Étiquette : Brice Clotaire Oligui Nguema

  • Trois ans après le putsch : le général est devenu président, mais la rupture est-elle réelle ?

    Trois ans après le putsch : le général est devenu président, mais la rupture est-elle réelle ?

    Trois ans après la chute d’Ali Bongo, le général Brice Clotaire Oligui Nguema célèbre un pouvoir né d’un coup d’État et désormais légitimé par les urnes. Entre promesses de rupture, réformes institutionnelles et défis économiques, l’heure du premier véritable bilan a sonné.

    Le 30 août 2023 devait être une rupture. Ce jour-là, au lendemain d’une élection présidentielle contestée, des militaires annonçaient la fin du régime d’Ali Bongo Ondimba et la dissolution des institutions. À la tête de cette prise de pouvoir, le général Brice Clotaire Oligui Nguema devenait quelques jours plus tard président de la Transition.

    Trois ans plus tard, le Gabon ne parle plus seulement de « coup d’État ». Le pouvoir préfère désormais évoquer une « libération ». Depuis 2024, le 30 août est ainsi célébré comme la Fête de la Libération. Pour cette troisième édition, les cérémonies officielles se tiennent à Makokou, dans la province de l’Ogooué-Ivindo, avec notamment une parade militaire.

    Du putsch à la présidence

    La trajectoire d’Oligui Nguema est singulière. Chef de la Garde républicaine sous Ali Bongo et issu du sérail, il devient l’homme fort du pays après avoir participé au renversement d’un système politique dominé par la famille Bongo depuis plus d’un demi-siècle.

    Le pari du général était alors de transformer la rupture militaire en refondation politique. La Transition a notamment conduit à l’adoption d’une nouvelle Constitution et à la préparation d’un nouveau cadre électoral. En avril 2025, Oligui Nguema franchit une étape décisive en remportant l’élection présidentielle avec un score très largement majoritaire, avant d’être investi président de la République le 3 mai 2025.

    Le pouvoir militaire de 2023 est donc devenu un pouvoir constitutionnel. Mais cette transformation ne suffit pas à clore le débat sur la rupture du 30 août. Elle place surtout Oligui Nguema devant une nouvelle exigence : démontrer que le changement de régime a produit une amélioration durable de la gouvernance et des conditions de vie.

    Le temps du bilan

    Dans son discours du 29 août 2026, à la veille de la Fête de la Libération, le chef de l’État a défendu les réformes engagées depuis le putsch. Il a notamment mis en avant la nouvelle Constitution, le nouveau code électoral et la loi sur les partis politiques. Son message : le 30 août 2023 aurait ouvert au Gabon une nouvelle séquence politique.

    Sur le terrain, le gouvernement met également en avant les investissements dans les infrastructures, la santé, l’éducation et la modernisation de l’administration. Dans son bilan de première année de mandat, la présidence souligne notamment la réhabilitation de routes, la construction d’établissements scolaires et sanitaires ainsi que différents projets structurants.

    Mais les attentes restent considérables. Avant le renversement d’Ali Bongo, le Gabon disposait d’importantes ressources pétrolières, minières et forestières tout en étant confronté au chômage, aux insuffisances des services publics, aux difficultés d’accès à l’électricité et à l’état préoccupant de certaines infrastructures.

    Trois ans après le 30 août 2023, la question n’est donc plus seulement de savoir si Oligui Nguema a réussi à renverser l’ancien système. Il faut désormais mesurer ce qu’il a construit à sa place.

    Le général putschiste devenu président élu dispose encore d’un capital politique important. Mais le temps de la justification par la rupture est terminé. Celui des résultats commence véritablement.

    Le 30 août 2023 avait promis une « libération ». Le défi d’Oligui Nguema est désormais de convaincre que cette libération peut se traduire par davantage de démocratie, de prospérité et de justice sociale pour les Gabonais.

  • Au Gabon, un an d’Oligui Nguema entre relance visible et zones d’ombre persistantes

    Au Gabon, un an d’Oligui Nguema entre relance visible et zones d’ombre persistantes

    Un an après son arrivée au pouvoir, le président Brice Clotaire Oligui Nguema affiche un bilan contrasté, où les ambitions de refondation de l’État se heurtent encore à des limites structurelles et à des attentes sociales élevées.

    Entre promesses de refondation et réalités socio-économiques, ce premier anniversaire du président Oligui Nguema apparaît ainsi comme une étape charnière, où le pays oscille encore entre espoir de renouveau et exigences de résultats concrets.

    Sur le plan positif, son action est marquée par une volonté affichée de restaurer la crédibilité des institutions. La transition a permis une reprise en main de l’administration publique, avec plusieurs audits et annonces de lutte contre la corruption. Le gouvernement met également en avant des efforts de relance des chantiers d’infrastructures, notamment dans les routes, le logement et certains services publics longtemps dégradés.

    Sur le plan social, des initiatives en faveur de l’emploi des jeunes et de l’amélioration de l’accès aux services de base ont été lancées, donnant l’image d’un exécutif actif et volontaire.

    Cependant, plusieurs points faibles sont relevés par des observateurs. L’économie reste fortement dépendante du pétrole, malgré les discours sur la diversification. Les résultats concrets des réformes structurelles tardent à se faire sentir dans le quotidien des Gabonais, notamment face au chômage et au coût de la vie. En politique, des interrogations persistent sur la profondeur des réformes démocratiques, certains estimant que les mécanismes de participation et de contre-pouvoir restent encore limités dans le contexte de transition.

    Enfin, la communication gouvernementale, jugée très centrée sur les annonces, contraste parfois avec la lenteur d’exécution sur le terrain.

    Entre volonté de rupture et réalités contraintes, ce premier anniversaire du président Oligui Nguema met en lumière un défi central, celui de transformer l’élan politique initial en résultats durables et visibles pour les Gabonais.

  • Au Gabon, coupure des réseaux sociaux, Oligui Nguema sous pression

    Au Gabon, coupure des réseaux sociaux, Oligui Nguema sous pression

    Les autorités ont décidé de suspendre l’accès aux réseaux sociaux dans tout le pays, une mesure brutale qui illustre l’ampleur de la pression politique et sociale que connaît actuellement le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

    Cette décision, annoncée par la Haute Autorité de la Communication (HAC), intervient dans un contexte de mécontentement populaire croissant et de contestation sociale.

    Dans un communiqué lu à la télévision publique, la HAC a justifié cette suspension « jusqu’à nouvel ordre » en affirmant que certains contenus diffusés sur les plateformes numériques étaient susceptibles de provoquer des « dérives conflictogènes », de porter atteinte à la stabilité des institutions et de menacer la cohésion nationale. L’autorité de régulation a pointé du doigt la circulation de messages jugés diffamatoires, haineux ou insultants, ainsi que des informations considérées comme fausses ou non modérées.

    Cette coupure des réseaux sociaux intervient au moment où le pays est secoué par une vague de grèves et de mouvements sociaux, notamment chez les enseignants et certains employés publics, qui dénoncent des conditions de travail difficiles, des salaires jugés insuffisants et un manque de dialogue avec le gouvernement. Selon plusieurs sources, ces mouvements de protestation se sont étendus depuis janvier et février 2026, reflétant une montée du mécontentement populaire envers la gouvernance du chef de l’État.

    La décision de restreindre l’accès à ces plateformes numériques suscite de fortes critiques, surtout de la part des défenseurs de la liberté d’expression. Ces réseaux sont depuis longtemps l’un des principaux moyens pour les citoyens et les opposants de partager des informations, de s’organiser et de critiquer les politiques du gouvernement. Leur suspension risque d’isoler davantage la population et d’alimenter la colère contre l’exécutif gabonais.

    Si les autorités affirment vouloir préserver la paix sociale, beaucoup y voient une tentative de museler la contestation et de limiter l’accès à l’information en période de tensions. Cette mesure intervient à peine quelques mois après une année marquée par la fin de la période de transition et l’élection de Brice Clotaire Oligui Nguema à la présidence, avec des résultats largement contestés par certains partis et observateurs, malgré des chiffres officiels très favorables à l’actuel chef de l’État.

    Dans un climat où la liberté d’expression est déjà sous pression, cette suspension des réseaux sociaux est perçue par de nombreux analystes comme un signe supplémentaire des difficultés politiques et sociales auxquelles fait face le pouvoir gabonais. Elle pose également de sérieuses questions sur l’avenir de l’espace public numérique et sur la capacité du gouvernement à gérer les frustrations croissantes sans recourir à des restrictions drastiques.

  • Gabon : Bilie-By-Nze, l’inlassable critique d’Oligui Nguema

    Gabon : Bilie-By-Nze, l’inlassable critique d’Oligui Nguema

    Alain-Claude Bilie-By-Nze, président du parti Ensemble pour le Gabon (EPG), est aujourd’hui l’un des rares hommes politiques du pays à défier ouvertement Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République.

    La position de l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo, loin d’être conciliatrice, s’est affirmée au fil des mois en critique frontale (politique, juridique et morale) de la gestion du pouvoir, au point de faire de lui l’opposant numéro 1 au Gabon depuis l’élection de Brice Clotaire Oligui Nguema.

    De candidat présidentiel à principal opposant

    Lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2025, organisée pour clore près de deux ans de transition après le coup d’État d’août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema a obtenu plus de 90 % des voix, selon les résultats officiels.

    Face à cette victoire écrasante, Bilie-By-Nze n’a pas reconnu le résultat. Il a refusé de le féliciter publiquement. Pour lui, ce large score n’était pas la preuve d’une adhésion populaire réelle, mais plutôt le symptôme d’un processus électoral qu’il qualifie d’opaque et entaché de pratiques contestables.

    Dans une interview à RFI, l’ancien Premier ministre a même déclaré qu’il représentait aujourd’hui « l’alternative unique qu’il reste aux Gabonais face aux militaires », soulignant sa volonté de tenir tête à la nouvelle élite politique qui se construit autour d’Oligui Nguema.

    Une critique constante du pouvoir en place

    Contrairement à certains leaders politiques qui adoptent une posture plus modérée après une défaite électorale, Bilie-By-Nze a multiplié les critiques contre le gouvernement d’Oligui Nguema.

    Dans un entretien accordé à Jeune Afrique en août 2025, il a affirmé que l’exécutif avançait « sans cap ni boussole », et que la gouvernance actuelle ressemblait, selon lui, à une continuité du système Bongo, malgré les promesses de rupture faites après le coup d’État.

    Son attaque ne s’est pas limitée à des critiques générales. En effet, il a dénoncé la gouvernance concentrée entre les mains du président, la faible crédibilité du nouveau cadre constitutionnel et reproché au gouvernement de négliger les défis sociaux et économiques du pays, tels que la crise du système de santé, le manque d’enseignants ou encore la vie chère persistante.

    Plus récemment, dans une déclaration retentissante en octobre 2025, Bilie-By-Nze est allé jusqu’à qualifier les élections législatives de « fraude d’État » et de « défaite morale », prophétisant « l’orage politique » si la situation ne changeait pas.

    Une offensive médiatique sur la scène internationale

    Il y a quelques jours encore, Alain-Claude Bilie-By-Nze a rappelé qu’il n’entendait ni se taire ni se retirer du débat public. Sur plusieurs médias internationaux, l’ancien Premier ministre est monté au créneau pour livrer une charge sévère contre le régime de transition devenu pouvoir constitutionnel, dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema.

    Invité sur des antennes étrangères suivies bien au-delà des frontières gabonaises, Bilie-By-Nze a dénoncé ce qu’il qualifie de “confiscation du pouvoir par une minorité militaro-politique”, estimant que la transition promise comme une rupture s’est progressivement transformée en recomposition du système, sans réforme de fond. Selon lui, les promesses de gouvernance vertueuse, de justice sociale et de transparence électorale peinent à se traduire dans les faits.

    L’ancien chef du gouvernement a également mis en cause la concentration excessive du pouvoir exécutif, l’absence de contre-pouvoirs effectifs et le climat politique qu’il juge peu favorable à une opposition libre et équitable. Des propos qui, une fois encore, ont trouvé un écho particulier à l’international, où la situation gabonaise reste observée avec attention depuis le coup d’État d’août 2023.

    En choisissant de s’exprimer hors des médias nationaux, Bilie-By-Nze assume une stratégie claire, celle d’internationaliser le débat gabonais. Une démarche qui vise autant à alerter les partenaires étrangers du Gabon qu’à renforcer son statut de principal contradicteur du pouvoir en place. Cette exposition médiatique renforce son image d’homme politique qui refuse toute compromission et confirme qu’il ne compte pas laisser au régime le monopole du récit politique.

    Pour le camp présidentiel, ces sorties répétées sont perçues comme une tentative de fragilisation de l’image du pays à l’extérieur. Pour ses partisans, elles constituent au contraire un acte de résistance politique, dans un contexte où l’espace d’expression interne serait, selon eux, de plus en plus restreint.

    Controverses institutionnelles et confrontation juridique

    Au-delà des critiques politiques, Bilie-By-Nze a également contesté la légalité même de certaines décisions de l’État.

    Avant l’élection présidentielle, il avait dénoncé un vice de procédure concernant la mise à disposition du général Oligui Nguema, estimant que la nomination du chef de la Transition ne respectait pas le cadre juridique prévu, ce qui illustrait, selon lui, un « coup d’État permanent ».

    Par la suite, lors des contestations préélectorales de 2025, il a renvoyé Oligui Nguema à ses responsabilités constitutionnelles, notamment sur la gestion des listes électorales, qu’il jugeait entachées d’irrégularités.

    Ces confrontations montrent que son opposition n’est pas seulement politique, mais aussi institutionnelle – visant à remettre en cause, pas à pas, la légitimité et la conformité des actions du pouvoir en place.

    Malgré son franc-parler, Bilie-By-Nze a aussi tenté à plusieurs reprises de nuancer son positionnement. Après les critiques sévères sur l’organisation des élections locales et législatives de septembre-octobre 2025, il s’est entretenu avec Oligui Nguema au palais présidentiel, insistant sur le besoin d’un climat électoral « équitable et transparent ».

    Ce geste pourrait être interprété comme une tentative de dialogue, mais il n’a pas entamé sa ligne de critique la plus dure : pour l’instant, aucun signe concret ne laisse penser qu’il renonce à son rôle de contre-poids politique.

    Une réconciliation possible ?

    La question est sur toutes les lèvres : ces deux hommes pourront-ils un jour enterrer la hache de guerre ? À court terme, la réponse semble peu probable. Les critiques de Bilie-By-Nze sont trop profondes et ciblent non seulement des choix politiques, mais aussi la question de la légitimité et de l’État de droit dans le Gabon post-transition. À ce jour, il continue à se présenter comme la principale voix contestataire face à un pouvoir qu’il juge autoritaire dans son fonctionnement, même si celui-ci prétend avoir démocratiquement remporté les suffrages.

    Pour une réconciliation, il faudrait, au minimum, une reconnaissance mutuelle d’un cadre institutionnel partagé et respecté, une condition qui reste aujourd’hui lointaine.

    Aujourd’hui, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’est imposé comme l’opposant numéro 1 à Brice Clotaire Oligui Nguema. Par ses critiques répétées du pouvoir en place il incarne une opposition résolue, refusant de cautionner ce qu’il qualifie de dérives institutionnelles. Si la réconciliation entre les deux hommes demeure un enjeu futur, elle n’est pour l’instant qu’un horizon lointain, tant leurs visions du Gabon divergent. Profondément.

  • Gabon: spectaculaire retour en grâce

    Gabon: spectaculaire retour en grâce

    Prendre le pouvoir par les armes n’est pas, en Afrique, un péché fatalement mortel, qui vous envoie brûler en enfer. Vous pouvez même, au terme d’un bref passage au purgatoire, avoir droit à une entrée triomphale dans le club des chefs d’État. C’est juste une question d’habileté.

    Jour de fête, à Libreville ! Le général Brice Oligui Ngema prête serment, ce samedi 3 mai, en présence d’une quinzaine de chefs d’État africains. Ces réjouissances célèbrent à la fois le rétablissement de l’ordre constitutionnel, interrompu par le coup d’État d’août 2023, et le retour du Gabon dans la grande famille continentale. L’Afrique n’a-t-elle pas raison d’y adhérer ?

    Il y a probablement quelque chose à célébrer en dehors des succès personnels du général Brice Oligui Ngema. Avec ses compagnons de putsch, il avait, en 2023, mis le Gabon au ban des nations africaines, qui les sommaient alors de retourner dans les casernes, en rendant le pouvoir aux civils, en rétablissant l’ordre constitutionnel par des élections libres, équitables, crédibles et transparentes. La plupart de ces injonctions se sont vite évaporées. Il n’empêche. Ce sont les mêmes dirigeants africains qui vont le célébrer, ce jour, à Libreville. Avec une telle capacité d’oubli, l’Union africaine serait peut-être plus crédible en admettant, une fois pour toutes, que les coups d’État ne sont qu’un mode d’accession au pouvoir, comme un autre. Le général Oligui Nguema pouvant aussi inspirer d’autres aspirants putschistes…

    En quoi consisterait donc cette inspiration ?

    Vous commencez par prendre le pouvoir par les armes. Puis, une fois aux commandes de l’État (et de ses moyens), vous vous constituez une clientèle politique. Vous vous présentez ensuite devant les électeurs, et voilà votre situation régularisée ! Alors, en costume civil impeccable, vous pourrez écumer les sommets, sans que nul n’ose vous demander comment vous y êtes parvenu. Quant à votre prédécesseur qui s’est débrouillé pour être renversé. Tant pis pour lui ! Il mérite son sort, le vaincu ! Ainsi fonctionne le club des chefs d’État. Peu importe si les coups d’État, comme prône l’Union africaine, compromettent la démocratie, la paix, la sécurité et la stabilité, ainsi que le développement des pays du continent !

    Avec près de 95% des voix, Brice Oligui Nguema ne peut-il pas s’enorgueillir d’être réellement désiré par son peuple ?

    Oui, ce score époustouflant, presque sans fraudes, mériterait même de chaleureuses félicitations ! Les Gabonais l’ont plébiscité. Il saura mériter leur confiance. Sinon, comme tous les peuples, ils accepteront plus facilement de subir sa politique. Bien sûr, la facilité avec laquelle l’électorat se convertit à de nouveaux cultes laisse souvent songeur. Sous tous les cieux, les peuples ont une telle soif de héros que certains finissent par être victimes de leur propre crédulité. Même si on n’en est pas encore là, au Gabon.

    Mais, étant donné que les célébrations ont déjà commencé, pourquoi ne pas se réjouir de ce que, sur cinq nations africaines passées sous la botte de militaires putschistes depuis 2020, une, au moins, aura renoué avec la normalité. Quelle chance ! Car, ailleurs, tel autre putschiste, sans passer par le suffrage universel, s’apprête à s’octroyer une rallonge de cinq années de pouvoir, en plus des quatre déjà passées au palais présidentiel. En attendant d’autres prorogations, si le peuple le désire… Président à vie, putschiste à bail emphytéotique, qui voudrait ne plus être désigné que comme président de la République. Tous les putschistes ne se valent décidément pas !

    Faut-il comprendre que certains putschistes sont dignes d’admiration ?

    Il y en a que l’on admire pour avoir mis fin à un régime insupportable, c’est le cas de Brice Oligui Nguema, tombeur d’Ali Bongo, ou de Zine el-Abidine Ben Ali, qui avait renversé Habib Bourguiba, en Tunisie. Cela ne présume rien de ce que sera, ensuite, leur propre régime. D’ailleurs, Ben Ali lui-même a mal fini. Certains prennent le pouvoir pour nettoyer les écuries et impulser une dynamique politique saine, tel Amadou Toumani Touré qui, parce qu’il a bien conduit sa transition, reviendra par les urnes, dix ans plus tard. Autre cas, emblématique, trop souvent cité ici, faute d’antidote : Jerry Rawlings, au Ghana. En trois mois, il a organisé des élections et rendu le pouvoir au civil élu. Il reviendra cependant quinze mois plus tard, pour finir d’assainir l’économie et initier, en 1992, une démocratie exemplaire. Rien en commun avec les putschistes rêvant d’éternité, qui craignent tant le suffrage universel.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 3 mai 2025 sur RFI

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