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  • Crédit-bail ou chaos : Pourquoi les TPME togolaises doivent sortir de l’informel maintenant ?

    Crédit-bail ou chaos : Pourquoi les TPME togolaises doivent sortir de l’informel maintenant ?

    Le monde célèbre ce vendredi 27 juin 2025, les TPME comme pilier de la résilience économique. Et le Togo se démarque par un choix de thème audacieux et chirurgical : « Crédit-bail et financement durable : un levier pour accélérer la formalisation et le financement des TPME ». A travers cette tribune, Helly GBENE, Expert en veille stratégique et CEO du Cabinet d’Ingenierie de Formation & Consulting – IF&C Togo, dont le rôle d’éclaireur stratégique est clé pour transformer le financement des TPME en outil d’émancipation, lance un appel à l’action.  Pour lui, en intégrant le crédit-bail et les solutions durables, le Togo peut impulser une vague de formalisation massive et réaliste. Ici, pas de théorie : des pistes concrètes, duplicables et humaines. 

    Sortir de l’informel sans s’endetter 

    À l’heure du chaos économique global, cette vision trace une trajectoire crédible vers un écosystème togolais robuste. Un contenu à fort impact pour tout leader d’influence.

     Le 27 juin 2025, le monde célèbre les TPME comme pilier de la résilience économique. Cette année, le Togo se démarque par un choix de thème audacieux et chirurgical : « Crédit-bail et financement durable : un levier pour accélérer la formalisation et le financement des TPME ». Enfin une prise de position claire : le financement ne doit plus être une entrave, mais un moteur.

    Car soyons directs : sans financement intelligent, sans outils adaptés, sans souplesse dans l’accès au matériel et aux services, nos TPME resteront dans l’ombre. Pire : elles risquent de s’effondrer sous le poids de dettes mal calibrées. Le crédit-bail, lui, offre une sortie de secours non toxique.

    Ce que le crédit-bail change vraiment

    Le crédit-bail (ou leasing) permet à une entreprise d’utiliser un équipement sans en payer le prix total immédiatement. C’est une révolution douce pour les TPME togolaises, surtout celles du secteur agricole, artisanal ou logistique. Un moulin, un tricycle, une machine à coudre ou un ordinateur professionnel : accessibles sans s’endetter ni hypothéquer la maison familiale.

    Mais pour cela, il faut : une réglementation claire et sécurisée ; des acteurs locaux de confiance (coopératives, banques partenaires, fintech) ; une vulgarisation massive dans toutes les langues nationales.

    Le vrai défi : formaliser par la confiance, pas par la peur

    Tant que formaliser une entreprise signifie « payer des impôts et être traqué », on tournera en rond. La formalisation doit devenir un passeport vers les opportunités. Le crédit-bail devient alors une carotte économique : seul un acteur formel peut y prétendre. C’est là que l’État joue un rôle stratégique.

    Proposition concrète :

    Chaque TPME formalisée reçoit un bonus crédit-bail automatique de démarrage.

    Les collectivités locales peuvent co-garantir les baux pour les TPME de leur zone.

    Création d’un répertoire national TPME* éligibles au crédit-bail, avec visibilité auprès des partenaires privés.

    Le financement durable : pas une mode, une nécessité

    On ne parle plus ici de crédits à la consommation ou d’endettement spéculatif. Le financement durable, c’est : orienter les fonds vers des activités viables, propres, ancrées dans le territoire ; imposer des conditions humaines et éthiques : pas d’usure, pas de clauses abusives ; prioriser les femmes, les jeunes, et les zones rurales.

    Idée forte : le Togo peut devenir leader sous-régional du leasing éthique, en lien avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). En structurant une plateforme publique-privée, on crée un marché local, sécurisé, et massivement inclusif.

    Ce que le Cabinet IF& C-Togo peut impulser maintenant

    Le Cabinet IF&C peut : piloter un programme de formation express “leasing + formalisation” dans les 5 régions ; proposer une cellule d’intelligence stratégique pour accompagner les institutions dans le ciblage des secteurs prioritaires ; créer une base de données dynamique TPME formalisées et prêtes au crédit-bail, utile aux banques, fonds d’impact et partenaires au développement.

    Helly GBENE et son cabinet peuvent devenir le point focal d’une réforme réussie, en articulant les besoins du terrain et la vision de long terme.

    Le moment est maintenant

    Le crédit-bail n’est pas une solution miracle. Mais c’est la meilleure arme réaliste que nous ayons aujourd’hui pour faire basculer des milliers de TPME togolaises de la précarité vers la structuration, sans violence financière.

    L’État a ouvert une brèche avec ce thème fort. C’est le devoir des acteurs stratégiques comme IF&C d’y injecter méthode, énergie, et impact.

    Car en 2026, ce qu’on attendra, ce ne sont plus des discours. Ce sont des machines livrées, des jeunes formés, des bilans solides. Et, surtout, des TPME fières, visibles, et durables.

    Source: revueinfo.tg

  • Au Togo, la police réprime les nouvelles manifestations contre le pouvoir à Lomé, plusieurs journées de mobilisation prévues

    Au Togo, la police réprime les nouvelles manifestations contre le pouvoir à Lomé, plusieurs journées de mobilisation prévues

    Un fort dispositif policier quadrillait plusieurs quartiers de la capitale togolaise Lomé, ce jeudi 26 juin 2025, après la dispersion de quelques groupes de manifestants contre le pouvoir.

    Des pneus et des barricades de bois brûlaient dans certaines rues de la capitale où de nombreux commerces étaient restés fermés, ce jeudi 26 juin 2025. Les manifestants, réunis parfois par dizaines dans certains quartiers, ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes.

    Les manifestations sont rares au Togo ces dernières années mais il s’agit du deuxième appel de la société civile et d’influenceurs à descendre dans la rue ce mois-ci. Ils protestent contre des arrestations de voix critiques, la hausse du prix de l’électricité ou encore la réforme constitutionnelle qui permet à Faure Gnassingbé, 59 ans, de consolider son pouvoir. 

    “J’ai décidé de tout fermer aujourd’hui en soutien aux manifestations déclenchées pour libérer notre pays, car trop, c’est trop. Nous voulons le changement”, a expliqué à l’AFP, Hélène, une commerçante du quartier de Hedzranawoé.

    Faure Gnassingbé est président depuis 2005, après avoir succédé à son père qui a dirigé le pays d’une main de fer durant trente-huit ans. Avec la nouvelle Constitution, le pays a basculé l’an dernier dans un régime parlementaire dont l’actuel président occupe la plus haute fonction, sans limitation de mandat.

    Des précédentes manifestations en 2017

    En 2017 déjà, des milliers de Togolais étaient sortis dans la rue pour exiger des réformes constitutionnelles dont le retour à la Constitution de 1992, qui prévoit un maximum de deux mandats présidentiels mais aussi pour réclamer plus de moyens pour vivre dans un contexte économique difficile. Des marches pacifistes ont été organisées par une coalition de quatorze partis d’opposition, violemment réprimées. 

    “Aujourd’hui, la différence avec 2017 vient du fait que ce ne sont plus les politiques qui appellent au soulèvement, comme au temps du Parti national panafricain (PNP) de Tipki Atchadam mais des jeunes togolais eux-mêmes. Tout le pays est concerné”, explique à TV5Monde Sylvestre Kokou Béni, journaliste à Lomé et actuel secrétaire général du patronat de la presse togolaise. 

    Et cette nouvelle contestation vient notamment de jeunes influenceurs de la diaspora togolaise dont l’artiste Zaga Bambo qui réside en France. Il publie régulièrement des contenus sur son TikTok dénonçant la politique de Faure Gnassingbé et la répression contre les manifestants. 

    De nouvelles manifestations organisées

    La semaine dernière, Aamron, un rappeur togolais critique du pouvoir dont l’arrestation fin mai avait été l’un des déclencheurs des manifestations, a été libéré de l’hôpital psychiatrique où il avait été interné. Les 5 et 6 juin, des manifestants, majoritairement jeunes, étaient descendus dans la rue et une cinquantaine d’arrestations avaient été signalées par les autorités. 

    La plupart avaient ensuite été libérés mais Amnesty avait dénoncé des cas de “torture” sur des manifestants. Le gouvernement avait répondu ne pas avoir été saisi de tels cas. 

    “Les pouvoirs publics ont pris soin de rappeler qu’à ce stade, aucune saisine – avec l’identification des organisateurs des manifestations – n’est sur la table des autorités compétentes. Nous sommes face à une volonté manifeste de semer le désordre et le chaos. Les auteurs d’une situation illégale et irrégulière, assumeront leur responsabilité, a prévenu cette semaine le ministre de la réforme du service public, du travail et du dialogue social, Gilbert Bawara. Tout ce qui pourrait faire régresser notre pays et le faire reculer dans son élan de progrès, doit être proscrit et évité”.

    De nouvelles manifestations devraient avoir lieu les 27 et 28 juin à Lomé et dans d’autres villes du Togo pour demander “la démission du président Faure Gnassingbé”, selon les organisateurs. 

    Source: https://information.tv5monde.com/afrique



  • Togo : les forces de l’ordre déployées après la dispersion de manifestants

    Togo : les forces de l’ordre déployées après la dispersion de manifestants

    Après des manifestations contre le pouvoir et la hausse des prix, un important dispositif policier quadrillait plusieurs quartiers de Lomé, la capitale togolaise, le 26 juin.

    Les manifestants, réunis parfois par dizaines dans certains quartiers, ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes par les policiers, le jeudi 26 juin au matin. Des pneus et des barricades de bois brûlaient dans certaines rues de la capitale, où de nombreux commerces étaient restés fermés.

    Les manifestations sont rares au Togo ces dernières années, mais il s’agit du deuxième appel de la société civile et d’influenceurs à descendre dans la rue ce mois-ci. Ils protestent contre des arrestations de voix critiques, la hausse du prix de l’électricité ou encore la réforme constitutionnelle qui permet à Faure Gnassingbé, 59 ans, de consolider son pouvoir, en place depuis 2005. Avec la nouvelle Constitution, le pays a basculé en 2024 dans un régime parlementaire dont il occupe la plus haute fonction, sans limitation de mandat.

    L’un des déclencheurs des manifestations

    « J’ai décidé de tout fermer aujourd’hui en soutien aux manifestations (…) pour libérer notre pays, car trop, c’est trop. Nous voulons [du] changement », a expliqué Hélène, une commerçante du quartier de Hedzranawoé. « J’ai peur d’ouvrir ma boutique, parce que certains profitent souvent de ces situations pour piller les magasins et les boutiques », confiait de son côté Afi, assise devant son kiosque de denrées alimentaires, dans le quartier Novissi.

    Mi-juin, Aamron, un rappeur togolais critique du pouvoir dont l’arrestation à la fin de mai avait été l’un des déclencheurs des manifestations, a été libéré de l’hôpital psychiatrique où il avait été interné. Les 5 et 6 juin, des manifestants, majoritairement jeunes, étaient descendus dans la rue, et une cinquantaine d’arrestations avaient été signalées par les autorités.

    La plupart avaient ensuite été libérés mais Amnesty International avait dénoncé des cas de « torture » sur certains d’entre eux. Le gouvernement avait répondu ne pas avoir été saisi de tels cas.

    Assumer « leur responsabilité »

    « Les pouvoirs publics ont pris soin de rappeler que, à ce stade, aucune saisine – avec l’identification des organisateurs des manifestations – n’est sur la table des autorités compétentes. Nous sommes face à une volonté manifeste de semer le désordre et le chaos. Les auteurs d’une situation illégale et irrégulière, assumeront leur responsabilité », a prévenu à la fin de juin le ministre de la réforme du service public, du travail et du dialogue social, Gilbert Bawara.

    Il ajoute : « Tout ce qui pourrait faire régresser notre pays et le faire reculer dans son élan de progrès doit être proscrit et évité. »

    Avec AFP


  • « Une gouvernance sans limite, ni légale ni temporelle » : deux intellectuels togolais alertent

    « Une gouvernance sans limite, ni légale ni temporelle » : deux intellectuels togolais alertent

    ENTRETIEN CROISÉ. L’arrestation fin mai du rappeur Aamron a réveillé une colère longtemps contenue au Togo. Dans une interview croisée avec Le Point Afrique, l’écrivain Radjoul Mouhamadou et le penseur Sénamé Koffi Agbodjinou décryptent un système à bout de souffle.

    Depuis l’arrestation, fin mai, du rappeur Aamron – brièvement interné en hôpital psychiatrique avant d’être relâché –, des appels à manifester circulent au Togo, avec trois journées de mobilisation prévues les 26, 27 et 28 juin. Dans ce contexte tendu, deux intellectuels togolais livrent une analyse approfondie des tensions politiques actuelles. Radjoul Mouhamadou, politiste basé au Canada, coauteur de Ce pays est à nous, et Sénamé Koffi Agbodjinou, penseur togolais et initiateur du WoeLab, un écosystème citoyen et technologique basé à Lomé, décryptent les ressorts d’une contestation populaire et les perspectives qu’elle ouvre.

    Alors que le régime de Faure Gnassingbé, désormais parlementaire, se heurte à une défiance croissante marquée par arrestations et intimidations, les deux hommes appellent à dépasser la simple réaction. Récemment, les réseaux professionnels – Meta principalement – en ligne de Sénamé Koffi Agbodjinou, fruit de plus de douze années de travail, ont été supprimés sans explication, illustrant la violence du verrouillage politique.

    Entretien croisé sur les racines de la colère, le verrouillage démocratique et les scénarios d’avenir d’un pays trop longtemps confisqué.

    Le Point Afrique : L’arrestation d’Aamron, fin mai, a servi de détonateur à une vague de mobilisation inédite. Où étiez-vous à ce moment-là et comment avez-vous vécu ce basculement ?

    Radjoul Mouhamadou : J’ai été alerté très tôt, dès la nuit du 26 au 27 mai, alors que je revenais de Côte d’Ivoire. Sur le moment, j’ai cru que l’affaire se tasserait, comme cela arrive trop souvent. Mais, cette fois-là, l’onde de choc a été immédiate. L’ampleur de la réaction m’a surpris : le seuil de l’intolérable a clairement été franchi. Quelque chose venait de se réveiller chez les Togolais. 

    Ce sursaut semble pourtant heurter de plein fouet une forme de résignation ancrée depuis des années. Une génération entière paraît avoir renoncé à voter, militer ou même espérer. L’imaginaire collectif togolais a-t-il été brisé ?

    Sénamé Koffi Agbodjinou : Nous avons, avec le Togo, un cas singulier d’emprise sur notre humanité : une culture extrémiste de la conservation du pouvoir, dépourvue de toute conviction susceptible, à l’occasion, de la sublimer – comme ce fut parfois le cas dans les grandes autocraties, capables de produire un souffle esthétique ou intellectuel. Ici, rien de cela. Juste un réflexe clanique, radicalisé depuis près de six décennies !

    L’administration du pays reste figée dans un modèle hérité de la colonisation, totalement dépassé à l’heure de l’intelligence artificielle. Ce système maintient la société dans l’inefficacité et l’arriération. Il s’appuie à la fois sur la peur, utilisée de manière brutale pour dissuader toute contestation, et sur un enchevêtrement opaque d’alliances internationales qui le protègent. Peu à peu, cette emprise a étouffé chez les Togolais jusqu’à l’idée même qu’un autre avenir est possible.

    Il faut aujourd’hui réensemencer l’imaginaire. Ce n’est pas seulement une urgence pour les Togolais. Le Togo manque au monde.

    À quoi ressemble la vie quotidienne sous un pouvoir qui semble ne plus rien promettre ?

    R. M. : La vie quotidienne d’un Togolais moyen, c’est une lutte constante. Les gens ont faim, littéralement. Même ceux qui, autrefois, étaient considérés comme des personnes-ressources dans leur famille n’arrivent plus à aider. Pendant ce temps, d’autres s’enrichissent de façon obscène.

    Mais ce qui m’inquiète surtout, c’est le niveau général de la jeunesse. C’est, à mes yeux, l’une des jeunesses les plus désarmées de la sous-région, sur le plan à la fois professionnel et moral. Je le dis avec gravité. Elle s’est éduquée dans un système politique où le vol, le mensonge et la tricherie sont vus comme des moyens légitimes de réussir. Le modèle qu’on lui donne depuis le sommet de l’État, c’est celui-là : penser d’abord à soi. Et donc elle reproduit cette norme.

    Dans ce pays, tout repose désormais sur les relations. Il faut connaître quelqu’un à l’armée pour éviter des ennuis avec un voisin. À la gendarmerie, ce n’est plus une question de droit ou de tort : tout dépend de ce que vous donnez. À l’hôpital, sans médecin dans la famille, vous pouvez mourir faute de prise en charge. Même pour faire des affaires, il faut un contact dans une banque. Rien ne suit une logique juste ou rationnelle. L’arbitraire est devenu la règle. L’État est démissionnaire. Nos dirigeants vivent dans un monde parallèle, totalement déconnecté. Et ce contraste devient encore plus flagrant aujourd’hui, quand on voit ce qui se fait juste à côté, au Bénin. Là-bas, on prouve qu’un changement est possible, et même rapide.

    Plusieurs opposants ont été arrêtés ces dernières années sans susciter autant d’émoi. Qu’est-ce qui confère à l’affaire Aamron une résonance particulière ?

    R. M. : Je pense que beaucoup de jeunes – 60 % des Togolais ont moins de 25 ans – se sont immédiatement identifiés à Aamron. Son discours radical, le ton de sa charge et l’efficacité de sa critique frontale de l’impéritie du système ont trouvé un écho puissant dans une jeunesse en quête de changement. Cette dernière s’est reconnue dans la figure de cet artiste comme à un porte-parole devenu à la fois un symbole et un martyr pour avoir tenu un langage désarmant de vérité.

    Et puis il y a un autre facteur, plus sensible : son origine. Aamron est kabyé, du Nord, comme Faure Gnassingbé. Je n’aime pas du tout manier les grilles ethniques, car elles peuvent être piégées. Mais beaucoup dans la société civile attachent une signification forte à cet indicateur. Il est indéniable que les contestations qui émergent de cette région, longtemps considérée comme le socle du pouvoir, sont aussi rares qu’elles provoquent généralement de fortes secousses politiques. Ce glacis ethnique qu’on a trop longtemps cru à tort homogène derrière Faure Gnassingbé montre des signes de fissures. J’ai en tête les récentes prises de distance de Marguerite Gnakadè, l’ancienne ministre de la Défense. Pour nombre d’activistes, cette dissidence au sein même de la base du régime ouvre une brèche. Et, parce qu’il est du Nord, certains y ont vu une opportunité historique pour bousculer l’ordre établi.

    L’ampleur des manifestations récentes vous semble-t-elle annoncer un basculement politique ?

    R. M. : Ce qui s’est exprimé au Togo, c’est une pulsion de liberté, mais sans cadre. L’opposition est fragmentée, les partis absents, la société civile en retrait. On assiste à une mobilisation éclatée, efficace pour échapper à la répression mais vulnérable sur le long terme.

    Soyons lucides. Faure Gnassingbé ne tombera pas sous les coups de boutoir de la seule contestation populaire, même si elle est absolument nécessaire. Pour beaucoup, l’armée pourrait jouer un rôle décisif dans l’évolution politique, soit en exerçant une pression interne pour un changement au sommet, soit en prenant le pouvoir par la force. Ce scénario serait tragique si cela se limitait à une simple alternance dans le contrôle civilo-militaire, comme c’est souvent le cas dans la région.

    L’antidote est d’ores et déjà d’engager une réflexion stratégique et politique sur l’après-Faure Gnassingbé. Mais qui y travaille aujourd’hui ? Sans une vision claire, même la plus juste des révolutions risque de tourner en rond ou de se renier.

    Vous parlez souvent d’une jeunesse capable d’hacker le réel, de créer des contre-espaces, des récits alternatifs. Quelles formes concrètes cette « réappropriation » du destin commun que vous appelez de vos vœux pourrait-elle prendre ?

    S. K. A. : La jeunesse togolaise a forcément sa lumière propre enfouie dans son tréfonds. Sur l’état de décomposition avancée que révèle le système oppresseur, les choses appellent à la recomposition de quelque chose. Le creuset de la contestation actuelle est peut-être l’occasion pour cette lumière de filtrer.

    La jeunesse togolaise a de véritables atouts entre les mains : les outils numériques, d’une part, et une richesse d’imaginaires, de récits et de cultures encore souvent inexploités, d’autre part. Si elle parvient à s’organiser autour de ces forces, et à nouer des alliances avec d’autres jeunesses africaines dans un panafricanisme réellement porté par les peuples, elle pourra jouer un rôle décisif. Dans un continent où les jeunes sont majoritaires, elle aurait alors les moyens de repenser l’État et d’en imaginer de nouvelles formes, mieux adaptées à notre époque.

    La réforme constitutionnelle d’avril 2024, qui a instauré un régime parlementaire, marque-t-elle une rupture du contrat social togolais ?

    R. M. : Oui, clairement. En imposant un changement de Constitution sans consultation populaire, Faure Gnassingbé a rompu unilatéralement l’ultime clause de la promesse démocratique nouée par voie référendaire en 1992. Ce refus de consulter le peuple vaut symboliquement autodestitution. Ironiquement, il s’est délesté tout seul de la dernière once de légitimité dont il pouvait jusqu’à récemment se prévaloir. Si cette nouvelle « République sans peuple » peine à se matérialiser institutionnellement, c’est bien parce qu’elle ne repose sur aucun socle de légitimité.

    L’élection présidentielle, jusque-là, offrait un espace de respiration, un moment où le peuple togolais pouvait exister, s’exprimer, contester. En supprimant cette échéance, le régime croyait naïvement avoir fermé cette soupape sans avoir prévu que la pression se trouverait d’autres exutoires. L’opposition politique, elle, s’est effondrée, notamment depuis l’échec en 2020 de la Dynamique Mgr Kpodzro, qui a renoncé à la lutte pragmatique pour un leadership messianique. Résultat des courses : il ne subsiste aujourd’hui plus aucune force politique structurée, plus aucune alternative, plus aucun cap. Ce vide stratégique est, hélas, le meilleur allié du pouvoir togolais.

    Le pays aspire fortement à une rupture, mais cette radicalité manque d’imagination symbolique et d’ambition politique. Ce flou maintient le système en place. Il ne s’agit plus seulement d’alternance : il faut reconstruire un contrat social, redonner du sens au bien commun. Cela ne viendra ni des putschistes ni des technocrates, mais d’un collectif capable de penser et de faire advenir un « tiers pays » – entre ce que nous vivons et ce que nous espérons. Une politique du beau, contre la laideur d’un régime sans horizon.

    Il reste donc de la place pour une contestation non violente ?

    S. K. A. : L’insensibilité manifeste du régime togolais voudrait pousser à se résoudre à une fatalité. Mais il y a toujours de la place pour l’intelligence. Surtout pour une intelligence qui se voudrait de la marge. C’est ce front que nous avons voulu ouvrir avec le projet « Ce pays est à nous tous ».

    Pensez-vous que le Togo pourrait basculer, à l’instar du Mali ou du Burkina Faso, vers un scénario de rupture militaire ?

    R. M. : Oui, ce risque est réel. L’actuel soulèvement populaire pourrait servir de tremplin à l’armée togolaise pour resserrer son emprise sur le pouvoir politique, menant ainsi non pas à la rupture démocratique exigée depuis des décennies, mais à une sorte d’autoritarisme en treillis qui se réclame, comme au Sahel, du panafricanisme et du souverainisme.

    Le régime togolais repose sur un déficit structurel de légitimité, mais également sur une forme de confiscation du temps. En effet, si Faure Gnassingbé n’a pas réussi à gouverner efficacement son pays, il semble avoir réussi à pétrifier le futur en dilapidant le temps nécessaire à la mise en œuvre des réformes structurelles urgentes.

    Par ailleurs, son autorité s’exerce dans un climat marqué par des violences diffuses et multiformes, qui vont du harcèlement fiscal aux interventions policières jugées abusives, parfois dénoncées comme des détentions arbitraires ou des actes de torture par plusieurs observateurs et organisations. Dans ce cadre, le pouvoir apparaît comme pratiquant une gouvernance sans limite, ni légale ni temporelle.

    Ce qui m’inquiète, c’est l’adhésion confusionniste d’une large part de la jeunesse togolaise aux sirènes du putschisme providentiel qui sévit au Sahel. Demain, toute cette séduisante énergie contestataire qui s’est exprimée pourrait fort bien être récupérée par le premier putschiste venu qui revêtira les habits neufs de la révolution panafricaniste.

    Il faut éviter cela à tout prix. Il me semble essentiel que la contestation actuelle renforce les mécanismes démocratiques et protège les institutions. La voie la plus légitime et la plus constructive serait une transition civile, strictement encadrée dans le temps, visant à restaurer l’État de droit et à établir une République véritablement démocratique, garante des droits et libertés fondamentaux.

    Vous êtes tous deux actifs dans des espaces panafricains et diasporiques. Comment cette position peut-elle contribuer aux luttes démocratiques sur le continent, notamment au Togo ?

    S. K. A. : Cette double appartenance nous donne la responsabilité d’agir comme contrepoids à la diplomatie extérieure du pouvoir togolais, qui masque habilement l’impasse démocratique intérieure. Il s’agit d’user de notre position pour fissurer les verrous en ciblant les points de jonction par lesquels s’installe le silence ou l’oubli.

    Nous pouvons aussi jouer un rôle de passeur entre écosystèmes militants et relancer un véritable travail de repolitisation du panafricanisme. Celui-ci, trop souvent réduit aujourd’hui à une posture ou à une plateforme, en vient parfois à marginaliser les luttes locales, comme celle du peuple togolais, perçues comme gênantes au regard des alliances ou des gages accordés par certains régimes à un « néopanafricanisme » de façade.

    Source:lepoint.fr/afrique


  • « IA, Deepfakes et vérité numérique : l’Afrique à la croisée des chemins »

    « IA, Deepfakes et vérité numérique : l’Afrique à la croisée des chemins »

    À l’ère des illusions numériques, l’Afrique ne peut se permettre d’être spectatrice. Alors que les deepfakes deviennent des armes de manipulation massive, cette tribune propose une solution audacieuse, inclusive et techniquement réaliste pour préserver la vérité, la stabilité démocratique et la souveraineté informationnelle du continent.

    Dans cette tribune, Helly GBENE, expert en veille stratégique et CEO du Cabinet IF&C Togo, y plaide pour un changement de paradigme : faire de la régulation des contenus numériques une priorité continentale partagée. Il y propose VÉRITÉ.AFRICA, une initiative panafricaine inédite, capable de transformer l’urgence numérique en levier d’innovation, d’éducation et de confiance citoyenne.

    Une menace silencieuse qui avance à visage humain

    Il fut un temps où voir, c’était croire. Aujourd’hui, c’est douter. Grâce à la puissance des intelligences artificielles génératives, il est désormais possible de faire dire ou faire n’importe quoi à n’importe qui. Et le pire ? Cela semble authentique à s’y méprendre. Une vidéo de chef d’État, un appel truqué d’un gouverneur, une fausse déclaration d’un leader religieux : le deepfake est la nouvelle arme invisible, et l’Afrique n’a plus le luxe de l’ignorer.

    L’urgence est là. Invisible, mais omniprésente. Chaque jour, nos réseaux sociaux deviennent le champ de bataille d’une guerre d’influence où la vérité est hackée, la confiance effritée, la cohésion menacée. Et pourtant, nous avançons encore trop lentement.

    Le numérique africain avance, mais la régulation vacille

    L’Union Africaine l’a bien compris. En juillet 2024, elle a adopté une Stratégie continentale pour l’intelligence artificielle 2025–2030, fondée sur les valeurs africaines de dignité, éthique, inclusion, diversité et souveraineté. C’est un socle précieux, mais il ne suffit pas.

    Car pendant que nous rédigeons des stratégies, les algorithmes tournent plus vite que nos lois. Les plateformes évoluent plus vite que nos systèmes éducatifs. Et les contenus manipulés voyagent à la vitesse de la 5G, sans demander de visa. La menace est transfrontalière. Notre riposte doit l’être aussi.

    VÉRITÉ.AFRICA : une réponse panafricaine audacieuse, ancrée et faisable

    Ma proposition est simple : créer VÉRITÉ.AFRICA, la première plateforme africaine de certification et de traçabilité des contenus numériques, adossée à la blockchain et renforcée par une IA de détection éthique, souveraine et adaptée à notre réalité. Ce n’est pas une énième application : c’est une infrastructure stratégique de défense de la vérité.

    Ce que VÉRITÉ.AFRICA changera concrètement :

    1. Authentification en temps réel des contenus audiovisuels (vidéo, voix, images) via un “passeport numérique” fondé sur la blockchain.
    2. Déploiement d’un moteur IA de détection de manipulation, accessible via mobile, navigateur ou intégration aux plateformes sociales.
    3. Lancement d’une Académie Anti-Fake, pour former 1 million de citoyens africains à la détection de désinformation d’ici 2030.
    4. Label “Truth Inside”, attribué aux médias et institutions respectant les principes de transparence numérique.
    5. Observatoire Africain de la Vérité Numérique, chargé de surveiller, anticiper et conseiller les États et institutions.

    L’humain au cœur de la technologie

    Ce projet est profondément humain. Car derrière chaque deepfake, c’est un cerveau humain qui est ciblé. C’est la mémoire collective, la parole des anciens, la crédibilité d’un témoin qu’on tente de hacker.

    VÉRITÉ.AFRICA, ce n’est pas une technologie froide, c’est une rempart pour la vérité, la démocratie et la paix sociale.

    Nous devons protéger nos jeunes contre la manipulation algorithmique. Nous devons redonner confiance à nos populations dans leurs institutions. Et nous devons le faire sans céder notre souveraineté numérique à la Silicon Valley ou à Shenzhen.

    Une opportunité économique, sociale et diplomatique

    Ce combat est aussi un levier de croissance économique et d’emploi. Car en construisant nos propres outils d’authentification, nous créons de la valeur locale, des start-ups, des talents, des brevets africains.

    Imaginez un instant que l’Afrique devienne le premier continent à certifier la vérité numérique. Ce serait un message puissant : nous ne sommes pas en retard. Nous sommes en avance, avec notre propre vision.

    Mon appel à l’Union Africaine

    A l’occasion, je m’adresse aujourd’hui aux décideurs de l’Union Africaine, aux commissaires, aux chefs d’États, aux responsables de la jeunesse, de la technologie, de la culture et de la sécurité :

    Ne faites pas de la désinformation un simple chapitre dans un rapport.

    Faites-en un combat structurant pour le XXIe siècle africain.

    Et pour cela, je me tiens prêt, en tant qu’expert et entrepreneur, à accompagner le déploiement pilote de VÉRITÉ.AFRICA, en partenariat avec vos équipes, vos institutions, vos experts. Ensemble, nous pouvons lancer ce projet dès 2026 dans cinq pays pilotes.

    Il est encore temps, mais plus pour longtemps

    Chaque vidéo truquée non détectée érode un peu plus la confiance. Chaque silence réglementaire est une complicité involontaire.

    Le temps est venu pour l’Afrique de protéger ses vérités, ses récits, ses voix.

    VÉRITÉ.AFRICA, ce n’est pas une utopie. C’est la seule réponse digne, durable et audacieuse que mérite notre continent face à la grande illusion numérique.

    Helly Gbene

  • Au Togo, les forces démocratiques en soutien aux manifestants  anti-pouvoir des 26, 27 et 28 juin

    Au Togo, les forces démocratiques en soutien aux manifestants anti-pouvoir des 26, 27 et 28 juin

    Les forces démocratiques soutiennent les manifestants  des 26, 27 et 28 prochains sur l’ensemble du territoire national et appellent les populations à sortir massivement pour mettre fin au règne de Faure Gnassingbé. Face à la presse cet après-midi, au siège de la Convergence Patriotique des Peuples Africains (CDPA) à Lomé, une dizaine de partis politiques d’opposition et des organisations de la société civile réunis dans un front ont exprimé leur position au regard de la situation sociopolitique du moment au Togo. Ces parti politique d’opposition et les organisations de la société civile togolaise, à l’instar des autres qui se sont déjà prononcées sur les prochaines manifestations, refusent d’être complices de la crise voulue par Faure Gnassingbé et son équipe.

    CONFERENCE DE PRESSE DES PARTIS POLITIQUES, REGROUPEMENT DE PARTIS POLITIQUES ET ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE

    DECLARATION LIMINAIRE

     Mesdames et Messieurs les journalistes,

    Les heures que nous vivons sont graves. Elles ne doivent laisser personne indifférente. Le moment est de ceux où le silence devient complicité, et où la neutralité équivaut à une prise de position en faveur de l’injustice. Il est donc de la responsabilité de chaque citoyen épris de justice, de prendre la parole, de nommer les choses et de se tenir aux côtés du peuple qui, pacifiquement, réclame le changement pour un avenir meilleur.

    C’est dans cet esprit que nous, partis politiques, regroupement de partis politiques et organisations de la société civile suivant : ADDI, CAR, DMP, LES DEMOCRATES, LDP, PSR, SANTE DU PEUPLE, tenons aujourd’hui cette conférence de presse, en écho à cette parole historique de Sylvanus OLYMPIO : « Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue, mais le jour vient. »

    Cette citation puissante, extraite de la déclaration d’indépendance prononcée par le père de l’indépendance, résonnait d’espoir et promettait un avenir meilleur pour le Togo et ses citoyens. Cependant, soixante-cinq ans après l’indépendance nominale, le Togo est toujours plongé dans une nuit interminable. Depuis le 6 juin 2025, une lueur d’espoir renaît avec une nouvelle dynamique de contestation portée par la  jeunesse vaillante du Togo, déterminée à prendre en main destin pour un changement total du système qui nous régente depuis plus de 60 ans.

     C’est pourquoi au nom de l’article 150 de la constitution togolaise qui consacre : « En cas de coup d’état, ou de coup de force quelconque, tout membre du Gouvernement ou de l’Assemblée nationale a le droit et le devoir de faire appel à tous les moyens pour rétablir la légitimité constitutionnelle, y compris le recours aux accords de coopération militaire ou de défense existants.

    Dans ces circonstances,  pour tout Togolais, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le pus impératif des devoirs », nous tenons une fois encore à saluer à sa juste valeur cet éveil de conscience de la jeunesse togolaise. Cette nouvelle dynamique de contestation incarne l’aspiration  légitime du peuple  togolais à un changement démocratique et social, et traduit le rejet du coup de force constitutionnel ayant conduit à la 5è République. Les jeunes porteurs de cette dynamique, déterminés, qui ne cèdent plus à la peur ni à l’intimidation et qui l’ont démontré le 06 juin, appellent de nouveau, à travers les réseaux sociaux, manifestations pacifiques les 26, 27 et 28 juin prochains.

    Cette jeunesse  ne réclame qu’une chose : qu’on lui donne enfin l’opportunité de comparer une autre gouvernance à celle qui la régente depuis plusieurs décennies.

     Nous tenons le pouvoir en place pour seul responsable de la situation actuelle et de toutes ses éventuelles conséquences,  pour avoir délibérément ignoré, des années durant, les appels répétés de l’opposition. Nous condamnons avec la plus grande fermeté les  répressions violentes des 05 et 06 juin 2025, qui s’inscrivent dans une triste routine  désormais bien connue et appelons le gouvernement togolais à respecter pleinement  la liberté d’expression et de manifestation, garantie par Constitution de 1992, votée à plus de 98% par le peuple togolais.

    Nous invitons toute la population togolaise, les différents corps socio-professionnels ainsi que les religions traditionnelle, musulmane et chrétienne à soutenir cette dynamique de contestation pour le bien-être et l’avenir démocratique du Togo.

    Nous lançons particulièrement, un appel aux Forces de Défense et d Sécurité (gendarmes, policiers, militaires) à faire preuve, pour une fois, de retenue et discernement, en s’abstenant de réprimer un peuple déjà trop éprouvé par de longues années de souffrances.

     Enfin, nous lançons un appel pressant à la communauté internationale pour qu’elle soutienne le peuple togolais dans sa quête légitime de démocratie et de justice sociale.

    Nous croyons fermement en un Togo où chaque citoyen peut jouir pleinement de ses droits  constitutionnels, et où la voix du peuple est souverainement respectée et valorisée.

     Fait à Lomé, le 24 Juin 2025

    Les signataires:  ADDI, CAR ,DMP, LES DEMOCRATES, LDP, PSR,  SANTE DU PEUPLE

  • Ce beau et juteux métier!

    Ce beau et juteux métier!

    156 millions de dollars imputés à Matata Ponyo, condamné à dix ans de prison, en mai dernier ; 50 millions, pour Vital Kamerhe, condamné en 2020, puis acquitté en 2022 ; 19 millions, aujourd’hui, qu’est présumé avoir détournés Constant Mutamba… En RDC, le peuple vivote en francs congolais, et l’élite détourne et s’engraisse en dizaines, sinon en centaines de millions de dollars. Faites de la politique ! Vous deviendrez riches !

    Indexé pour avoir détourné 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison, le Garde des Sceaux de la RDC a dû démissionner. Privé, par l’Assemblée nationale, du dernier verrou qui le protégeait, Constant Mutamba est désormais passible de poursuites. N’est-ce pas, là, un triomphe de l’État de droit ?

    Il faudra sans doute attendre encore un peu, pour crier victoire, dans cet environnement où les politiques, pour échapper à la justice, débordent de manigances et de subterfuges. Parce que le courage d’une démission est plutôt rare sous ces latitudes, la décision du ministre, en soi, est une excellente nouvelle. Les politiciens ont une fâcheuse tendance à se cramponner aux postes et aux privilèges, même lorsqu’ils ont atteint leurs limites, ou qu’ils ont simplement échoué. Même compromis ou discrédités, ils n’aiment pas céder la place à plus valeureux qu’eux. Et cette propension à se croire propriétaires, à tout jamais, des fonctions qui leur sont confiées, pèse de son poids mort dans la difficulté, pour l’Afrique, à avancer, à se développer.

    Certes, Constant Mutamba aurait pu prendre les devants, sans attendre d’être désavoué par l’Assemblée nationale. Il aurait ainsi préservé sa dignité, plutôt que de s’épuiser à quémander une bouée de sauvetage du chef de l’Etat, à coups de serments d’allégeance et de pathétiques assurances de loyauté. On imagine qu’il doit beaucoup à Félix Tshisekedi, qui lui a octroyé, à 36 ans, un portefeuille d’importance, la Justice, avec un rang de ministre d’État que ne justifiait certainement pas son score de 0,20 % des voix à la dernière présidentielle.

    N’est-il pas plutôt flamboyant, le bilan qu’il dresse de l’année qu’il vient de passer au ministère de la Justice ?

    Il semble tellement flamboyant, que l’on se demande si Constant Mutamba a effectivement réalisé tout ce qu’il décrit. Il lui fallait être un pur génie, pour réussir, en tout juste treize mois, à transformer le champ de ruines du système judiciaire congolais en un tableau si idyllique. À moins que, dans son esprit, les grandes ambitions qu’il disait nourrir pour la Justice soient, d’office, considérées comme des projets aboutis, dès lors qu’il en a rêvé. C’est un tout aussi authentique exploit que d’être parvenu, en si peu de temps, à brouiller les traces de 19 millions de dollars. Certes, en matière de détournement de deniers publics, la RDC nous a habitués à une certaine démesure. Et la petite poignée qui finit parfois devant la justice est rarement faite de… gagne-petit.

    À qui donc pensez-vous ?

    Il y a tout juste un mois, l’ancien Premier ministre Matata Ponyo était condamné, avec quelques comparses, à dix ans de prison, pour un détournement… de 156 millions de dollars ! La plus grande frustration des Congolais découle de ce que cet ancien Premier ministre, en quatre ans de saga judiciaire, ne s’est pratiquement jamais expliqué sur le fond. Plutôt que de convaincre ses concitoyens de sa probité, il préférait disqualifier les juridictions saisies dans son affaire.

    Vital Kamerhe, aujourd’hui quatrième personnage de l’État, a écopé de 20 ans de prison, en 2020, pour un détournement de quelque 50 millions de dollars. Après une généreuse réduction de la peine, cette affaire a donné lieu, en appel, à un spectaculaire acquittement. Que d’aucuns avaient qualifié de politique, alors que se nouaient, en 2022, les alliances en vue de la présidentielle de 2023.

    Ajoutés aux 19 millions imputés à Constant Mutamba, cela fait 225 millions de dollars, pour seulement trois figures politiques. En RDC, le peuple vivote en franc congolais, tandis que l’élite politique s’engraisse, en centaines de millions de dollars. Les populations y meurent par milliers, sur les voies fluviales, les lignes de chemin de fer, les routes et pistes du pays. Elles crèvent autant dans les dispensaires et hôpitaux mal équipés. C’est ici que l’on se met à rêver du nombre de milliers de Congolais qui échapperaient à une mort certaine, si ces montants faramineux, plutôt que d’atterrir dans les poches de politiciens indélicats, parvenaient au Trésor public !

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 21 juin 2025 sur RFI

  • Togo-𝐋𝐞𝐬 𝐅𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐦𝐞́𝐝𝐢𝐚𝐭𝐫𝐢𝐜𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐚𝐮𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐞́𝐥𝐞̀𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐯𝐨𝐢𝐱 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐝𝐞́𝐬𝐢𝐧𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐛𝐚𝐬𝐞́𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐠𝐞𝐧𝐫𝐞

    Togo-𝐋𝐞𝐬 𝐅𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐦𝐞́𝐝𝐢𝐚𝐭𝐫𝐢𝐜𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐚𝐮𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐞́𝐥𝐞̀𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐯𝐨𝐢𝐱 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐝𝐞́𝐬𝐢𝐧𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐛𝐚𝐬𝐞́𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐠𝐞𝐧𝐫𝐞

    À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la désinformation célébrée chaque 12 juin, les Femmes Médiatrices Communautaires (FMC)  ont animé sur la radio Horizon de Tsévié (région maritime), une émission engagée  avec l’appui de WANEP-TOGO sur la désinformation basée sur le genre.

    Témoignages, définitions,  outils pratiques et échanges interactifs ont rythmé ces 45 minutes d’antenne pour éveiller les consciences face à un fléau invisible mais puissant : la désinformation basée sur le genre.

    Voici quelques éléments clés à retenir :

     58 % des femmes leaders africaines ont déjà été ciblées par des fausses informations sexistes (ONU Femmes, 2023).

    • La désinformation basée sur le genre repose souvent sur des stéréotypes bien ancrés ce qui facilite son fonctionnement

    • Elle est l’une des causes de l’auto-censure et la réticence à la gestion citoyenne ou à la candidature à des postes de pouvoir, d’autorité des femmes et également à la baisse de la participation politique des femmes.

    • Il est primordial de toujours vérifier les informations qu’on reçoit avant de les partager

    • Derrière les fakes news, ce sont des vies, des carrières et des droits qu’on brise.

     Contre la désinformation, chacun.e de nous peut agir : vérifier avant de partager, éduquer, signaler.

    WANEP-Togo

  • Golfe1/Reddition des comptes: les gratitudes d’Espoir Koudjodji

    Golfe1/Reddition des comptes: les gratitudes d’Espoir Koudjodji

    Conformément à l’article 18 de la loi sur la décentralisation, la Commune du Golfe 1 a rendu compte à ses administrés. Il s’agit d’ ”Une règle de bonne gouvernance que nous avons adoptée et qui renforce notre proximité avec nos populations”, souligne Espoir Koudjodji, le maire adjoint.

    𝐌𝐞𝐬 𝐠𝐫𝐚𝐭𝐢𝐭𝐮𝐝𝐞𝐬….

    Pour la troisième fois consécutive, le conseil municipal du Golfe 1 a rendu compte aux mandants que sont les populations.

    Cette exigence de la loi sur la décentralisation est à son article 18 qui demande aux élus locaux de rendre compte de leur gestion.

    Une règle de bonne gouvernance que nous avons adoptée et qui renforce notre proximité avec nos populations. Du fonctionnement et des investissements, tous les détails de la gestion 2024 sont donnés.

    En fin de mandat, c’était également l’occasion de souligner quelques grandes lignes du bilan global des six (06) ans de gouvernance à la tête de la commune Golfe 1.

    La décentralisation avec des conseils élus étant une nouvelle expérience au Togo, nous avons essayé quelque chose que les gens peuvent apprécier à juste titre. Si les résultats de cette gestion sont encourageants, comme cela a été dit par la plupart des intervenants à la cérémonie d’hier 17 juin 2025, c’est à mettre à l’actif du collectif : Conseil communal, l’exécutif, le personnel et les forces vives de la commune. Nous avons accordé nos violons malgré nos différences pour bâtir ce bilan que nous défendons tout en reconnaissant des faiblesses liées aux nombreuses attentes non satisfaites. C’est aussi une question de moyens et de priorisation.

    Je voudrais ici comme je l’ai fait de vive voix hier à la cérémonie, rendre hommage à la population du Golfe 1 dans toute sa diversité, au personnel qui sous le soleil et la pluie est à l’œuvre pour rendre service et régler quotidiennement les problèmes des administrés. Mes remerciements en ma qualité de membre de l’exécutif local vont également à la chefferie traditionnelle, les confessions religieuses, aux Comités de Développement de Quartiers (CDQ), les associations de femmes et de jeunes, les services déconcentrés de l’Etat, les opérateurs économiques…

    Tous ces acteurs venus d’horizons divers, dans toute leur diversité religieuse et ethnique, chacun dans son domaine, ont décidé d’apporter leur touche, leur contribution au développement de leur commune. Cette convergence dans la diversité est le socle de la cohésion sociale. C’est en cela que tout discours ou toute considération communautariste est à condamner quand il s’agit d’une commune qui est un Etat en miniature, où les habitants et les différents acteurs sont variés et de plusieurs origines.

    Nous avons ce grand devoir de construire nos différents territoires pour le développement du Togo aujourd’hui en difficulté à cause de la mal gouvernance généralisée, source de misère ambiante des populations. Le développement par la base reste l’un des remparts.

    Espoir Koudjodji, maire adjoint de la commune du Golfe 1

  • Au Togo, la Prison civile de Lomé est «un vrai mouroir»

    Au Togo, la Prison civile de Lomé est «un vrai mouroir»

    Série · Dans « Prisons et passé colonial », nous explorons les liens encore vivaces entre les réalités pénitentiaires sur le continent africain et la colonisation. Au Togo, la Prison civile de Lomé est un bâtiment inadapté qui date de l’époque coloniale. Dans des cellules vétustes et surpeuplées, où s’allonger est parfois impossible, des détenus meurent faute de soins. Cette enquête a été réalisée en partenariat avec le consortium Togo Reporting Post.

    « C’est l’enfer sur terre. Sortir vivant de cette prison est un miracle », se souvient avec douleur John (le prénom a été modifié), libéré il y a environ un an de la prison civile de Lomé. Surpopulation carcérale, chaleur suffocante, manque d’hygiène, de soins de santé et mauvaise nourriture : au Togo, être détenu dans l’une des quatorze maisons d’arrêt civiles relève du calvaire.

     En 2019, le Comité contre de la torture des Nations Unies demandait aux autorités togolaises de « fermer définitivement et sans délai la prison de Lomé et de concevoir un plan général sur la situation des établissements pénitentiaires au Togo. » Pour l’ONU, les conditions de détention en prison et dans les lieux de garde à vue au Togo ne sont pas conformes à « l’ensemble de règles minima pour le traitement des détenus. »

    En novembre 2024, un jeune homme emprisonné pour une dette meurt à Lomé deux semaines seulement après son incarcération, selon Kao Atcholi, président de l’Association des victimes de torture (Asvitto), joint par Afrique XXI. En février, Karrou Wawim, arrêté lors des manifestations de l’opposition en 2018 et considéré comme un prisonnier politique par des organisations de la société civile, est décédé suite à un mauvais suivi médical. Ses avocats affirment qu’il a été torturé lors de sa garde à vue. Pour l’Asvitto, « entre 2020 et 2025, onze personnes victimes de la torture et des traitements cruels, inhumains et dégradants » ont trouvé la mort en prison.

    Les personnes enfermées sont par ailleurs exposées quotidiennement à des maladies de la peau, de l’estomac, à des bronchites, des hépatites, ou même à des épidémies comme la gale. Dans la prison de Lomé, une infirmerie est tout de même ouverte en journée. Un détenu malade doit alerter ses « chefs bâtiments », qui à leur tour préviennent les gardiens. Si besoin, il peut être évacué dans un hôpital de la ville pour d’autres soins.

    L’eau du forage est polluée

    En revanche, la plupart des centres de détention du Togo n’ont tout simplement pas de centre de santé. Dans ce cas, les seuls soins apportés sont le fait du personnel médical qui se déplace certains jours pour venir voir les détenus, ou de gardes pénitentiaires qui ont reçu une formation basique au métier d’infirmier. Dans tous les cas, une majeure partie des coûts est prise en charge par les détenus.

    Certaines associations financent des médicaments et des traitements, ou aident les centres de détention à éliminer des épidémies comme la gale. C’est le cas du Collectif des associations contre l’impunité au Togo (Cacit), qui plaide auprès d’Afrique XXI pour que « chaque prison possède des infrastructures en termes de soins et que les détenus soient totalement pris en charge ». 

    Jusqu’à l’épidémie de Covid-19, les détenus ne bénéficiaient que d’un repas par jour. Les prisonniers avec de la famille à l’extérieur ou un peu d’argent pouvaient améliorer leur quotidien. Depuis la crise sanitaire, alors que les familles étaient dans l’impossibilité de se rendre à la prison, les autorités ont consenti à servir deux repas par jour. En revanche, selon les anciens détenus, la qualité reste mauvaise et le contenu « bourratif ».

    S’hydrater est un autre défi : l’eau courante, fournie par la Société togolaise des eaux (TDE), ne fonctionne pas dans la prison de Lomé. Il faut payer pour se désaltérer, ou s’approvisionner à un forage directement connecté à la nappe phréatique. La pollution de Lomé s’y infiltre et la qualité de l’eau n’est pas contrôlée.

    Un taux d’occupation de 368 %

    Ces conditions d’hygiène s’ajoutent à la fatigue cumulée à cause des mauvaises conditions de repos. « Il n’y a pas de place pour dormir, témoigne à nouveau John. On est entassés comme des sardines, dans des cellules exiguës. Cela crée un sentiment d’étouffement et de mal-être constant. » La prison civile de Lomé, un bâtiment colonial civil transformé en 1969 en centre pénitentiaire, jouxte le tribunal et l’ambassade de France, en plein centre historique de la capitale togolaise. Ce centre de détention devrait accueillir 666 personnes maximum. Pourtant, à la date du 1er mars, il comptait 2 448 détenus, soit une surpopulation de 368 %, selon le Cacit. Le bâtiment des femmes est moins surpeuplé, avec un peu plus de 100 personnes pour 80 places d’après les données de mars 2025.

    Un ancien pensionnaire de l’établissement explique que sa cellule d’environ 6 mètres sur 4,5 mètres accueillait plus ou moins 70 détenus. Pendant la période de « nuit », qui débute à 17 heures et se termine à 6 heures, les prisonniers se relaient pour dormir : certains allongés, d’autres debout. « Ce n’est pas un lieu correctionnel mais un vrai mouroir », conclut John.

    Les détenus de la prison de Lomé ne peuvent pas s’allonger.

    Cette situation est nationale. Le taux moyen de surpopulation dans les prisons togolaises est de 222 %, explique le Cacit. Un chiffre qui prend pourtant en compte le nouveau centre de détention de Kpalimé, construit en 2017.

    « Ce n’est pas fait pour les humains. Quand j’y repense, ça me fait trop mal… », déplore un autre ex-détenu qui a demandé l’anonymat, tout juste sorti de la prison de Dapaong, dans le nord du Togo. « J’étais dans une cellule faite pour environ 45 personnes alors qu’on était 174 ! Toute la nuit, on était assis l’un en face de l’autre. Ceux qui n’avaient pas trouvé de place étaient debout. À cause de cela, beaucoup avaient des membres de leurs corps enflés… D’autres avaient des maladies dermatologiques… Et j’ai vu deux personnes mourir, dans mon bâtiment, visiblement par suffocation. Dans la nuit, quand la chaleur était insupportable, ou si un détenu tombait dans le coma, on faisait appel aux agents mais ils ne venaient à notre secours que quand on criait qu’il y avait un mort ! »

    « Le bâtiment de la mort »

    Au Togo, les températures oscillent quotidiennement autour des 30°C à l’extérieur, et atteignent presque les 40°C dans le nord du pays. Malheureusement, les prisons sont souvent conçues sans ventilation et avec des tôles, voire des dalles en guise de plafond. À tel point qu’à Dapaong, le bâtiment A, sous dalle, est surnommé « le bâtiment de la mort »… Les pensionnaires doivent se cotiser pour acquérir des ventilateurs – de même pour des télévisions ou tout autre produit du quotidien.

    L’un des moyens de supporter ce quotidien est de recourir aux drogues, qui circulent facilement entre les murs. « La prison a l’effet inverse du but recherché : elle n’est plus un centre de redressement mais de fabrication des délinquants », estime Kao Atcholi, le président d’Asvitto.

    Aujourd’hui réfugié en France, le journaliste Ferdinand Ayité, évoque des souvenirs douloureux de son passage à la maison d’arrêt de Lomé. Après dix jours de garde à vue puis une détention du 20 au 31 décembre 2021, son collègue Joël Egah et lui ont obtenu une liberté provisoire. Trois mois après sa sortie, Joël Egah a perdu la vie.

    « On était encore dans les mesures Covid, donc nous avons été placés dans une cellule annexe, comme en quarantaine. L’espace était de 40 m2 environ, mais on était en tout 76 personnes. On devait rester H24 accroupis, même pour dormir ! Toute la journée, sauf pour se doucher le matin ! Les prisonniers étaient mélangés : il y avait des assassins, des braqueurs, des délinquants, des récidivistes… Et nous deux, des journalistes ! On était totalement isolés, fermés à double tour, et seuls des petits trous servaient de lumière et d’aération… »

    « On était nus dans la cour »

    « Dans la cellule, il y avait juste un WC qui n’avait pas d’eau pour chasser les besoins. Le matin, à 5 heures, les gardiens ouvraient et sortaient les gens par vague de dix, pour prendre une douche de deux minutes chacun. On était nus, tous, dans la cour, les gardes étaient munis d’armes et nous entouraient, assistés de prisonniers “chefs bâtiments”, avec des gourdins… Ils vous criaient dessus, ils vous insultaient pour faire vite. Puis on vous remettait dans la cellule, et c’était la seule sortie de la journée. J’y suis resté en tout six jours avant d’être testé non positif à la Covid, suite à quoi j’ai été envoyé dans une autre cellule de la prison, moins peuplée. »

    Pour expliquer la situation carcérale précaire et surtout la surpopulation, les défenseurs des droits humains, comme la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) en mai, dénoncent notamment le recours abusif aux détentions préventives. Au Togo, entre 50 % et 60 % des détenus sont en attente d’être jugés, d’après le Cacit et la CNDH. Selon le Code pénal togolais, un prisonnier peut passer jusqu’à la moitié d’une peine encourue en détention préventive, sans procès, que ce soit pour un délit ou un crime. Et il arrive que des mandats de dépôt dépassent leur durée légale. Dans ces cas, les prisonniers devraient être automatiquement libérés mais cette disposition est rarement appliquée.

    Plusieurs associations comme le Cacit ou Asvitto ont donc développé une assistance juridique pour retrouver et accélérer des dossiers en justice, libérant ainsi des pensionnaires retenues abusivement. Une des causes du retard dans le traitement des dossiers est le manque de magistrats au Togo, en comparaison avec le nombre de prisonniers. Qui plus est, les assises criminelles ont lieu seulement deux fois par an. Même en matière civile, les juges sont souvent débordés.

    Des conditions de détention « inhumaines »

    « Personne ne devrait être enfermé dans de telles conditions, car cela ne fait qu’aggraver la situation au lieu de favoriser la réinsertion », estime John. Face à la misère des maisons d’arrêt togolaises, les défenseurs des droits humains s’alarment et listent des recommandations. « Il faut mettre en œuvre les injonctions du Comité contre la torture : fermer la prison de Lomé et mettre en place le plan de gestion des prisons demandé par le l’ONU », souligne Ghislain Nyaku, le directeur exécutif du Cacit. Il insiste : les conditions de détention au Togo sont « inhumaines ».

    L’ONU a aussi enjoint le Togo à « doter les établissements pénitentiaires de personnel qualifié et formé en suffisance, y compris médical et à « réduire la surpopulation carcérale en privilégiant les mesures alternatives à la détention ».

    Le Cacit pousse également pour l’adoption du nouveau code de procédure pénale, qui prévoit notamment des peines alternatives. Le Cacit ou Asvitto préconisent par exemple des travaux d’intérêt général pour les délits mineurs, ce qui réduirait la surpopulation. Asvitto plaide aussi pour que toute personne qui entre en prison connaisse la date de sa prochaine comparution. Enfin, la société civile organise régulièrement des formations sur la prévention de la torture et sur les conventions internationales à destination des acteurs de la justice et des services pénitentiaires.

    De leur côté, les pouvoirs publics prévoient avant tout la construction de nouveaux bâtiments. En 2017 a été inaugurée la nouvelle prison à Kpalimé. Elle atteindrait les normes pénitentiaires internationales, si elle n’était pas, elle aussi, surpeuplée. Le Togo a également ouvert un Centre d’accès au droit et à la justice pour les enfants et pour les jeunes soumis à une procédure judiciaire. D’ici 2026, les autorités souhaitent réhabiliter trois centres de détention (Dapaong, Notse et Aného).

    Autre mesure palliative : de plus en plus de grâces présidentielles ont pu désengorger les prisons ces dernières années. Afrique XXI a contacté le ministère de la Justice du Togo qui n’a pas réagi aux demandes d’interview.

    Une prison secrète pour djihadistes…

    Au Togo, certaines personnes ne sont pas retenues dans les quatorze prisons connues du pays. Il existe des lieux non conventionnels, comme le service de gendarmerie du Service central de recherches et d’investigations criminelles (Scric) qui détient l’activiste Jean-Paul Omolou, arrêté en 2021. S’y trouvent aussi, depuis août 2024, des membres de la famille de l’homme d’affaires décédé, Bertin Agba. Le 3 avril, la femme de ce dernier a été libérée et placée sous contrôle. Les sources proches des détenus au Scric expliquent que ces derniers n’ont pas le droit de sortir de leur cellule, sauf pour manger ou pour aller aux toilettes. « Ces conditions sont contraires aux droits des prisonniers », explique l’avocat de Jean-Paul Omolou, Me Darius Atsoo, tout en dénonçant ses difficultés à rendre visite à son client « malgré un arrêt de la Cedeao [Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest] demandant aux autorités d’autoriser les avocats de M. Omolou d’avoir accès à sa cellule ». D’autres détenus font l’objet d’un traitement particulier, comme le général Abalo Kadangha, condamné en mai 2023 à vingt ans de réclusion criminelle pour complot contre la sûreté intérieure de l’État. Il serait quant à lui dans une résidence surveillée, a appris Afrique XXI de sources proches du militaire. Enfin, selon plusieurs sources concordantes interrogées par Afrique XXI, une prison spéciale, dite « Kazaboua », proche de la ville de Sotouboua (région Centrale), accueille depuis plus de deux ans déjà les personnes considérées comme « terroristes », arrêtées dans le cadre de l’opération militaire Koundjoaré dans le nord du pays. Problème : cette maison d’arrêt pour « jihadistes » reste peu connue des acteurs judiciaires, les avocats n’y auraient pas accès et ces captifs n’auraient donc pas encore été jugés.

    Source: afriquexxi.info

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