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  • AGOA : pourquoi Washington veut écarter l’Afrique du Sud et le Rwanda

    AGOA : pourquoi Washington veut écarter l’Afrique du Sud et le Rwanda

    En annonçant le retrait de l’Afrique du Sud et du Rwanda du dispositif commercial AGOA à compter du 1er janvier 2027, l’administration Trump invoque des manquements aux critères d’éligibilité liés à la gouvernance, aux droits humains et aux pratiques commerciales. Mais derrière les justifications officielles, des considérations géopolitiques semblent également peser. Les griefs américains sont-ils réellement fondés ou traduisent-ils une volonté de sanctionner des gouvernements dont les orientations déplaisent à Washington ?

    L’African Growth and Opportunity Act (AGOA), l’un des principaux instruments de coopération commerciale entre les États-Unis et l’Afrique, est de nouveau au centre des tensions diplomatiques entre Washington et le continent. Cette fois, ce sont l’Afrique du Sud et le Rwanda qui se retrouvent dans le viseur de l’administration américaine. Dans un communiqué, le Bureau du représentant américain au Commerce (USTR) indique que Donald Trump a estimé que les deux gouvernements se sont livrés à des pratiques incompatibles avec les critères d’éligibilité au programme. La mesure doit prendre effet le 1er janvier 2027.

    Institué en 2000, l’AGOA permet aux pays africains remplissant certaines conditions d’exporter vers le marché américain une large gamme de produits en bénéficiant d’une exonération de droits de douane. Il constitue ainsi un levier important pour les exportations africaines, la création d’emplois et l’attractivité des économies bénéficiaires. Une exclusion représente donc bien davantage qu’un simple désaccord commercial.

    Si les deux pays sont concernés par la même décision, les reproches formulés à leur encontre ne sont pas identiques. Pour Pretoria, les tensions avec Washington sont anciennes et largement nourries par des divergences politiques et diplomatiques. Pour Kigali, les préoccupations américaines renvoient notamment à la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, sans oublier les questions de gouvernance et de droits humains.

    Pretoria et Kigali, deux dossiers différents

    L’Afrique du Sud entretient depuis plusieurs mois des relations particulièrement tendues avec l’administration Trump. Le président américain accuse notamment les autorités sud-africaines de persécuter la minorité blanche, particulièrement les Afrikaners. Une accusation rejetée par Pretoria, qui dénonce une présentation déformée de sa politique intérieure.

    La question foncière constitue également un sujet de discorde. La réforme engagée par le gouvernement sud-africain, qui autorise dans certaines circonstances l’expropriation de terres sans indemnisation, est vivement contestée par Washington. Pretoria défend, pour sa part, une politique destinée à corriger les profondes inégalités foncières héritées de l’apartheid.

    À ces différends s’ajoutent les critiques américaines contre les politiques de discrimination positive et de transformation économique en faveur de la majorité noire. Sur le terrain diplomatique, la procédure engagée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice et ses relations avec des pays comme l’Iran ont également contribué à détériorer les rapports avec Washington.

    Le cas rwandais présente un autre visage. Les tensions sont notamment liées à la situation dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Les États-Unis accusent Kigali de soutenir le mouvement rebelle M23, engagé dans des combats contre les forces gouvernementales congolaises. Le Rwanda a régulièrement contesté les accusations portées contre lui. Le soutien présumé au M23 a néanmoins entraîné des mesures de rétorsion américaines, notamment des sanctions visant le ministère rwandais de la Défense.

    Le communiqué américain évoque également, concernant les deux pays, des préoccupations relatives à l’État de droit, au pluralisme politique, aux droits des travailleurs et au respect des droits humains. Des griefs qui, en l’absence de précisions détaillées sur les pratiques reprochées à chaque gouvernement, méritent d’être examinés avec attention.

    Des justifications américaines réellement fondées ?

    C’est précisément là que se situe le débat. Les États-Unis sont-ils dans leur droit en conditionnant l’accès à leur marché au respect de certaines exigences politiques, économiques et institutionnelles ? Sur le principe, la réponse est affirmative. L’AGOA n’est pas un dispositif commercial sans conditions. Les pays bénéficiaires doivent notamment progresser dans le respect de l’État de droit, des droits humains, des droits des travailleurs et de l’économie de marché.

    Il serait donc difficile de contester à Washington le droit d’évaluer l’éligibilité des pays bénéficiaires à partir de ces critères. Toutefois, leur application soulève une question de cohérence et d’impartialité. Les exigences américaines sont-elles évaluées selon les mêmes standards pour tous les pays partenaires ? Les manquements reprochés à Pretoria et à Kigali sont-ils suffisamment documentés pour justifier une sanction commerciale de cette ampleur ?

    Dans le cas sud-africain, certaines critiques américaines semblent dépasser le strict cadre des critères de l’AGOA pour toucher à des choix politiques relevant de la souveraineté nationale. La réforme foncière, la transformation économique ou encore le positionnement diplomatique de Pretoria ne constituent pas automatiquement des violations des règles commerciales ou des principes démocratiques. Assimiler ces orientations à des motifs d’exclusion nécessite donc des justifications précises.

    Pour le Rwanda, les accusations relatives au soutien au M23 soulèvent une question plus directement liée à la stabilité régionale et aux intérêts sécuritaires. Si elles sont établies, elles peuvent légitimement susciter des réactions internationales. Mais là encore, les accusations doivent être distinguées des faits formellement établis, et les critères de gouvernance invoqués par Washington doivent être étayés.

    Au-delà des considérations juridiques, cette décision révèle surtout la place de plus en plus importante du commerce dans les rapports de force diplomatiques. L’accès préférentiel au marché américain devient ainsi un instrument de pression sur les gouvernements africains.

    Pour l’Afrique du Sud comme pour le Rwanda, les conséquences économiques pourraient être significatives, même si leur ampleur dépendra des secteurs concernés et de leur capacité à trouver d’autres débouchés. Pretoria, important bénéficiaire du dispositif, est particulièrement exposée, notamment dans les secteurs automobile et agricole.

    En définitive, Washington peut légitimement défendre ses intérêts et exiger le respect des conditions attachées à ses préférences commerciales. Mais encore faudrait-il que les motifs avancés soient précis, vérifiables et appliqués sans traitement différencié. Car si l’AGOA doit être un instrument de promotion de la bonne gouvernance et du commerce équitable, il ne saurait devenir un simple levier de récompense ou de sanction des gouvernements africains en fonction de leur proximité politique avec la Maison Blanche.

  • Le patron du football rwandais arrêté dans une affaire de chèque sans provision

    Le patron du football rwandais arrêté dans une affaire de chèque sans provision

    Le président de la Fédération rwandaise de football (FERWAFA), Fabrice Shema Ngoga, a été arrêté mardi 11 août 2026 dans le cadre d’une enquête portant sur un présumé chèque sans provision.

    Le football rwandais est secoué par une affaire judiciaire impliquant directement son plus haut responsable. Fabrice Shema Ngoga, président de la Rwanda Football Federation (FERWAFA), a été placé en détention par les autorités rwandaises, selon plusieurs sources concordantes.

    L’arrestation, intervenue le mardi 11 août, serait liée à une affaire de chèque présumé sans provision. Les circonstances précises de l’émission de ce chèque ainsi que le montant concerné n’ont pas, à ce stade, été clairement détaillés dans les informations disponibles.

    Une nouvelle secousse pour la fédération

    Cette affaire intervient alors que la FERWAFA avait déjà été confrontée à des dossiers mettant en cause certains de ses responsables. En septembre 2025, deux hauts responsables de la fédération avaient notamment été arrêtés par le Bureau d’enquête du Rwanda (RIB) dans une affaire portant sur des soupçons de détournement, de corruption et de falsification de documents.

    L’arrestation de Fabrice Shema Ngoga donne ainsi une dimension supplémentaire aux questions de gouvernance qui entourent la gestion du football rwandais.

    Il convient toutefois de souligner que l’arrestation ne vaut pas condamnation. Les faits reprochés au président de la FERWAFA devront être établis par l’enquête et, le cas échéant, par la justice rwandaise.

    La justice poursuit ses investigations

    Le Rwanda Investigation Bureau (RIB), chargé notamment de prévenir et d’enquêter sur les infractions, revendique une politique de lutte contre les pratiques financières frauduleuses. L’institution a récemment rappelé que l’émission de chèques sans provision peut exposer son auteur à des sanctions pénales au Rwanda.

    Pour la FERWAFA, l’enjeu dépasse désormais la situation personnelle de son président. L’affaire pourrait raviver le débat sur la transparence financière et la gouvernance des fédérations sportives africaines, à un moment où les organisations nationales sont appelées à gérer des ressources de plus en plus importantes.

    Les prochaines étapes de la procédure permettront de déterminer la nature exacte des charges retenues contre Fabrice Shema Ngoga et les suites judiciaires qui lui seront réservées.

  • Kagame à Lomé : le Togo, un nouveau carrefour diplomatique africain?

    Kagame à Lomé : le Togo, un nouveau carrefour diplomatique africain?

    La visite de travail du président rwandais Paul Kagame à Lomé, ce lundi 15 juin, dépasse largement le cadre protocolaire. Elle confirme l’émergence du Togo comme une plateforme diplomatique incontournable en Afrique et traduit la volonté des deux pays d’accélérer un partenariat devenu stratégique.

    Invité par Faure Gnassingbé, le chef de l’État rwandais effectue sa première visite officielle au Togo après plusieurs années de rapprochement discret mais constant entre Kigali et Lomé.

    Cette rencontre intervient dans un contexte particulier, marqué par la tenue à Lomé de la Convention et exposition africaines du transport aérien 2026, un rendez-vous continental qui réunit des décideurs politiques, des experts et des investisseurs autour de l’avenir de la connectivité africaine.

    Au-delà de l’agenda officiel, cette visite symbolise la convergence de deux modèles de gouvernance qui misent sur la modernisation des administrations, la digitalisation des services publics et l’attractivité économique. Depuis plusieurs années, le Togo s’inspire de certaines réussites rwandaises dans des secteurs clés tels que la transformation numérique, la logistique, la gouvernance publique et le climat des affaires.

    Lomé et Kigali cultivent également une proximité diplomatique sur plusieurs dossiers africains. Les deux capitales privilégient le dialogue, le pragmatisme et le renforcement des mécanismes africains de résolution des crises.

    Cette visite intervient aussi à un moment où le Togo multiplie les initiatives diplomatiques et accueille régulièrement des dirigeants étrangers, consolidant ainsi son statut de médiateur et de hub politique en Afrique de l’Ouest.

    Plus qu’une simple rencontre bilatérale, l’arrivée de Paul Kagame à Lomé est un signal envoyé au continent : l’Afrique des partenariats Sud-Sud gagne du terrain. Et le tandem Lomé-Kigali entend bien en devenir l’un des principaux moteurs.

  • Conflit dans l’est de la RDC: première visite à Kinshasa du nouveau médiateur de l’UA, Faure Gnassingbé

    Conflit dans l’est de la RDC: première visite à Kinshasa du nouveau médiateur de l’UA, Faure Gnassingbé

    Désigné nouveau médiateur de l’Union africaine dans le conflit qui déchire l’est de la RDC en remplacement du président angolais João Lourenço le 11 avril dernier, le chef de l’État togolais a effectué sa première visite sur le terrain à Kinshasa, mercredi 16 avril. Dans la capitale congolaise, Faure Gnassingbé a notamment rencontré son homologue, Félix Tshisekedi. 

    Accompagné de son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, le président togolais est arrivé à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), avec un peu de retard sur l’heure initialement prévue. Alors que son avion y était attendu pour 15 heures, l’appareil s’est finalement posé vers 16h30 sur le tarmac de l’aéroport de Ndjili.

    Faure Gnassingbé a ensuite directement pris la route de la cité de l’OUA, sur les hauteurs de Ngaliema, où se trouvent les bureaux du président congolais Félix Tshisekedi. C’est là que les deux dirigeants ont tenu leur première réunion depuis la nomination officielle de Faure Gnassingbé au poste de médiateur de l’Union africaine (UA) dans la crise qui secoue depuis près de trois ans l’est de la RDC.

    Selon une source à la présidence congolaise, leur tête-à-tête – dont rien n’a filtré – a duré environ deux heures, sans qu’il ne donne lieu à aucune déclaration à la sortie. « La RDC prend acte de cette désignation et nous espérons qu’elle va rapidement mettre fin au cycle de violences [dans l’est du pays] », s’est-on simplement contenté de faire savoir à Kinshasa.

    Un déplacement en forme de prise de contact

    Faure Gnassingbé a ensuite quitté la capitale congolaise dans la soirée, à l’issue d’un déplacement en forme de prise de contact avec un dossier complexe dans lequel il n’est, par ailleurs, plus le seul à offrir ses bons offices. Depuis le mois dernier, en effet, le Qatar mais aussi la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) sont entrés dans la danse.

    Alors que les deux dernières ont nommé quatre co-facilitateurs pour suivre ce dossier, Doha, qui a réussi à organiser le 18 mars dernier la première rencontre entre les présidents congolais et rwandais depuis plus d’un an, anime désormais aussi des discussions entre le M23 et le gouvernement congolais.

    Avant de se rendre en RDC pour inaugurer sa mission, Faure Gnassingbé s’était rendu dans la matinée à Luanda pour y rencontrer son prédécesseur, le président angolais João Lourenço, pour une sorte de passation de témoin entre les deux hommes. Si, là encore, leur rencontre s’est achevée sans aucune prise de parole, on sait toutefois que la situation dans l’est de la RDC a, logiquement, été au cœur de leur discussion.

    Source: RFI

  • Crise à l’est de la RDC : ce que pense Sena Alipui de la médiation de Faure Gnassingbé

    Crise à l’est de la RDC : ce que pense Sena Alipui de la médiation de Faure Gnassingbé

    La désignation de Faure Gnassingbé par l’Union africaine (UA) pour tenter de résoudre le conflit en cours dans l’est de la RDC serait une bonne option selon le sénateur Sena Alipui, deuxième vice-président de l’Union des forces de changement (UFC).

    Le président togolais succède à son homologue angolais João Lourenço qui assurait cette mission jusqu’au mois dernier. C’est autour donc de Faure Gnassingbé de jouer le rôle de médiateur entre la RDC et le Rwanda, accusé d’être le principal soutien du M23, un mouvement rebelle qui contrôle une partie importante de l’est de la RDC.

    « … joie et fierté »

    En effet, ce mardi 15 avril, à Lomé, l’ancien député a déclaré toute son admiration pour Faure Gnassingbé qui a su implémenter une diplomatie à même de permettre le choix du Togo comme médiateur dans la crise qui plombe l’est du pays de Patrice Lumumba.

    « Nous avons appris avec joie et fierté la désignation par l’Union Africaine (UA), du Président de la République, son Excellence monsieur Faure Essozimna GNASSINGBÉ, comme médiateur du conflit entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda », s’enflamme Sena Alipui, exprimant ses « admirations au Président de la République » d’une part et d’autre part ses « félicitations à notre diplomatie dont le dynamisme et les résultats antérieurs ont contribué à ce choix ».

    Défis

    Selon le deuxième vice-président de l’Union des forces de changement, le Togo reste un pays de paix. Ce qui se ressent un peu partout, convaincu-t-il. La preuve, il a été désigné pour jouer la médiation entre le Mali et la Côte d’Ivoire, le Niger et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO).

    Rien ne sera facile. « La complexité et la difficulté du conflit dans cette région sensible de notre continent, illustre le degré de confiance que notre institution continentale l’UA place dans la diplomatie Togolaise et notre Président. Ce choix est un honneur et une fierté pour le Togo mais aussi pour toute la CEDEAO où l’on ne compte plus les facilitations et médiations réussies du Togo », résume le jeune sénateur.

    Ce dernier précise qu’il a confiance au chef de l’Etat pour réussir sa mission parce qu’il bénéficie des soutiens de ses pairs…

  • Bienvenue au festin du sous-sol de la RDC !

    Bienvenue au festin du sous-sol de la RDC !

    Rwanda : 26.338 km², 14 millions d’habitants, une armée de 33 000 hommes. RDC : 2,345 millions de km², 102 millions d’habitants, une armée de 134 000 soldats. Au regard des enjeux, les Congolais seraient bien naïfs de croire que des sanctions suffiraient à dissuader Paul Kagame de soutenir le M23.

    Pourquoi donc les dirigeants congolais peinent-ils autant à mobiliser la communauté internationale, y compris l’Afrique, en faveur des sanctions contre le Rwanda pour son soutien au M23, alors que la collusion entre Kigali et le M23 semble attestée par les Nations unies ?

    À l’évidence, aucun pays ne voudrait se brouiller avec Paul Kagame, pour faire plaisir à Félix Tshisekedi. Non pas qu’ils contestent la responsabilité du Rwanda dans cette rébellion, mais il se trouve que le dirigeant rwandais a acquis, sur l’échiquier africain, une envergure telle que nul n’ose l’embarrasser, pour juste contenter les Congolais. Tous ont conscience que nous vivons une ère d’injustices, auxquelles les États réagissent non pas en fonction de la nature ou de la gravité des faits, mais en fonction du poids ou de l’importance de ceux qui les commettent ou les subissent.

    Plutôt que de s’agacer de l’indifférence bienveillante de la communauté internationale vis-à-vis du Rwanda, Félix Tshisekedi devrait peut-être convaincre son peuple de ce que le chemin de l’honneur, pour les Congolais, est de défendre leur patrie. Au regard des enjeux, les Congolais seraient bien naïfs de croire que des sanctions suffiraient à dissuader Paul Kagame de soutenir le M23, que le ministre congolais de la Communication lui-même qualifie de pantins.

    Mais comment combattre un M23 dont les forces semblent plus aguerries que l’armée congolaise ?

    Peut-être en redoublant d’efforts, de détermination et de sérieux. Que le Rwanda, pays de 14 millions d’habitants, tienne en respect la RDC et ses 102 millions d’âmes est une anomalie. Et que les rebelles du M23, même soutenus par les quelque 33 000 hommes de l’armée rwandaise, parviennent à mettre en difficulté l’armée de RDC et ses 134 000 hommes est une autre preuve des insuffisances d’un leadership systématiquement défaillant, dont Félix Tshisekedi n’est que l’impuissant héritier. Mobutu Sese Seko ne se souciait que de sa sécurité personnelle. Et sa tristement célèbre Division spéciale présidentielle, plus prompte à massacrer les étudiants sans défense qu’à défendre la patrie, a été incapable de lui sauver la mise, lorsqu’en 1997, Laurent-Désiré Kabila, porté par les troupes rwandaises et ougandaises, l’a renversé.

    Mais cette chute de Mobutu partait d’une faute politique, comme partout où des nationaux vont chercher des mercenaires ou des armées étrangères pour conquérir le pouvoir ou le conserver. D’ailleurs lorsque, n’en pouvant plus de la tutelle de ses parrains rwandais et ougandais, Kabila a voulu s’en émanciper, il a eu droit à une suite de petites guerres, un assassinat, puis des générations spontanées de rébellions, dont le M23 n’est que l’ultime succédané. Et, chaque fois, les dirigeants ont appelé au secours des voisins qui se sont révélés être de gloutons prédateurs, trop heureux d’avoir table ouverte au festin du sous-sol congolais.

    N’est-ce pas un peu cruel de suggérer que les prédateurs ont été conviés par les Congolais eux-mêmes ?

    Toute l’Afrique crierait à l’impérialisme si des Chinois, des Français ou des Américains s’introduisaient dans tel pays africain, pour extraire les minerais de son sous-sol, sans autre forme de procès. Que l’Afrique se mure dans le silence, pendant que d’autres nations africaines pillent impunément la RDC, scandalise d’autant que d’authentiques chantres de la souveraineté africaine justifieront leur coupable cupidité par l’incapacité des leaders congolais à faire le bonheur de leur peuple, en dépit de toutes ces richesses.

    En RDC, les guerres sont aussi juteuses pour les prédateurs qu’elles sont sanglantes pour le peuple. Et la fâcheuse tendance de nombre de dirigeants politiques congolais à confisquer personnellement une part de la richesse nationale n’est, au fond, qu’une autre guerre, des politiciens contre leur propre peuple. D’où la perplexité des Congolais, lorsqu’ils entendent ces mêmes dirigeants dénoncer le pillage de leurs richesses par tel ou tel voisin.

    Pour convaincre de la sincérité de leur révolte, il ne reste plus à ces politiciens qu’un sursaut de probité dans la gestion de la part qui échappe aux étrangers. Ainsi, leurs concitoyens pourraient, un jour, dire que les prédateurs nationaux, eux, au moins, savaient voler avec empathie.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca (RFI) du 25 janvier 2025

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