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  • Lilian Brassier : le Togo, un choix par conviction ou faute de mieux ?

    Lilian Brassier : le Togo, un choix par conviction ou faute de mieux ?

    Ancien international français chez les jeunes, le défenseur de l’Eintracht Francfort a finalement opté pour les Éperviers à 27 ans. Si son arrivée constitue un renfort potentiel pour la défense togolaise, elle soulève aussi une question : le Togo représente-t-il un véritable choix sportif ou une solution de repli après avoir compris que les portes de l’équipe de France A resteraient difficilement accessibles ?

    Le Togo tient peut-être l’un de ses renforts défensifs les plus intéressants de ces dernières années. Lilian Brassier, défenseur central de l’Eintracht Francfort, figure dans la liste des 25 joueurs convoqués par le sélectionneur Patrice Neveu pour la double confrontation contre l’Algérie, les 14 et 17 novembre prochains, dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2027. À 27 ans, le joueur s’apprête ainsi à ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière internationale en portant les couleurs du pays de sa mère.

    Né à Argenteuil, en région parisienne, d’un père guadeloupéen et d’une mère togolaise, Brassier a auparavant fréquenté les sélections françaises U18, U19 et U20. Il n’a cependant jamais franchi le dernier palier pour intégrer les Bleus chez les seniors. Après plusieurs mois de réflexion et des sollicitations répétées du Togo, il a finalement donné son accord à Patrice Neveu.

    La France inaccessible, le Togo comme nouvelle destination ?

    Difficile de ne pas s’interroger sur les motivations profondes de ce choix. À 27 ans, Brassier n’est plus un jeune espoir en attente de progression. Il évolue dans un championnat européen majeur et possède déjà une expérience appréciable du football professionnel, notamment avec Rennes, Brest et l’Olympique de Marseille. Mais malgré son parcours, l’équipe de France A ne lui a jamais ouvert ses portes.

    Est-il devenu convaincu qu’il n’aurait pratiquement aucune chance de rejoindre les Bleus et qu’il était désormais préférable de se tourner vers le pays de sa mère ? Rien ne permet d’affirmer que cette motivation constitue la raison officielle de sa décision. Toutefois, la question mérite d’être posée. Dans le football moderne, le choix d’une sélection nationale relève parfois autant d’une aspiration identitaire que d’un calcul de carrière et de perspectives sportives.

    L’histoire du football africain est d’ailleurs riche de ces joueurs formés ou nés en Europe qui ont finalement choisi de représenter le pays de leurs parents. Certains ont pleinement réussi leur pari. Riyad Mahrez, né en France, a choisi l’Algérie en 2014. Il est devenu l’un des principaux artisans du sacre des Fennecs à la CAN 2019, après avoir remporté la Premier League avec Leicester et Manchester City ainsi que la Ligue des champions avec ce dernier.

    Pierre-Emerick Aubameyang constitue un autre exemple parlant. Né à Laval, passé par les sélections françaises de jeunes, il a choisi le Gabon, pays de son père. Avec 68 sélections et 29 buts selon le bilan publié par la BBC en 2022, il est devenu le meilleur buteur de l’histoire des Panthères à cette date. Achraf Hakimi, né à Madrid de parents marocains, illustre également cette réussite avec son rôle majeur dans l’épopée historique du Maroc à la Coupe du monde 2022.

    Mais tous les choix de ce type ne débouchent pas sur une réussite comparable. Yacine Bammou, né à Paris et devenu international marocain, n’a comptabilisé que sept sélections avec les Lions de l’Atlas. M’Baye Niang, né en France et passé par les sélections françaises de jeunes avant de rejoindre le Sénégal, a certes disputé la Coupe du monde 2018 et inscrit un but contre la Pologne, mais n’a jamais acquis le statut de figure incontournable de la sélection sénégalaise. Ces parcours rappellent qu’une origine familiale commune ne garantit ni une intégration réussie ni un apport sportif déterminant.

    Un renfort attendu, mais pas un sauveur annoncé

    Pour le Togo, l’arrivée de Brassier représente néanmoins une opportunité. Avec 117 rencontres disputées en Ligue 1 et son expérience actuelle en Bundesliga, le défenseur gaucher dispose d’arguments intéressants. Sa présence pourrait offrir davantage de concurrence et de solidité à un secteur défensif qui a régulièrement montré ses limites. Son association éventuelle avec le capitaine Djené Dakonam suscite déjà des attentes.

    Mais faut-il pour autant présenter cette arrivée comme une solution miracle ? Les Éperviers traversent depuis plusieurs années une période particulièrement délicate, marquée par des résultats décevants, une irrégularité persistante et des campagnes de qualification souvent mal négociées. La dernière participation du Togo à une phase finale de CAN remonte à 2017. Une absence qui traduit l’ampleur du chantier.

    Un défenseur évoluant dans un championnat de haut niveau peut apporter de l’expérience, de la rigueur et une certaine exigence professionnelle. Encore faut-il qu’il parvienne à transposer ses qualités en sélection, dans un environnement et avec des automatismes différents.

    La double confrontation contre l’Algérie constituera déjà un premier test. Brassier pourra-t-il rapidement s’intégrer et contribuer à stabiliser l’arrière-garde togolaise ? Surtout, son engagement sera-t-il celui d’un joueur déterminé à porter durablement les ambitions des Éperviers ou celui d’un professionnel venu saisir une dernière possibilité de carrière internationale ?

    Le Togo n’a pas seulement besoin de nouveaux noms sur une liste de sélection. Il a besoin de joueurs capables de transformer leur présence en résultats. Lilian Brassier est attendu sur ce terrain-là.

Radio Renouveau228

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