Étiquette : Coup d’Etat

  • Guinée : cinq ans après le putsch, Doumbouya a-t-il trahi la promesse faite aux civils ?

    Guinée : cinq ans après le putsch, Doumbouya a-t-il trahi la promesse faite aux civils ?

    Le 5 septembre 2021, les forces spéciales renversaient Alpha Condé, ouvrant une nouvelle page politique en Guinée. Cinq ans plus tard, celui qui avait promis de rendre le pouvoir aux civils dirige désormais le pays en tant que président, avec un bilan qui suscite autant d’espoirs que de critiques.

    Le 5 septembre 2021 reste une date majeure dans l’histoire politique récente de la Guinée. Ce jour-là, des militaires et des éléments des forces spéciales, conduits par le colonel Mamadi Doumbouya, prenaient le contrôle du pays et mettaient fin au régime d’Alpha Condé.

    À la tête du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), Mamadi Doumbouya justifiait alors son intervention par la nécessité de mettre fin à la crise politique et de refonder l’État. Il promettait surtout de ne pas s’éterniser au pouvoir et de conduire le pays vers un retour à l’ordre constitutionnel.

    Cinq ans plus tard, la promesse de transition a profondément changé de nature. Après avoir dirigé la période de transition, Mamadi Doumbouya est devenu président de la République. La trajectoire du chef militaire illustre ainsi l’évolution d’une transition présentée comme temporaire vers l’installation d’un nouvel ordre politique.

    Des réformes et des réalisations mises en avant

    Depuis son arrivée au pouvoir, les autorités ont mis en avant plusieurs chantiers, notamment dans les infrastructures, la modernisation de l’administration et la transformation économique du pays. Le gouvernement entend également tirer parti des importantes ressources minières de la Guinée pour accélérer le développement national.

    Mais ces avancées sont confrontées à des interrogations sur le respect des engagements initiaux de la transition et sur la place accordée aux forces politiques et à la société civile.

    Une transition devenue présidence

    L’arrivée de Mamadi Doumbouya à la tête de l’État constitue surtout le principal paradoxe de ces cinq années. Le militaire qui avait pris le pouvoir en promettant de le remettre aux civils est désormais lui-même président.

    Le bilan de ces cinq premières années apparaît donc contrasté : des ambitions affichées en matière de développement et de refondation de l’État, mais aussi des interrogations persistantes sur la trajectoire démocratique du pays.

    Cinq ans après le 5 septembre 2021, la Guinée demeure ainsi face à une question centrale : le coup d’État qui devait ouvrir une parenthèse de transition aura-t-il finalement marqué le début d’un nouveau cycle politique durable ?

  • Trois ans après le putsch : le général est devenu président, mais la rupture est-elle réelle ?

    Trois ans après le putsch : le général est devenu président, mais la rupture est-elle réelle ?

    Trois ans après la chute d’Ali Bongo, le général Brice Clotaire Oligui Nguema célèbre un pouvoir né d’un coup d’État et désormais légitimé par les urnes. Entre promesses de rupture, réformes institutionnelles et défis économiques, l’heure du premier véritable bilan a sonné.

    Le 30 août 2023 devait être une rupture. Ce jour-là, au lendemain d’une élection présidentielle contestée, des militaires annonçaient la fin du régime d’Ali Bongo Ondimba et la dissolution des institutions. À la tête de cette prise de pouvoir, le général Brice Clotaire Oligui Nguema devenait quelques jours plus tard président de la Transition.

    Trois ans plus tard, le Gabon ne parle plus seulement de « coup d’État ». Le pouvoir préfère désormais évoquer une « libération ». Depuis 2024, le 30 août est ainsi célébré comme la Fête de la Libération. Pour cette troisième édition, les cérémonies officielles se tiennent à Makokou, dans la province de l’Ogooué-Ivindo, avec notamment une parade militaire.

    Du putsch à la présidence

    La trajectoire d’Oligui Nguema est singulière. Chef de la Garde républicaine sous Ali Bongo et issu du sérail, il devient l’homme fort du pays après avoir participé au renversement d’un système politique dominé par la famille Bongo depuis plus d’un demi-siècle.

    Le pari du général était alors de transformer la rupture militaire en refondation politique. La Transition a notamment conduit à l’adoption d’une nouvelle Constitution et à la préparation d’un nouveau cadre électoral. En avril 2025, Oligui Nguema franchit une étape décisive en remportant l’élection présidentielle avec un score très largement majoritaire, avant d’être investi président de la République le 3 mai 2025.

    Le pouvoir militaire de 2023 est donc devenu un pouvoir constitutionnel. Mais cette transformation ne suffit pas à clore le débat sur la rupture du 30 août. Elle place surtout Oligui Nguema devant une nouvelle exigence : démontrer que le changement de régime a produit une amélioration durable de la gouvernance et des conditions de vie.

    Le temps du bilan

    Dans son discours du 29 août 2026, à la veille de la Fête de la Libération, le chef de l’État a défendu les réformes engagées depuis le putsch. Il a notamment mis en avant la nouvelle Constitution, le nouveau code électoral et la loi sur les partis politiques. Son message : le 30 août 2023 aurait ouvert au Gabon une nouvelle séquence politique.

    Sur le terrain, le gouvernement met également en avant les investissements dans les infrastructures, la santé, l’éducation et la modernisation de l’administration. Dans son bilan de première année de mandat, la présidence souligne notamment la réhabilitation de routes, la construction d’établissements scolaires et sanitaires ainsi que différents projets structurants.

    Mais les attentes restent considérables. Avant le renversement d’Ali Bongo, le Gabon disposait d’importantes ressources pétrolières, minières et forestières tout en étant confronté au chômage, aux insuffisances des services publics, aux difficultés d’accès à l’électricité et à l’état préoccupant de certaines infrastructures.

    Trois ans après le 30 août 2023, la question n’est donc plus seulement de savoir si Oligui Nguema a réussi à renverser l’ancien système. Il faut désormais mesurer ce qu’il a construit à sa place.

    Le général putschiste devenu président élu dispose encore d’un capital politique important. Mais le temps de la justification par la rupture est terminé. Celui des résultats commence véritablement.

    Le 30 août 2023 avait promis une « libération ». Le défi d’Oligui Nguema est désormais de convaincre que cette libération peut se traduire par davantage de démocratie, de prospérité et de justice sociale pour les Gabonais.

  • Au Niger, la junte de Tiani vacille face à une mutinerie militaire

    Au Niger, la junte de Tiani vacille face à une mutinerie militaire

    Des tirs nourris et des explosions ont retenti samedi à Niamey, où des militaires insurgés ont attaqué plusieurs sites stratégiques. Le pouvoir affirme avoir contenu la mutinerie et repris progressivement le contrôle de la capitale.

    La capitale nigérienne s’est réveillée samedi 29 août 2026 dans un climat de forte tension. Des échanges de tirs et des explosions ont été signalés durant plusieurs heures autour de la base militaire 101, attenante à l’aéroport international Diori-Hamani, ainsi que dans le secteur du palais présidentiel. Des soldats insurgés auraient également tenté de prendre le contrôle de certains moyens stratégiques, notamment des installations aéroportuaires.

    Selon le ministère nigérien de la Défense, le mouvement a été déclenché par un groupe de militaires qui aurait pris en otage certains de leurs camarades avant d’ouvrir le feu sur plusieurs positions sensibles. Les forces loyalistes ont rapidement été mobilisées pour contenir les insurgés. En fin de matinée, les autorités affirmaient avoir repris le contrôle de plusieurs sites visés, même si la situation autour de l’aéroport demeurait encore suivie de près.

    Un pouvoir militaire confronté à sa propre contestation

    Cette nouvelle crise intervient trois ans après le coup d’État qui avait renversé le président Mohamed Bazoum. Le 26 juillet 2023, des éléments de la garde présidentielle avaient retenu le chef de l’État et sa famille au palais. Le général Abdourahamane Tiani, alors chef de cette unité, avait ensuite pris la tête de la junte.

    Le mouvement du 29 août prend ainsi une dimension particulière : le régime militaire se retrouve désormais confronté à une contestation provenant de l’intérieur même de l’appareil sécuritaire.

    Une nouvelle épreuve pour la junte

    Pour les autorités, l’objectif est désormais d’éviter une extension de la mutinerie et de préserver le fonctionnement de l’État. Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie a appelé la population à la vigilance et à l’unité, tandis que les autorités ont demandé aux habitants de Niamey de reprendre normalement leurs activités.

    Au-delà de la bataille pour le contrôle de la capitale, l’épisode soulève des interrogations sur la cohésion de l’armée nigérienne. Le pays reste confronté à une forte pression sécuritaire liée aux groupes jihadistes, tandis que le régime de Tiani a profondément réorienté ses alliances extérieures, notamment vers la Russie et ses partenaires de l’Alliance des États du Sahel.

    Si la mutinerie semble avoir été contenue, elle constitue néanmoins un sérieux avertissement pour la junte. Trois ans après son arrivée au pouvoir, celle-ci doit désormais démontrer qu’elle maîtrise non seulement les menaces venues de l’extérieur, mais aussi les fractures susceptibles de naître au sein de ses propres forces.

  • Pascal Tigri : 20 millions pour un homme en cavale

    Pascal Tigri : 20 millions pour un homme en cavale

    Les autorités béninoises ont annoncé une mise à prix de 20 millions de francs CFA pour toute information permettant de localiser et d’arrêter Pascal Tigri, présenté comme le cerveau présumé du coup d’État manqué au Bénin. Une décision forte qui illustre la détermination du pouvoir à faire toute la lumière sur cette affaire à haute portée politique.

    Le principal suspect du complot

    Selon les informations communiquées par les autorités judiciaires et sécuritaires, Pascal Tigri serait l’un des principaux instigateurs d’un projet visant à renverser les institutions en place. Les enquêteurs le présentent comme l’architecte d’un plan destiné à déstabiliser le régime du président Patrice Talon.

    Si les contours exacts du complot restent partiellement confidentiels en raison de l’enquête en cours, les autorités évoquent une organisation structurée et des complicités potentielles. La mise à prix intervient dans un contexte où le suspect serait toujours en fuite.

    Une prime pour accélérer son arrestation

    La récompense de 20 millions FCFA vise à encourager toute personne disposant d’informations fiables à collaborer avec les forces de sécurité. Les autorités assurent que l’identité des informateurs sera protégée et que la prime sera accordée à toute personne dont les renseignements permettront une arrestation effective.

    Ce dispositif traduit une volonté d’impliquer la population dans la préservation de la stabilité nationale. Dans un pays souvent cité pour sa relative stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, la tentative de coup d’État présumée a provoqué une onde de choc.

    Une affaire à fort enjeu politique

    L’annonce de cette mise à prix intervient alors que le dossier continue d’alimenter le débat public. Entre exigences de fermeté et respect de l’État de droit, les autorités béninoises insistent sur la présomption d’innocence et la nécessité de laisser la justice suivre son cours.

    Pour le gouvernement, il s’agit aussi d’envoyer un message clair : toute tentative de remise en cause de l’ordre constitutionnel sera poursuivie avec la plus grande rigueur.

    En attendant l’évolution de l’enquête, l’affaire Pascal Tigri demeure l’un des dossiers sécuritaires les plus sensibles du moment au Bénin, symbole des tensions politiques et des défis liés à la stabilité institutionnelle.

  • En attendant le bonheur des partis uniques…

    En attendant le bonheur des partis uniques…

    Après la généralisation, dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, des détentions arbitraires, des procès expéditifs, des coups d’État et de leur cortège de kakistocratie, il n’est pas exclu que, bientôt, certains réclament le retour au monopartisme.

    Au Gabon, le général Brice Oligui Nguema se déclare candidat à la présidentielle du mois prochain, au grand dam de ses potentiels adversaires et d’une partie de l’opinion qui pensait qu’au terme de la transition engagée depuis le coup d’État d’août 2023, il rendrait, comme il l’avait promis, le pouvoir aux civils. Que dit cette candidature de l’engagement des militaires en politique en Afrique ?

    S’il subsistait, dans l’opinion, une quelconque illusion sur l’aptitude des militaires africains à tenir parole, celle-ci s’est envolée avec cette déclaration de candidature. Ces cinq dernières années, il était, sur le continent, le dernier à s’être emparé du pouvoir par un coup d’État. Il semblait plus cohérent, se distinguant même, en étant le premier à revenir, aussi vite, à l’ordre constitutionnel. Sauf qu’en choisissant de se porter candidat à une élection qu’il peut difficilement perdre, il a décidé de garder le pouvoir. Il conforte l’impression, plutôt désagréable, que les militaires putschistes sont davantage motivés par la soif du pouvoir que par une quelconque volonté de rétablir l’état de droit et la démocratie. L’on est loin des gestes majestueux des militaires justiciers, dont quelques-uns sont entrés dans l’Histoire comme semeurs de démocratie et de développement. Certes, à Libreville, beaucoup encensent le général. Mais, il n’empêche. Son seul fait de gloire, pour le moment, est d’avoir renversé l’impopulaire Ali Bongo.

    Ne pensez-vous pas que ceux qui chantent les louanges du général Oligui Nguema sont convaincus qu’il est le seul à avoir l’envergure pour relever le pays ?

    Ils ne se sont manifestement pas donnés beaucoup de peine à chercher. Il est intriguant de voir des politiciens connus naguère pour leur virulence à l’égard du pouvoir des Bongo, se muer subitement en laudateurs obséquieux du général Brice Oligui Nguema, issu du même système. Comme s’ils le remerciaient pour la place qu’il leur a conférée dans le système nouveau. Et que, pour chacun d’eux, sa candidature était juste vitale. Après tout, ils ne peuvent espérer conserver leur rang et leurs privilèges au bord de la mangeoire que si le général est confirmé dans ses fonctions actuelles. Mais il n’y a pas qu’au Gabon que l’on admire aussi facilement un militaire, pour juste avoir déposé un chef d’État. La servilité de la plupart des laudateurs est d’autant plus déconcertante qu’elle n’est nullement désintéressée…

    La virulence des détracteurs l’est-elle davantage ?

    Non, évidemment pas ! Et le plus désespérant, au Gabon comme dans de trop nombreux pays africains, est que, entre les champions de la complaisance cupide et les détracteurs stériles, il n’y a pratiquement pas d’espace pour des voix qui soient dans la mesure, avec ce qu’il faut de crédibilité, pour indiquer le cap de l’intérêt général, avec quelque chance d’être écoutées. Pendant que les profiteurs d’hier ruminent à l’écart leur rancœur, les profiteurs d’aujourd’hui embouchent leur trompette de griots, en attendant qu’un jour les rôles s’inversent. Ou que s’opèrent des ralliements, ou des défections, au nom de la transhumance si répandue dans certaines contrées.

    À l’indépendance du Ghana, le Dr Kwame Nkrumah se réjouissait de ce que l’Afrique avait conquis le droit de commettre ses propres erreurs. Certains semblent l’avoir pris au mot, au-delà de la caricature. Mais, en oubliant d’en assumer les conséquences. En oubliant de s’améliorer à partir des expériences malheureuses. Comme s’ils avaient délibérément fait le pari du recul permanent, certains peuples s’évertuent à répéter sans cesse les mêmes erreurs. C’est ainsi que l’on glisse subrepticement vers ce que l’on appelle la kakistocratie. Et, à ce rythme, il ne faut pas s’étonner, demain, dans la continuité de la mode des coups d’État, que l’on vienne convaincre les Africains de l’utilité, sinon du bonheur des partis uniques.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 8 mars 2025 sur RFI

  • Editorial: Comme une alliance de parias…

    Editorial: Comme une alliance de parias…

    La campagne qui consiste à persuader certains Sahéliens du bonheur de vivre coupés de leur environnement naturel offre peu de chances de succès…

    Alors que la Cédéao tente de retenir le Burkina, le Mali et le Niger dans ses rangs, le chef de la junte au pouvoir à Niamey a rejeté, cette semaine, toute main tendue, insistant sur le caractère irréversible de leur décision. Est-ce à dire que les perdants, dans cette rupture, sont finalement ceux qui demeurent dans la communauté ?

    Il n’y aura pas de gagnants. Et les plus gros perdants seront bien les peuples des États qui claquent la porte. C’est, justement, parce que de telles décisions sont graves de conséquences qu’elles devraient demeurer le privilège de leaders ayant l’onction du suffrage universel, et pas de putschistes qui assimilent leur orgueil personnel à l’honneur de leur patrie. Entre ces États sahéliens et leurs voisins immédiats, l’interdépendance est telle que les considérations d’amour-propre ne devraient pas y prévaloir. On ne quitte pas une organisation, parce qu’elle vous applique les textes qui la fondent. Après tout, il y des règles dans toute communauté. Même la maffia a son code d’honneur, que l’on n’enfreint pas impunément !

    Certes, pour avoir trop souvent appliqué à la carte ses propres règles et principes,  la Cédéao s’était beaucoup discréditée aux yeux des populations, ces dernières années. Mais cette rupture est une diversion, qui rejaillira sur tous les citoyens de ces États et leur diaspora, importante dans la sous-région.

    Ces trois États disent dispenser de visa les ressortissants des pays de la Cédéao, libres d’entrer, de circuler, et même s’établir dans l’espace de leur confédération. N’est-ce pas une preuve de bonne volonté ?

    C’est surtout une manœuvre grotesque, qui trahit l’inconséquence de leur démarche. Pourquoi n’appliquent-ils donc pas ces exemptions à toute l’Afrique ? Une concession aussi ciblée vise surtout à quémander, par la force, une réciprocité. Ils anticipent la réprobation de leurs concitoyens, qui ne manqueront pas de leur reprocher cette rupture, lorsqu’elle commencera à leur compliquer singulièrement l’existence. Alors, plutôt que d’assumer leur méprise, ces dirigeants accuseront les voisins d’en vouloir à leurs peuples. Lorsque l’on se saisit arbitrairement du destin d’un peuple, la décence élémentaire commande de préserver ses intérêts réels, et cette décision n’est pas dans l’intérêt de ces peuples. Les discours rejetant tous leurs malheurs sur des “ennemis extérieurs”, des “traîtres internes” ou de soi-disant “renégats” ne suffiront pas à la justifier. Ils lasseront d’autant que ces militaires s’avèrent incapables d’améliorer la sécurité et les conditions de vie de leurs peuples.

    Plus de quatre ans après le renversement d’Ibrahim Boubacar Kéita, près de trois ans après le renversement de Roch Marc Christian Kaboré, et bientôt un an et demi après le coup d’État qui a renversé Mohamed Bazoum, ni les Maliens ni les Burkinabè et encore moins les Nigériens ne vous diront qu’ils sont un peuple heureux, en sécurité, à l’abri des privations et de la vie chère. Les nouveaux riches en treillis que l’on voit parader dans les capitales ne sont pas le meilleur indicateur du bonheur de ces peuples. Ceux qui ont cru à ces coups d’État réalisent avoir fait un mauvais calcul, qui ne fera qu’empirer après la rupture avec la Cédéao.

    Et pourtant, la Cédéao, vous l’avez souvent dit ici, est discréditée…

    Sans aucun doute. Et, pour espérer redorer un blason durablement terni, elle devra se réinventer. Mais, hormis le fait géographique, le seul dénominateur commun entre ces trois pays enclavés est d’être dirigés par des putschistes. Un peu comme une alliance de… parias ! Elle aurait été plus crédible, si elle émanait de dirigeants dûment élus.

    Et puis, lorsque Rawlings prenait le pouvoir au Ghana, en 1979 puis en 1981, ses concitoyens avaient une idée claire de ce qu’il pensait, et ce dont il rêvait pour son peuple. Sankara, en 1983, avait un discours d’autant plus clair qu’il n’était emprunté à personne. Mais, ici, on se demande quelle peut bien être la vision des putschistes d’aujourd’hui. L’on n’entend que des tâtonnements dans leurs discours, truffés d’extraits picorés chez Rawlings, Sankara, ou même Sékou Touré. Et c’est bien insuffisant, pour des peuples qui ont déjà donné, et que l’on voudrait, à présent, persuader du bonheur de vivre coupés de leur environnement naturel.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 21 décembre 2024

  • Au Burkina Faso ou Mali, pourquoi ces peuples irrémédiablement divisés ?

    Au Burkina Faso ou Mali, pourquoi ces peuples irrémédiablement divisés ?

    Former leurs concitoyens à apprécier et à décider par eux-mêmes, chaque fois que se jouent la paix civile et les libertés individuelles est, pour les dirigeants politiques, une impérieuse nécessité.

    Au Burkina, comme au Mali, les mouvements de grève, cette semaine, portaient sur le non-respect des lois, les décisions de justice et les atteintes aux libertés individuelles. Une partie de la population soutient fermement les militaires au pouvoir à Ouagadougou et à Bamako, mais l’autre, à son corps défendant, critique, à défaut de les combattre. Comment comprendre cette division, perçue comme une fracture entre franges irréconciliables d’une même nation ?

    Dans tous les pays où prévaut un certain pluralisme politique, et où chacun peut s’exprimer librement, de telles divisions s’observent. Et la société veille à ce que ces tensions, à force d’intolérance, voire de fanatisme, ne débouchent sur une guerre civile. Dans nombre d’États de notre Afrique francophone, le rapport d’avidité et de gloutonnerie qu’ont certains politiciens au pouvoir d’État complique les choses. Surtout lorsque, aux dépens de l’intérêt général, certains responsables utilisent la politique à des fins personnelles, de carrière ou de vie quotidienne, au mépris des conséquences, pour tous, de leur égoïsme. Il arrive même que certains, pour conserver à jamais leurs avantages et autres prébendes, en viennent à traiter leurs propres concitoyens en ennemis, à les accuser de traîtrise à la patrie, lorsqu’ils pensent différemment.

    De tous temps, la tentation de ceux qui détiennent le pouvoir politique et en abusent dans certains pays d’Afrique a été d’interdire aux autres le droit de penser, dès lors qu’ils refusent de se joindre à l’enthousiasme de commande. Et certains de ceux qui, ici ou là, persécutent aujourd’hui, sont des individus qui ont, par le passé, connu eux-mêmes l’opposition, sinon l’oppression. Nul ne s’étonnerait si, demain, parvenu aux affaires, tel ou tel d’entre eux se mettait à persécuter à son tour.

    Serait-ce si facile de faire taire les opposants juste en les accusant de traîtrise à la patrie ?

    Tous ne se taisent pas, et certains le paient de leur liberté. Mais, de telles méthodes prospèrent souvent là où la population n’est pas suffisamment outillée pour résister à la manipulation. D’où la nécessité de l’éduquer. Pour avoir cru que l’effondrement des régimes autocratiques induisait, ipso facto, la floraison, partout, d’une démocratie consolidée, nombre de pays ont oublié de structurer l’éducation politique de leurs citoyens. Trois décennies durant, certains leaders ont même oublié de se cultiver à la démocratie. Comme si la seule proclamation du pluralisme politique propulserait, par miracle, les nations en démocratie. Toutes, aujourd’hui, se disent en démocratie, alors que la mentalité et les comportements n’ont jamais autant relevé de l’ère du parti unique. Comme en témoignent les contenus politiques sur les réseaux sociaux, avec leurs torrents de rancœur, d’acrimonie, d’injures et de haine. Sur la toile, certains peuples sont, de fait, déjà en guerre civile ! Et cela va bien au-delà du Burkina, du Mali et de quelques autres Etats en sortie de route constitutionnelle…

    Ces divisions n’ont-elles donc rien à voir avec les coups d’État ?

    Pas plus que les coups d’État constitutionnels perpétrés à longueur d’année, ici et là sur le continent, les putschs militaires n’aident pas à calmer les tensions. Mais les autres peuples auraient tort de se croire moins concernés que ceux sous le joug d’un pouvoir kaki. D’autant que ces tensions tiennent toutes à des calculs personnels, aussi bien de partisans que de détracteurs des pouvoirs en place. Le salut passera par la capacité des citoyens à préférer des dirigeants avec une hauteur de vue et beaucoup de probité morale, à ceux qui chercheraient à les manipuler. D’où l’urgence d’une éducation civique solide, pour prémunir les peuples les contre les politiciens aux agendas inavouables, qui voudraient, pour leurs intérêts du moment ou des privilèges à retrouver, les abuser.

    Aussi, dans un environnement surpeuplé comme jamais de laudateurs serviles et de détracteurs stériles, la responsabilité impérieuse des politiques est de former leurs concitoyens à apprécier et décider par eux-mêmes, chaque fois que se jouent la paix civile et les libertés individuelles.

    Chronique de Jean-Baptiste du 8 juin 2024

Radio Renouveau228

Ceci fermera dans 0 secondes