Éliminés dès le premier tour des qualifications pour la CAN U23 par la Libye, les Éperviers espoirs relancent le débat sur les choix techniques de la Fédération togolaise de football (FTF). Au moment où Samuel Ekoé Galé rejoint le cercle des détenteurs de la prestigieuse licence UEFA Pro, le Togo peut-il continuer à regarder ailleurs sans examiner sérieusement les compétences dont il dispose ?
Le football togolais n’a peut-être pas besoin de chercher systématiquement son salut à l’extérieur. Il lui faut aussi apprendre à reconnaître, évaluer et promouvoir ses propres compétences. L’élimination des Éperviers U23 face à la Libye, le 6 octobre dernier, donne une nouvelle actualité à cette question.
Au match aller, disputé le 30 septembre à Lomé, les hommes de Kader Coubadja-Touré avaient concédé un nul (1-1). Au retour, ils se sont inclinés 3-1 à Benina, en Libye, quittant ainsi prématurément la course à la CAN U23, qualificative pour les Jeux olympiques de 2028.
Cette nouvelle désillusion ne suffit pas, à elle seule, à condamner un entraîneur. Mais elle impose un bilan sans complaisance : objectifs atteints ou non, qualité du jeu proposé, gestion des rencontres, progression des joueurs et capacité du staff à corriger les insuffisances. Le maintien d’un technicien à la tête d’une sélection ne devrait jamais relever de l’habitude ou de la seule notoriété acquise comme joueur.
Samuel Ekoé Galé, un profil qui mérite d’être examiné
Pendant que le débat se poursuit au Togo, Samuel Ekoé Galé a franchi une étape importante de sa carrière. En novembre 2025, le technicien germano-togolais a obtenu la licence UEFA Pro, la plus haute certification d’entraîneur délivrée par l’instance européenne. Il a notamment dirigé Kotoko de Lavié et l’AS OTR, après plusieurs expériences dans le football européen.
Ce diplôme ne garantit pas automatiquement le succès à la tête d’une sélection nationale. Le métier de sélectionneur exige également une expérience adaptée, une capacité à fédérer un groupe, une bonne lecture des matchs et une maîtrise des contraintes propres aux compétitions internationales. Mais cette qualification constitue un atout sérieux qui mérite d’être pris en considération.
Le parcours de Galé soulève ainsi une interrogation légitime : quelle place la FTF entend-elle réserver aux entraîneurs togolais disposant de qualifications de haut niveau ?
Le cas de Desmond Offei, membre du staff technique des Black Stars aux côtés de Carlos Queiroz, est également révélateur. La Fédération ghanéenne de football a confirmé sa présence auprès du sélectionneur portugais en avril 2026.
Desmond Offei et Samuel Ekoé Galé sont présentés comme des promotionnaires. Cette proximité de parcours, si elle est confirmée par les intéressés, ne signifie pas qu’ils possèdent nécessairement la même expérience ni les mêmes compétences. Elle invite toutefois à réfléchir aux possibilités offertes aux techniciens africains et à la manière dont les fédérations valorisent leurs ressources humaines.
Pourquoi un technicien africain peut-il participer à l’encadrement d’une sélection majeure tandis que d’autres, dans leur propre pays, peinent à accéder aux responsabilités les plus élevées ? La question mérite mieux qu’une réponse fondée sur les habitudes ou les préjugés.
Les entraîneurs expatriés ne doivent pas bénéficier d’un privilège automatique
Le problème n’est pas de recruter des entraîneurs étrangers. Leur expérience internationale peut être précieuse et leur apport bénéfique. Le problème commence lorsque la nationalité ou la réputation d’un technicien devient un argument suffisant, sans examen rigoureux de ses méthodes, de ses résultats et de sa capacité à répondre aux besoins du football togolais.
Le temps où l’on pouvait se contenter de reproduire les mêmes recettes sans tenir compte de l’évolution du jeu est révolu. L’analyse vidéo, les statistiques, le suivi individualisé des performances, les outils numériques et les nouvelles méthodes de préparation ont profondément transformé le travail des staffs techniques.
L’âge d’un entraîneur ne constitue ni une faiblesse ni une garantie de compétence. Ce qui compte, c’est sa capacité à se former, à comprendre les évolutions du football et à les traduire en résultats sur le terrain.
Dans ce contexte, les techniciens togolais disposant de diplômes reconnus devraient être évalués selon les mêmes exigences que les candidats étrangers. Leur confier des responsabilités ne devrait être ni un geste de complaisance ni une faveur patriotique, mais le résultat d’une sélection fondée sur les qualifications, l’expérience, la vision du jeu et les objectifs assignés.
La question mérite d’autant plus d’attention que le Togo compte plusieurs entraîneurs de haut niveau. Samuel Ekoé Galé, Nibombé Daré et Afizou Traoré figurent parmi les techniciens togolais présentés comme détenteurs de la licence UEFA Pro. D’autres entraîneurs disposent de qualifications reconnues par la CAF, à l’image de Jonas Kokou Komla, titulaire de la licence A CAF.
Le pays dispose donc de profils diversifiés. Encore faut-il les identifier, les accompagner et leur permettre de concourir pour les postes correspondant à leurs compétences.
La réglementation de la CAF impose aussi d’anticiper
La question de la qualification des entraîneurs dépasse le seul débat sur les résultats. La CAF a rappelé les nouvelles exigences de certification applicables aux clubs et aux sélections nationales. Pour les entraîneurs déjà en poste, titulaires d’un contrat antérieur à l’introduction des nouvelles règles mais ne disposant pas de la licence requise, une période transitoire couvre les saisons 2025-2026 et 2026-2027. Les nouvelles nominations ne bénéficient pas automatiquement de cette dérogation.
Cette échéance doit inciter les responsables togolais à préparer leurs choix plutôt qu’à attendre une difficulté administrative ou sportive. Il serait peu judicieux de découvrir au dernier moment qu’un profil ne répond pas aux exigences réglementaires.
Mais la mise en conformité ne doit pas devenir une simple formalité. Elle peut être l’occasion de bâtir une véritable politique technique : formation continue, identification des talents, évaluation des sélectionneurs, intégration des outils modernes et définition d’objectifs précis pour chaque catégorie.
Pour les Éperviers U23, la récente élimination appelle donc une analyse approfondie. Faut-il maintenir Kader Coubadja-Touré, réorganiser son staff ou envisager une autre option ? La décision appartient aux instances compétentes, mais elle devrait être éclairée par un bilan sportif transparent et une comparaison sérieuse des profils disponibles.
Préparer demain plutôt que subir les échecs
Le Togo ne peut pas prétendre reconstruire durablement son football en se limitant à des décisions prises dans l’urgence. Les sélections de jeunes constituent un espace essentiel de développement, aussi bien pour les joueurs que pour les entraîneurs appelés à prendre davantage de responsabilités.
La FTF gagnerait à établir une cartographie de ses techniciens, de leurs diplômes, de leurs expériences et de leurs domaines de compétence. Elle pourrait ainsi constituer un vivier de sélectionneurs et d’adjoints capables d’intervenir dans les différentes catégories nationales, selon des critères clairement établis.
Samuel Ekoé Galé doit-il diriger demain une sélection nationale ? La réponse ne peut être automatique. Son profil mérite toutefois d’être examiné sans préjugé, comme celui de tout technicien dont les qualifications et le parcours correspondent aux exigences du poste.
Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre Togolais et expatriés. Il est de sortir d’une logique dans laquelle les compétences locales risquent d’être sous-estimées avant même d’avoir été évaluées.
Le football togolais a besoin d’une vision, d’une méthode et d’une politique cohérente de développement des entraîneurs. Les éliminations successives ne doivent pas seulement nourrir les critiques : elles doivent aussi conduire à revoir les pratiques, à mieux préparer la relève et à faire confiance aux compétences qui ont fait leurs preuves.
Le moment est venu de préparer l’avenir. Non pas en nommant un entraîneur sur la seule base de son passeport, mais en donnant à chaque technicien qualifié, togolais ou étranger, une chance équitable de démontrer ce qu’il peut apporter aux Éperviers.



