions”, souligne-t-il.

    “L’UFC invite toutes les parties prenantes aux élections à maintenir ce climat apaisé jusqu’à
    la proclamation des résultats et que les éventuelles réclamations se fassent conformément
    aux lois en vigueur”, complète le communiqué.

    file:///C:/Users/PC/Downloads/Communique%CC%81%20UFC%20Elections%202024%2029%20avril.pdf

Radio Renouveau228

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