Catégorie : International

  • Trump 2: retour au nombrilisme

    Trump 2: retour au nombrilisme

    Au tout début de son second mandat, le quarante-septième président des États-Unis semble découvrir que son pays n’est pas seul au monde, et profite autant des autres que les autres de l’Amérique. Sa politique d’intimidation semble vouée à l’échec.

    Retrait de l’Accord de Paris sur le climat, sortie de l’OMS et d’autres organes du système des Nations unies, visées sur le Groenland, le canal de Panama, et maintenant Gaza, vidée de ses habitants… En seulement deux semaines, Donald Trump, par ses annonces et décisions aussi intempestives que troublantes, a affolé les chancelleries et les places financières. Que laisse présager tout cela de son second mandat ?

    Sans doute beaucoup d’improvisations. Et, aussi, des reculs spectaculaires. Car, plus personne n’entend se laisser intimider par lui, désormais. Sur l’augmentation des droits de douane, le Canada et le Mexique l’ont déjà fait reculer. Et les mesures de rétorsions vigoureuses de la Chine sont et pèseront de leur poids. À terme, ce président perdra donc sa capacité d’intimidation, et sera démystifié par ceux qui le prenaient pour un Rambo conquérant. Il ne lui resterait plus alors que la tentation de la fuite en avant. Avec ce que cela comporte de risque pour l’équilibre d’un monde sommé de subir les sautes d’humeur d’un président des Etats-Unis élu par 77 millions de ses concitoyens, président dont le pouvoir dépasse les frontières de leur pays, et dont les décisions troublantes ont des implications, loin de chez eux.

    Comment pouvaient-ils imaginer tout ce dont est capable ce président ?

    Ils auraient dû savoir. Trump n’est pas un inconnu. Dans la multitude de témoignages qui lui sont consacrés, trois personnalités qui l’ont pratiqué et ne le détestaient pas toutes dressent de lui un portrait qui aurait dû intéresser davantage ceux qui, pour la seconde fois, viennent de l’imposer au monde. « Imposteur, charlatan, personnage autoglorifiant s’attribuant des succès qu’il ne mérite pas », disait de lui, dans les années 80, Ed Koch, maire de la ville de New York, à laquelle il avait extorqué, pour sa Trump Tower, quarante ans d’abattements fiscaux.

    Roy Cohn, avocat de cinq familles de la maffia new-yorkaise, qu’il avait choisi pour conseil en raison de sa capacité à intimider les autres, disait, bien avant janvier 2021, que Trump ne supportait pas de perdre. Enfin, Barbara Reiss, l’ingénieure qui a construit pour lui la Trump Tower, le décrivait comme un homme qu’il valait mieux ne pas avoir face à soi. « Il attaquait, disait-elle, il était vicieux, et aimait s’en prendre à deux sortes de personnes : les faibles – parce qu’il trouvait toujours leurs failles et les exploitait –, et ceux qui s’en prenaient à lui, et contre qui il se retournait, dès lors qu’il se sentait plus fort ».Sur lui, tout avait et été dit, tout était su. Nul ne découvre aujourd’hui, à la tête de la première puissance mondiale, un homme différent de celui qui confiait à la chroniqueuse mondaine Rona Barrett, dans les années 80, que s’il perdait tout, il ferait de la politique.

    Pour beaucoup, il demeure l’homme qui veut rendre sa grandeur à l’Amérique. Et ils le croient…

    Ces deux dernières semaines, il a plutôt été le révélateur des vulnérabilités de l’Amérique, qui a reculé devant les mesures de rétorsions brandies par le Canada et le Mexique. Tous savent, désormais, où frapper et comment parer à l’intimidation. À force d’indexer, dans ses monologues de campagne, certains pays comme des pique-assiette abusant de la générosité des Américains, il a oublié les milliers de milliards de dollars que tirent les USA du commerce avec les autres. Et il est tombé de haut, en apprenant les conséquences de la riposte des autres au mépris : renchérissement des importations en provenance de ces États, menaces sur les emplois dans les industries américaines exportant vers ces pays… Comme s’il découvrait, soudain, que les Américains ne sont pas seuls au monde.

    Justifier le report des tarifs douaniers visant le Canada et le Mexique par les efforts déployés sur leurs frontières est une supercherie, dont il ne pourra user indéfiniment pour différer son hasardeuse promesse de campagne. Il finira donc par reconnaître que les autres ne sont pas que des parasites. Mieux : qu’aucun peuple, sur terre, ne vend aux autres autant que les Américains. Sous toutes les latitudes, le reste du monde leur achète, à chaque seconde, des milliers de produits. En supplément à leurs mesures de rétorsion, les Chinois, du haut de leur culture millénaire, ont rappelé aux Américains que les guerres commerciales font rarement des vainqueurs. Dans le vacarme suicidaire de la tentation nombriliste, cette vérité d’intelligence méritait d’être dite et entendue.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 8 février 2025 sur RFI

  • Les convaincre tous ou plaire à quelques-uns

    Les convaincre tous ou plaire à quelques-uns

    Pour espérer inspirer durablement confiance à des peuples africains héréditairement dans le doute quant à sa sincérité, la France devrait, aux courages parcellaires, substituer une politique claire, qui ne varie pas au gré des rapports que le chef de l’État français peut entretenir avec tel ou tel de ses homologues africains. Une politique qui survive au temps et aux hommes.

    À son tour, Paul Biya s’est vu remettre, cette semaine, le rapport des chercheurs sur le rôle et l’engagement de la France contre les mouvements indépendantistes et d’opposition du Cameroun, de 1945 à 1971. Emmanuel Macron pourrait-il, avec cette quête historique qu’il a initiée, espérer se rallier les opinions africaines ?

    Cette initiative dénote un courage politique, qui aurait pu lui valoir, en effet, l’indulgence d’une Afrique scrupuleuse sur les crimes et violences de l’ère coloniale. Mais, certains héritiers politiques de Ruben Um Nyobe contestent à la France le droit d’initier un tel projet. Car, pour eux, elle est le bourreau. Au-delà des réserves de certains Camerounais, c’est Emmanuel Macron lui-même qui altère l’impact de son initiative. Comme avec l’Algérie, avec le Rwanda, ou même le massacre de Thiaroye. Chaque fois, sans recevoir en retour la gratitude espérée. Probablement parce que nul ne comprend pourquoi certains, et par exemple pas Madagascar, où l’on a chiffré à près de 90 000 morts la répression de la révolte de 1947. Les courages parcellaires n’ont jamais remplacé une politique. Alors qu’il s’achemine vers la fin de son second mandat, rien ne laisse espérer qu’Emmanuel Macron aura les moyens d’engager et de faire aboutir d’autres initiatives similaires, partout où la violence coloniale a laissé de vives rancœurs. Il s’est parfois contenté de faire plaisir à tel ou tel pouvoir, dans quelques pays, oubliant de marquer son temps avec une politique valable pour tous. Il peut donc difficilement espérer voir l’Histoire le retenir comme le président qui aura vidé les contentieux coloniaux de la France.

    Il ne manquait pourtant pas de volonté vis-à-vis de l’Afrique…

    Entre Emmanuel Macron et l’Afrique, ç’aura été un perpétuel malentendu. Avec, certes, quelques initiatives dont aucun de ses prédécesseurs n’avait eu le courage. Mais, par les insuffisances de sa méthode, lui-même anéantissait l’impact de ses mesures. Ainsi de la restitution des œuvres d’art pillées à certains peuples durant la colonisation, et dont quelques-uns attendent toujours leur part. Ainsi du démantèlement, de gré ou de force, des bases militaires. De la suppression du compte d’opération des banques centrales de la zone Franc auprès du Trésor français, et de bien d’autres mesures courageuses, inédites depuis la fin de la colonisation. Ces audaces éparses ne lui vaudront pas la sympathie des peuples africains, tant qu’elles ne seront pas scellées par une politique claire et durable.

    En somme, la France ne peut espérer la compréhension de la jeunesse africaine en traitant séparément la violence coloniale…

    Tous les cas particuliers s’inscrivaient dans une politique globale. D’ailleurs, certains acteurs coloniaux, pour avoir fait la preuve de leur brutalité dans une colonie, étaient souvent envoyés sévir dans d’autres. L’histoire des peuples africains est bien trop imbriquée pour espérer la traiter efficacement en… pièces détachées ! Savez-vous, par exemple, que l’officier français qui orchestra le coup d’État qui a coûté la vie à Sylvanus Olympio, en 1963 au Togo, était, auparavant, un acteur central de la répression des maquis de l’UPC au Cameroun ? Se rappelle-t-on que les soldats à l’origine de ce putsch sanglant revenaient d’Algérie, après les Accords d’Evian ? Sait-on seulement que la rancœur de ces soldats venait du refus de Sylvanus Olympio de les intégrer dans l’embryon d’armée du Togo, sous prétexte qu’ils étaient partis d’eux-mêmes s’enrôler volontairement dans l’armée française à Ouidah (au Bénin), pour combattre les Algériens qui se battaient alors pour leur indépendance, pendant que les Togolais, eux, luttaient pour leur propre indépendance ? Chaque peuple aspire à comprendre les conditions déterminantes dans lesquelles s’est noué son destin. L’enjeu, pour la France, est d’inspirer durablement confiance à des peuples héréditairement dans le doute, quant à sa sincérité. Cela suppose une politique qui ne varie pas au gré des circonstances et des rapports que le chef de l’État français peut entretenir avec tel ou tel de ses homologues. Bref, une politique qui survive au temps et aux hommes.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 1er février 2025 sur RFI

  • Trump: le triomphe du populisme

    Trump: le triomphe du populisme

    Les américains l’ont voulu. Ils l’ont fait. Donald Trump est à nouveau président. Je les envie en fait. Pourquoi ? Ils ont mis à la tête de leur pays celui qu’ils ont voulu. C’est la démocratie, elle est simple et commode.

    Au-delà, je considère que les américains ont une fois encore cédé aux lueurs du populisme. Aux mirages, doit-on dire.

    Pour moi en effet, Trump a la manie des positions politiques va-t-en-guerre. Sur différents sujets, Trump prend des positions qui émeuvent les américains. Déçus par la gouvernance Biden, mysogines ou gynesceptiques, ils ont pris le parti du populisme de Trump, sans se soucier de la pertinence ou de l’opérationnalité des positions de leur champion.

    Je considère en vérité que, au-delà de la liberté des américains de croire ou non aux propositions de Trump, certaines, sino’ toutes, de ces positions sont impertinentes. Démagogiques. Elles relèvent de l’arnaque politique et morale. N’est-ce pas que la fin justifie les moyens ? Que tout flatteur vit aux dépens de ceux qui l’écoutent ? C’est aussi vrai que qui vivra verra.

    Bonne chance aux américains.

    Kodjo Avuletey

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    10Félix Nahm et 9 autres personnes

  • Comment traiter avec Donald Trump

    Comment traiter avec Donald Trump

    Le président élu des États-Unis, si prompt à dénigrer certaines nations, sait néanmoins faire preuve de mesure, lorsque le poids économique des interlocuteurs s’impose à lui. L’Afrique, pour l’affronter, devra apprendre à exister véritablement dans l’économie mondiale.

    La messe est dite : les électeurs américains ont rouvert, ce 5 novembre, le Bureau ovale à Donald Trump. Un président qui ne s’est pas souvent distingué par la délicatesse des qualificatifs dont il use, pour parler de l’Afrique. Les Africains doivent-ils s’inquiéter de son retour prochain à la Maison Blanche ?

    Seuls les Américains savent ce qui est le mieux pour leur pays. Ils l’ont élu. Ils vont l’avoir. De par le monde, il en est qui s’en réjouissent, en effet. Mais il en est aussi qui s’apprêtent, résignés, à s’accommoder de la nouvelle donne à Washington, avec un dirigeant prévisible, pour le pire et le meilleur. Pour l’Afrique, cette élection n’aura aucune incidence déterminante. Pas plus avec lui qu’elle n’en aurait eu avec Kamala Harris présidente.

    Le président des Etats-Unis gouverne pour les intérêts de son pays et de son peuple. Quant aux réflexions désobligeantes de Donald Trump, si elles font mal, c’est parce que le chef d’un tel État ne devrait pas parler de la sorte des autres. Nombre d’autres dirigeants pensent comme lui, mais ne le disent pas. Ou alors, à l’abri des caméras et des micros. La question fondamentale n’est donc pas de savoir pourquoi certains pensent tant de mal des nations africaines et le chuchotent à huis clos, mais ce que doivent faire les Africains, pour inspirer un peu plus de respect.

    Que doivent donc faire les Africains, pour inspirer le respect ?

    Peut-être devraient-ils commencer par s’interroger sur la place de l’Afrique dans ce monde où l’on ne vous respecte que par rapport à ce que vous représentez et présentez comme intérêt. Où donc se pense, aujourd’hui, l’avenir de ce continent ? Quels leaders pour piloter une stratégie panafricaine dense, avec un chronogramme rigoureusement respecté ? Un continent sur lequel l’on fait silence, partout où il est question de perspectives et de stratégies planétaires, est un continent virtuellement perdu. Certes, quelques cercles de réflexion plus ou moins démunis analysent, ici et là, certains segments la vie des nations. Mais tout cela manque terriblement de moyens, de cohésion et de coordination. L’Afrique souffre d’un déficit chronique de dirigeants capables d’investir et de s’impliquer dans une réflexion d’avenir. Alors, chaque pays, chaque dirigeant s’agite dans ses limites géographiques étriquées, pour des résultats aussitôt compromis par l’incohérence de tel ou tel de ses voisins.

    Comme si le train du développement, à jamais, était bloqué. À quai. Encore pire que ce que déplorait, en 1962, le célèbre agronome René Dumont, dans son ouvrage au titre finalement pas si violent : « L’Afrique noire est mal partie »… Il lui faut se réinventer, pour espérer se hisser durablement dans l’estime des nations.

    Croyez-vous que cela suffira pour échapper aux propos désobligeants de certains ?

    Non. Mais, il faut, au préalable, ne plus prêter le flanc aux critiques faciles et parfois grossières. Ensuite, lorsque l’on scrute la prudence que met le même Trump à attaquer certains pays ou dirigeants, on comprend que certaines réalités lui imposent de la retenue. L’Afrique doit donc pouvoir peser véritablement dans l’économie mondiale pour compter. Avec toutes les ressources naturelles dont regorge son sous-sol, et tant de minerais que convoite la terre entière, elle ne peut persister à juste exporter les matières premières, sans même faire des réalisations, pour faire fructifier lesdites ressources.

    Si Donald Trump évite certains qualificatifs trop discourtois, lorsqu’il parle, par exemple, de la Chine, c’est parce qu’il ne peut se le permettre : les Chinois détiennent une part, certes décroissante, mais toujours appréciable des près de 35 000 milliards de dollars de dette américaine. Tout homme d’affaires lucide sait que l’on ne parle pas n’importe comment à ses créanciers ou à son banquier. L’équilibre de la terreur, autrefois soutenu par les armements stratégiques et la dissuasion nucléaire a, aujourd’hui, un pendant économique et financier tout aussi efficace : les finances, la puissance économique. Là où les Chinois, jadis indexés comme une bombe démographique à retardement, sont, de fait, devenus « actionnaires des États-Unis », l’Afrique doit-elle continuer à n’être qu’une spectatrice passive de son destin ?

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 9 novembre 2024

  • Aux Etats, Donald Trump de retour au pouvoir

    Aux Etats, Donald Trump de retour au pouvoir

    Donald Trump, le candidat républicain remporte l’élection présidentielle aux États-Unis face à la démocrate Kamala Harris. Il sera investi le 20 janvier prochain.

    Bien avant la certification des résultats dans chaque Etat, c’est l’ancien président qui l’emporte face à la vice-présidence. Le milliardaire signe ainsi son retour fracassant au pouvoir qu’il a quitté il plus de quatre ans.

    Selon  James Cohen, le chef des démocrates de l’étranger, les Democrats Abroad, « Ça va être désastreux pour la plupart des Américains, pour les femmes, pour les homosexuels, pour les minoritaires ».

    Et d’ajouter : « Ça va être désastreux pour le climat. Ça va être désastreux pour la France, pour l’Europe, pour les relations internationales. Ça va être catastrophique ! L’Amérique a choisi une catastrophe pure et simple ».

    Les partisans et soutiens de Trump, eux, jubilent.

  • Présomption d’incompétence…

    Présomption d’incompétence…

    Alors que tant d’hommes moyens, médiocres et parfois quelconques s’accrochent au pouvoir dans de nombreuses nations, la capacité des femmes à bien gouverner est toujours mis en doute, y compris dans certaines grandes démocraties…

    Dans l’évocation, ici, de l’élection présidentielle américaine, le candidat républicain Donald Trump est omniprésent, alors que sa challenger démocrate, Kamala Harris, peut bien l’emporter. Mieux, elle entrerait dans l’Histoire, en devenant, ainsi, la première femme présidente des États-Unis. Si nous parlions un peu d’elle ?

    Cette négligence relève des pièges qui guettent constamment le journaliste, enclin à accorder plus de place à ceux qui ne se tiennent pas comme il faut, contrairement aux plus sérieux. Il en est ainsi des États, des gouvernements, comme des dirigeants. Les cancres ont décidément le don de monopoliser l’attention, au détriment des meilleurs, qui mériteraient parfois d’être davantage mis en valeur, ne serait-ce que pour servir d’exemples, sinon de modèles à tous.

    Si elle l’emportait, Kamala Harris deviendrait non seulement la première femme à occuper le Bureau ovale, mais aussi la première femme noire et la première femme d’ascendance asiatique. Puisque sa mère Shyamala Gopalan était Indienne, et que son père Donald Harris était un Noir de Jamaïque. Elle assume d’autant plus librement ses racines africaines que même sa mère indienne a élevé Kamala et sa sœur Maya dans cet esprit.

    Shyamala et Donald étudiaient dans une des plus prestigieuses universités des États-Unis, à Berkeley, mais c’est dans les cercles artistiques et intellectuels noirs où se pensait la lutte pour les droits civiques qu’ils se sont connus. Comme au célèbre Rainbow Sign, où Kamala Harris, comme d’autres enfants d’activistes, croisait alors une multitude de célébrités : l’écrivain James Baldwin ; l’immense pianiste, compositrice et chanteuse Nina Simone ; la compositrice Odetta ; ou encore Shirley Chisholm, première femme candidate dans des primaires démocrates. 

    Trump a dit qu’il ne savait pas trop si elle était noire ou indienne

    Avec un père économiste, qui enseignait à Stanford, et une mère médecin, biologiste, oncologue, qui a enseigné entre Berkeley et McGill, au Canada, Kamala Harris aurait pu étudier dans n’importe quelle bonne université. Mais, à 18 ans, c’est à Howard, une des plus célèbres universités noires des États-Unis qu’elle a choisi d’entrer. Choix politique, identitaire, sans ambiguïté. Et il faut les avoir rencontrés, pour comprendre à quel point les étudiants de Howard étaient fiers de fréquenter cette université, qui a formé, entre autres, Toni Morrison, prix Nobel de littérature 1993, ou l’historien guinéen Djibril Tamsir Niane.

    Chez Kamala Harris, l’indianité s’imbrique avec les vibrations africaines. D’ailleurs, son grand-père maternel, P.V. Gopalan, acteur de la lutte pour l’indépendance de l’Inde, a également servi et vécu en Afrique. Cela notamment à Lusaka, capitale de la Rhodésie du Nord, l’actuelle Zambie, où il coordonnait l’aide aux réfugiés fuyant la guerre de libération en Rhodésie du Sud, le Zimbabwe. Kamala avait à peine 6 ans, lorsque son grand-père indien est devenu conseiller de Kenneth Kaunda, le charismatique premier président de la Zambie. Noire, Indienne, il suffit de scruter ses pas de danse pour comprendre qu’elle ne se contentait pas de clamer : « I’m Black and Proud ! ». Elle vibrait. 

    Pourtant, certains Noirs hésitent à voter pour elle

    Kamala Harris n’est pas dans une stérile complainte identitaire. Elle se bat ! Ainsi, lorsqu’elle découvre que 92 % des victimes d’homicides n’avaient pas fait des études secondaires, elle ne se contente pas, comme tant d’autres, d’appeler à traîner en justice une police raciste : elle conçoit une politique dissuasive contre l’absentéisme scolaire chronique, pour obliger les parents à veiller à l’assiduité de leur progéniture. « Afin, disait-elle, que les jeunes gens comprennent qu’ils peuvent faire autre chose dans la vie que devenir des criminels ». 

    À une petite écolière qui lui demandait quel conseil il donnerait à une jeune dame qui voudrait devenir présidente des États-Unis, Gerald Ford, successeur d’un Richard Nixon emporté par le scandale du Watergate, avait répondu qu’il fallait, d’abord, qu’un président, homme, la choisisse comme vice-présidente. Et que le président en question décède en cours de mandat, pour que celle-ci lui succède. Que de sincérité !

    Mais le plus triste est que notre humanité continue de soumettre les femmes à une sourde présomption d’incompétence. Alors que tant d’hommes moyens, médiocres et parfois quelconques, parviennent au pouvoir et s’y accrochent, sans jamais répondre aux attentes de leurs peuples. C’est ainsi que tous feignent, par exemple, d’ignorer qu’au cours des deux dernières décennies, un des rares dirigeants convaincants et compétents, à l’échelle planétaire, reste, définitivement, Angela Merkel : une femme !

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 26 octobre 2024

  • États-Unis: des élections à conséquences

    États-Unis: des élections à conséquences

    L’homme qui a aidé à créer le mythe Donald Trump pour la télé-réalité demande pardon aux Américains, « pour avoir aidé à créer un monstre ».

    Le compte à rebours est lancé : le 5 novembre, les Américains se rendront aux urnes, pour élire leur président pour les quatre prochaines années. D’où vient donc cette impression que cette élection aura des conséquences déterminantes sur la paix mondiale ?

    D’ordinaire, l’opinion, sous toutes les latitudes, vit chaque présidentielle aux États-Unis comme si elle était déterminante pour le destin du monde. Et, de fait, elle l’est, puisque le locataire de la Maison Blanche, de par le poids de son pays sur l’échiquier diplomatique international et dans l’économie mondiale passe pour être le leader du monde libre. Avec l’actualité agitée que nous vivons, et toutes ces tensions qui fragilisent les équilibres régionaux, la personnalité du prochain président des États-Unis peut, soit ramener un tout petit peu de sérénité, ou précipiter le monde vers un peu plus d’incertitude. Certains des protagonistes des tensions actuelles ne s’y trompent pas, qui ont leurs préférences, et seraient heureux de voir dans le Bureau ovale Donald Trump ou Kamara Harris, pour leur permettre de persister dans la voie qu’ils ont choisie, ou de refréner quelque peu les ardeurs de leurs adversaires. Deux personnalités en tout points dissemblables, que les sondages peinent à départager. Autant dire que le meilleur reste possible, mais le pire aussi.

    N’a-t-on pas un peu trop tendance à diaboliser Donald Trump ?

    Ses actes et ses propos justifient la perception que l’on peut avoir de lui. Pour le reste, lui-même ne se prive pas de diaboliser tous ceux qui viennent d’ailleurs, ne pensent pas comme lui, ou ont l’outrecuidance de ne pas le soutenir. D’ailleurs, il suffit de survoler la liste de tous ceux qui l’ont soutenu par le passé, ont travaillé avec lui et tout donné pour lui, et qui se retrouvent à le combattre aujourd’hui avec virulence, pour comprendre. Son propre vice-président l’a désavoué, et Dick Cheney, l’ancien vice-président de George W. Bush, connu pour être un républicain pur et dur, s’est rangé derrière la candidate démocrate. Tout comme sa fille Liz Cheney, qui a justifié son rejet de Donald Trump par cette formule assassine : « les Américains veulent un président que leurs enfants peuvent regarder avec fierté ». Ses amis, Trump les embarrasse ou leur fait peur.

    Les défections les plus spectaculaires sont celles de jeunes dames courageuses, qui occupaient des postes en vue à la Maison Blanche sous son administration, et disent aujourd’hui préférer leur patrie à leur parti. Nombre de ceux qui ne le combattent pas craignent sa capacité de nuisance, mais le détestent. Ils réprouvent sa radicalité dans le verbe, ses affirmations définitives parfois à mille lieues de la vérité. Ils le trouvent potentiellement dangereux pour la paix mondiale et pour la paix sociale, tant il a du mal à concevoir les relations humaines et interétatiques autrement que dans des rapports d’allégeance ou d’hostilité. Pour certains, il a pris en otage le Parti républicain d’Abraham Lincoln. Ce parti de valeurs est devenu le parti de Trump, assénant les contre-vérités avec un aplomb déconcertant.

    Il y a pourtant un public qui le suit, des foules…

    Oui ! Au-delà des États-Unis, le danger qui guette notre monde tient au fait que les dirigeants populistes ont du succès. Une partie de l’opinion adhère ou donne l’impression d’adhérer, y compris à leurs mensonges flagrants. Quel que soit le côté inacceptable de ce que disent certains dirigeants politiques, il y a toujours une partie de l’opinion qui les suit et s’abreuve à la fontaine de leurs excès. Comme si le monde avait pris congé des dirigeants d’envergure. Les imposteurs, les démagogues, les populistes ont quartier libre. Les gens qui sont en politique pour servir l’intérêt général sont de moins en moins nombreux. Mais les actes inappropriés, les propos indécents ne restent jamais sans conséquences pour les peuples. La facture des excès et autres guerres inutiles devra être, tôt ou tard, réglée. Ancien directeur du marketing de la chaîne américaine NBC, John Miller, qui a aidé à fabriquer le mythe Donald Trump dans l’émission de télé-réalité « Apprentice », a pris sa plume, ces jours-ci, pour demander pardon aux Américains, « pour avoir aidé à créer, vingt années durant, un monstre », dit-il. En voici la facture…

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 19 octobre 2024

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