Auteur/autrice : La Rédaction

  • Au Togo, quel est le processus de la dot?

    Togbui Dagban-Ayivon, le chef traditionnel d’Adakpamé

  • Le regard du Dr Kokou-Kpolou sur le remariage du pasteur Tunasi

    Le regard du Dr Kokou-Kpolou sur le remariage du pasteur Tunasi

    Le remariage du pasteur congolais Marcello Tunasi, 49 ans, leader de la communauté CREFM, est diversement apprécié. Qu’en pense alors l’universitaire togolais Cyrille Kossigan Kokou-Kpolou?

    ”AFFAIRE DU REMARIAGE DU PASTEUR MARCELLO TUNASI

    Nous assistons, sous nos yeux, à un phénomène viral qui cristallise des enjeux de société profonds : deuil social, famille, couple, genre, religion, culture, acculturation et influence sociale.
    C’est là, très clairement, une véritable FABRIQUE SOCIALE , au sens que lui donne Pierre Bourdieu.

    Mais une question s’impose :
    Quand les intellectuels africains en sciences sociales et humaines sortiront-ils de leur inaction ?
    Quand éclaireront-ils, avec rigueur et courage, les dynamiques sociales à l’œuvre dans nos sociétés ?
    Je rêve d’une Afrique contemporaine où les intellectuels ne seraient pas seulement utiles dans les amphithéâtres, mais aussi essentiels dans le débat public.
    Utiles au peuple.
    À la société vivante.
    À la conscience collective”.

    Dr Cyrille Kossigan Kokou-Kpolou, Ph.D.



  • Tavio Amorin, à jamais dans les coeurs

    Tavio Amorin, à jamais dans les coeurs

    23-29 juillet 1992 – 23-29 juillet 2025 : il y a 33 ans que le jeune opposant Tavio Amorin est assassiné. Plus de trois décennies après, ceux qui lui ont été ôté la vie n’ont jamais répondu devant la loi. Hommage du MO5.

    L’assassinat de Tavio Amorin est plus qu’un drame national. C’est une perte inestimable pour une jeune nation comme le Togo qui a plus que besoin du talent et de l’engagement de ses fils. Des plus doués surtout. Pour ces compagnons et pour ceux qui l’ont approché, Tavio était tout simplement né pour conduire et indiquer la voie.

    En effet, il y a 33 ans jour pour jour, la nation entière s’était réveillée sous l’onde de choc que les médias et le bouche-à-oreille ont entraînée dès l’annonce du lâche et cruel attentat au fusil mitrailleur qui a fauché ce compagnon. Ce fut un acte de haute barbarie commandité par les ennemis du peuple togolais, les assassins de la liberté : Eyadéma et ses partisans. Quoiqu’il en soit, les mains qui ont exécuté ce jeune homme d’une stature exceptionnelle, sont connues : Boukpessi et Karéwé. Le peuple togolais attend le jour de vérité et de justice. En ces jours de souvenir, le MO5 qui doit son appellation compacte et sonnante à l’intelligence et à l’esprit inventif de ce co-fondateur regretté, invite la nation toute entière à prier avec ferveur pour le repos de son âme.

    Le MO5 renouvelle ses hommages à l’illustre compagnon et propose aux lecteurs cette biographie intitulée TAVIO, COMME UN MÉTÉORE, publiée il y a 33 ans par un journaliste togolais de talent: Léopold Ayivi qui périra, lui même, ironie du sort, sous les balles meurtrières des tueurs à gage d’Eyadéma Gnassingbé et clan:

    « Tavio est né en 1958, année où la lutte pour l’indépendance battait son plein. Son père Carlos Amorin, à l’époque agent de la UAC, était engagé dans cette lutte aux côtés de Sylvanus Olympio et d’autres comme Firmin Abalo, Michel Folly… De sa mère, Adolé née Goeh-Akué, commercante de naissance, mais anciennement caissière à la BCEAO, Tavio était le premier garçon et le dernier enfant après ses trois sœurs: Sophie, Henriane et Chantal.

    Tavio a passé son enfance à Anagokomé dans la maison familiale, maison Amorin, sise Avenue Thiers à l’époque. C’était une grande maison qui, pendant les grandes vacances, arrivait à rassembler une cinquantaine d’enfants. Ce cadre lui a permis de développer l’esprit d’équipe et de cultiver la tolérance. Il fit ses premières années scolaires à l’école catholique de Kokétimé. C’était en 1964 où il était admis à la garderie. Il suivit le cours normal jusqu’au CM2 où il obtient son CEPE avec mention très bien, en 1970, date à laquelle il entame ses études secondaires au collège Saint Joseph.

    Un très bon élève

    Tavio était un très bon élève, toujours classé parmi les premiers. Il était le potache qu’on aimait bien. Sauf qu’il écrivait comme un … crabe. Et il a gardé cette calligraphie extrêmement nerveuse, jusqu’à l’âge adulte. Le football était son violon d’Ingres. Cela a failli déjà lui coûter la vie. C’était en 1969 à Kokétimé, où il avait été élève quelques années auparavant. La partie était âpre, comme on savait en livrer à cet âge-là. Sur une balle aérienne, deux têtes entrent en collision. Celle de Tavio, sans doute plus fragile, se mit à enfler à vue d’œil. On appela un médecin à son chevet : ce médecin était un certain Dr Marc Atidépé.

    Depuis qu’il est rentré d’exil, tous les samedis après-midi, il retournait à l’école catholique de Kokétimé revivre l’ambiance de son enfance. Son autre grande passion était les bandes dessinées. Il lisait tout le temps Akim, Blek le Rock, Nevada, Capitaine Swimg, Piscou, et suivait Tintin et Milou dans toutes leurs pérégrinations. Même devenu homme politique, il ne dédaigne pas emprunter les BD de ses neveux. Ce fils unique, seul garçon parmi trois filles, n’avait pas été choyé par sa mère. Son éducation fut tout à fait spartiate, comme la petite bourgeoisie de l’époque savait en donner à ses rejetons. S’il arrivait à Tavio de se rendre coupable de quelques menus méfaits, il recevait fessées et gifles comme tout le monde : Sa maman l’obligeait à laver lui-même son linge. Et s’il refusait d’obtempérer, il était tout simplement privé du prochain repas. Après son baccalauréat au collège Saint Joseph en 1977, (mention bien), il part en France, à Poitiers. Deux ans après, il monte à Paris, disant qu’il en avait ras-le-bol de la province, de Poitiers et de ses maths-physiques. Il reste donc à Paris où il étudie l’informatique et l’organisation. Plusieurs stages dont un chez Matra, la grande firme française, l’aide à affûter ses armes. Il savait se « débrouiller » comme on dit. Il est inventif et imaginatif. Témoin, cette histoire dont les téléspectateurs français se souviennent pour l’avoir apprise sur FR3, l’une des chaînes françaises. Pour arrondir ses fins de mois, un étudiant togolais du nom de Tavio Amorin avait monté une petite affaire tout à fait surprenante de simplicité et d’originalité : il avait passé une annonce, s’était constitué un fichier. Les clients l’appelaient pour lui communiquer l’heure à laquelle ils voudraient avoir leurs croissants pour le petit déjeuner. Tavio passait alors commande au boulanger, livrait les croissants, et palpait à son tour la galette sous forme de ristournes et de pourboires. Cette initiative lui a valu les honneurs de la troisième chaîne française dans une émission de jeunes. Il travaille ensuite chez des importateurs de produits tropicaux en qualité de responsable des achats. Quand il décide de revenir en Afrique, c’est par cette filière qu’il est envoyé à Abidjan.

    Il n’aurait pas pu rentrer au Togo pour des raisons politiques. Venu en vacances au Togo en 1980, et eu égards à ses liens familiaux avec Francisco Lawson, lui-même en exil, il a eu maille à partir avec un officier supérieur de l’armée en poste à Kara, qui avait proféré des menaces à son endroit : «où que tu sois, on te retrouvera». A la suite de cet incident, il n’a plus remis pieds au Togo jusqu’à la proclamation de la loi d’amnistie en 1991. Entre temps, il obtient en France le statut de réfugié politique, mais n’a jamais pris la nationalité française, contrairement à ce que beaucoup croient.

    Admirateur de Nkrumah

    Pour son âge, il avait une culture politique tout à fait remarquable. C’est qu’il ne faisait jamais les choses à moitié. Bien que n’ayant pas fait des études de droit, il s’est intéressé à la chose juridique, et à la chose politique. Sa formation politique est à la foi livresque et reçue « sur le tas » avec les jeunesses du parti communiste français, puis avec les jeunesses du parti socialiste français, tendance Jean-Pierre Chevènement. Grand admirateur de Kwame Nkrumah, de George Padmore, de Marcus Garvey et de toutes les grandes figures du mouvement panafricaniste, Tavio considérait que la plus grave offense qui ait été commise à l’égard de l’Afrique, ce fut la balkanisation du continent. D’où son admiration sans borne pour ceux qui à ses yeux apparaissent comme les pionniers de l’unité africaine. Entre le père et le fils, les rapports étaient ceux qui pouvaient exister entre deux êtres qui s’estimaient mutuellement et se comprenaient à demi-mot. Et si l’éducation spartiate dont il avait été question plus haut ne permettait pas entre le père et le fils une familiarité trop grande, Tavio à force d’être resté constamment dans le sillage de son père, d’humer et de s’imprégner de son parfum, a fini par s’identifier totalement à ce patriote courageux et généreux.

    A l’endroit de sa mère, Tavio nourrissait une véritable vénération. La mère et le fils étaient pourtant bien si loin de s’entendre parfaitement sur tous les sujets. Maman Tavio n’aimait pas le goût prononcé que manifestait son fils pour la politique. Elle ne ratait aucune occasion pour le lui faire comprendre. Elle revendiquait son droit d’attendre de son fils qu’il entame une carrière véritable, fonde un foyer et fasse « plein de petits ». Mais pour le fils, la politique était au-dessus de tout et passait avant tout. La maman, dès le début du renouveau démocratique et vu la part prise par son fils aux travaux de la conférence nationale souveraine, avait très peur pour lui. Elle était convaincue que la politique était un jeu dangereux et que Tavio ne devait pas se mêler de tout cela. Malheureusement pour le fils, le sort en était jeté, le destin s’était mis en branle. L’enfant était happé par le flot impétueux des courants irrésistibles qui conduisaient le Togo vers la démocratie. Tavio était de tout son être, de toute son âme, plongé dans la fièvre démocratique qui a fini par le consumer.

    Prémonition

    Mercredi, la veille de l’attentat qui devait l’emporter, il rendait visite à sa mère. Il revenait lundi d’une mission à Damas (Syrie) et c’était la première fois depuis son retour de mission, que la mère revoyait son enfant. Elle le fixa longuement. La soudaine intensité du regard maternel ne manqua pas d’intriguer le fils qui fit remarquer : «Mais tu me regardes tout le temps! (…) Ça me fait de la peine parce qu’un beau jour on va m’assassiner. Et ta douleur… Non je n’ose pas penser à ce que sera ta douleur. » Le lendemain, la prophétie se réalisait. Tavio tombait sous les balles de son assassin.

    La maman avait beaucoup souffert moralement des dangers et des risques énormes de la vie qu’avait choisie de vivre son fils. Après le 3 décembre 1991, Tavio s’était exilé à Cotonou. Il revint à Lomé pour une réunion du Haut Conseil de la République. Sa mère le voyant arrivé à la maison, manqua de tomber dans les pommes. Ce fut un grand choc pour elle. Elle avait été soulagée de le voir partir pour l’exil. Et voilà Tavio qui revenait… Depuis qu’il est rentré au Togo, il ne s’était jamais protégé. Il n’avait même pas de gilet pare-balles. Il n’avait pas d’arme. Il disait : « Même si je prenais des gardes du corps, si cela devait arriver, ce sont ces mêmes gardes qui vont me tirer dessus». Mais quand il était rentré du voyage lundi, il était un peu plus corpulent que d’habitude. Il portait un gilet pare-balles : «Voilà, ditil ce que j’ai ramené pour me protéger». Il avait donc son gilet lundi. Mardi également. Mercredi, il ne l’avait pas porté. Jeudi non plus. Et c’est précisément ce jour que les balles l’ont fauché ».

    Tino Agbélenko Doglo, MO5

  • Santé et environnement : REMAPSEN et GALIEN Africa sur la même longueur d’onde

    Santé et environnement : REMAPSEN et GALIEN Africa sur la même longueur d’onde

    Un partenariat lie désormais le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) et l’association Galien Africa. Désormais rien ne sera plus comme avant. Le REMAPSEN et Galien Africa unissent leurs forces dans l’optique de la promotion de la santé et de l’environnement sur le continent africain.

    Santé et environnement : L’association Galien Africa et le REMAPSEN s’engagent dans un partenariat de promotion de la santé et de l’Environnement en Afrique

    Dakar, la Capitale du Sénégal a accueilli ce mercredi 16 juillet 2025, la cérémonie de signature d’une convention de partenariat entre l’Association Galien Africa et le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN).

    C’était en présence des représentants du Ministère de la Santé et de l’Action sociale, du Ministère de l’Environnement et de la Transition écologique (Sénégal) et d’un parterre de partenaires nationaux et internationaux. Dans son adresse, le Président du REMAPSEN, M. Bamba Youssouf, s’est félicité de cette signature de partenariat entre son organisation et l’association Galien Africa. Il a fait l’historique du REMAPSEN et rappelé les progrès réalisés au cours de cinq dernières années, avant de préciser les principaux objectifs de cet accord de partenariat. Selon le Président du REMAPSEN : « il s’agira pour les deux organisations signataires de promouvoir la santé et l’environnement à travers des partages d’expériences et le développement de contenus médiatiques percutants, de renforcer les capacités des journalistes et des professionnels des médias africains sur les questions de santé et d’environnement et de soutenir la recherche et l’innovation en renforçant leur collaboration dans le cadre des projets de recherche pour une meilleure compréhension des défis sanitaires et environnementaux ». Il a également déclaré que : « cette alliance stratégique entre Galien Africa et le REMAPSEN marque un tournant majeur dans la quête commune pour une amélioration de la santé et de l’environnement en Afrique », non sans lancer un appel à tous les acteurs pour une meilleure intégration de la communication médiatique dans les stratégies de mise en œuvre des programmes de santé et d’environnement au triple plans national, régional et international.

    La Présidente de l’Association Galien Africa, le Professeur Awa Marie Coll Seck, a félicité le REMAPSEN pour son dynamisme et sa productivité. A travers ce partenariat, elle a engagé son organisation à soutenir l’organisation des Forums annuels des médias du REMAPSEN, à faire le plaidoyer auprès des partenaires pour la réalisation des projets et activités du REMAPSEN, et à soutenir l’organisation des rendez-vous du REMAPSEN de la coordination nationale au Sénégal.

    Les clauses de cet accord de partenariat stipule aussi que le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) assurera la couverture médiatique du Forum et du Prix Galien Afrique dont les prochaines éditions sont prévues du 28 au 31 octobre 2025, à Dakar (Sénégal) sur le thème : « Souveraineté sanitaire, un impératif pour l’Afrique ». Le REMAPSEN diffusera aussi des communiqués de presse relatifs aux évènements initiés et organisés par Galien Africa, et contribuera à l’organisation de webinaires sur des sujets de santé et/ou d’environnement, entre autres.

    Signalons que cette convention de partenariat entre le REMAPSEN et Galien Africa a été signée pour une durée de deux ans renouvelables.

  • Entre la France et le Togo, une coopération sécuritaire controversée qui tourne au ralenti

    Entre la France et le Togo, une coopération sécuritaire controversée qui tourne au ralenti

    Alors que des manifestations contre le pouvoir de Faure Gnassingbé ont été réprimées en juin, des voix à Paris remettent en cause l’accord de défense signé en 2011. Le Quai d’Orsay dit suivre la situation.

    Le vote s’est finalement déroulé dans le calme. Jeudi 17 juillet, les élections municipales se sont tenues sans encombre au Togo, malgré de nouveaux appels à manifester lancé par le Mouvement du 6 juin (M66), un collectif d’activistes qui dénonce la hausse du coût de la vie et la récente réforme constitutionnelle qui permet à Faure Gnassingbé de rester à la tête du pays, qu’il dirige depuis 2005, sans limitation de mandats. Un solide dispositif de sécurité avait été déployé à Lomé et quelques meneurs supposés arrêtés préventivement.

    Les 5 et 6 juin, puis les 26, 27 et 28 juin, des manifestations avaient eu lieu dans la capitale. Elles avaient été durement réprimées par les forces de l’ordre. Bilan : sept morts, selon des organisations de la société civile, tandis que le gouvernement en a reconnu cinq, « par noyade ».

    A Paris, l’opposition – mais aussi certains officiels, sous le couvert de l’anonymat – s’indigne de cette répression menée par les autorités togolaises, qui avaient déjà fait couler le sang lors de précédents mouvements de contestation, en 2005 et 2017. Après avoir été la principale alliée de l’ancien président Gnassingbé Eyadéma, figure de la Françafrique qui a dirigé le Togo de 1967 à 2005, la France demeure en effet un partenaire important du pouvoir de son fils, Faure Gnassingbé, avec lequel elle a notamment signé un accord de partenariat de défense – toujours en vigueur – en 2011.

    La suite sur lemonde.fr/afrique


  • Elf, Françafrique, Togo : mort de Loik Le Floch-Prigent, un homme au centre des scandales

    Elf, Françafrique, Togo : mort de Loik Le Floch-Prigent, un homme au centre des scandales

    Ancien patron de grandes sociétés publiques françaises, dont Elf Aquitaine de 1989 à 1993, Loïk Le Floch-Prigent emporte avec lui une part de la Françafrique, entre réseaux d’influence et affaires judiciaires.

    L’ancien grand patron devenu symbole des dérives de la Françafrique sous François Mitterrand, Loïk Le Floch-Prigent, est mort ce 16 juillet à 81 ans d’un cancer, a annoncé sa famille. À la tête de la compagnie Elf, il a été, il y a 25 ans, au cœur du plus grand système de corruption de l’histoire de la Françafrique. Plus récemment, en 2012-2013, il a passé cinq mois dans une prison togolaise. En 2017, il avait publié ses « Carnets de route d’un Africain ».

    Condamné en 2003 à cinq ans de prison pour abus de biens sociaux dans le volet principal du dossier Elf, il avait été libéré avec trois ans d’avance en avril 2004, invoquant des raisons de santé, mais avait dû, en septembre 2010, retourner quelques mois derrière les barreaux. La juge Eva Joly avait mis au jour un réseau de trafic d’influences, de corruption et de détournements de fonds impliquant les dirigeants du groupe Elf, dont Loïk Le Floch-Prigent, et des ministres comme Roland Dumas et Charles Pasqua de 1989 à 1993.

    Interpellé à Abidjan en 2012

    Deux ans plus tard, c’est sur le continent africain que se déplacent les ennuis judiciaires de l’ancien patron d’Elf. Alors devenu consultant en énergie en Afrique et au Moyen-Orient, l’ancien PDG a passé cinq mois en prison au Togo pour complicité d’escroquerie. En 2012, il est arrêté en Côte d’Ivoire puis extradé à Lomé, où il est placé cinq mois en détention provisoire dans une affaire d’escroquerie. Loïk Le Floch-Prigent est alors soupçonné d’être impliqué dans l’affaire Bodjona, dont le scénario est typique d’une arnaque « à la nigériane ». Rentré en France l’année suivante, il a toujours clamé son innocence.

    Avec l’AFP


  • Ensemble on peut mieux défendre les droits des femmes

    Ensemble on peut mieux défendre les droits des femmes

    Pour une meilleure promotion des droits des femmes et des filles, Alliance Droits et Santé “appelle à des actions concrètes” après que la Convention de l’Union africaine a été adoptée.

    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

    Lutte contre les violences : Alliance Droits et Santé appelle à des actions concrètes suite à l’adoption de la Convention de l’Union Africaine

    Malabo le 7 juillet 2025. L’adoption  en février dernier, de la Convention de l’Union Africaine sur l’Élimination de la Violence à l’égard des Femmes et des Filles marque une avancée historique pour les droits des femmes en Afrique. Toutefois, Alliance Droits et Santé alerte : sans engagement politique fort, cadre juridique harmonisé et financements durables, cette convention restera lettre morte.

    L’organisation exhorte les gouvernements des six pays membres (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal) et les autres pays à mettre en œuvre des plans d’action nationaux budgétisés, multipartites et efficaces, pour assurer une prise en charge intégrale et coordonnée des survivantes de violences basées sur le genre (VBG). Ces actions doivent inclure la prévention, la protection, l’accès à la justice et la réinsertion socio-économique.

    Chaque jour de retard expose davantage de femmes et de filles à des violences inacceptables. L’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action.

     Alliance Droits et Santé formule trois recommandations stratégiques pour des politiques efficaces :

    1. Renforcer les cadres juridiques et la protection des survivant·e·s : Harmoniser les lois nationales avec les engagements régionaux et internationaux, criminaliser toutes les formes de VBG et garantir un accès simplifié à la justice pour les survivantes.

    2. Accroître les financements dédiés à la lutte contre les VBG : Allouer des budgets nationaux pluriannuels, impliquer le secteur privé africain via la RSE, et créer des fonds dédiés, transparents et suivis.

    3. Améliorer la coordination et le partage des données : Mettre en place des mécanismes de coopération entre acteurs, digitaliser les données, renforcer les centres spécialisés et former les professionnel·le·s de terrain.

    Alliance Droits et Santé appelle les gouvernements, les partenaires techniques et financiers, la société civile, les mouvements féministes et le secteur privé à unir leurs efforts pour bâtir une Afrique de l’Ouest où chaque femme et chaque fille vit librement, en sécurité et avec dignité.

    ENSEMBLE POUR LES DROITS DES FEMMES ET DES FILLES !

    L’heure est à l’action. L’heure est à la ratification.

    Lien du document de positionnement de l’Alliance Droits et Santé : https://drive.google.com/file/d/1lxqipCgZe8JEx_YnTXtgzeq-xxm5PIGJ/view?usp=sharing

  • Manifestations au Togo : mandats d’arrêt contre des blogueurs et des artistes

    Manifestations au Togo : mandats d’arrêt contre des blogueurs et des artistes

    A la fin de juin, des manifestations ont eu lieu à Lomé contre le pouvoir de Faure Gnassingbé. Les autorités togolaises viennent de lancer des mandats d’arrêt contre des membres du Mouvement du 6 juin, ayant appelé à manifester.

    Les autorités togolaises ont annoncé mercredi 9 juillet avoir émis des mandats d’arrêt visant les blogueurs et artistes du Mouvement du 6 juin (M66), appelant depuis le début de juin à des manifestations contre le pouvoir.

    « Quand on lance un mandat d’arrêt international, il doit y avoir une suite et soyez rassurés que nous irons jusqu’au bout », dit le ministre de la sécurité, le colonel Calixte Madjoulba, avant d’ajouter « quel que soit l’endroit où ils résident, on ira les chercher ».

    Plusieurs manifestations meurtrières ont eu lieu à la fin de juin pour contester des arrestations de personnalités critiques envers le gouvernement, la hausse du prix de l’électricité ou encore la réforme constitutionnelle de 2024, qui permet au président, Faure Gnassingbé, de consolider son pouvoir

    « Grande marche pacifique »

    « Nous sommes dans un Etat de droit et le respect de la loi n’est pas une option. La loi s’impose à tous. Les manifestations non déclarées, les actes de vandalisme, les appels au désordre ne peuvent en aucun cas être considérés comme des formes acceptables d’expression démocratique », dit le ministre de l’administration territoriale, le colonel Hodabalo Awaté.

    L’opposition et la société civile accusent les forces de l’ordre d’avoir causé la mort de sept personnes lors des manifestations à Lomé. De son côté, le gouvernement a fait état de cinq décès, la plupart « par noyade ». Ils ont dénoncé des « tentatives de récupération malheureuses ». Le parquet a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire contre X pour « élucider davantage les circonstances et les causes exactes » de ces décès.

    En hommage aux victimes, des organisations et partis d’opposition prévoient des journées de prières à compter du 11 juillet et ont appelé à des manifestations. « Nous allons organiser une grande marche pacifique, citoyenne et silencieuse à travers des artères de Lomé », a déclaré le porte-parole du Front citoyen Togo debout, David Dosseh. Le cortège ira jusqu’à la lagune de Bè, où certains corps ont été repêchés.

    Avec AFP


  • Togo. Derrière la répression, un clan de plus en plus divisé

    Togo. Derrière la répression, un clan de plus en plus divisé

    Analyse · Depuis début juin, des manifestations spontanées ont éclaté pour demander la libération du rappeur Aamron, dénoncer la gouvernance du pays et obtenir le départ de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005. Mais cette révolte illustre aussi et surtout de vives tensions au sein même du régime.

    Un garçon de 12 ans retrouvé dans une lagune avec des « blessures sur son corps liées à des bastonnades », selon la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH), des tirs de lacrymogènes et l’utilisation de balles réelles, des citoyens battus et pourchassés jusque dans leurs maisons… Les Togolais sont encore sous le choc à la suite de la répression des manifestations des 26, 27 et 28 juin à Lomé, la capitale du pays. Des vidéos, comme celle qui montre des forces de l’ordre tabassant un homme et le laissant pour mort, ont fait le tour des réseaux sociaux.

    Selon un bilan provisoire de la société civile, les manifestations ont fait au moins sept morts, dont des mineurs, des dizaines de blessés et d’arrestations, et trente et une personnes ont été placées sous mandat de dépôt. Le 4 juillet, dix-huit ont finalement été condamnées à douze mois de prison, dont onze avec sursis, lors d’un procès expéditif. Amnesty International dénonce même la présence de « miliciens » avec un « recours inutile et excessif de la force et de la violence ».

    De son côté, dans un communiqué du 30 juin, l’exécutif togolais parle de « fausses informations », d’une « campagne de désinformation et d’incitation à la haine, à la violence, à l’incivisme et à la désobéissance civile » sur les réseaux sociaux et certains médias. France 24 et RFI sont suspendus depuis mi-juin. Les autorités louent le « professionnalisme » des forces de sécurité et mentionnent des morts par « noyade ». Le 6 juillet, la justice togolaise a annoncé  une enquête après le décès de cinq personnes repêchées dans des cours d’eau.

    Vingt ans de contestations réprimées

    Ces scènes de grandes contestations populaires suivies de fortes répressions, le Togo en a déjà connu. Dans les années 1990, des civils avaient été tués lors de manifestations pour la démocratie. En 2005, au moins 800 morts et plus de 4 000 blessés avaient été recensés  par la société civile dans des protestations suite à la succession de Faure Gnassingbé, à la mort de son père Étienne Eyadéma Gnassingbé, qui dirigeait le pays d’une main de fer depuis 1967.

    L’histoire semble donc se répéter. Avec quelques nouveautés cependant. D’abord, les manifestants sont de plus en plus jeunes. Ensuite, et surtout, des dissensions internes parmi les proches du pouvoir apparaissent plus clairement.

    « Entre Kabyès, quand on conteste, la répression est plus dure »

    Les récentes protestations ont éclaté après l’arrestation le 26 mai dernier du rappeur Aamron. Artiste populaire au Togo, il avait, durant plusieurs semaines, vivement critiqué Faure Gnassingbé sur les réseaux sociaux. Amené dans un asile psychiatrique, à Zébé, il en est ressorti le 21 juin à la suite de la pression populaire lors de manifestations spontanées les 5 et 6 juin, le tout amplifié par des activistes de la diaspora sur les réseaux sociaux.

    « Juste après son enlèvement, on l’a conduit au SCRIC [Service central de recherches et d’investigations criminelles], où il a été soumis à la torture physique et morale », détaille à Afrique XXI Célestin Agbogan, son avocat et président de la Ligue togolaise des droits de l’homme. « De là, on l’a conduit à un autre endroit après lui avoir bandé les yeux. Ses détracteurs lui ont rasé barbe et cheveux, avant de le conduire directement à l’hôpital psychiatrique, où il a même reçu plusieurs injections, sous prétexte de lui prodiguer des soins », poursuit-il. « On ne sait toujours pas de quelles injections il s’agit et, aujourd’hui, il reste affaibli, il a du mal à marcher… Il suit des séances de kinésithérapie », confie le frère du rappeur, Lao-Dja Songdou Tchala.

    Fils d’un colonel à la retraite, Aamron n’est autre que le petit-fils du chef des Kabyès, la communauté d’origine des Gnassingbé – bien que la mère de Faure Gnassingbé soit ewe (du sud du Togo). « Il avait été informé de son arrestation la veille, ainsi que du plan consistant à le faire passer pour un fou. Il pensait même se faire tuer. Entre Kabyès, quand on conteste, la répression est plus dure », partage encore son frère.

    Le rappeur a été enlevé à son domicile, sans mandat d’arrêt, par des dizaines de personnes en tenue militaire et cagoulées et une poignée d’hommes de la région de la Kara, région des Kabyès (parmi eux, des militaires ou ex-militaires gradés et d’ex-agents publics), selon Lao-Dja Tchala. Le jeune artiste a été perçu comme un porte-parole par une partie de la jeunesse togolaise, et son enlèvement a été vivement critiqué, jusque dans la communauté kabyè.

    Avec la réforme constitutionnelle, « le verre était plein »

    Le ras-le-bol était déjà latent chez de nombreux Togolais. Dans cet État de 9,3 millions d’habitants, classé dans la liste des pays les moins avancés, le coût de la vie a augmenté subitement en mai 2025, notamment le prix du kilowattheure. Une épreuve sociale de trop, aux yeux de plusieurs citoyens, malgré l’annonce de mesures d’atténuation par les autorités.

    De plus, en 2024, le pouvoir a changé la Constitution, passant d’un régime présidentiel à un régime parlementaire. Le 3 mai, le président de la République, Faure Gnassingbé, est devenu officiellement président du Conseil, sans limite de mandats et choisi par un Parlement majoritairement acquis à sa cause. « Le verre était plein », explique Kodjo, un conducteur de taxi-moto dans la capitale. « En plus, peu de Togolais mangent deux repas par jour, la colère commençait doucement à gronder, surtout sur la Toile », conclut-il.

    Même au sein de l’Union pour la République (Unir, le parti présidentiel), certains aspects du changement de régime ont eu du mal à passer. Lors du choix du nouveau président de la République (un poste devenu honorifique, alors que le président du Conseil garde la majeure partie du pouvoir exécutif), le nom de Savi de Tové a été « comme imposé » aux Parlementaires de l’Unir, décrit une députée de ce parti sous le couvert de l’anonymat. « Il n’y a pas vraiment eu de consultation du Congrès, ni d’élection, comme cela aurait dû être fait  », partage cette source. 

    « Il est temps que la volonté du peuple soit respectée »

    La tension a surtout pris de l’ampleur après la sortie d’Essossimna Marguerite Gnakadè, l’ancienne ministre de la Défense (de 2020 à 2022). Le 2 mai dernier, elle a publié une tribune feutrée mais avec un ton offensif. Dans un pays où les voix discordantes sont régulièrement réprimées, cette tribune d’une ex-officielle en a étonné plus d’un. Le rappeur Aamron s’en est emparé, la décortiquant dans l’une de ses dernières vidéos en ligne. Probablement la vidéo de trop pour le pouvoir. 

    Dans cette tribune, Marguerite Gnakadè explique :

    Depuis deux décennies, le peuple togolais fait preuve d’un courage remarquable face à l’adversité. Il endure, espère, se mobilise… Mais trop souvent, il est réduit au silence. Aujourd’hui, alors que le pays traverse une nouvelle phase de crispation politique et d’incertitude démocratique, je prends la plume pour affirmer ceci : il est temps que la volonté du peuple togolais soit enfin respectée.


    Elle souligne encore : « Quel est le véritable bilan de Faure Gnassingbé après deux décennies de règne ? […] En dépit de plus de 15 000 milliards de FCFA [23 milliards d’euros] injectés dans l’économie togolaise, les résultats tangibles sur l’amélioration des conditions de vie des Togolaises et Togolais peinent à prendre corps. » Elle n’a pas hésité non plus à dénoncer la corruption au sommet de l’État. Les objectifs économiques « ne peuvent être atteints que s’il y a une réduction significative des détournements de deniers publics et l’instauration de la fin de l’impunité des crimes économiques ».

    Gilbert Bawara, ministre porte-flingue

    Depuis ce premier brûlot, Marguerite Gnakadè a écrit d’autres lettres, appelant à la libération des « prisonniers politiques », puis s’indignant contre la « répression organisée contre les hommes et les femmes togolais, qui manifestent pacifiquement », suite aux protestations des 26, 27 et 28 juin.

    De son côté, le gouvernement a réagi à ses prises de position, notamment à travers le ministre du Travail, Gilbert Bawara, dans Jeune Afrique le 26 juin :

    J’observe que mon ancienne collègue fait l’objet d’une grande indulgence et d’une grande mansuétude, notamment de la part de médias généralement prompts à déverser leur bile sur les autorités. Je remarque aussi qu’elle n’assume aucune responsabilité dans l’action publique qu’elle dénonce, alors qu’elle a exercé d’importantes responsabilités à la tête d’entreprises publiques et au sein du gouvernement.

    Depuis fin mai, l’ex-ministre des Armées réside à son domicile à Lomé, elle est libre de ses mouvements mais « reste prudente », affirme une source proche à Afrique XXI. Femme discrète, âgée d’une soixantaine d’années, elle est difficilement approchable des journalistes, même quand elle était en poste au ministère des Armées. Originaire du canton de Tchitchao, voisin de celui des Gnassingbé, Pya, elle a fait des études d’économie en France. De retour au Togo, elle a longtemps travaillé à la Banque internationale pour l’Afrique (BIA-Togo), puis un temps à la Cour des comptes, avant de prendre la tête de la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI), puis d’être promue ministre. Marguerite Gnakadè est aussi la sœur du majordome de Faure Gnassingbé, Darius Gnakadè, qui s’est désolidarisé publiquement des sorties de son aînée.

    Le gouvernement l’empêche de créer son parti

    Marguerite Gnakadè a par ailleurs un lien familial avec le président Faure Gnassingbé : elle a longtemps été mariée à son grand frère, Ernest Gnassingbé, décédé en novembre 2009. Le couple a eu plusieurs enfants avant de se séparer, autour des années 2000. Lieutenant-colonel, longtemps patron de l’appareil répressif au Togo, Ernest Gnassingbé a été considéré un temps comme le dauphin dans la succession à son père – étant l’aîné des fils Gnassingbé. Mais sa santé s’est dégradée dès la fin des années 1990. De nombreux Togolais le décrivaient même comme un tyran imprévisible. En 2005, à la mort de son père, il n’était déjà plus question qu’il prenne les rênes du pouvoir.

    Première femme au Togo à diriger l’appareil militaire, elle est finalement évincée de ce poste, et son ministère est ensuite rattaché à la Présidence. « Quelques mois après son éviction, elle a voulu créer un parti politique, confie une source proche. Cela a suscité beaucoup de remous au sein de l’appareil de l’État et du parti présidentiel. Tout a été fait pour l’empêcher de fonder son parti, déjà en ne lui délivrant pas son certificat d’origine. »

    En plus de l’arrestation d’Aamron, la prise de position de Marguerite Gnakadè est en train de diviser plus largement dans la région de la Kara. Depuis 2017, plus aucune manifestation ne s’est tenue dans la région, mais des Kabyès, souvent depuis l’étranger, continuent de s’exprimer sur les réseaux sociaux, invectivant le pouvoir actuel et plaidant pour un Togo dans lequel les richesses nationales profiteraient à tous les Togolais. « Même des informations jadis cachées sortent progressivement sur les réseaux sociaux à travers la diaspora [de la région] », explique une source kabyè. Fin juin, des chefs et des cadres du canton de Tchitchao se sont réunis pour discuter de « l’analyse des causes de la récurrence des voix dissidentes et résistantes portées par des personnalités de leur canton » après la « prise de position politique » de Marguerite Gnakadè. La réunion a provoqué des débats mais n’a pas abouti à une condamnation des propos de l’ex-ministre, ce qui est remarquable. 

    Kpatcha Gnassingbé, Kadangha Abalo… Des condamnations qui divisent

    Au Togo, la communauté kabyè est au cœur du pouvoir depuis la présidence de Gnassingbé père. Ce dernier avait succédé à Nicolas Grunitzky (1963-1967) et l’officier Kléber Dadjo (janvier à avril 1967), qui avaient conduit une transition après l’assassinat, lors d’un coup d’État en janvier 1963, du père de l’indépendance, Sylvanus Olympio, originaire du sud du pays. Selon des archives françaises, Étienne Eyadéma Gnassingbé a été impliqué dans son meurtre.

    Beaucoup de cadres militaires des Forces armées togolaises proviennent de la région de la Kara, en particulier des cantons de Tchitchao et Pya, même si cette tendance s’est atténuée depuis 2005. « Longtemps, on a fait croire aux Kabyès que s’ils perdaient le pouvoir les gens du Sud allaient se révolter contre eux et même commettre un génocide », explique une source du sérail. Mais, aujourd’hui, « beaucoup ne pensent plus ainsi », conclut-elle. 

    Avec le temps, la communauté s’est divisée et des griefs sont apparus. D’une part, la région ne s’est pas développée autant que l’auraient souhaité ses habitants. D’autre part, l’emprisonnement depuis avril 2009 de Kpatcha Gnassingbé (ex-ministre de la Défense, frère de Faure Gnassingbé), pour « complot contre la sûreté de l’État », laissant ainsi le pouvoir total à son frère, n’a pas été du goût de tous. 

    Soutenu par l’armée et non condamné à l’international

    En 2023, la condamnation du général Kadangha (beau-frère des Gnassingbé), pour « complicité d’assassinat » d’un colonel, a accentué la division interne. Apollinaire Mewenemesse, directeur de publication du journal La Dépêche et natif de la Kara, a même été emprisonné un temps pour avoir écrit un article titré  : « Et si le Général Kadangha Abalo était le Capitaine Dreyfus du Togo ? », en référence à la célèbre affaire française de la fin du XIXe siècle.

    Avant Marguerite Gnakadè, quelques personnalités de la région s’étaient déjà opposées au pouvoir en place, comme le commandant Olivier Amah (venu du Pya) et l’ex-ministre de l’Intérieur François Boko (de Tchitchao), tous deux en exil, mais aussi l’ex-ministre de la Justice et opposant Abi Tchessa, ou encore Dahuku Péré (de Bohou), ancien président de l’Assemblée nationale, devenu opposant, et décédé en 2021.

    Mais tel un sphinx, Faure Gnassingbé a toujours su renaître de ses cendres après chaque poussée de fièvre politique. Soutenu par les forces de l’ordre qui lui ont de nouveau fait allégeance le 3 mai au terme de sa prestation de serment comme président du Conseil, il s’appuie aussi sur des divisions entre opposants ou membres de la société civile. Tandis qu’il reste bien souvent épargné par les condamnations à l’international, en premier lieu de la France, qui a toujours soutenu la famille Gnassingbé.

    Source: afriquexxi.info








  • Au Togo, une enquête est ouverte sur la mort de cinq personnes après les manifestations de juin

    Au Togo, une enquête est ouverte sur la mort de cinq personnes après les manifestations de juin

    Les manifestants descendus dans les rues en juin dénonçaient la hausse du prix de l’électricité, les arrestations d’opposants et la réforme constitutionnelle de 2024. L’opposition et la société civile demandaient depuis plusieurs jours l’ouverture d’une enquête.

    Une enquête a été ouverte au Togo sur la mort de cinq personnes dont les corps ont été repêchés dans deux cours d’eau, à Lomé, après les manifestations de la fin juin, a annoncé le parquet à la télévision publique, ce 6 juillet. Jusque-là, les autorités n’avaient pas donné de bilan chiffré mais évoqué des morts « par noyade » – il y avait eu deux, selon la gendarmerie.

    « Vendredi 27 juin, deux corps ont été découverts et repêchés dans le quatrième lac d’Akodessêwa aux alentours de 10 heures », a déclaré le procureur de la République, Talaka Mawama. Il a précisé qu’il s’agissait de deux Béninois de 23 et 25 ans. « Le constat a conclu à une mort par noyade qui remonterait à 48 heures, soit avant le début de la série de manifestations », a-t-il indiqué à La Télévision Togolaise (TVT), média d’État.

    Expertise médico-légale

    Le même jour, « le commissariat de police d’Akodessêwa a été saisi du repêchage de deux corps, cette fois-ci dans la lagune de Bè », a-t-il ajouté. L’un des deux corps est celui d’un élève de troisième, « identifié par sa famille qui l’a aussitôt récupéré et l’aurait malheureusement inhumé sans qu’aucune constatation n’ait été faite », a-t-il affirmé. L’autre est celui d’un adolescent âgé de 15 ans, dont « une expertise médico-légale […] a conclu à une mort par noyade ».

    « Samedi 28 juin, la brigade de gendarmerie d’Adjigbota a également été informée qu’un corps avait été repêché par la population dans la même lagune de Bè », celui d’un Gabonais de 21 ans, « mort par noyade », a dit le procureur. « Sur l’ensemble de ces corps découverts durant la période indiquée, une enquête judiciaire a déjà été ouverte contre X et elle est en cours », a-t-il déclaré.

    Le procureur a annoncé que depuis les premières manifestations début juin, 114 personnes ont été arrêtées, dont « 87 ont été à ce jour mises en liberté ». Dix-huit ont été reconnues coupables de « troubles aggravés à l’ordre public », a-t-il dit, puis condamnées à 12 mois de prison, dont 11 avec sursis. « Neuf autres font l’objet d’une information judiciaire » et sont aussi en détention, a-t-il conclu. Il a justifié les arrestations en expliquant que les forces de l’ordre « ont été violemment prises à partie par les manifestants, qui se sont attelés à leur jeter des projectiles ou à les agresser directement ».

    Nouvel appel à manifester

    Ce 4 juillet, un nouvel appel à manifester a été lancé par les organisateurs des contestations de juin, qui protestaient contre la hausse du prix de l’électricité et la réforme constitutionnelle de 2024 permettant à Faure Gnassingbé de consolider son pouvoir. Les manifestations sont prévues les 16 et 17 juillet : le deuxième jour correspond aux élections municipales, dont le report a été demandé par plusieurs partis d’opposition et par la société civile. Depuis fin juin, plusieurs journalistes ont été convoqués par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) et des associations ont dénoncé des restrictions d’accès à internet.

    Avec AFP



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