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  • Edito/RDC: le plus dur commence

    Edito/RDC: le plus dur commence

    Se qualifier est une étape, participer est un autre défi. L’histoire du football regorge d’équipes qui ont brillé en éliminatoires pour ensuite sombrer lors de la phase finale.

    Il aura fallu attendre 52 longues années pour revoir la République démocratique du Congo sur la scène mondiale. Depuis l’épopée de 1974, gravée dans les mémoires comme un moment fondateur du football congolais, les Léopards ont traversé des décennies d’espoirs déçus, de transitions et de reconstructions. Mais cette fois, c’est fait : grâce à une victoire étriquée mais ô combien précieuse (1-0) face à la Jamaïque dans la nuit de ce mardi 31 mars, la RDC valide son ticket pour la Coupe du monde 2026.

    L’explosion de joie est à la hauteur de l’attente. Dans les rues de Kinshasa comme dans toute la diaspora, c’est un soulagement collectif, une fierté retrouvée. Car cette qualification ne tient pas seulement à un score, elle symbolise un renouveau. Celui d’un groupe qui a su apprendre de ses erreurs, d’un encadrement qui a patiemment bâti une équipe compétitive, et d’un pays qui n’a jamais cessé de croire en son potentiel footballistique.

    Mais derrière l’euphorie légitime se cache une vérité plus exigeante : le plus dur commence maintenant.

    Se qualifier est une étape, participer est un autre défi. L’histoire du football regorge d’équipes qui ont brillé en éliminatoires pour ensuite sombrer lors de la phase finale. Et la RDC le sait mieux que quiconque. En 1974, les Léopards avaient payé au prix fort leur manque de préparation et d’expérience à ce niveau. Aujourd’hui, le contexte est différent, mais les exigences du très haut niveau restent implacables.

    La Coupe du monde n’est pas un terrain d’apprentissage. C’est un théâtre où se confrontent les meilleures nations, des équipes rodées, tactiquement disciplinées, mentalement aguerries. Pour la RDC, il ne s’agira plus seulement de jouer avec le cœur, mais avec rigueur, intelligence et constance. Chaque détail comptera : la préparation physique, la cohésion du groupe, la gestion de la pression, et surtout la capacité à élever son niveau de jeu face à des adversaires d’une autre dimension.

    Cette qualification doit donc être le point de départ d’un travail encore plus rigoureux. Les autorités sportives, le staff technique et les joueurs eux-mêmes sont désormais face à une responsabilité historique : représenter dignement la nation, mais aussi éviter de revivre les désillusions du passé. Il faudra renforcer l’effectif, multiplier les matchs de haut niveau, et construire une identité de jeu claire et ambitieuse.

    Car au-delà des résultats, c’est aussi une image que la RDC renvoie au monde. Celle d’un football africain capable de rivaliser, de surprendre, voire de s’imposer. Le talent est là, indéniablement. Reste à le canaliser, à le structurer et à le sublimer.

    La qualification pour le Mondial 2026 est une victoire. Mais elle ne doit pas être une finalité. Elle est une promesse. Celle d’un avenir à écrire, d’un défi à relever, d’une histoire à réinventer.

    Après 52 ans d’attente, la RDC retrouve la Coupe du monde. Désormais, il ne s’agit plus d’y être. Il s’agit d’y exister.

  • RDC–Jamaïque : un duel décisif aux allures de tournant

    RDC–Jamaïque : un duel décisif aux allures de tournant

    À la veille d’un rendez-vous crucial, la République démocratique du Congo (RDC) se retrouve face à une opportunité réelle de renforcer ses ambitions de qualification pour la Coupe du monde 2026. Opposés à la Jamaïque ce 31 mars, les Léopards savent qu’une victoire pourrait constituer un pas déterminant vers le prestigieux tournoi mondial. Mais dans ce type de confrontation, rien n’est jamais acquis d’avance.

    Sur le papier, la RDC dispose d’arguments solides. L’effectif congolais, riche en talents évoluant dans des championnats compétitifs, a montré ces derniers mois une progression notable dans le jeu collectif et la discipline tactique. La solidité défensive, combinée à une capacité à se projeter rapidement vers l’avant, offre aux Léopards un équilibre intéressant. Dans ce contexte, battre la Jamaïque apparaît comme un objectif à portée de main, à condition de rester concentré et efficace dans les moments clés.

    Cependant, la Jamaïque n’est pas un adversaire à sous-estimer. Les Reggae Boyz possèdent eux aussi des atouts indéniables, notamment une grande puissance physique, de la vitesse sur les ailes et une capacité à exploiter les espaces laissés par leurs adversaires. Leur style de jeu direct peut poser de sérieux problèmes à toute équipe qui manquerait de vigilance. Ce match s’annonce donc particulièrement ouvert, avec deux sélections déterminées à saisir leur chance.

    Au-delà des statistiques et des analyses, une réalité s’impose : un match ne se gagne que sur le terrain. Les pronostics, aussi favorables soient-ils, ne garantissent rien. La RDC devra faire preuve de rigueur, de réalisme et surtout d’un mental solide pour espérer l’emporter. La gestion des temps forts et des moments de doute sera déterminante dans l’issue de la rencontre.

    De son côté, la Jamaïque aborde ce duel sans complexe. Consciente de l’enjeu, elle pourrait miser sur une stratégie agressive pour surprendre les Congolais dès les premières minutes. Cette approche pourrait rendre la rencontre encore plus imprévisible, avec des phases de jeu intenses et des retournements de situation possibles.

    Ce choc entre la RDC et la Jamaïque dépasse ainsi le simple cadre d’un match. Il s’agit d’un véritable test de maturité pour deux équipes qui aspirent à une place sur la scène mondiale. Chacune possède les moyens de faire la différence, chacune a ses chances de qualification, et c’est précisément ce qui rend cette confrontation aussi captivante.

    Pour les supporters congolais, l’espoir est permis. Mais il devra s’accompagner de prudence. Dans le football moderne, aucune victoire ne se décrète à l’avance. Seule la performance du jour comptera. Si les Léopards parviennent à imposer leur rythme et à exploiter leurs occasions, ils pourraient se rapprocher un peu plus de leur rêve mondial. Dans le cas contraire, la Jamaïque pourrait bien rebattre les cartes.

    Une chose est certaine : le verdict se jouera sur le terrain, et le spectacle promet d’être à la hauteur des attentes.

  • En RDC, un tribunal pour traquer les prédateurs de l’État

    En RDC, un tribunal pour traquer les prédateurs de l’État

    Le président congolais Félix Tshisekedi a signé ce week-end une ordonnance créant un tribunal pénal économique et financier. Cette nouvelle juridiction aura pour mission de juger les affaires liées à la corruption, aux détournements de fonds publics et au blanchiment de capitaux. Un parquet spécialisé y sera également rattaché afin de renforcer l’efficacité des poursuites.

    La réforme part d’un constat préoccupant : de nombreux dossiers transmis aux parquets par les services de contrôle ou de renseignement restaient sans suite, faute d’expertise suffisante au sein de la magistrature sur les questions financières complexes. En créant une juridiction spécialisée, les autorités congolaises entendent donc doter la justice d’un instrument plus adapté pour combattre les crimes économiques qui minent l’État.

    Une initiative qui répond à une réalité préoccupante

    Dans un pays comme la République démocratique du Congo, la création d’un tribunal pénal économique et financier peut apparaître comme une nécessité. Depuis des décennies, la corruption et les détournements de fonds publics figurent parmi les maux qui freinent le développement du pays. Les scandales financiers impliquant des responsables publics se succèdent, alimentant une profonde défiance de la population envers les institutions.

    Les rapports d’organisations nationales et internationales dénoncent régulièrement l’ampleur des pertes financières liées à la mauvaise gestion ou aux détournements de ressources publiques. Dans ces conditions, renforcer les capacités de la justice pour traquer les auteurs de crimes économiques apparaît comme une démarche légitime.

    Un tribunal spécialisé pourrait en effet permettre d’accélérer le traitement des dossiers, de mobiliser des magistrats formés aux questions financières et de réduire l’impunité dont bénéficient souvent les auteurs de détournements. S’il fonctionne de manière indépendante et transparente, cet outil judiciaire pourrait contribuer à restaurer la confiance des citoyens et envoyer un signal fort aux gestionnaires des fonds publics.

    L’enjeu crucial de l’indépendance judiciaire

    Mais si l’initiative peut être saluée sur le principe, son efficacité dépendra largement de la manière dont cette juridiction sera utilisée. Dans plusieurs pays africains, les dispositifs de lutte contre la corruption ont parfois été accusés d’être instrumentalisés à des fins politiques.

    L’exemple le plus souvent cité reste celui de l’Opération Épervier lancée au Cameroun sous la présidence de Paul Biya. Officiellement destinée à combattre la corruption au sein de l’État, cette campagne judiciaire a conduit à l’arrestation de plusieurs hauts responsables. Toutefois, de nombreux observateurs ont estimé que cette opération avait parfois servi à écarter ou intimider des personnalités perçues comme de potentiels rivaux politiques.

    Ce précédent alimente aujourd’hui les interrogations sur les mécanismes de lutte contre la corruption dans les régimes où la justice peine encore à affirmer pleinement son indépendance. Si le nouveau tribunal congolais devait être utilisé pour régler des comptes politiques ou neutraliser des adversaires, il risquerait de perdre toute crédibilité.

    Entre espoir et vigilance

    La création du tribunal pénal économique et financier ouvre donc une nouvelle étape dans la lutte contre la corruption en RDC. Sur le papier, l’initiative constitue une avancée importante dans un pays où les crimes économiques ont longtemps prospéré dans un climat d’impunité.

    Mais pour que cette réforme produise les effets attendus, plusieurs conditions devront être réunies : une véritable indépendance des magistrats, des procédures transparentes et une application équitable de la loi, quel que soit le statut des personnes poursuivies.

    Car la lutte contre la corruption ne peut être efficace que si elle est perçue comme juste et impartiale. Si ce tribunal devient un outil pour traquer les véritables prévaricateurs et protéger les ressources publiques, il pourrait marquer un tournant dans la gouvernance congolaise. Mais s’il se transforme en arme politique, il risque au contraire d’affaiblir davantage la confiance déjà fragile entre l’État et les citoyens.

  • Koffi et Cindy, enfin unis

    Koffi et Cindy, enfin unis

    C’est une union qui fait vibrer la scène musicale congolaise. Après plus de vingt ans de collaboration artistique et de relation sentimentale, Koffi Olomidé et Cindy Le Cœur ont officialisé leur amour à travers un mariage civil célébré à Kinshasa, en République démocratique du Congo.

    Une nouvelle page s’ouvre ainsi pour le « Grand Mopao » et celle qui fut longtemps sa choriste vedette avant de devenir sa partenaire de vie.

    Une histoire de fidélité artistique et amoureuse

    La relation entre Koffi Olomidé et Cindy Le Cœur ne date pas d’hier. Entrée dans l’orchestre Quartier Latin au début des années 2000, Cindy s’est progressivement imposée comme l’une des voix féminines majeures du groupe. Sa présence scénique, son timbre suave et sa fidélité à l’artiste ont contribué à forger un duo complice, aussi bien sur scène que dans la sphère privée.

    Durant deux décennies, leur proximité a alimenté les rumeurs, les spéculations et les débats passionnés au sein de l’opinion publique congolaise. Entre démentis, silences stratégiques et apparitions remarquées lors de grands événements, le couple a entretenu un certain mystère.

    Ce mariage vient donc mettre fin aux interrogations : oui, l’histoire était bien réelle, et elle s’inscrit désormais dans un cadre officiel.

    Un mariage symbolique

    La cérémonie civile, organisée dans une ambiance sobre mais élégante, a réuni proches, amis et quelques figures du monde culturel. Si l’événement s’est voulu discret, les images relayées sur les réseaux sociaux ont rapidement enflammé la toile.

    Pour de nombreux fans, cette union représente plus qu’un simple mariage : elle symbolise la consécration d’un amour longtemps exposé aux vents contraires. Cindy Le Cœur, souvent perçue comme l’ombre fidèle du maestro, accède désormais à un statut officiel aux côtés de l’icône de la rumba congolaise.

    Pour Koffi Olomidé, cette union marque également un tournant personnel. Après son divorce prononcé en 2022 avec son ex-épouse Aliya, l’artiste semblait déterminé à clarifier sa situation sentimentale. Ce remariage apparaît ainsi comme une volonté d’assumer publiquement son choix de vie.

    Réactions contrastées

    Comme souvent avec les grandes figures publiques, les réactions sont partagées. De nombreux admirateurs saluent un « amour patient » et félicitent le couple pour cette étape décisive. D’autres, plus critiques, évoquent les polémiques passées entourant la vie privée du chanteur.

    Mais au-delà des débats, une réalité s’impose : Koffi Olomidé demeure une figure incontournable de la musique africaine, et chaque événement de sa vie personnelle prend une dimension médiatique majeure.

    Une nouvelle ère pour le couple

    Au plan artistique, cette officialisation pourrait également renforcer la dynamique du duo. Cindy Le Cœur, déjà bien installée dans le paysage musical congolais, pourrait voir son rôle évoluer davantage, aussi bien dans les productions que sur les grandes scènes internationales.

    Mariés civilement, les deux artistes semblent décidés à écrire un nouveau chapitre, à la fois intime et professionnel.

    Dans un univers où les histoires d’amour résistent rarement à l’épreuve du temps et de la célébrité, Koffi et Cindy choisissent d’afficher leur union au grand jour. Un pari sur l’avenir, sous le regard attentif de tout un continent.

  • Est de la RDC : une diplomatie régionale sous tension autour de Tshisekedi

    Est de la RDC : une diplomatie régionale sous tension autour de Tshisekedi

    La rencontre entre le président congolais Félix Tshisekedi et ses homologues angolais João Lourenço et togolais Faure Gnassingbé, en Angola, s’inscrit dans un contexte régional explosif marqué par la persistance de l’insécurité dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

    Loin d’être une simple réunion protocolaire, ce tête-à-tête à trois révèle les limites, mais aussi les recompositions, de la diplomatie africaine face à l’un des conflits les plus complexes du continent.

    Tête-à-tête Tshisekedi, Lourenço et Gnassingbé

    En effet, depuis plusieurs mois, la situation sécuritaire dans le Nord-Kivu et l’Ituri se dégrade, avec la résurgence du M23 et la multiplication des groupes armés locaux et étrangers. Malgré les initiatives diplomatiques successives – processus de Luanda, de Nairobi, déploiement de forces régionales –, la paix reste hors de portée. C’est dans ce contexte que Félix Tshisekedi cherche à relancer une dynamique politique, en s’appuyant sur deux figures clés de la médiation africaine.

    João Lourenço, président de l’Angola, est au cœur du processus de Luanda et s’est imposé comme un médiateur incontournable entre Kinshasa et Kigali. Son implication traduit la volonté de l’Angola de consolider son rôle de puissance stabilisatrice en Afrique centrale. Mais les résultats concrets de cette médiation restent mitigés, tant les accusations mutuelles entre la RDC et le Rwanda continuent d’empoisonner les relations régionales.

    La présence de Faure Gnassingbé, président du Togo, est plus révélatrice encore. Désigné par l’Union africaine comme médiateur dans le conflit entre la RDC et le Rwanda, il incarne une diplomatie plus discrète, mais active. Son implication signale la volonté de l’UA de reprendre la main sur un dossier longtemps dominé par des initiatives sous-régionales parfois concurrentes. Elle témoigne aussi d’une recherche de compromis africain, face à l’échec relatif des pressions internationales.

    Cependant, cette diplomatie à plusieurs niveaux se heurte à une réalité brutale : sur le terrain, les armes continuent de parler. Les populations civiles de l’est de la RDC restent les premières victimes d’un conflit qui mêle enjeux sécuritaires, rivalités géopolitiques et intérêts économiques liés aux ressources naturelles. Les rencontres au sommet, aussi stratégiques soient-elles, peinent à produire des effets durables sans une volonté politique forte et coordonnée de l’ensemble des acteurs impliqués.

    En se rendant en Angola, Félix Tshisekedi envoie un message clair : la solution au drame de l’est congolais ne peut être que régionale et africaine. Reste à savoir si cette nouvelle séquence diplomatique saura dépasser les déclarations de principe pour se traduire, enfin, par une désescalade réelle sur le terrain. L’histoire récente invite à la prudence.

  • Laurent-Désiré Kabila assassiné il y a 25 ans

    Laurent-Désiré Kabila assassiné il y a 25 ans

    Il y a 25 ans, jour pour jour, Laurent-Désiré Kabila, le président de la République démocratique du Congo, était assassiné dans son bureau au Palais de Marbre à Kinshasa.

    C’était le 16 janvier 2001. Il a été abattu par son garde du corps, Rashidi Kasereka, un ancien enfant-soldat, qui a été tué à son tour par Eddy Kapend, l’aide de camp de Kabila . Kabila, surnommé “Mzee” (le sage en swahili), était un héros national pour certains, mais un dictateur pour d’autres.

    En effet, il avait pris le pouvoir en 1997, mettant fin à la dictature de 32 ans de Mobutu Sese Seko. Cependant, son régime était marqué par la corruption, la répression et les échecs économiques.

    L’assassinat de Kabila a été suivi d’une période de confusion et de rumeurs, et ce n’est que deux jours plus tard, le 18 janvier 2001, que le gouvernement congolais a officiellement annoncé sa mort. Son fils, Joseph Kabila, lui a succédé à la présidence. Ce dernier a dirigé la RDC pendant presque deux décennies avant de permettre l’alternance ayant porté au pouvoir Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

  • Ce beau et juteux métier!

    Ce beau et juteux métier!

    156 millions de dollars imputés à Matata Ponyo, condamné à dix ans de prison, en mai dernier ; 50 millions, pour Vital Kamerhe, condamné en 2020, puis acquitté en 2022 ; 19 millions, aujourd’hui, qu’est présumé avoir détournés Constant Mutamba… En RDC, le peuple vivote en francs congolais, et l’élite détourne et s’engraisse en dizaines, sinon en centaines de millions de dollars. Faites de la politique ! Vous deviendrez riches !

    Indexé pour avoir détourné 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison, le Garde des Sceaux de la RDC a dû démissionner. Privé, par l’Assemblée nationale, du dernier verrou qui le protégeait, Constant Mutamba est désormais passible de poursuites. N’est-ce pas, là, un triomphe de l’État de droit ?

    Il faudra sans doute attendre encore un peu, pour crier victoire, dans cet environnement où les politiques, pour échapper à la justice, débordent de manigances et de subterfuges. Parce que le courage d’une démission est plutôt rare sous ces latitudes, la décision du ministre, en soi, est une excellente nouvelle. Les politiciens ont une fâcheuse tendance à se cramponner aux postes et aux privilèges, même lorsqu’ils ont atteint leurs limites, ou qu’ils ont simplement échoué. Même compromis ou discrédités, ils n’aiment pas céder la place à plus valeureux qu’eux. Et cette propension à se croire propriétaires, à tout jamais, des fonctions qui leur sont confiées, pèse de son poids mort dans la difficulté, pour l’Afrique, à avancer, à se développer.

    Certes, Constant Mutamba aurait pu prendre les devants, sans attendre d’être désavoué par l’Assemblée nationale. Il aurait ainsi préservé sa dignité, plutôt que de s’épuiser à quémander une bouée de sauvetage du chef de l’Etat, à coups de serments d’allégeance et de pathétiques assurances de loyauté. On imagine qu’il doit beaucoup à Félix Tshisekedi, qui lui a octroyé, à 36 ans, un portefeuille d’importance, la Justice, avec un rang de ministre d’État que ne justifiait certainement pas son score de 0,20 % des voix à la dernière présidentielle.

    N’est-il pas plutôt flamboyant, le bilan qu’il dresse de l’année qu’il vient de passer au ministère de la Justice ?

    Il semble tellement flamboyant, que l’on se demande si Constant Mutamba a effectivement réalisé tout ce qu’il décrit. Il lui fallait être un pur génie, pour réussir, en tout juste treize mois, à transformer le champ de ruines du système judiciaire congolais en un tableau si idyllique. À moins que, dans son esprit, les grandes ambitions qu’il disait nourrir pour la Justice soient, d’office, considérées comme des projets aboutis, dès lors qu’il en a rêvé. C’est un tout aussi authentique exploit que d’être parvenu, en si peu de temps, à brouiller les traces de 19 millions de dollars. Certes, en matière de détournement de deniers publics, la RDC nous a habitués à une certaine démesure. Et la petite poignée qui finit parfois devant la justice est rarement faite de… gagne-petit.

    À qui donc pensez-vous ?

    Il y a tout juste un mois, l’ancien Premier ministre Matata Ponyo était condamné, avec quelques comparses, à dix ans de prison, pour un détournement… de 156 millions de dollars ! La plus grande frustration des Congolais découle de ce que cet ancien Premier ministre, en quatre ans de saga judiciaire, ne s’est pratiquement jamais expliqué sur le fond. Plutôt que de convaincre ses concitoyens de sa probité, il préférait disqualifier les juridictions saisies dans son affaire.

    Vital Kamerhe, aujourd’hui quatrième personnage de l’État, a écopé de 20 ans de prison, en 2020, pour un détournement de quelque 50 millions de dollars. Après une généreuse réduction de la peine, cette affaire a donné lieu, en appel, à un spectaculaire acquittement. Que d’aucuns avaient qualifié de politique, alors que se nouaient, en 2022, les alliances en vue de la présidentielle de 2023.

    Ajoutés aux 19 millions imputés à Constant Mutamba, cela fait 225 millions de dollars, pour seulement trois figures politiques. En RDC, le peuple vivote en franc congolais, tandis que l’élite politique s’engraisse, en centaines de millions de dollars. Les populations y meurent par milliers, sur les voies fluviales, les lignes de chemin de fer, les routes et pistes du pays. Elles crèvent autant dans les dispensaires et hôpitaux mal équipés. C’est ici que l’on se met à rêver du nombre de milliers de Congolais qui échapperaient à une mort certaine, si ces montants faramineux, plutôt que d’atterrir dans les poches de politiciens indélicats, parvenaient au Trésor public !

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 21 juin 2025 sur RFI

  • Petite décrispation à Kinshasa

    Petite décrispation à Kinshasa

    Dans la rencontre de ce 5 juin entre Martin Fayulu et Félix Tshisekedi, certains voient une victoire politique pour le chef de l’État congolais, tandis que d’autres soupçonnent un ralliement et parlent d’opposition, de connivence. Comment se faire un avis, avec des appréciations aussi contrastées ?

    D’abord, une certitude : cette rencontre est un événement marquant de la vie politique congolaise. Mais, avant de tirer des conclusions définitives sur les motivations de l’opposant Martin Fayulu, comme sur la sincérité du président congolais Félix Tshisekedi, les Congolais devraient observer calmement l’évolution de ce nouveau climat. En mettant une multitude de guillemets bien solides au substantif « rapprochement ». 

    Le diagnostic posé par Martin Fayulu se fonde sur des réalités que vivent douloureusement, dans leur chair, des millions de Congolais. Oui, la RDC est dans une passe difficile, et même en danger ! Oui, le sang des Congolais a trop coulé. Mais, devant un tel tableau, les leaders politiques devraient-ils constater et laisser faire, en espérant voir le chef de l’État déstabilisé, disqualifié ou renversé ? Ou alors surmonter les rancœurs pour sauver l’essentiel, qui peut encore l’être ? 

    Voici venus les jours où les hommes d’État, ayant le sens du sacrifice et de l’intérêt général, se distinguent. À l’opposé des tacticiens de la politique, qui rapportent tout au profit personnel qu’ils peuvent en tirer. Au regard du contentieux historique entre lui et Félix Tshisekedi, il a probablement fallu à Martin Fayulu un certain courage, pour oser une telle initiative.

    Accusations de se positionner en candidat au poste de Premier ministre

    Est-ce pour cela que certains le soupçonnent de se positionner pour le poste de Premier ministre ? Dans ce monde, beaucoup aiment prêter aux autres leurs propres mesquineries. Le souci de l’intégrité territoriale et des victimes du M23 ne devrait pas être irrémédiablement suspect. Il est facile, pour chacun, de désigner l’autre comme opposition de connivence, de se proclamer opposition de rupture, à bonne distance de l’opposition armée. Mais, certains se positionnent à leur manière, en laissant la gangrène se propager, avec le cynique et secret espoir que la déconfiture aura raison du pouvoir qu’ils combattent et leur profiterait. 

    Comme Premier ministre, Martin Fayulu, qui sait, serait peut-être moins incompétent que d’autres. Après tout, en 2018, lorsque son nom a surgi dans la présidentielle en RDC, les échos venant de Bamako vantaient ses qualités de dirigeant, du temps où il officiait à la tête de la compagnie ExxonMobil, au Mali. La jeunesse y admirait son leadership stimulant, il l’incitait à se surpasser, accroissait la productivité de tous et de chacun, en payant mieux les salariés. Cela ne garantit évidemment rien. Mais, s’il était finalement l’exception, qui confirmerait la règle de l’incurie généralisée ?

    Félix Tshisekedi et Martin Fayulu pointent accusent Joseph Kabila

    Martin Fayulu et Félix Tshisekedi accusent ouvertement Joseph Kabila d’être derrière la rébellion du M23. Joseph Kabila avait sous-estimé Félix Tshisekedi, qu’il espérait sans doute manipuler, comme tant de politiques, plus préoccupés par leurs intérêts tortueux que par le destin de leur peuple. Et si lui-même faisait partie du problème ? Avant 1997, il était totalement inconnu des Congolais. Puis, en janvier 2001, du jour au lendemain, il s’est retrouvé aux commandes de ce grand pays, au mépris de tout cadre constitutionnel. Son grand mérite était d’être le fils de Laurent-Désiré Kabila, assassiné par une main aussi mystérieuse que les intérêts opaques des armées étrangères qui l’avaient porté au pouvoir, quatre ans plus tôt. À la faveur d’une rébellion expéditive, les Congolais ont donc eu le père pendat quatre ans, et le fils pendant 18 ans. En pure perte, comme les 32 ans de Mobutu ! 

    Et personne ne s’étonne de cette maladresse qui consiste, pour un ancien chef de cet État-là, à transiter, pour regagner sa patrie, par Kigali, capitale accusée de télécommander la rébellion du M23. Et il n’imagine pas que s’afficher avec les mêmes rebelles, à Goma sous contrôle, est une faute politique. Quel consternant désastre serait-ce, si le sursaut auquel appelle Martin Fayulu devait consister à seulement redistribuer les places autour de la mangeoire, sous les yeux ahuris d’un peuple congolais qui, depuis six décennies, résiste frénétiquement à l’avilissement !

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 7 juin 2025 sur RFI


  • Conflit dans l’est de la RDC: première visite à Kinshasa du nouveau médiateur de l’UA, Faure Gnassingbé

    Conflit dans l’est de la RDC: première visite à Kinshasa du nouveau médiateur de l’UA, Faure Gnassingbé

    Désigné nouveau médiateur de l’Union africaine dans le conflit qui déchire l’est de la RDC en remplacement du président angolais João Lourenço le 11 avril dernier, le chef de l’État togolais a effectué sa première visite sur le terrain à Kinshasa, mercredi 16 avril. Dans la capitale congolaise, Faure Gnassingbé a notamment rencontré son homologue, Félix Tshisekedi. 

    Accompagné de son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, le président togolais est arrivé à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), avec un peu de retard sur l’heure initialement prévue. Alors que son avion y était attendu pour 15 heures, l’appareil s’est finalement posé vers 16h30 sur le tarmac de l’aéroport de Ndjili.

    Faure Gnassingbé a ensuite directement pris la route de la cité de l’OUA, sur les hauteurs de Ngaliema, où se trouvent les bureaux du président congolais Félix Tshisekedi. C’est là que les deux dirigeants ont tenu leur première réunion depuis la nomination officielle de Faure Gnassingbé au poste de médiateur de l’Union africaine (UA) dans la crise qui secoue depuis près de trois ans l’est de la RDC.

    Selon une source à la présidence congolaise, leur tête-à-tête – dont rien n’a filtré – a duré environ deux heures, sans qu’il ne donne lieu à aucune déclaration à la sortie. « La RDC prend acte de cette désignation et nous espérons qu’elle va rapidement mettre fin au cycle de violences [dans l’est du pays] », s’est-on simplement contenté de faire savoir à Kinshasa.

    Un déplacement en forme de prise de contact

    Faure Gnassingbé a ensuite quitté la capitale congolaise dans la soirée, à l’issue d’un déplacement en forme de prise de contact avec un dossier complexe dans lequel il n’est, par ailleurs, plus le seul à offrir ses bons offices. Depuis le mois dernier, en effet, le Qatar mais aussi la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) sont entrés dans la danse.

    Alors que les deux dernières ont nommé quatre co-facilitateurs pour suivre ce dossier, Doha, qui a réussi à organiser le 18 mars dernier la première rencontre entre les présidents congolais et rwandais depuis plus d’un an, anime désormais aussi des discussions entre le M23 et le gouvernement congolais.

    Avant de se rendre en RDC pour inaugurer sa mission, Faure Gnassingbé s’était rendu dans la matinée à Luanda pour y rencontrer son prédécesseur, le président angolais João Lourenço, pour une sorte de passation de témoin entre les deux hommes. Si, là encore, leur rencontre s’est achevée sans aucune prise de parole, on sait toutefois que la situation dans l’est de la RDC a, logiquement, été au cœur de leur discussion.

    Source: RFI

  • Crise à l’est de la RDC : ce que pense Sena Alipui de la médiation de Faure Gnassingbé

    Crise à l’est de la RDC : ce que pense Sena Alipui de la médiation de Faure Gnassingbé

    La désignation de Faure Gnassingbé par l’Union africaine (UA) pour tenter de résoudre le conflit en cours dans l’est de la RDC serait une bonne option selon le sénateur Sena Alipui, deuxième vice-président de l’Union des forces de changement (UFC).

    Le président togolais succède à son homologue angolais João Lourenço qui assurait cette mission jusqu’au mois dernier. C’est autour donc de Faure Gnassingbé de jouer le rôle de médiateur entre la RDC et le Rwanda, accusé d’être le principal soutien du M23, un mouvement rebelle qui contrôle une partie importante de l’est de la RDC.

    « … joie et fierté »

    En effet, ce mardi 15 avril, à Lomé, l’ancien député a déclaré toute son admiration pour Faure Gnassingbé qui a su implémenter une diplomatie à même de permettre le choix du Togo comme médiateur dans la crise qui plombe l’est du pays de Patrice Lumumba.

    « Nous avons appris avec joie et fierté la désignation par l’Union Africaine (UA), du Président de la République, son Excellence monsieur Faure Essozimna GNASSINGBÉ, comme médiateur du conflit entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda », s’enflamme Sena Alipui, exprimant ses « admirations au Président de la République » d’une part et d’autre part ses « félicitations à notre diplomatie dont le dynamisme et les résultats antérieurs ont contribué à ce choix ».

    Défis

    Selon le deuxième vice-président de l’Union des forces de changement, le Togo reste un pays de paix. Ce qui se ressent un peu partout, convaincu-t-il. La preuve, il a été désigné pour jouer la médiation entre le Mali et la Côte d’Ivoire, le Niger et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO).

    Rien ne sera facile. « La complexité et la difficulté du conflit dans cette région sensible de notre continent, illustre le degré de confiance que notre institution continentale l’UA place dans la diplomatie Togolaise et notre Président. Ce choix est un honneur et une fierté pour le Togo mais aussi pour toute la CEDEAO où l’on ne compte plus les facilitations et médiations réussies du Togo », résume le jeune sénateur.

    Ce dernier précise qu’il a confiance au chef de l’Etat pour réussir sa mission parce qu’il bénéficie des soutiens de ses pairs…

Radio Renouveau228

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