Étiquette : 5è république

  • Au Togo, le trompe-l’œil de la nouvelle Constitution

    Au Togo, le trompe-l’œil de la nouvelle Constitution

    Analyse · Un an après son entrée en vigueur, la réforme constitutionnelle instaurant un régime parlementaire et créant le poste de président du Conseil, confié à Faure Gnassingbé, est toujours contestée par l’opposition et la société civile. Pour l’heure, elle n’a fait que conforter le régime dans sa toute-puissance.

    Dapaong, capitale de la région des Savanes, samedi 13 juin 2026. Des centaines de personnes convergent vers l’esplanade du gouvernorat, malgré l’état d’urgence sécuritaire en vigueur depuis quatre ans. À l’appel de Together, une association présentée comme proche du parti au pouvoir, l’Union pour la République (Unir), elles sont venues manifester leur soutien au président du Conseil et ancien président de la République, Faure Gnassingbé, et aux nouvelles institutions issues de la Ve République. Une démonstration de force qui contraste avec la mésaventure subie, quelques mois plus tôt, par une figure de l’opposition.

    Brigitte Kafui Adjamagbo Johnson, députée de la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), avait alors été escortée hors de la ville par des forces de sécurité, alors qu’elle se trouvait dans la région dans le cadre d’une tournée parlementaire destinée à rencontrer les populations et à visiter plusieurs chantiers d’infrastructures à l’abandon. Comme d’habitude, les autorités avaient justifié cette mesure par des raisons de sécurité, invoquant l’activisme des groupes armés djihadistes. Si cet épisode ne permet pas à lui seul de tirer des conclusions sur l’état de la démocratie au Togo, il s’inscrit dans un contexte qui alimente les critiques de l’opposition et de plusieurs organisations de la société civile sur les conditions d’exercice de l’activité politique, deux ans après l’adoption de la réforme constitutionnelle, et un an après son entrée en vigueur.

    Le 25 mars 2024, l’Assemblée nationale adopte une nouvelle Constitution qui marque le passage du Togo à la Ve République et instaure le régime parlementaire. Promulguée le 6 mai 2024, ce vote bouleverse l’architecture institutionnelle du pays. Désormais, le président de la République n’est plus élu au suffrage universel direct, mais par les députés réunis en congrès. Son mandat est fixé à quatre ans, non renouvelable. Il devient le garant de l’unité de l’État avec des prérogatives essentiellement honorifiques. L’essentiel du pouvoir exécutif est transféré au président du Conseil. Issu de la majorité parlementaire, ce dernier dirige l’action du gouvernement et détermine la politique de la nation. Son mandat n’est soumis à aucune limitation.

    Une « manœuvre » pour perpétuer la dynastie Gnassingbé

    Présentée par le pouvoir comme une réforme destinée à renforcer les institutions, à favoriser la participation citoyenne et à assurer la protection des droits, la nouvelle Constitution a rapidement suscité une controverse sur les modalités de son adoption et ses conséquences politiques. Pour ses promoteurs, la réforme doit rééquilibrer les rapports entre les pouvoirs législatif et exécutif et permettre une plus grande stabilité gouvernementale. Interrogé sur TV5 Monde le 17 avril 2024, Gilbert Bawara, membre du parti au pouvoir, s’était montré optimiste : « Nous avons la conviction que le nouveau régime politique va favoriser une gouvernance et une gestion beaucoup plus concertées. »

    À l’inverse, l’opposition y voyait une modification destinée à conforter le pouvoir en place. « Nous avons compris que c’est une manœuvre qui a été orchestrée pour permettre la perpétuation d’un système qui régente le Togo depuis cinquante-sept ans »1, avait rétorqué David Dosseh, porte-parole du Front citoyen Togo Debout, une organisation de la société civile. De fait, la nouvelle Constitution a permis à Faure Gnassingbé de s’éterniser au pouvoir : après avoir dirigé le pays en tant que président de la République pendant vingt ans (2005-2025), il a été désigné à la tête du Conseil en mai 2025.

    Deux jours après l’adoption de la nouvelle réforme par les députés, une trentaine de partis politiques de l’opposition et plusieurs organisations de la société civile avaient tenté d’organiser une conférence de presse au siège de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), à Lomé, afin de dénoncer cette manœuvre. La rencontre avait été interrompue par les forces de sécurité, les autorités invoquant l’absence d’autorisation.

    Dans son rapport de 2024, l’ONG Amnesty International indique qu’au moins trois conférences de presse et réunions rassemblant des partis politiques et des organisations de la société civile opposées à la réforme ont été interdites à Lomé et à Tsévié cette année-là. Les personnes présentes avaient été dispersées par les forces de l’ordre. Amnesty ajoute que le ministère de l’Administration territoriale a en outre interdit trois manifestations prévues les 11, 12 et 13 avril pour protester contre les réformes. Encore une fois, les autorités avaient invoqué des considérations liées au maintien de l’ordre public.

    Un déséquilibre accru

    Pour Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, ces événements illustrent les conséquences politiques de la réforme. « Ce changement inconstitutionnel selon les juges de la Cour de justice de la Cedeao [Communauté économiques des États de l’Afrique de l’Ouest, NDLR]2 a abîmé l’embryon de la démocratie dont les bases avaient été jetées par la Constitution de 1992 », affirme-t-elle. Pour l’opposante, le changement de Constitution a encore davantage restreint l’espace politique et institutionnel.

    Le politologue El Hadj Madi Djabakaté, essayiste et président honoraire du Centre pour la gouvernance démocratique et la prévention des crises (CGDPC), un think tank, partage le constat d’un déséquilibre accru, tout en le replaçant dans une perspective institutionnelle. « La réforme n’a pas créé un nouveau rapport de force. Elle a constitutionnalisé la concentration du pouvoir en réduisant les mécanismes de contrôle démocratique et d’alternance », analyse-t-il.

    Depuis son boycott des élections législatives de décembre 2018, l’opposition a progressivement perdu du terrain. Aux municipales de juin 2019, l’Unir, de Faure Gnassingbé, a recueilli plus de 60 % des suffrages. Les législatives d’avril 2024 n’ont laissé qu’une représentation marginale aux principaux partis d’opposition (5 sièges sur 113). Les municipales de 2025 ont confirmé cette tendance : l’Unir a remporté 1 150 des 1 527 sièges de conseillers municipaux, soit environ 75 % des sièges. Ces scores ne sont toutefois pas le résultat de la réforme constitutionnelle. Ils prolongent une érosion électorale et des divisions internes amorcées plusieurs années auparavant.

    À cette faiblesse électorale s’ajoutent des divisions qui ont progressivement fragmenté l’opposition. La crise autour de la C14 (une coalition de 14 partis politiques de l’opposition créée en 2017) puis les divergences sur la participation aux élections ou le boycott ont profondément affecté sa capacité à présenter un front commun.

    « Ce n’est pas gai, c’est difficile »

    Le rétrécissement de l’espace politique ne concerne pas uniquement les partis d’opposition. Les organisations de la société civile sont elles aussi confrontées à des restrictions croissantes. En juillet et août 2025, Novation internationale, une organisation de défense des droits humains, a tenté à trois reprises d’organiser des activités destinées à « rendre hommage aux victimes de la manifestation du 6 juin 20253 et lancer un appel à la cohésion nationale et au respect de la vie humaine ». Toutes ont été empêchées.

    Le gouvernement a justifié ces interdictions par le contexte politique tendu, notamment le contentieux postélectoral des municipales de juillet. « Le climat actuel ne permet pas d’organiser en toute sécurité un rassemblement de cette nature », avait alors expliqué le ministre de l’Administration territoriale. Pour les organisations de la société civile, ces interdictions témoignent du rétrécissement de l’espace civique. Une situation que résume Rodrigue Ahégo, journaliste et coordinateur national du mouvement pro-démocratie Tournons La Page-Togo (TLP-Togo) : « J’ai plusieurs fois été menacé et intimidé. J’avais déjà été arrêté en septembre 2024. Craignant pour ma sécurité, j’ai été obligé de quitter le Togo. Ce n’est pas gai, c’est difficile », témoigne-t-il.

    Les médias ne sont pas non plus épargnés. Le 6 juin 2025, Flore Monteau, correspondante de TV5 Monde à Lomé, a été interpellée alors qu’elle couvrait une manifestation contre le régime. Son matériel a été confisqué et, selon son témoignage, elle a été conduite dans un commissariat où elle a été contrainte de supprimer ses images. Deux mois auparavant, le 8 avril, à Tsévié, le journaliste Albert Agbéko avait lui aussi été arrêté puis contraint par la police à supprimer les images prises alors qu’il couvrait le recensement électoral. L’un des journalistes les plus combatifs, Ferdinand Ayité, a été contraint à l’exil en 2023.

    Une asymétrie institutionnalisée

    Au-delà de la liberté de presse, c’est la capacité de la société civile à faire vivre la contradiction qui se trouve mise à rude épreuve. Avoir plusieurs partis suffit-il à prétendre au pluralisme politique ? Pour El Hadj Madi Djabakaté, « le pluralisme politique ne se mesure pas seulement au nombre de partis politiques, mais à leur capacité réelle à concourir au pouvoir dans des conditions équitables ». Or, poursuit-il, « l’asymétrie des ressources entre majorité et opposition, les restrictions des libertés publiques et l’accès inégal aux médias fragilisent cette compétition ».

    En l’absence d’institutions perçues comme impartiales et de garanties effectives des libertés, conclut-il, « le pluralisme demeure davantage formel que le socle d’une alternance politique crédible ».

    Un constat qui ramène au cœur de la question posée par la nouvelle Constitution : au- delà de l’architecture institutionnelle, la Ve République a-t-elle créé les conditions d’une compétition politique plus équitable ou a-t-elle au contraire institutionnalisé un rapport de force déjà largement favorable au pouvoir ? Une question rhétorique, un an après l’entrée en vigueur de la réforme.

    Source: https://afriquexxi.info

  • Togo : des OSC réclament des sanctions après l’arrêt de la CEDEAO

    Togo : des OSC réclament des sanctions après l’arrêt de la CEDEAO

    Des organisations de la société civile africaine et togolaise sollicitent l’intervention des instances régionales et internationales, tandis que le gouvernement togolais rejette les conclusions de la Cour de justice de la CEDEAO.

    Quarante-trois organisations de la société civile (OSC) d’Afrique, du Togo et de la diaspora ont adressé une lettre ouverte à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à l’Union africaine (UA) et aux Nations unies pour demander des mesures à l’encontre des autorités togolaises. Cette démarche intervient à la suite de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO relatif à la réforme constitutionnelle adoptée au Togo en mars 2024.

    Les signataires estiment que cette décision judiciaire constitue une étape importante dans l’interprétation des textes régionaux en matière de gouvernance démocratique. Ils s’appuient notamment sur l’arrêt n° ECW/CCJ/JUD/01/26, dans lequel la juridiction communautaire a jugé que la réforme constitutionnelle est contraire aux principes consacrés par la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG).

    Selon les organisations, la réforme, qui instaure un régime parlementaire avec un président du Conseil exerçant l’essentiel du pouvoir exécutif, constitue un « changement anticonstitutionnel de gouvernement ». Elles soutiennent également que son adoption par une Assemblée nationale dont le mandat était arrivé à son terme, sans recours à un référendum, soulève des interrogations sur sa légitimité.

    Des mesures réclamées aux organisations régionales

    Dans leur lettre, les 43 organisations invitent la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations unies à traduire les conclusions de la Cour en actions concrètes. Elles demandent notamment la suspension du Togo des instances de la CEDEAO, la suspension de ses droits de participation au sein de l’Union africaine, ainsi que l’ouverture de procédures devant les juridictions compétentes contre les personnes qu’elles estiment impliquées dans ce qu’elles qualifient de changement anticonstitutionnel de gouvernement.

    Le collectif plaide également pour le réexamen de certaines missions diplomatiques confiées aux autorités togolaises et pour la désignation d’un Rapporteur spécial des Nations unies chargé du suivi de la situation des droits humains et de la gouvernance au Togo.

    Au-delà du cas togolais, les organisations proposent une révision du Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance afin d’y inscrire explicitement une limitation à deux mandats pour tous les détenteurs du pouvoir exécutif dans les États membres. Selon elles, une telle réforme renforcerait les mécanismes régionaux de prévention des changements anticonstitutionnels de gouvernement et consoliderait les objectifs de la Vision 2050 de la CEDEAO.

    Le gouvernement togolais rejette les conclusions de la Cour

    Les autorités togolaises contestent pour leur part les conclusions de la Cour de justice de la CEDEAO. Dans une déclaration publiée à la fin du mois de juillet 2026, le gouvernement a rejeté l’arrêt rendu le 29 janvier 2026, dont le contenu a été rendu public en juin, estimant que la juridiction communautaire ne dispose d’aucune compétence pour exercer un contrôle de constitutionnalité sur les lois internes ou sur le pouvoir constituant d’un État.

    Lomé soutient que la réforme constitutionnelle de mars 2024 relève exclusivement de la souveraineté nationale et de l’ordre constitutionnel interne. Le gouvernement affirme également que cette réforme instaure un régime parlementaire et ne saurait être assimilée à un changement anticonstitutionnel de gouvernement ni à une violation des engagements régionaux.

    Ce débat intervient dans un contexte où les interprétations de la décision de la Cour continuent d’alimenter les échanges entre les autorités togolaises, les organisations de la société civile et les institutions régionales sur les questions de gouvernance démocratique et de respect des textes communautaires.

  • Ve République au Togo : le désaveu retentissant de la Cour de la CEDEAO

    Ve République au Togo : le désaveu retentissant de la Cour de la CEDEAO

    La Cour de justice de la CEDEAO inflige un sérieux revers juridique à la Ve République togolaise en jugeant anticonstitutionnelle la réforme constitutionnelle de 2024.

    La réforme constitutionnelle ayant instauré la Ve République au Togo vient de subir un sérieux revers sur le plan juridique régional. Dans un arrêt rendu public cette semaine, la Cour de justice de la CEDEAO a estimé que la révision constitutionnelle de mars 2024 constitue un « changement de gouvernement inconstitutionnel », au regard de l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.

    Saisie par des partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile, la juridiction communautaire reproche notamment à cette réforme d’avoir été adoptée par une Assemblée nationale dont le mandat était arrivé à expiration, tout en modifiant profondément l’architecture institutionnelle du pays. La réforme a supprimé l’élection du président de la République au suffrage universel direct et instauré un régime parlementaire, avec un Président du Conseil détenant l’essentiel du pouvoir exécutif.

    Cette décision conforte les critiques formulées depuis deux ans par une partie de la classe politique et de la société civile, qui dénonçaient une réforme destinée à maintenir le pouvoir en place sous une nouvelle configuration institutionnelle. Pour l’opposition, il s’agit d’un désaveu politique, juridique et moral du processus ayant conduit à la Ve République.

    Toutefois, la portée de l’arrêt demeure limitée. La Cour n’a ni annulé la Constitution de la Ve République ni prononcé de sanctions contre l’État togolais. Elle s’est plutôt contentée d’ordonner aux autorités de veiller à ce que toute future réforme constitutionnelle respecte les engagements internationaux du pays et les principes démocratiques.

    Reste désormais une question essentielle : quelle sera la réaction des autorités togolaises face à cette décision ? Si l’arrêt de la Cour de la CEDEAO constitue un précédent majeur dans le débat sur la gouvernance au Togo, son impact dépendra surtout de la volonté politique de tirer les conséquences de ce jugement.

  • 5è République, même pouvoir

    5è République, même pouvoir

    Un an après l’entrée officielle du Togo dans la 5è République, le paysage politique national semble avoir changé de forme sans véritablement changer de fond. Derrière les nouvelles institutions et les discours sur la modernisation de l’État, beaucoup d’observateurs estiment que le pouvoir de Faure Gnassingbé sort davantage consolidé de cette réforme constitutionnelle controversée.

    Le 3 mai 2025 restera une date symbolique dans l’histoire politique togolaise. Ce jour-là, dans une atmosphère solennelle soigneusement orchestrée à Lomé, les autorités célébraient officiellement le basculement du pays vers un régime parlementaire. Diplomates, responsables administratifs, chefs traditionnels et membres du gouvernement étaient réunis pour assister à la cérémonie retransmise sur les médias publics. Au centre de toutes les attentions, Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005 après la mort de son père, le général Gnassingbé Eyadéma.

    Présentée par les autorités comme une avancée démocratique majeure, la réforme constitutionnelle adoptée en 2024 a profondément modifié l’architecture institutionnelle du pays. Le président de la République n’est désormais plus élu au suffrage universel direct, mais désigné par le Parlement réuni en congrès. Dans le même temps, un nouveau poste stratégique a été créé : celui de président du Conseil des ministres, fonction attribuée au chef du parti majoritaire et détenteur de l’essentiel du pouvoir exécutif.

    Pour les partisans du régime, cette évolution rapproche le Togo des grandes démocraties parlementaires et permet une meilleure stabilité institutionnelle. Le gouvernement défend une réforme pensée pour éviter les crises politiques répétitives et renforcer l’efficacité de l’action publique. Les autorités mettent également en avant la continuité des projets économiques et des grands chantiers d’infrastructures engagés ces dernières années.

    Mais dans les rangs de l’opposition et de la société civile, le discours est tout autre. Beaucoup dénoncent une réforme taillée sur mesure pour permettre à Faure Gnassingbé de conserver durablement les rênes du pouvoir, sans être soumis aux contraintes de la limitation des mandats présidentiels. Selon plusieurs critiques, la 5è République togolaise apparaît davantage comme une reconfiguration politique que comme une véritable alternance institutionnelle.

    L’opposition, déjà fragilisée depuis plusieurs années, peine à mobiliser autour de cette question. Divisée entre plusieurs formations et confrontée à des difficultés d’organisation, elle n’a pas réussi à empêcher l’adoption de la nouvelle Constitution. Les manifestations organisées dans certaines villes du pays ont mobilisé sans atteindre l’ampleur des grandes contestations populaires observées entre 2017 et 2018.

    Dans les rues de Lomé, Sokodé ou Kara, les préoccupations quotidiennes semblent d’ailleurs dépasser le débat institutionnel. Pour une grande partie de la population, la priorité reste le coût de la vie, l’accès à l’emploi et l’amélioration des conditions sociales. La hausse régulière des prix des produits de première nécessité, les difficultés d’insertion des jeunes diplômés et les tensions économiques liées au contexte international alimentent un sentiment de lassitude.

    Si certains citoyens reconnaissent les efforts réalisés dans les infrastructures routières, l’électrification ou la digitalisation des services administratifs, beaucoup disent attendre davantage de retombées concrètes sur leur quotidien. « Les institutions changent, mais nos problèmes restent les mêmes », confie un commerçant rencontré dans un marché de la capitale.

    Sur le plan sécuritaire, le pouvoir continue également de mettre en avant la nécessité de préserver la stabilité du pays dans une sous-région marquée par les coups d’État et la menace terroriste au Sahel. Le nord du Togo reste sous vigilance renforcée face aux incursions de groupes armés. Pour les autorités, la stabilité politique constitue un impératif stratégique dans ce contexte régional tendu.

    Cette argumentation trouve un certain écho auprès d’une partie de la population, attachée à la paix sociale dans un environnement ouest-africain instable. Cependant, des voix critiques estiment que l’argument sécuritaire est parfois utilisé pour réduire l’espace de contestation politique et justifier un contrôle accru de la vie publique.

    Au niveau international, les réactions à la réforme togolaise sont restées relativement mesurées. Si certaines organisations de défense des droits humains ont exprimé leurs inquiétudes sur l’avenir démocratique du pays, les partenaires étrangers privilégient souvent la stabilité et la coopération sécuritaire dans leurs relations avec Lomé.

    Un an après la naissance officielle de la 5è République, le Togo donne ainsi l’image d’un pays politiquement verrouillé mais relativement stable. Faure Gnassingbé, discret mais omniprésent, continue de dominer le jeu politique national après plus de deux décennies au sommet de l’État.

    Reste désormais une interrogation essentielle : cette nouvelle République permettra-t-elle réellement de répondre aux aspirations sociales et démocratiques des Togolais, ou ne sera-t-elle qu’un nouvel habillage institutionnel d’un pouvoir déjà solidement enraciné ? Pour de nombreux citoyens, le véritable changement ne se mesurera pas dans les textes constitutionnels, mais dans l’amélioration concrète des conditions de vie.

  • 𝐂𝐡𝐫𝐢𝐬𝐭𝐢𝐚𝐧 𝐓𝐫𝐢𝐦𝐮𝐚 : 𝐖𝐨𝐥𝐚𝐧𝐝 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐕𝐞 𝐑𝐞́𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 ?

    𝐂𝐡𝐫𝐢𝐬𝐭𝐢𝐚𝐧 𝐓𝐫𝐢𝐦𝐮𝐚 : 𝐖𝐨𝐥𝐚𝐧𝐝 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐕𝐞 𝐑𝐞́𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 ?

    La vérité peut-elle sortir de la bouche du diable ? Parfois, oui. Et c’est peut-être précisément ce qui rend l’article de M. Christian Trimua à la fois fascinant et troublant.

    En pleine dictature stalinienne, Mikhaïl Boulgakov a consacré plus de dix années à écrire son roman Le Maître et Marguerite (en anglais, The Master and Margarita). Dans cette œuvre, c’est le Diable, appelé Woland, qui révèle les corruptions morales et expose les lâchetés humaines de la société soviétique de l’époque.

    La vérité peut-elle sortir de la bouche du diable ? Parfois, oui. Et c’est peut-être précisément ce qui rend l’article de M. Christian Trimua à la fois fascinant et troublant. On a l’impression que Woland parle désormais à travers Christian Trimua, révélant l’anarchie qui règne en enfer depuis l’avènement de leur Ve République.

    L’article de Christian Trimua contient-il une critique réelle de la mécanique institutionnelle du système actuel ? Sans doute, oui : concentration du pouvoir autour du monarque – le Président du Conseil, neutralisation des contre-pouvoirs, désordre institutionnel. Sur ce point, nous ne pouvons pas réduire sa critique à une simple manœuvre politique. N’est-ce pas plutôt rare que ce régime reconnaisse lui-même ses propres incohérences et impasses? Si Woland ou l’un de ses serviteurs commence aujourd’hui à les conceptualiser, alors c’est déjà un aveu.

    Dans ma dernière vidéo, j’ai souligné que le véritable enjeu n’est pas de savoir qui parle –que ce soit Woland, un Iscariote ou un autre zélé du système –, mais ce qui est réellement dit. L’intention derrière l’article de M. Christian Trimua peut effectivement relever d’un stratagème politique. La lucidité demeure une règle d’or en politique, incontestablement. Mais sachons lire les aveux derrière les justifications. Pour ma part, les arguments avancés par l’auteur présentent des éléments suffisamment objectifs pour pouvoir être retournés contre le régime lui-même. Je ne peux m’empêcher de penser que son analyse offre une opportunité que l’opposition politique et le peuple togolais gagneraient à exploiter face aux prochaines manœuvres que prépare le régime, pour autant que celles-ci soient fondées.

    La méfiance et le soupçon – phénomènes certes fréquents dans les régimes autoritaires comme celui du Togo – ne doivent pas nous enfermer dans une simple déduction des intentions politiques, pendant que le Régime avance ses pions. Même lorsque Woland parle ou écrit, l’essentiel n’est pas seulement de deviner ses intentions, mais de comprendre ce que ses révélations dévoilent des contradictions internes du système.

    Finalement, même en enfer, il paraît qu’il faut parfois convoquer un juriste pour expliquer pourquoi les flammes montent. Mais ne comptons pas sur eux pour nous dire comment les éteindre. C’est précisément là que nous devons transformer ces longues flammes de l’enfer en énergie capable de galvaniser et de mobiliser le peuple Togolais qui attend sa délivrance.

    Dr Kossigan Cyrille Kokou-Kpolou

  • 𝐓𝐫𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐚𝐭𝐞𝐬, 𝐮𝐧 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐫𝐞́𝐯𝐞́𝐥𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫

    𝐓𝐫𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐚𝐭𝐞𝐬, 𝐮𝐧 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐫𝐞́𝐯𝐞́𝐥𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫

    La Constitution togolaise ne serait pas réellement parlementaire, mais organiserait la concentration du pouvoir autour d’un chef unique, au sein d’une continuité dynastique.

    𝐌𝐚𝐢 𝟐𝟎𝟐𝟒. 𝐌𝐚𝐢 𝟐𝟎𝟐𝟓. 𝐌𝐚𝐢 𝟐𝟎𝟐𝟔. 𝐓𝐫𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐚𝐭𝐞𝐬, 𝐮𝐧 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐫𝐞́𝐯𝐞́𝐥𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫

    La nouvelle Constitution du Togo, promulguée en mai 2024, est entrée en vigueur en mai 2025 avec la Vè République. Présentée comme un tournant institutionnel, elle prétend instaurer un régime parlementaire. Mais un an plus tard, les discours fissurent le vernis.

    En mai 2025, Mme Essossimna Marguerite Gnakadé, ancienne ministre des Armées, appelle publiquement à un nouveau départ sans Faure Gnassingbé. Une rupture assumée. Un désaveu sans ambiguïté.

    En mai 2026, Christian Eninam Trimua, juriste et ancien pilier du régime, publie une analyse académique troublante : la Constitution togolaise ne serait pas réellement parlementaire, mais organiserait la concentration du pouvoir autour d’un chef unique, au sein d’une continuité dynastique. Les contre-pouvoirs ? Encadrés, limités, neutralisés.

    Coïncidence des dates ? Peut-être. Mais convergence des diagnostics, certainement.

    Deux voix issues du système. L’une rompt ouvertement. L’autre démonte méthodiquement et conceptuellement les fondements du pouvoir du régime.

    Faut-il y voir les signes répétés d’une fissure interne ? Une prise de conscience progressive ?

    Quand ceux qui ont servi commencent à dire – ou à écrire – ce que beaucoup dénoncent, une question s’impose : le système peut-il encore se maintenir sans se révéler lui-même ?

    L’histoire, parfois, commence par des aveux différés.

    Dr Cyrille Kossigan Kokou-Kpolou

  • Le Togo s’enfonce dans la boue de la 5è République de la faim

    Le Togo s’enfonce dans la boue de la 5è République de la faim

    Incapable d’assurer la sécurité alimentaire aux Togolais, le régime se bat et obtient du Japon un don de riz, quelques semaines avant le sommet Ticad 2025, au lieu de préparer les projets de développement pour cette rencontre

    Le Togo s’enfonce dans la boue de la Ve République de la faim. Incapable d’assurer la sécurité alimentaire aux Togolais, le régime se bat et obtient du Japon un don de riz, quelques semaines avant le sommet Ticad 2025, au lieu de préparer les projets de développement pour cette rencontre.

    Conséquence directe, alors que les présidents des pays voisins reviennent de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique avec des contrats concrets, l’ex-chef d’Etat togolais, déjà servi en riz, rentre bredouille.

    A son retour de Yokohama, Faure Gnassingbé est accueilli avec l’annonce d’une grève du secteur bancaire qui démarre ce lundi (grève provisoirement suspendue, NDLR) pour protester contre le licenciement d’une quarantaine d’agents, alors que le coût de la vie crève le plafond et que les familles tirent déjà le diable par la queue.

    Les Togolais ont besoin d’un gouvernement sérieux qui se mette au travail et résolve les problèmes, ne fusse que ceux de la faim pour commencer.

    Pendant ce temps, même la composition d’une telle équipe est devenue une mission impossible depuis 3 mois, bien que le régime détienne 95,5% des députés. L’avidité de Faure Gnassingbé pour le pouvoir est devenue un poison qui affame le peuple et qui ronge les fondations de la République, dans un profond désordre politique. Tout s’écroule. Vraiment fascinant !

    Nathaniel Olympio

    Président du Parti des Togolais

Radio Renouveau228

Ceci fermera dans 0 secondes