Étiquette : Alternance

  • Paul Biya inquiète le Cameroun

    Paul Biya inquiète le Cameroun

    Victime d’un malaise lors de la réception officielle de la Fête de l’Unité à Yaoundé, le président camerounais Paul Biya a suscité une vague d’inquiétudes et relancé les interrogations sur son état de santé.

    Le Cameroun a vécu un moment de grande inquiétude le 20 mai dernier à l’occasion de la célébration de la Fête de l’Unité. Alors qu’il présidait la traditionnelle réception organisée au palais présidentiel après le défilé officiel dans les rues de Yaoundé, le président camerounais Paul Biya aurait été victime d’un malaise devant plusieurs invités.

    Selon des informations relayées dans les coulisses de l’événement, l’incident serait survenu au cours de la réception offerte aux personnalités politiques, diplomatiques et militaires conviées au palais de l’Unité. Plusieurs centaines d’invités étaient présents lorsque le chef de l’État, âgé de 93 ans, aurait montré des signes de fatigue, suscitant une vive inquiétude parmi les convives.

    Quelques instants de tension auraient alors gagné l’assistance avant que les proches collaborateurs du président ne prennent rapidement la situation en main. Le protocole présidentiel aurait aussitôt renforcé le dispositif autour du chef de l’État afin d’éviter toute panique et de limiter la circulation d’informations sur l’incident.

    Aucune communication officielle détaillée n’a, pour l’heure, été faite sur l’état de santé du président camerounais. Toutefois, cette situation relance une nouvelle fois les interrogations autour de la capacité physique de Paul Biya à poursuivre ses fonctions à la tête du pays après plus de quatre décennies au pouvoir.

    Dans les milieux politiques comme au sein de l’opinion publique, les débats sur la succession présidentielle reviennent régulièrement, alimentés par les rares apparitions publiques du chef de l’État et les nombreuses spéculations sur son état de santé.

    Malgré cet épisode, les festivités de la Fête de l’Unité se sont poursuivies dans plusieurs villes du pays, dans une ambiance mêlant célébration patriotique et préoccupations autour de la santé du dirigeant camerounais.

  • TLP-Togo outille ses acteurs pour un plaidoyer efficace

    TLP-Togo outille ses acteurs pour un plaidoyer efficace

    Face aux défis démocratiques, Tournons La Page Togo (TLP-Togo) mise sur la formation pour transformer l’engagement citoyen en un plaidoyer structuré et influent.

    Dans un contexte régional marqué par des tensions autour des libertés publiques et de l’alternance démocratique, l’organisation Tournons La Page Togo (TLP-Togo) franchit une nouvelle étape dans le renforcement de ses capacités. Depuis le mercredi 22 avril 2026, dix de ses membres, dont quatre femmes, prennent part à une session intensive de formation de trois jours dédiée au plaidoyer stratégique et à la recherche de terrain.

    L’objectif de cette initiative est clair : transformer l’indignation citoyenne en actions concrètes et structurées capables d’influencer les politiques publiques. À travers cette formation, TLP-Togo entend doter ses acteurs d’outils modernes pour concevoir des notes de plaidoyer pertinentes et mener des campagnes d’influence efficaces, tant au niveau national qu’international. Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large de consolidation des coalitions engagées pour l’alternance démocratique en Afrique.

    Organisée par la Coordination nationale de TLP-Togo, la formation s’inscrit dans une dynamique de professionnalisation de l’engagement citoyen. Elle répond à un besoin pressant : documenter de manière rigoureuse les violations des droits humains et de l’espace civique, afin d’interpeller avec crédibilité les institutions compétentes. Dans un environnement où les libertés sont parfois mises à rude épreuve, la maîtrise des techniques d’enquête et de documentation devient un levier essentiel pour la société civile.

    Le programme de ces trois jours se veut à la fois théorique et pratique. Les participants sont formés sur les mécanismes régionaux de défense des droits humains, avec un accent particulier sur le fonctionnement de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Des modules spécifiques portent également sur les méthodes de collecte de données sur le terrain, incluant les témoignages, les supports visuels et les documents probants.

    Un autre volet important concerne la protection de l’espace civique. Dans un contexte marqué par des lois jugées parfois restrictives, les participants apprennent à mieux sécuriser leurs actions et à protéger les défenseurs des droits humains lors de leurs missions. Cet aspect est crucial pour garantir la continuité et l’efficacité de leur engagement.

    Au-delà du renforcement individuel des compétences, cette formation vise un impact structurel. L’un des résultats attendus est la création d’une Commission Plaidoyer au sein de la coalition nationale. Composée de trois membres formés, cette cellule aura pour mission de produire régulièrement des analyses, des rapports et des alertes sur l მდგომარეობ de la démocratie et des libertés au Togo.

    Le projet bénéficie du soutien de la Fondation Reynolds, qui fixe des critères précis de réussite. Parmi ceux-ci, l’obligation d’assurer une représentation féminine au sein de la future commission et la production d’un document de plaidoyer d’ici la fin de l’année 2026.

    À travers cette initiative, TLP-Togo fait le choix de la rigueur, de la connaissance et de la stratégie pour porter plus efficacement la voix des citoyens. Dans une sous-région confrontée à de nombreux défis démocratiques, l’organisation affirme ainsi son engagement en faveur de la bonne gouvernance, de l’alternance et du respect des droits humains.

  • Vice-présidence au Cameroun : une réforme qui divise et inquiète

    Vice-présidence au Cameroun : une réforme qui divise et inquiète

    Le projet d’instauration d’un poste de vice-président au Cameroun, porté par le président Paul Biya, suscite un débat politique intense.

    Présentée comme une évolution institutionnelle visant à renforcer la stabilité de l’État, cette réforme est loin de faire l’unanimité. Elle cristallise au contraire des tensions profondes autour de la succession au sommet du pouvoir.

    Au cœur de la polémique se trouve d’abord la question du mode de désignation. Dans les scénarios évoqués, le vice-président serait nommé directement par le chef de l’État. Pour de nombreux observateurs, ce mécanisme pose un problème démocratique majeur : il concentrerait davantage le pouvoir entre les mains du président, au lieu de favoriser une transition transparente et élective. Certains y voient même une remise en cause implicite du rôle du suffrage universel dans le choix des dirigeants.

    La controverse s’alimente également des spéculations autour d’une succession dynastique. Le nom de Franck Biya revient avec insistance dans les débats publics, bien qu’aucune annonce officielle ne le confirme. Cette hypothèse, largement relayée dans l’opinion, alimente les critiques d’une partie de la société civile et de l’opposition, qui dénoncent un risque de « monarchisation » du pouvoir. Dans un pays marqué par plus de quatre décennies de gouvernance sous le même dirigeant, la sensibilité à toute idée de succession familiale est particulièrement forte.

    Par ailleurs, cette réforme intervient dans un contexte politique et sécuritaire déjà fragile. Entre tensions sociales, défis économiques et crises sécuritaires dans certaines régions, plusieurs analystes estiment que l’introduction d’un nouveau poste au sommet de l’État pourrait créer davantage d’incertitudes que de solutions. La coexistence entre un président et un vice-président nommé pourrait, selon eux, engendrer des rivalités internes ou des luttes d’influence au sein du pouvoir.

    Les défenseurs du projet avancent toutefois un argument de poids : la nécessité d’assurer la continuité de l’État en cas de vacance du pouvoir. Dans cette optique, la vice-présidence permettrait d’éviter des transitions brusques ou conflictuelles. Mais cet argument peine à convaincre une opinion publique méfiante, qui redoute une réforme taillée sur mesure pour organiser la succession sans véritable débat national.

    En définitive, au-delà de son apparente technicité, la création d’un poste de vice-président au Cameroun soulève une question fondamentale : celle de l’avenir du pouvoir et des règles de sa transmission. Entre volonté de stabilité et exigences démocratiques, la réforme s’impose comme un révélateur des tensions politiques profondes qui traversent le pays.

  • Togo: les oppositions se mobilisent contre la nouvelle Constitution

    Togo: les oppositions se mobilisent contre la nouvelle Constitution

    L’opposition togolaise est toujours vent debout contre la nouvelle Constitution promulguée le 6 mai 2024. Deux partis politiques, ainsi que plusieurs organisations de la société civile, ont mis en place ce lundi 3 mars à Lomé un cadre de travail pour se dresser contre la nouvelle Constitution.

    Ce n’est pas une coalition ni une alliance, mais un cadre de travail qui veut se dresser contre la nouvelle Constitution du 6  mai 2024 au Togo. Plusieurs partis politiques et organisations de la société civile se sont réunies ce lundi 3 mars à Lomé pour le mettre en place : une chose peu aisée pour l’opposition togolaise, après plusieurs déboires ces dernières années.

    Une « forfaiture » pour les opposants

    La Constitution promulguée le 6 mai fait basculer le Togo dans une nouvelle République. Elle instaure un régime parlementaire avec une présidence honorifique dont le mandat est limité. C’est le président du conseil qui détient tous les pouvoirs. Le nouveau texte fondamental du Togo est une « forfaiture », affirme le leader de l’alliance nationale pour le changement, Jean-Pierre Fabre : « Vous avez quelqu’un qui est chef d’un parti, c’est-à-dire qu’il n’est pas élu, en tout cas par le peuple, mais lui, il a la capacité de dissoudre une institution émise par le peuple. Et ça fait partie des incongruités de la Constitution. » 

    Paul Dodji Apévon, président des Forces démocratiques pour la République (FDR) plaide pour des actions pour que les Togolais prennent conscience de la situation : « Qui ose, qui dit non à ce qui se passe dans notre pays ? Qu’est-ce qu’on fera demain pour sortir de la bêtise, si ce n’est pas par des actions de ce genre, pour réveiller la conscience des Togolais ! »

    Appel à la mobilisation

    Ces opposants ont signé une charte ce lundi 3 mars. Elle reste ouverte à toutes les parties engagées contre la Constitution. Pour le professeur David Ekoué Dosseh, membre du nouveau cadre contre la Constitution, l’objectif est de remobiliser et de resensibiliser les populations, contre « cette machine infernale qui n’a que trop duré à la tête de cette nation et qui a détruit la dignité et la liberté du peuple togolais. »

    Un meeting sera organisé le dimanche 23 mars 2025 par toutes les entités qui ont signé le cadre de travail, ont annoncé les participants. 

    Source: rfi.fr/fr

  • Alternance: le CAR appelle à s’inspirer de l’expérience du Ghana au Togo

    Alternance: le CAR appelle à s’inspirer de l’expérience du Ghana au Togo

    La dernière élection présidentielle au Ghana doit faire électorale au Togo. C’est le souhait du Comité d’action pour le renouveau (CAR), un parti se réclamant de l’opposition togolaise.

    COMMUNIQUE DE PRESSE

    Relatif à l’élection présidentielle du 7 décembre 2024

    Le peuple ghanéen a, à travers les élections générales organisées ce 7 décembre 2024, démontré à la face du monde sa maturité politique et l’encrage de la démocratie dans cet Etat voisin de notre pays le Togo.

    Le CAR a appris ce dimanche 8 décembre 2024, soit 24 seulement après le vote, que l’ancien Président John Mahama a remporté l’élection présidentielle, réalisant ainsi l’alternance au sommet de l’Etat entre le NPP et le NDC.

    Cette victoire a été immédiatement reconnue par le principal challenger, le candidat de NPP, le Vice-président M. Mahamudu Bawumia, consolidant ainsi de nouveau l’alternance au pouvoir sans violence.

    En attendant la confirmation de ces résultats par les instances habilitées du Ghana, le CAR félicite les acteurs politiques ghanéens pour avoir mis l’intérêt du pays au-dessus de leurs intérêts partisans.

    Le CAR appelle le Gouvernement et l’ensemble des acteurs politiques togolais à s’inspirer de cette expérience du Ghana pour notre pays le Togo.

    Fait à Lomé, le 8 décembre 2024

    Pour le CAR

    Le Président National

    Yao Date

  • L’UFC « rend un vibrant hommage à » Aduayom et Aïdam

    L’UFC « rend un vibrant hommage à » Aduayom et Aïdam

    Ces deux personnalités, décédées il y a quelques jours, ont fait d’ «  importantes contributions au long processus d’enracinement de la démocratie et de développement » du Togo, retient l’Union des forces de changement (UFC).

    COMMUNIQUÉ DE L’UFC

    (Relatif au décès de Martin ADUAYOM de la CDPA et Georges AÏDAM d’UNIR)

    L’Union des Forces de Changement : UFC a appris par voie de presse le rappel à Dieu de deux acteurs politiques Togolais qui ont marqué le processus démocratique. Il s’agit du Professeur Martin Adimado ADUAYOM de la Convention Démocratique des Peuples Africains : CDPA et de M.Georges Kwawu AÏDAM de l’Union pour la République : UNIR.

    L’Union des Forces de Changement : UFC et son Président National Dr Gilchrist Sylvanus OLYMPIO saluent la mémoire de ces deux acteurs politiques qui ont fait leurs parts dans la longue marche de notre pays vers la démocratie et l’Etat de Droits.

    Le Professeur Martin Adimado ADUAYOM, ancien Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de 2006 en 2010 était le Secrétaire Général Adjoint, chargé des Relations Extérieures de la CDPA et enseignant d’universités.

    M. Georges Kwawu AÏDAM, ancien Ministre de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle, était également vice-Président du parti UNIR depuis sa fondation. Ancien membre du Comité d’Action pour le Renouveau : CAR (opposition), Georges Kwawu AÏDAM a servi en tant que Directeur de Cabinet de l’ancien Premier Ministre feu Me Apollinaire Yawovi AGBOYIBOR.

    Les deux acteurs politiques ont participé activement au processus démocratique et ont pris part à divers dialogues et signatures d’accords notamment l’Accord Politique Global (APG) signé le 20 Août 2006, dans un effort de réconciliation nationale entre le pouvoir et l’opposition.

    L’Union des Forces de Changement : UFC rend un vibrant hommage à ces deux acteurs politiques pour leurs importantes contributions au long processus d’enracinement de la démocratie et de développement de notre cher pays, le Togo.

    L’Union des Forces de Changement : UFC réitère ses condoléances les plus attristées à leurs familles biologiques et politiques ainsi qu’a tout le peuple Togolais.

    Que la terre leur soit légère et que brille à leurs yeux la lumière sans déclin.

                  Fait à Lomé, le 13 septembre 2024

                  Pour le Bureau Directeur de l’UFC,

                  Le Secrétaire Général

                   Edwards Teddy MENSAH

  • Togo- Gaétan Gbati Zoumarou: “Aucune dictature ne lâche le pouvoir de gaité de cœur”

    Togo- Gaétan Gbati Zoumarou: “Aucune dictature ne lâche le pouvoir de gaité de cœur”

    Dans cet entretien exclusif qu’il nous a accordé, Gaétan Gbati Zoumarou, Secrétaire général du groupe des neuf (G9) de la diaspora togolaise et porte-parole de ce mouvement des membres dont certains sont exclus de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) à l’issue de la présidentielle de 2020, revient ici pour analyser la situation sociopolitique de son pays et se félicite de la création d’un nouveau mouvement dans la diaspora dénommé “FREEDOM Togo-Mouvement de Libération Nationale. L’opposant au régime de Lomé qui vit en exil depuis des décennies trouve qu’il est l’heure de s’organiser autrement pour provoquer l’alternance au sommet de l’Etat. Lecture !

    Gaétan Gbati Zoumaro, vous êtes membre fondateur et Porte-parole du Groupe des 9. Vous avez été membre de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) avant d’en être exclu.  Vous vivez en Hollande où vous suivez la situation sociopolitique et économique de votre pays le Togo. Quelle analyse en faites-vous aujourd’hui ?

    Merci pour l’occasion que vous me donnez de m’adresser à mes compatriotes à travers votre journal en ligne. La situation au Togo à l’heure actuelle est totalement confuse. On navigue entre deux régimes, avec un gouvernement démissionnaire qui est de nouveau remis en selle sans qu’on ne sache quelle sera sa mission et encore moins sa durée.

    Le Parlement nouvellement élu est boycotté par au moins deux formations de l’opposition qui pourtant avaient participé aux élections. Les conseils régionaux n’ont toujours pas été convoqués. Et pour couronner toute cette pagaille, l’élection du Président de la République prévue par la nouvelle Constitution pourtant promulguée n’a toujours pas eu lieu. Certainement pour la simple raison que le Parlement lui même est pour le moment hémiplégique vu qu’il lui manque le Sénat pour être complet.

    La gouvernance politique au Togo ressemble-t-elle pas plus à la Cour du Roi Pétaud qu’à celle d’un Etat normalement constitué ?

    Aussi apocalyptique qu’elle soit cette pagaille au sommet de l’Etat n’est pas ce qui nous préoccupe le plus au G9. Notre principale préoccupation, c’est la misère dans laquelle croupissent nos compatriotes togolais. Nos frères et sœurs n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Payer son loyer, se nourrir, mettre ses enfants à l’école, pourvoir aux frais de santé quand ils sont malades…voilà autant d’actes de la vie quotidienne qui sont devenus un cauchemar pour la grande majorité des Togolais.

    Les jeunes sont désespérés et la plupart d’entre eux ne pensent qu’à quitter le pays dès qu’ils auront la moindre ouverture. Le pays se meurt et les gouvernants ne s’en émeuvent guère !

    Qu’est-ce qui est devenu le G9 ?

    Le G9 est au travail. Dans la dernière période nous avons fais beaucoup de déplacements à la rencontre de nos aînés pour recueillir leurs analyses et surtout leurs conseils. Ces déplacements nous ont conduit aussi bien en Afrique que dans différents pays européens. Délibérément, nous avons voulu que ces tournées se fassent dans la discrétion par respect pour les “sages” rencontrés autant en Europe qu’en Afrique.

    Maintenant que cette phase est bouclée, nous nous apprêtons à organiser des rencontres avec nos concitoyens de la diaspora pour débattre démocratiquement de l’avenir de notre pays. Je tiens d’ores et déjà à préciser que ces rencontres n’auront pas pour principal objectif l’exposé de la vision ou d’un éventuel projet politique du G9. Ces rencontres seront plutôt l’occasion de co-construire un projet avec nos compatriotes dans le cadre d’un mouvement inclusif de toutes les synergies véritablement patriotiques. Le mouvement auquel aspire le G9 est et doit rester un mouvement horizontal. Nous ne croyons ni aux hommes providentiels ni aux guides éclairés ! Les directions verticales des organisations politiques dans notre pays ont suffisamment démontré leurs limites quant à l’efficacité nécessaire pour la conclusion de la lutte.

    Que dites-vous du combat mené par les partis politiques d’opposition du côté du peuple togolais ?

    Les Partis politiques d’opposition ont beaucoup de mérite au Togo. Ils ont beaucoup donné. On ne compte plus le nombre de leurs militants assassinés, emprisonnés ou contraints à l’exil. Et ceux parmi ces militants qui sont restés fidèles à leur conviction sont persécutés tous les jours. Ils perdent leurs emplois, ils sont menacés tous les jours. Je leur tire mon chapeau.

    Cependant, force est de constater que malgré tous ces sacrifices, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Bien évidemment, la faute incombe au régime qui reste sourd aux suppliques du peuple en désespoir. Voilà pourquoi nous pensons qu’il faut s’organiser autrement pour venir à bout de la dictature togolaise.

    Qu’est-ce qui a fait durer la lutte au point qu’après plus de trente (30) années du soulèvement populaire du 5 octobre 90, l’alternance ne soit pas encore au rendez-vous ?

    Aucune dictature ne lâche le pouvoir de gaité de cœur. Passer d’une dictature à un système démocratique est toujours un processus révolutionnaire, au vrai sens du terme. Pour démocratiser le Togo, il faut que tout change. On ne peut se contenter de petites réformettes en priant le ciel pour que le Chef de l’Etat soit subitement touché par la grâce divine.

    L’alternance dans une dictature est en général le résultat d’un rapport de force politique, diplomatique et populaire. Les différents soulèvements qui ont eu lieu depuis les années 90 ont toujours fini par des négociations permettant au régime de se remettre en selle. La seule fois où le peuple a réellement mené son propre combat jusqu’au bout, c’est lors du soulèvement populaire du 5 octobre 1990. Nous avions réussi à imposer une Conférence nationale souveraine au président Eyadéma en rendant le pays ingouvernable. Ensuite nous avons pu imposer un gouvernement de notre choix au dictateur d’antan.

    Malheureusement cette parenthèse démocratique n’a duré que très peu de temps. Le 3 décembre 1991, le Président Eyadéma sortait des chars pour bombarder la démocratie naissante. Et la France qu’on croyait être de notre coté s’est révélée plus que jamais un soutien indéfectible du régime des Gnassingbé.

    Si je vous raconte tout ça, c’est pour souligner la bravoure du peuple togolais qui a toujours fait sa part. Par contre le leadership politique ainsi que social n’a malheureusement pas été au rendez-vous à bon escient, soit par naïveté, soit par cupidité. Tant que le peuple mobilisé n’arrivera pas à se doter d’un leadership capable de franchir le Rubicon, nous n’aurons pas d’alternance au Togo.

    Les forces démocratiques à l’interne notamment les partis politiques d’opposition sont-ils épuisés ?

    Les partis politiques ne sont pas épuisés. Ils se sont mis dans une impasse dans laquelle ils n’arrivent plus à se sortir. Je crois qu’ils n’avaient d’ailleurs pas d’autre choix compte tenu de l’option unique dans laquelle ils se sont inscrits. Je suis bien conscient que les termes du débat ne sont pas les mêmes au Togo qu’en Occident. Cependant, je pense que l’on ne peut pas comprendre ce qui se passe au Togo si on ne plaque pas une grille de lecture partant de la lutte des classes sur notre situation.

    Nos grands partis politiques sont tous des partis de droite ou du centre. Nous n’avons pas de parti de gauche proprement défini au Togo. Bien évidement, il y a eu dans le temps la CDPA-BT, l’OTTD devenu plus tard le PT, le PADET etc. Mais tous ces partis ont été confinés à la marge de la scène politique. Or, le système Gnassingbé est profondément de droite. C’est la droite gaullienne et foccardienne qui a mis ce système en place. Le Président Eyadema a été lui-même un soldat de l’armée coloniale utilisée par De Gaulle pour mater les indépendantistes indochinois et algériens. Vous pensez donc bien que l’on ne peut rien attendre des leaders de l’opposition qui ont les mêmes intérêts que le régime en place ! Ils appartiennent à la même classe bourgeoise, aux mêmes réseaux d’influence et ont des intérêts communs dans les mêmes sociétés et autres organisations commerciales. Non, les partis d’opposition ne sont pas épuisés. Ils ont délibérément choisi soit d’accompagner le système, soit de tenter de le réformer tout en le laissant en place.

    Quel regard portez-vous sur le changement de la Constitution de votre pays qui le balance dans une autre République, la cinquième, avec un nouveau régime politique, le parlementaire ?

    Personnellement, cela fait plus de 20 ans que je réside dans un pays de régime parlementaire aux Pays-Bas. Malheureusement, je suis aux regrets de vous dire que le système mis en place par Faure Gnassimgbé n’a rien de Parlementaire. C’est plutôt le bon vieux système de parti-unique/parti-Etat qui a été ressuscité.

    En effet, dans un Parlement monocolore depuis 2018, conférer aux députés et Sénateurs le soin de désigner le président de la République et le président du Conseil de gouvernement revient à confier à Unir le soin de gérer le Pays. L’Etat Togolais se confond et se résume désormais au parti Unir. Si vous n’êtes pas membre de ce Parti, vous devenez presqu’apatride au Togo. C’est un scandale ! la mobilisation contre la cinquième République doit s’accentuer pour que nous nous débarrassions au plus vite de ce chiffon de papier pompeusement baptisé constitution.

    Il y a plusieurs organisations de la société civile togolaise et les partis politiques d’opposition qui sont vent debout contre le changement de cette Constitution. Croyez-vous que Faure Gnassingbé va faire un rétropédalage ?

    Pas volontairement. La seule manière de lui faire changer d’avis, c’est de l’y contraindre. Et comme un dictateur ne se laisse pas contraindre, pour se débarrasser de cette constitution, il faut une véritable mobilisation de sorte que les tenants du pouvoir reviennent sur leur décision.

    Ce changement de la Constitution a fait réagir les Togolais même ceux de la diaspora que vous êtes. Trois opposants installés dans la diaspora, notamment Kofi Yamgnane, Jean-Sylvanus Olympio et Me François Akila Esso Boko ont porté sur les fonts baptismaux Freedom Togo-Mouvement de Libération Nationale du Togo à Paris en France. Que pensez-vous de ce nouveau mouvement et de ses objectifs ?

    Je ne connais pas encore très bien le mouvement Freedom-Togo MLN. Cependant, je regarde avec beaucoup de sympathie cette nouvelle initiative se mettre en place. Après les diverses déceptions que nous avons endurées depuis 30 ans, beaucoup de compatriotes dans la Diaspora sont devenus très méfiants par rapport à toute nouvelle initiative. Mais qui ne risque rien n’a rien. Accordons le bénéfice du doute à ce nouveau mouvement et aidons-le à nous aider. Cela n’empêche pas les uns et les autres dans la Diaspora de continuer le travail de mobilisation qu’ils ont toujours mené.

    Dans ce combat que vous menez face au régime cinquantenaire en place au Togo, les mouvements et coalitions de partis politiques se sont succédé mais aucun résultat. Pensez-vous que là où les autres ont échoué jusqu’ici, le MLN va réussir ?

    Le MLN ne réussira que si la symbiose se fait entre l’opposition au Togo et la Diaspora. La diaspora doit être une force d’appoint et une force d’appui aux organisations qui sont sur le terrain.

    Nous devons apporter nos moyens financier, intellectuel et diplomatique à la lutte, et nous devons épauler les organisations et partis politiques qui sont sur le terrain afin que ces derniers puissent faire face à la dictature. Une révolution ne se mène pas à 5000 km de l’épicentre. Nous n’avons donc pas vocation à remplacer les organisations qui sont sur le terrain. Cependant, ces organisations et partis politiques doivent accepter de se réformer pour devenir des organisations véritablement patriotiques, plaçant l’intérêt général au dessus des intérêt particulier ou partisans. C’est à cette condition qu’une véritable symbiose pourra se faire pour constituer une véritable machine capable d’établir un rapport de forces face au régime.

    Le G9 est disposé à organier une table ronde des organisations sur le terrain et des organisations de la Diaspora si cela peut aider à sortir de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons.

    Vous croyez que la communauté internationale va entendre raison désormais pour soutenir peuple togolais dans sa lutte pour l’alternance ?

    La communauté internationale n’a ni sympathie ni antipathie pour la cause togolaise. Elle n’a que des intérêts à défendre. Et jusqu’à présent, elle croit que ses intérêts matériels et géostratégiques sont mieux défendus par le régime en place plutôt que par l’opposition qui probablement n’est peut-être pas parvenue à présenter un gage crédible. À nous de faire un travail sérieux pour montrer que c’est le contraire. D’ailleurs avec tous les bouleversements dans le sahel, les vieilles certitudes françafricaines ont volé en éclats en certains endroits et du plomb dans l’aile en certains autres. L’opposition togolaise doit diversifier ses réseaux à l’international et se rapprocher des réseaux qui sont aptes à mieux comprendre les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Le monde est devenu multipolaire ; il n’y a aucune raison de rester accroché au Quai d’Orsay ou à l’UE.

    Que dites-vous des dernières élections législatives et régionales du 29 avril dernier qui se sont déroulées dans votre pays d’origine? ?

    C’étaient des simulacres d’élection comme nous l’avions prédites. Nous n’avions même pas eu besoin d’appeler au boycott. Le peuple a lui-même pris ses responsabilités en refusant d’aller voter. Les bourrages d’urnes ont été orchestrés pour faire progresser le taux de participation puisque le pouvoir s’est rendu compte dès la mi-journée que les Togolais ne se sont pas déplacés dans les bureaux de vote. Ces élections se sont déroulées sans le peuple. Et le régime sait mieux que quiconque à quel point cette situation est dangereuse pour lui. La colère du peuple peut éclater au moment le plus inattendu…

    Après plus de deux mois de démission de Victoire Sidémého Tomegah-Dogbé au poste de Premier ministre et son gouvernement, le Chef de l’Etat l’a reconduite. Quel commentaire vous en faites?

    Faure Gnassingbé est dans une impasse. Tout porte à croire qu’aveuglé par le désir de se pérenniser au pouvoir il s’est précipité dans ce changement de Constitution sans réfléchir aux implications. Il est désormais obligé soit de reconduire la Première ministre, soit de désigner un Président de la République. Apparemment, il ne fait confiance à personne au sein de son entourage pour le poste de président de la République. Et a mon avis, il a bien raison d’être méfiant. On a beau avoir dépouillé le futur président de la République de toutes ses prérogatives, il restera Chef de l’Etat. Et l’appétit venant en mangeant, rien ne garantit à Faure Gnassingbé que le futur Chef de l’Etat ne lui damera pas le pion…

    Les Forces de Défense et de Sécurité en poste à Kpékpakandi au Nord du pays ont été attaquées par les djihadistes, il y a quelques semaines occasionnant des morts dans les rangs des corps habillés du Togo. De quelle façon vous pensez que cette lutte contre ces terroristes doit-elle être menée ?

    Le terrorisme est un phénomène sous-régional voire international. On ne peut lutter contre un tel phénomène qu’en ayant une bonne coordination des forces et des renseignements dans la sous-région. De plus, cette lutte requiert des moyens consistants et une vision stratégique cohérant. Sur tous ces aspects, on a l’impression que c’est la navigation à vue qui est opérée par les autorités “auto-désignées” du Togo grâce à des mascarades d’élections.

    Les bouleversements et les tensions au sein de la CEDEAO ont distendu les liens de coopération entre Etats. Les Sahéliens ont désormais leur propre AES et leur accord du Liptako-Gourma. Le Burkina-Faso ne coopère plus avec le Benin. Quand au Togo, on se demande à quel jeu il joue. Avec le double jeu que joue le pouvoir togolais entre la CEDEAO et l’AES, on finira par être vomi de tous.

    Pourtant, le pouvoir dit avoir mis beaucoup de moyens à la disposition de l’armée togolaise..

    Enfin, concernant la vision stratégique cohérente, on est surpris par le dernier remaniement à la tête de l’état-major des armées. Si ma mémoire est bonne, le chef d’état-major, le Gal Tassounti Djato avait été nommé il y a à peine un an. Pourquoi le remanier alors que depuis sa nomination, on n’avait plus entendu parler d’attaque terroriste ! Je croyais que l’on recherchait de l’efficacité et des résultats ! Le nouveau Chef d’état-major va-t-il poursuivre sur la même lancée que son prédécesseur ? Wait and see.

    Quel regard portez-vous sur le fonctionnement de l’institution sous-régionale qu’est la CEDEAO et son Parlement?

    La CEDEAO est morte ! Et malgré le courage du député Guy Marius Sagna, son Parlement mourra aussi probablement. Plus personne ne croit en la survie de cette organisation pour mener une action bénéfique aux populations en son sein. Quand on pense que du temps de sa gloire, la CEDEAO avait pu lever une force comme l’ECOMOG pour essayer de pacifier le Liberia !…

    À force de cautionner les différents coups d’Etats électoraux et les tripatouillages de Constitutions, la CEDEAO s’est complètement discréditée. Une organisation dans laquelle siège un Président Faure Gnassingbé au pouvoir depuis bientôt 20 ans et un Président Alassane Ouattara au pouvoir depuis bientôt 15 ans ne peut plus être prise au sérieux.

    Vivement que les pays de la sous-région ouest-africaine passent sans délai à autre chose.

    Si vous avez un mot à l’endroit de vos concitoyennes et concitoyens de la diaspora et qui sont au pays qui se battent pour se libérer. Que direz vous ?

    Aux uns et aux autres je dirai de garder espoir et de redoubler de vigilance. Après tant d’années de souffrance, mes compatriotes ont toutes les raisons de se méfier de tout le monde. Mais en même temps, ce n’est pas parce que le passé est douloureux que nous sommes condamnés à souffrir éternellement. Tendez l’oreille, soyez perspicaces pour distinguer le vrai du faux ; réfléchissez par vous-mêmes et engagez-vous non pas derrière quelqu’un mais à coté de ceux qui ont la même aspiration que vous. La libération nationale est irréversible.

    Propos recueillis par Justin Anani

  • Togo. Faure Gnassingbé et la tentation d’un règne sans limite

    Togo. Faure Gnassingbé et la tentation d’un règne sans limite

    Reportage · Malgré les protestations, le pays dirigé depuis des décennies par la famille Gnassingbé devrait basculer dans un régime parlementaire. Il pourrait permettre au chef de l’État de se maintenir au pouvoir sans aucune limite de temps tant que sa majorité l’emporte. Au grand dam de l’opposition et d’un certain nombre de citoyens, qui n’ont que peu d’espace pour s’exprimer.

    Dans les rues de Lomé, la capitale togolaise, le quotidien a repris le dessus sur l’actualité politique de ces derniers mois. « Nous avons déjà des difficultés à subvenir à nos besoins et ce n’est pas la politique qui pourra nous nourrir toute l’année », lance Honoré. Conducteur de taxi-moto le jour, gardien de sécurité la nuit, il gagne en tout 70 000 FCFA (106 euros) par mois.

    Entre fin mars et fin avril, l’histoire du Togo a pris un tournant : le pays est passé d’un régime semi-présidentiel à un régime parlementaire, ouvrant la voie à une Ve République. Et, le 29 avril, juste après l’adoption au Parlement de la nouvelle Constitution, ont eu lieu les élections législatives, qui avaient été repoussées à cause des débats autour de ce nouveau texte. L’Union pour la République (Unir, anciennement le Rassemblement pour le peuple togolais), le parti au pouvoir depuis des décennies, en est sorti officiellement vainqueur. Si la Constitution a été promulguée en mai, la Ve République n’est pas encore opérationnelle, et il faudra certainement attendre 2025 pour qu’elle se mette en place.

    Dans le nouveau régime, le pouvoir exécutif sera entre les mains du chef de la majorité parlementaire, sans limitation de mandats tant que cette majorité restera à l’Assemblée. Pour ce poste de « président du Conseil », tous les regards se tournent vers Faure Gnassingbé, président de la République du Togo depuis dix-neuf ans et chef de l’Unir. L’actuel chef de l’État, 58 ans, a succédé à son père Eyadema Gnassingbé, à sa mort en 2005. Celui-ci avait dirigé le Togo pendant trente-huit ans, à partir de 1967.

    LA FIN DU SUFFRAGE DIRECT

    Dans le nouveau régime parlementaire, le futur « président de la République » n’aura lui plus qu’un simple rôle représentatif. Il sera élu pour un mandat de quatre ans renouvelable une fois par le Parlement (Assemblée nationale, mais aussi Sénat lorsqu’il sera créé) réuni en Congrès. Il n’y aura donc plus d’élection au suffrage direct pour ces deux postes clefs de « président du Conseil » et de « président de la République ».

    Pour les défenseurs du texte, qui rappellent que ce sont des députés qui ont fait la demande de changement de Constitution, ce régime parlementaire permettrait un meilleur équilibre des pouvoirs. Selon eux, le chef de l’État sera soumis à plus de contrôles de la part du Parlement. Et, selon cette Constitution, « l’Assemblée nationale peut mettre en cause la responsabilité du gouvernement par le vote d’une motion de défiance ». Enfin, toujours selon ses partisans, ce nouveau régime permettrait de limiter les coûts liés aux élections présidentielles.

    Afin de comprendre pourquoi cette nouvelle Constitution fait débat, il faut revenir un peu en arrière. Juste avant le 31 décembre 2023, date officielle de la fin de la législature, vingt-et-un députés de la majorité et de l’opposition dite « centriste » ont déposé au bureau de l’Assemblée une proposition de loi de changement constitutionnel. Mais ce n’est que le 15 mars que le parti Alliance nationale pour le changement (ANC), de l’opposant Jean-Pierre Fabre, révèle au public qu’une nouvelle Constitution s’apprête à passer en Commission des lois.

    PAS DE RÉFÉRENDUM

    Le 25 mars a lieu la première plénière devant tous les députés, et le texte est adopté dans la nuit à la majorité (89 voix pour, 1 contre et 1 abstention) après des heures de lecture et de discussions. L’opinion publique s’empare alors du débat autour du nouveau régime : pour ses détracteurs, cette Constitution est surtout une manière de faire sauter le verrou de la limitation des mandats pour Faure Gnassingbé. En 2002, à l’époque de son père, l’Assemblée nationale avait abrogé la limitation des mandats présidentiels. À la suite de protestations populaires, le Togo avait réintroduit la limitation en 2019, dans sa Constitution, à deux mandats présidentiels de cinq ans. Techniquement, Faure Gnassingbé ne peut donc pas se représenter après 2030.

    Face aux controverses, la présidence ne promulgue pas le texte et le renvoie devant l’Assemblée pour relecture. Après trois jours de consultations nationales, le document est finalement adopté le 19 avril avec 100 % des voix. Dix jours après et avec plusieurs mois de retard sont organisées les élections législatives, qui maintiennent la majorité du camp présidentiel. Ce n’est qu’après celles-ci, le 6 mai, que le texte final est promulgué par la présidence puis publié au Journal officiel.

    Au-delà des débats sur le fond, c’est donc la manière dont la Constitution a été modifiée qui a fait couler beaucoup d’encre. D’une part, les Togolais n’ont pas été consultés par référendum, comme le prévoyait la Constitution en vigueur dès lors que le mandat présidentiel risquait d’être modifié. D’autre part, les citoyens ont dû attendre la publication du texte, adopté quelques jours seulement avant les élections, au Journal officiel pour pouvoir le lire.

    DES MANIFESTATIONS INTERDITES

    Beaucoup de Togolais sont en désaccord avec cette nouvelle Constitution, mais donner son opinion ou manifester au Togo n’est pas sans risques. « Pour certains événements politiques, on a peur de se faire arrêter, donc on ne s’exprime pas trop sur les idées. Si tu contestes beaucoup, tu as des problèmes », explique Honoré, le taxi-moto et gardien de nuit cité plus haut, même s’il admet que sous le père de l’actuel président « c’était quand même pire » : « On avait même peur de parler dans nos maisons. »

    Le couperet n’est jamais loin. Courant mai, deux jeunes Togolais ont été placés en détention préventive après avoir critiqué le président de la République, la Constitution et les dernières élections dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Ils ont finalement écopé de six mois de prison avec sursis.

    Ces derniers mois, plusieurs tentatives de protestation ont été tuées dans l’œuf. En avril, une marche prévue par l’opposition a été interdite et neuf opposants ont été arrêtés et détenus quelques jours après avoir tenté de sensibiliser au changement de Constitution les badauds sur un marché. Les forces de l’ordre sont allées jusqu’à bloquer des conférences de presse de membres de l’opposition et de la société civile au lendemain de la première adoption de la nouvelle Constitution. Amnesty International avait réagi en dénonçant un climat de « répression ». Par ailleurs, aucun visa n’a été délivré aux journalistes étrangers désirant venir couvrir le scrutin. Thomas Dietrich, qui avait tenté de se rendre à Lomé pour Afrique XXI, avait été violemment arrêté et expulsé. Depuis 2021, six journalistes togolais ont été emprisonnés pendant plusieurs semaines et les journaux sont souvent sanctionnés.

    Pour empêcher les manifestations, le Togo s’appuie sur une loi restrictive votée en 2019 en réaction aux vastes protestations qui ont ébranlé le pouvoir en 2017-2018. Le texte interdit les manifestations sur toutes les routes nationales, les axes où se déroulent de fortes activités économiques, dans les centres urbains, près des institutions togolaises et des chancelleries, etc. Même les Nations unies avaient demandé au Togo de réviser cette loi. Dans ce contexte, trois meetings de la société civile ont été tenus, mais après la promulgation de la nouvelle Constitution et après les élections législatives du 29 avril. Côté opposition, c’est la campagne électorale, entre le 13 et le 27 avril, qui lui a permis de s’exprimer dans les rues.

    « FRAUDES MASSIVES » DÉNONCÉES PAR L’OPPOSITION…

    Appelés aux urnes le 29 avril, les Togolais devaient choisir non seulement leurs députés mais aussi leurs conseillers régionaux. Ces derniers devront élire les futurs sénateurs – lorsque le Sénat sera créé. Selon les résultats officiels de ce double scrutin, la majorité présidentielle a remporté 108 des 113 sièges à l’Assemblée nationale, et 137 des 179 conseillers régionaux. Tous les recours déposés par des candidats contestataires auprès de la Cour constitutionnelle (pour les législatives) et la Cour suprême (pour les régionales) ont été rejetés.

    Le jour des élections, de nombreux partis d’opposition et des candidats indépendants ont en effet dénoncé des « fraudes massives », notamment des « bourrages d’urnes », mais aussi des « votes par dérogation » ou encore des « procès-verbaux pré-remplis », ce que conteste l’Unir. L’Alliance des démocrates pour le développement intégral (Addi), devenu le premier parti d’opposition en termes de sièges attribués, a même filmé une de ces fraudes. Dans cette vidéo, publiée sur internet, un homme portant des habits de la commission électorale glisse dans une urne plusieurs papiers semblant être des bulletins.

    « C’était dans le bureau de l’école à Gnakpoung [dans le Nord] », atteste à Afrique XXI François Kampatibe, porte-parole de l’Addi. « Nous avons bien sûr déposé cette vidéo dans notre dossier de recours. Il a quand même été rejeté », lance-t-il sans être étonné par ce refus. L’Addi affirme que plusieurs militants ont voulu vérifier, voire empêcher, des bourrages d’urnes, notamment dans trois bureaux du nord du Togo. Des citoyens ont voulu faire de même, ce qui a parfois conduit à des affrontements. Plusieurs habitants de la ville de Samomoni sont actuellement en détention préventive à Dapaong à la suite des échauffourées lors des scrutins.

    … ET SATISFECIT DES OBSERVATEURS INTERNATIONAUX

    Le candidat indépendant Emmanuel Palanga, qui a fait campagne dans la région centrale de la Kozah et n’a pas obtenu de siège, dit également avoir constaté des bourrages d’urnes. Selon lui, des représentants de son mouvement qui étaient censés surveiller le scrutin le jour du vote ont été empêchés d’entrer dans une vingtaine de bureaux. « En plus, précise-t-il, les résultats officiels que nous a attribués la Commission électorale dénombre des voix en moins par rapport à nos propres compilations de procès-verbaux… Et cela sans compter les bureaux de vote dans lesquels nous n’avons pas pu rentrer. »

    La communauté internationale ne s’est pas prononcée, à l’exception des observateurs autorisés lors de ces élections (Cedeao, OIF, UA, CEN-SAD) pour qui ces élections se sont bien déroulées. Quelques observateurs nationaux comme le Collectif des associations contre l’impunité au Togo (Cacit) ont malgré tout soulevé plusieurs dysfonctionnements, dont des bourrages d’urnes. Selon lui, certaines tentatives de fraudes ont pu être réglées le jour de l’élection avec l’appui notamment des forces de l’ordre.

    Ces contestations auraient pu être l’occasion pour l’opposition togolaise de s’unir. Mais elle apparaît plus divisée que jamais. Pour le politologue Paul Amegakpo, « l’opposition a toujours eu du mal à être unie au Togo. Vers 2018, elle s’était certes rassemblée dans une coalition appelée “C14.” Mais cette coalition ne s’était pas rassemblée derrière l’opposant Tikpi Atchadam qui avait soulevé les foules pour réclamer la limitation du mandat présidentiel. La C14 a elle-même éclaté… Depuis lors, il y a une vraie crise de confiance chez les Togolais. »

    UNE OPPOSITION DIVISÉE

    Lors des dernières élections, les grands partis d’opposition n’ont pas formé de nouvelle coalition pour présenter des listes communes. Certains (comme le Parti des Togolais ou la Dynamique Monseigneur Kpodzro, DMK) avaient même appelé à boycotter le scrutin.

    Cette désunion s’est poursuivie après les élections. Certains opposants (Jean-Pierre Fabre, de l’ANC, et Paul Apevon, des FDR) ont ainsi refusé de siéger à leurs postes de députés dans la nouvelle Assemblée nationale pour protester contre le nouveau régime, contrairement à trois autres opposants élus (Brigitte Adjamagbo-Johnson de la DMP, Tchabouré Gogué et Wonyra Kossivi d’Addi), qui ont affirmé siéger sous l’ancienne Constitution, arguant avoir été élus sous celle-ci.

    C’est dans ce contexte que des membres de la société civile engagée politiquement ont pris le relais en formant avec quelques opposants le front « Touche pas à ma Constitution » et en organisant des meetings – dont le dernier a eu lieu le 30 juin. Le 10 juin, avec quelques universitaires, la société civile a même présenté un nouveau « contrat citoyen » ouvert à tous. Ce texte participatif propose à chacun d’apporter sa contribution pour donner des idées sur le futur de la nation togolaise.

    BIOMÉTRIE ÉLECTORALE : UNE ENTREPRISE BELGE EN QUESTION

    Pour toutes ces élections, le Togo, comme bon nombre d’autres pays africains, utilise un système de biométrie. L’entreprise belge Zetes est implantée depuis plus de dix ans au Togo et appuie techniquement la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) au recensement électoral biométrique permettant d’établir les listes électorales. Ce recensement biométrique avec prise d’empreintes a quelques limites. Car s’il permet théoriquement d’éviter des doublons ou l’inscription de personnes décédées, certains Togolais s’inscrivent sans pièce d’identité.

    « S’inscrire sans pièce d’identité est légal1, car beaucoup de personnes au Togo n’ont pas eu l’opportunité de faire des papiers et ce n’est pas pour autant qu’ils ne devraient pas voter, explique Togbui Dagba, chef traditionnel du quartier de Bè, à Lomé. Donc, quand ce cas se présente, c’est un chef traditionnel ou un notable qui atteste de l’identité et de l’âge de la personne lors du recensement électoral. Cependant, j’ai vu une jeune fille qui habite Lomé qui avait une carte d’électeur mais dont le village natal est au Ghana. Comment peut-on être certain avec ce système qu’on ne fait pas voter des étrangers ou des mineurs… ? » s’interroge-t-il.

    Au-delà de cette difficulté, la société Zetes a fait l’objet d’une plainte déposée à Bruxelles, après la présidentielle de 2015, par l’Alliance nationale pour le changement (ANC) de l’opposant Jean-Pierre Fabre (arrivé deuxième) pour « faux en informatique et usage de faux » et « fraude informatique ». Cette plainte stipule entre autres que dans le fichier électoral « 3 321 doublons ont été découverts sur 57 457 électeurs analysés. […] Il existe également des duplicatas du numéro d’électeurs, soit un total de 29 775 cartes portant les mêmes numéros pour des électeurs différents. » En 2017, la procédure s’est soldée par un non-lieu en l’absence de preuves suffisantes. Contactée par Afrique XXI, Zetes n’a pas souhaité faire de commentaire.

    Source : afriquexxi.info

  • Au Togo, l’assassinat de Tavio Amorin est plus qu’un drame national

    Au Togo, l’assassinat de Tavio Amorin est plus qu’un drame national

    « Je préfère leur histoire plutôt que leur éloge; car on ne doit aux morts que ce qui est utile aux vivants: la vérité et la justice. » Condorcet

    L’assassinat de Tavio Amorin est plus qu’un drame national. C’est une perte inestimable pour une jeune nation comme le Togo qui a plus que besoin du talent et de l’engagement de ses fils. Des plus doués surtout. Pour ces compagnons et pour ceux qui l’ont approché, Tavio était tout simplement né pour conduire et indiquer la voie.

    En effet, il y a 32 ans jour pour jour, la nation entière s’était réveillée sous l’onde de choc que les médias et le bouche-à-oreille ont entraînée dès l’annonce du lâche et cruel attentat au fusil mitrailleur qui a fauché ce compagnon. Ce fut un acte de haute barbarie commandité par les ennemis du peuple togolais, les assassins de la liberté : Eyadéma et ses partisans. Quoiqu’il en soit, les mains qui ont exécuté ce jeune homme d’une stature exceptionnelle, sont connues : Boukpessi et Karéwé. Le peuple togolais attend le jour de vérité et de justice. En ces jours de souvenir, le MO5 qui doit son appellation compacte et sonnante à l’intelligence et à l’esprit inventif de ce co-fondateur regretté, invite la nation toute entière à prier avec ferveur pour le repos de son âme.

    Le MO5 renouvelle ses hommages à l’illustre compagnon et propose aux lecteurs cette biographie intitulée TAVIO, COMME UN MÉTÉORE, publiée il y a 32 ans par un journaliste togolais de talent: Léopold Ayivi qui périra, lui-même, ironie du sort, sous les balles meurtrières des tueurs à gage d’Eyadéma Gnassingbé et clan.

    « Tavio est né en 1958, année où la lutte pour l’indépendance battait son plein. Son père Carlos Amorin, à l’époque agent de l’UAC, était engagé dans cette lutte aux côtés de Sylvanus Olympio et d’autres comme Firmin Abalo, Michel Folly… De sa mère, Adolé née Goeh-Akué, commercante de naissance, mais anciennement caissière à la BCEAO, Tavio était le premier garçon et le dernier enfant après ses trois sœurs: Sophie, Henriane et Chantal.

    Tavio a passé son enfance à Anagokomé dans la maison familiale, maison Amorin, sise Avenue Thiers à l’époque. C’était une grande maison qui, pendant les grandes vacances, arrivait à rassembler une cinquantaine d’enfants. Ce cadre lui a permis de développer l’esprit d’équipe et de cultiver la tolérance. Il fit ses premières années scolaires à l’école catholique de Kokétimé. C’était en 1964 où il était admis à la garderie. Il suivit le cours normal jusqu’au CM2 où il obtient son CEPE avec mention très bien, en 1970, date à laquelle il entame ses études secondaires au collège Saint Joseph.

    Un très bon élève

    Tavio était un très bon élève, toujours classé parmi les premiers. Il était le potache qu’on aimait bien. Sauf qu’il écrivait comme un … crabe. Et il a gardé cette calligraphie extrêmement nerveuse, jusqu’à l’âge adulte. Le football était son violon d’Ingres. Cela a failli déjà lui coûter la vie. C’était en 1969 à Kokétimé, où il avait été élève quelques années auparavant. La partie était âpre, comme on savait en livrer à cet âge-là. Sur une balle aérienne, deux têtes entrent en collision. Celle de Tavio, sans doute plus fragile, se mit à enfler à vue d’œil. On appela un médecin à son chevet : ce médecin était un certain Dr Marc Atidépé.

    Depuis qu’il est rentré d’exil, tous les samedis après-midi, il retournait à l’école catholique de Kokétimé revivre l’ambiance de son enfance. Son autre grande passion était les bandes dessinées. Il lisait tout le temps Akim, Blek le Rock, Nevada, Capitaine Swimg, Piscou, et suivait Tintin et Milou dans toutes leurs pérégrinations. Même devenu homme politique, il ne dédaigne pas emprunter les BD de ses neveux. Ce fils unique, seul garçon parmi trois filles, n’avait pas été choyé par sa mère. Son éducation fut tout à fait spartiate, comme la petite bourgeoisie de l’époque savait en donner à ses rejetons. S’il arrivait à Tavio de se rendre coupable de quelques menus méfaits, il recevait fessées et gifles comme tout le monde : Sa maman l’obligeait à laver lui-même son linge. Et s’il refusait d’obtempérer, il était tout simplement privé du prochain repas. Après son baccalauréat au collège Saint Joseph en 1977, (mention bien), il part en France, à Poitiers. Deux ans après, il monte à Paris, disant qu’il en avait ras-le-bol de la province, de Poitiers et de ses maths-physiques. Il reste donc à Paris où il étudie l’informatique et l’organisation. Plusieurs stages dont un chez Matra, la grande firme française, l’aide à affûter ses armes. Il savait se « débrouiller » comme on dit. Il est inventif et imaginatif. Témoin, cette histoire dont les téléspectateurs français se souviennent pour l’avoir apprise sur FR3, l’une des chaînes françaises. Pour arrondir ses fins de mois, un étudiant togolais du nom de Tavio Amorin avait monté une petite affaire tout à fait surprenante de simplicité et d’originalité : il avait passé une annonce, s’était constitué un fichier. Les clients l’appelaient pour lui communiquer l’heure à laquelle ils voudraient avoir leurs croissants pour le petit déjeuner. Tavio passait alors commande au boulanger, livrait les croissants, et palpait à son tour la galette sous forme de ristournes et de pourboires. Cette initiative lui a valu les honneurs de la troisième chaîne française dans une émission de jeunes. Il travaille ensuite chez des importateurs de produits tropicaux en qualité de responsable des achats. Quand il décide de revenir en Afrique, c’est par cette filière qu’il est envoyé à Abidjan.

    Il n’aurait pas pu rentrer au Togo pour des raisons politiques. Venu en vacances au Togo en 1980, et eu égards à ses liens familiaux avec Francisco Lawson, lui-même en exil, il a eu maille à partir avec un officier supérieur de l’armée en poste à Kara, qui avait proféré des menaces à son endroit : «où que tu sois, on te retrouvera». A la suite de cet incident, il n’a plus remis pieds au Togo jusqu’à la proclamation de la loi d’amnistie en 1991. Entre temps, il obtient en France le statut de réfugié politique, mais n’a jamais pris la nationalité française, contrairement à ce que beaucoup croient.

    Admirateur de Nkrumah

    Pour son âge, il avait une culture politique tout à fait remarquable. C’est qu’il ne faisait jamais les choses à moitié. Bien que n’ayant pas fait des études de droit, il s’est intéressé à la chose juridique, et à la chose politique. Sa formation politique est à la foi livresque et reçue « sur le tas » avec les jeunesses du parti communiste français, puis avec les jeunesses du parti socialiste français, tendance Jean-Pierre Chevènement. Grand admirateur de Kwame Nkrumah, de George Padmore, de Marcus Garvey et de toutes les grandes figures du mouvement panafricaniste, Tavio considérait que la plus grave offense qui ait été commise à l’égard de l’Afrique, ce fut la balkanisation du continent. D’où son admiration sans borne pour ceux qui à ses yeux apparaissent comme les pionniers de l’unité africaine. Entre le père et le fils, les rapports étaient ceux qui pouvaient exister entre deux êtres qui s’estimaient mutuellement et se comprenaient à demi-mot. Et si l’éducation spartiate dont il avait été question plus haut ne permettait pas entre le père et le fils une familiarité trop grande, Tavio à force d’être resté constamment dans le sillage de son père, d’humer et de s’imprégner de son parfum, a fini par s’identifier totalement à ce patriote courageux et généreux.

    A l’endroit de sa mère, Tavio nourrissait une véritable vénération. La mère et le fils étaient pourtant bien si loin de s’entendre parfaitement sur tous les sujets. Maman Tavio n’aimait pas le goût prononcé que manifestait son fils pour la politique. Elle ne ratait aucune occasion pour le lui faire comprendre. Elle revendiquait son droit d’attendre de son fils qu’il entame une carrière véritable, fonde un foyer et fasse « plein de petits ». Mais pour le fils, la politique était au-dessus de tout et passait avant tout. La maman, dès le début du renouveau démocratique et vu la part prise par son fils aux travaux de la conférence nationale souveraine, avait très peur pour lui. Elle était convaincue que la politique était un jeu dangereux et que Tavio ne devait pas se mêler de tout cela. Malheureusement pour le fils, le sort en était jeté, le destin s’était mis en branle. L’enfant était happé par le flot impétueux des courants irrésistibles qui conduisaient le Togo vers la démocratie. Tavio était de tout son être, de toute son âme, plongé dans la fièvre démocratique qui a fini par le consumer.

    Prémonition

    Mercredi, la veille de l’attentat qui devait l’emporter, il rendait visite à sa mère. Il revenait lundi d’une mission à Damas (Syrie) et c’était la première fois depuis son retour de mission, que la mère revoyait son enfant. Elle le fixa longuement. La soudaine intensité du regard maternel ne manqua pas d’intriguer le fils qui fit remarquer : «Mais tu me regardes tout le temps! (…) Ça me fait de la peine parce qu’un beau jour on va m’assassiner. Et ta douleur… Non je n’ose pas penser à ce que sera ta douleur. » Le lendemain, la prophétie se réalisait. Tavio tombait sous les balles de son assassin.

    La maman avait beaucoup souffert moralement des dangers et des risques énormes de la vie qu’avait choisie de vivre son fils. Après le 3 décembre 1991, Tavio s’était exilé à Cotonou. Il revint à Lomé pour une réunion du Haut Conseil de la République. Sa mère le voyant arrivé à la maison, manqua de tomber dans les pommes. Ce fut un grand choc pour elle. Elle avait été soulagée de le voir partir pour l’exil. Et voilà Tavio qui revenait… Depuis qu’il est rentré au Togo, il ne s’était jamais protégé. Il n’avait même pas de gilet pare-balles. Il n’avait pas d’arme. Il disait : « Même si je prenais des gardes du corps, si cela devait arriver, ce sont ces mêmes gardes qui vont me tirer dessus». Mais quand il était rentré du voyage lundi, il était un peu plus corpulent que d’habitude. Il portait un gilet pare-balles : «Voilà, ditil ce que j’ai ramené pour me protéger». Il avait donc son gilet lundi. Mardi également. Mercredi, il ne l’avait pas porté. Jeudi non plus. Et c’est précisément ce jour que les balles l’ont fauché ».

    Tino Agbélenko Doglo, MO5

  • Kangni Afanou : « Sur la CEDEAO, on savait presqu’il ne fallait pas en attendre grand-chose »

    Kangni Afanou : « Sur la CEDEAO, on savait presqu’il ne fallait pas en attendre grand-chose »

    L’image de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’ouest est sérieusement écornée parce qu’elle donne l’impression de s’occuper des intérêts des chefs d’Etat que de faire la promotion de la démocratie, garante du développement économique. Malheureusement son Parlement aussi semble s’inscrire dans la même logique, au grand dam d’André Kangni Afanou, juriste, président du Centre de formation et de documentation sur les droits de l’Homme (CDFDH-Togo) et directeur du Bureau Afrique du Centre pour les droits civils et politiques ( CCPR – Centre ), une organisation non gouvernementale basée en Suisse.

    Lire ci-dessous son commentaire.

    « Sur la CEDEAO, on savait presqu’il ne fallait pas attendre grand-chose des Chefs d’Etat et de gouvernement ou de la Commission de la CEDEAO. On commençait à penser que quelque que chose de bon pourrait venir du Parlement.

    Mais alors, que penser de cette prise de position du Bureau du Parlement de la CEDEAO ? Les membres du Bureau auraient-ils vraiment peur de “se faire gronder” par les Chef d’Etat ?

    A cette allure, ne risque-t-on pas de nous annoncer dans les jours à venir que le parlement serait dépouillé de ses prérogatives et que les députés devraient soumettre leurs déclarations à leurs gouvernements pour approbation avant de les présenter ?

    Devant qui les députés sont-ils vraiment redevables ? Les Chefs d’Etat ou les peuples ?

    Inéluctablement, nous sommes à croisée des chemins. Soit la CEDEAO entame se donne le courage de se réformer pour répondre aux aspirations des peuples, soit elle reste dans une posture conservatrice et alors, elle creuserait le fossé avec les citoyens et risque de courir vers sa perte.

    L’histoire s’écrit sous nos yeux. A chacun d’assumer ses choix.

    Que Dieu nous aide ».

    André Kangni Afanou

Radio Renouveau228

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