Étiquette : Transition

  • Choguel Maïga : gardien de l’intégrité ou victime d’une gouvernance autoritaire ?

    Choguel Maïga : gardien de l’intégrité ou victime d’une gouvernance autoritaire ?

    Dans le tumulte politique qui secoue le Mali, le limogeage de Choguel Maïga, ancien Premier ministre, a résonné tel un coup de tonnerre. Cet homme, autrefois considéré comme un bastion solide contre les ingérences étrangères et les menaces pesant sur l’Afrique, est désormais relégué au rang de dissident pour avoir osé critiquer une décision qu’il jugeait précipitée et unilatérale : la prolongation de la transition sans consultation préalable du chef du gouvernement.

    Tournant

    Choguel Maïga n’est pas un nom que l’on pourrait effacer facilement de l’histoire récente du Mali. Aux côtés d’Assimi Goïta, il a été un acteur clé dans la lutte pour restaurer la souveraineté du pays. Son engagement contre les groupes armés et sa résistance face à l’impérialisme ont fait de lui une figure respectée non seulement au Mali, mais aussi à travers tout le continent africain. Choguel a incarné l’espoir d’un renouveau africain, où les nations marcheraient vers l’autodétermination et la dignité.

    Le tournant est survenu lorsque la décision de prolonger la transition a été prise sans une consultation adéquate avec le gouvernement, un acte qui a mis en lumière un dysfonctionnement au sein de l’appareil étatique. Choguel Maïga, en homme de principe et d’intégrité, n’a pas hésité à exprimer son mécontentement, voyant dans cette décision un manque de transparence et de respect pour les processus démocratiques.

    Dénoncer un dysfonctionnement, est-ce réellement une trahison ? Choguel Maïga a été critiqué pour ne pas avoir réglé cette affaire en privé, mais on pourrait se demander si le véritable problème ne réside pas dans la manière dont les décisions sont prises au sein de la junte. Son acte de dénonciation pourrait être perçu non pas comme une rébellion, mais comme un appel à une gouvernance plus juste et transparente.

    Introspection

    Plutôt que de jeter l’opprobre sur Choguel Maïga, il est crucial pour les observateurs de se pencher sur les implications de son éviction. Quel message envoie-t-on en écartant une voix qui a tant fait pour le pays ? Ce geste renforce-t-il vraiment la démocratie naissante au Mali, ou risque-t-il plutôt de centraliser davantage le pouvoir entre les mains de quelques-uns ?

    Il serait regrettable de réduire Choguel Maïga à cet épisode. Ses contributions à la gouvernance malienne sont indéniables. En tant que leader, il a défendu les intérêts du Mali avec ténacité. Il est essentiel de se souvenir de ses réalisations et de ne pas les enterrer sous le poids des controverses actuelles.

    En somme, la situation actuelle doit inciter à une introspection sur les mécanismes de décision en place. Le Mali a besoin d’une transition réussie, fondée sur le dialogue et l’inclusion de toutes les voix. C’est en écoutant ces voix, y compris celles qui osent critiquer, que l’on peut espérer construire un avenir stable et prospère. Pour le Mali, et pour toute l’Afrique, il est temps de renouveler notre engagement envers une gouvernance qui respecte la diversité des opinions et favorise le dialogue constructif.

    Soter-Caïus DOVI

  • Gabon-Justice, richesse des nations solides

    Gabon-Justice, richesse des nations solides

    La crédibilité d’un État se mesure davantage à sa capacité à traiter de la manière la plus équitable ses pires adversaires qu’à son aptitude à leur rappeler sans cesse en quoi eux ont été injustes ou mauvais.

    Dans une interview, cette semaine sur RFI, Marc Ona Essangui, « numéro deux » du Sénat de transition au Gabon, a laissé entendre que ce dont se plaint l’ex-président Ali Bongo, dans sa lettre ouverte diffusée ce 18 septembre, est exactement ce que son régime a fait vivre, quatorze années durant, aux familles gabonaises. L’ex-figure de la société civile ne risque-t-elle pas de se voir accuser de prôner la loi du talion ?

    Marc Ona semblait insister, surtout, sur le fait que la douleur d’ Ali Bongo face à la détention de son épouse et de son fils n’était ni supérieure ni inférieure à celles infligées à de nombreuses familles, éprouvées durant ses deux mandats. Il est affligeant de devoir rappeler à ceux qui exercent le pouvoir aujourd’hui que les situations d’oppression qu’ils créent ou imposent aux autres peuvent, demain, se retourner contre eux. Ali Bongo est peu crédible, lorsqu’il prêche le pardon, la tolérance et supplie les Gabonais de ne pas céder à l’esprit de vengeance, en punissant son épouse et son fils. Et s’il peine tant à s’attirer la compréhension de ses concitoyens, c’est en raison du rapport quelquefois violent qu’il avait au pouvoir politique. Il n’a pas fait, à leur égard, preuve de beaucoup de compassion. Sa sincérité est sujet à caution, mais cela n’enlève rien au droit des siens à jouir d’une justice impartiale, si tant est qu’ils sont justiciables. Ce que dit cette ultime initiative du désarroi du président déchu du Gabon est que les mensonges que vous proférez au pouvoir, la violence que vous faites subir aux autres, finissent fatalement par vous desservir, et cela survient, en général, au moment où vous avez le plus besoin d’être cru.

    Pourquoi faire payer ses fautes à son épouse et à son fils, alors qu’il dit assumer pleinement ses fautes et ses échecs ?

    La crédibilité de cette responsabilité assumée a posteriori ne convainc manifestement pas, de la part d’un homme à qui l’on ne connaissait pas une telle humilité. Et le hold-up électoral qu’il s’apprêtait à perpétrer n’aurait fait que proroger les insuffisances qu’il dit assumer. Pour bien des Gabonais, le coup d’État du 30 août 2023 était salvateur. Lorsqu’ils étaient dans l’incapacité de résoudre les problèmes de leur peuple, quelques dirigeants africains célèbres ont passé la main, plutôt que de s’octroyer des mandats indus, perdus dans les urnes : Léopold Sédar Senghor, Julius Nyerere quelques autres… Quant à l’innocence de son épouse et de son fils, certains des putschistes qui l’ont renversé étaient les témoins privilégiés de leur rôle, au moment où Ali Bongo, diminué par la maladie, n’exerçait plus la réalité du pouvoir. C’est aussi ce que Marc Ona, à mots à peine couverts, a laissé entendre sur RFI, à propos de Sylvia et Noureddin Bongo, en précisant qu’ils étaient en détention pour des délits et non pour avoir été l’épouse et le fils d’Ali Bongo. Il a tout dit, en affirmant que le président déchu avait abandonné son pouvoir au profit de ses enfants, de son épouse et de ses amis.

    Pour Marc Ona, la transition œuvre pour que le prochain président de la République ne retombe pas dans les mêmes travers…

    Oui, selon lui, les militaires seraient en train de tout reconstruire, car les institutions laissées par Ali Bongo seraient dans un état de délabrement total. Il n’empêche. La preuve du sérieux de ce qu’ils entendent faire de leur patrie passe par la justice, des procès équitables pour tous, puissants ou misérables. Même en période de remise en état des institutions, le justiciable a droit à des informations claires sur ce qui l’attend. Le flou ne peut que conforter ceux qui, par le passé, déniaient toute justice aux autres. L’enjeu immédiat, ici, est donc d’ôter tout doute, quant aux suspicions de règlements de comptes que suggère la lettre ouverte de l’ex-président. Car la crédibilité d’un État se mesure davantage à sa capacité à traiter de la manière la plus équitable ses pires adversaires, qu’à son aptitude à leur rappeler sans cesse en quoi eux ont été injustes ou mauvais.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 21 septembre 2024

Radio Renouveau228

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