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  • Évariste Ndayishimiye à la barre de l’UA

    Évariste Ndayishimiye à la barre de l’UA

    En prenant la présidence tournante de l’Union africaine (UA), Évariste Ndayishimiye s’avance sur une ligne de crête. C’est dire que les défis sont nombreux et délicats.

    Chef d’État d’un pays longtemps resté en marge des grands cercles diplomatiques, le président burundais arrive avec un profil de rassembleur discret, une parole mesurée et une promesse, celle de faire de l’UA un instrument plus utile aux Africains, moins prisonnier des rivalités et des lenteurs institutionnelles. La tâche s’annonce immense, les attentes élevées, et les défis pressants.

    Consensus

    À la tête de l’UA, Évariste Ndayishimiye devrait privilégier une méthode fondée sur le consensus. Peu porté sur les coups d’éclat, il sait que l’organisation panafricaine avance rarement par ruptures, mais par compromis successifs. Son style, marqué par la retenue et l’écoute, peut s’avérer un atout dans une institution où cohabitent des régimes, des intérêts économiques et des visions géopolitiques souvent contradictoires.

    Le président burundais entend également défendre un pragmatisme assumé : moins de déclarations symboliques, davantage de décisions applicables. Cela suppose de renforcer la coordination entre la Commission de l’UA, les États membres et les organisations régionales, souvent accusées de se chevaucher ou de se neutraliser. Pour lui, l’efficacité passera par une hiérarchisation claire des priorités et un suivi rigoureux des engagements pris lors des sommets.

    Test majeur

    Le premier défi est sécuritaire. L’Afrique fait face à une multiplication des crises : conflits persistants à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), instabilité au Soudan, menaces terroristes au Sahel et dans le bassin du lac Tchad. A cette liste s’ajoutent les transitions politiques fragiles dans plusieurs pays. L’UA est régulièrement critiquée pour son impuissance ou sa lenteur à agir sur les dossiers où on l’attend.

    Sous la présidence de M. Ndayishimiye, la question sera de redonner de la crédibilité au mécanisme africain de prévention et de gestion des conflits. Cela implique de renforcer les missions de médiation, mais aussi de poser la question sensible du financement des opérations de paix, encore largement dépendantes de partenaires extérieurs. Comment trouver un équilibre entre souveraineté des États et protection des populations civiles constituera un autre exercice délicat.

    Terrain miné

    Un autre défi central demeure la gouvernance. L’UA est tiraillée entre la défense des principes démocratiques et la réalité politique du continent, marquée par des coups d’État, des révisions constitutionnelles controversées et des tensions électorales récurrentes. M. Ndayishimiye devra arbitrer entre fermeté et réalisme.

    S’il veut éviter une UA perçue comme un simple club de chefs d’État solidaires entre eux, il lui faudra renforcer la cohérence du discours sur l’État de droit, tout en évitant les postures moralisatrices. La crédibilité de son leadership dépendra de sa capacité à encourager des transitions inclusives, sans donner l’impression d’une ingérence sélective.

    Urgence

    Sur le plan économique, la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) reste un chantier prioritaire. Les infrastructures insuffisantes, les barrières non tarifaires, la lenteur administrative, les obstacles sont nombreux. La présidence Ndayishimiye pourrait miser sur une accélération concrète de l’intégration régionale, en mettant l’accent sur les corridors commerciaux, la mobilité des personnes et le soutien aux économies locales.

    Dans un contexte mondial instable, marqué par l’inflation, l’endettement et les chocs climatiques, l’Union africaine devra aussi parler d’une voix plus forte dans les négociations économiques internationales. Là encore, la capacité de M. Ndayishimiye à fédérer des positions communes sera déterminante.

    Attentes fortes

    Le changement climatique et la jeunesse africaine constituent deux enjeux transversaux. Les sécheresses, les inondations et l’insécurité alimentaire frappent durement plusieurs régions. Parallèlement, une jeunesse majoritaire, souvent marginalisée, réclame l’emploi, la formation et la participation politique.

    Le président burundais pourrait chercher à inscrire son mandat sous le signe de l’anticipation, c’est-à-dire promouvoir des politiques climatiques africaines adaptées aux réalités locales et renforcer les programmes en faveur de l’entrepreneuriat et de l’éducation des jeunes. Sur ces sujets, l’UA est attendue au-delà des slogans ou des discours pompeux.

    Surveillance

    La présidence d’Évariste Ndayishimiye à la tête de l’UA sera jugée à l’aune d’un critère simple, celui de sa capacité à transformer les intentions en résultats visibles. Son style discret peut apaiser, mais il devra aussi savoir trancher. Dans une Afrique en quête de stabilité, d’unité et de crédibilité internationale, le temps n’est plus aux demi-mesures. Le défi est clair, s’employer à faire de l’Union africaine non seulement une tribune, mais un véritable levier d’action.

  • UA: De l’excès de prudence à l’inefficacité

    UA: De l’excès de prudence à l’inefficacité

    Depuis que l’Organisation de l’Unité Africaine, au tournant du millénaire, est devenue l’Union africaine, dirigée par un Président (de la Commission), en lieu et place du secrétaire général, il est le premier à boucler deux mandats. Cette prouesse, si c’en est une, laisse dans une totale indifférence les peuples africains, peu convaincus de la réelle utilité de l’Organisation panafricaine.

    Dans son discours d’adieu, Moussa Faki Mahamat, le président sortant de la Commission de l’Union africaine s’est félicité de nombreux succès, en déplorant quelques « insuffisances, lacunes, difficultés et défis ». Que retiendront concrètement les Africains de ses deux mandats ? Et à quoi doivent-ils s’attendre, avec Mahmoud Ali Youssouf, qui lui succédera le 15 mars prochain ?

    Pour être franc, les Africains n’en sont déjà plus à se préoccuper de ce qu’a éventuellement réussi (ou n’a pas osé) Moussa Faki Mahamat. Quant à son successeur, ils sauront, avec ce qu’il leur reste de patience, attendre de le voir à l’œuvre, avant de porter un quelconque jugement. Cette indifférence de fait dénote un scepticisme, sinon une grande défiance des peuples du continent, dubitatifs, quant à l’utilité de cette organisation dans leurs vies. Mais cette défiance vise davantage les chefs d’État que les présidents de Commission plus ou moins malléables qu’ils élisent.

    Comme si les déconvenues passées de quelques trop fortes personnalités dans ces fonctions avaient fini par inciter la plupart des titulaires à se complaire dans un excès de prudence, confinant parfois à l’inefficacité. Cela n’est, certes, pas un travers particulier à la seule Union africaine. Mais, en raison de l’importance des défis à relever, les conséquences, ici, sont d’une ampleur colossale.

    Cette fonction requiert du courage, pour oser rappeler à leurs devoirs des chefs d’État plus souvent tentés d’utiliser cette tribune pour conforter leur pouvoir que pour défendre leurs peuples. Elle implique de savoir, à l’occasion, tenir tête aux dirigeants qui prennent des libertés avec les textes qui régissent l’organisation. Lorsqu’un État membre de l’Union européenne viole les règles de l’Union, la Commission de Bruxelles sait le rappeler à l’ordre, et même, au besoin, lui infliger les sanctions prévues par les textes.

    Certains premiers responsables de l’Organisation, qui ont osé tenir tête aux chefs d’État, ont eu à le payer très cher…

    Cela est certain. Le Guinéen Boubacar Diallo Telli, le Camerounais Nzo Ekangaki, le Togolais Edem Kodjo… autant d’expériences, dont les dirigeants africains semblent avoir tiré comme une leçon de médiocrité, préférant des présidents de Commission dociles et obéissants à de trop fortes personnalités. C’est pourtant, à l’échelle continentale, l’une des fonctions qui requièrent le plus de créativité, d’envergure et un leadership convaincant. Car, l’équation personnelle compte toujours pour beaucoup dans une telle fonction.

    En l’occurrence, le président sortant de la Commission dit avoir laissé aux dirigeants un document portant sur certaines questions relatives à la survie de l’organisation… N’est-ce pas courageux ?

    C’est ce qu’il semble suggérer, lorsqu’il affirme qu’un chef d’État a qualifié son document de « brûlot ». Mais il s’est aussi enorgueilli d’avoir passé dix-sept ans au Conseil exécutif de l’Union, qu’il nomme « Club des ministres des Affaires étrangères », entre l’époque où il y siégeait comme chef de la diplomatie tchadienne et ses deux mandats de président de la Commission. Cette longévité ne lui aura manifestement pas permis d’anticiper et de surmonter les « insuffisances, lacunes, difficultés et autres défis » qu’il décrit, par ailleurs.

    Pondre un « brûlot », alors que votre poste n’est plus en jeu, donc pas menacé, ce n’est ni du courage ni de la témérité. D’autres ont connu des difficultés pour avoir, justement, osé des actions qui valaient brûlots… Et il ne s’agit pas que de l’emblématique Boubacar Diallo Telli, sujet d’élite, achevé de manière inhumaine dans les geôles du panafricaniste et néanmoins dictateur Ahmed Sékou Touré.

    L’Afrique qui s’acharne à achever ses propres héros doit-elle s’étonner d’en manquer dans des positions aussi importantes ? Les peuples du continent sont plus que mal à l’aise, pour se plaindre du tort que leur font les autres, lorsqu’ils réalisent que, pour ne pas respecter les textes et les règles qu’elle se donne, l’Organisation panafricaine s’évertue à dissuader, sinon à casser les prétendants les plus courageux à tout leadership continental.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 22 février 2025 sur RFI

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