Étiquette : Insécurité

  • Mali : Paris appelle au départ

    Mali : Paris appelle au départ

    La France a officiellement recommandé à ses ressortissants de quitter le Mali, dans un contexte sécuritaire jugé de plus en plus préoccupant.

    Cette décision, annoncée par les autorités françaises, s’inscrit dans une dynamique de dégradation continue de la situation dans le pays sahélien, marquée par des tensions politiques persistantes et une recrudescence des violences.

    Le ministère des Affaires étrangères de France invite ainsi les citoyens français encore présents sur le territoire malien à organiser leur départ « dans les meilleurs délais ». Les déplacements non essentiels vers le Mali sont également fortement déconseillés. Cette mise en garde reflète les inquiétudes de Paris face aux risques sécuritaires accrus, notamment dans certaines régions où les groupes armés restent actifs.

    Depuis plusieurs mois, les relations entre Bamako et Paris se sont fortement détériorées, entraînant une réduction progressive de la présence française. Le retrait des forces militaires françaises, autrefois engagées dans la lutte contre le terrorisme, a contribué à redessiner l’équilibre sécuritaire dans le pays.

    Par ailleurs, les autorités françaises soulignent que les capacités d’assistance consulaire sur place pourraient être limitées en cas de crise majeure. Cette situation renforce l’urgence pour les ressortissants de prendre les dispositions nécessaires afin de garantir leur sécurité.

    Cet appel au départ s’ajoute à une série de mesures similaires prises par d’autres pays occidentaux, témoignant d’une inquiétude partagée quant à l’évolution de la situation au Mali.

  • Une mort gratuite! Scandaleusement douloureuse!

    Une mort gratuite! Scandaleusement douloureuse!

    Dans une Afrique largement handicapée par l’incompétence de certains de ses dirigeants, faire correctement son travail aussi peut vous coûter la vie. Surtout si votre « zèle » froisse une personnalité. Ou un des sous-fifres qui l’entourent…

    Il s’appelait Fiston Kabeya. Roué de coups et embarqué par la garde rapprochée de la Première ministre de RDC. Mort s’en est suivi. Son crime : avoir osé rappeler le Code de la route à ses bourreaux, qui roulaient à contresens sur un boulevard de Kinshasa. Le « profond regret » de Madame Judith Suminwa et la dédramatisation du pouvoir n’ont pas suffi à calmer l’opinion congolaise, scandalisée. À quoi faut-il s’attendre, désormais ?

    Au rythme auquel de tels scandales se succèdent dans ce pays, il serait vain d’espérer une révolution durable des mœurs. L’opinion sera bientôt captivée par un autre de ces drames à répétition qui rythment la vie des Congolais, et dont cette délinquance routière d’État n’aura été qu’un triste épisode de plus.

    Par contre, l’expédition punitive de l’escorte de la Première ministre choque d’autant plus que, après la brève altercation verbale avec les gardes, Fiston Kabeya et ses collègues avaient aidé le cortège à s’extirper des embouteillages. Mais, une fois leur patronne déposée à destination, ces gardes sont revenus violenter l’insolent agent. Comme si, dans cette nation, l’entourage de chaque détenteur d’une once de pouvoir politique se croyait habilité à décréter quels comportements relèvent du crime de lèse-majesté et comment le punir. Convaincus de leur impunité, ils se vautrent donc tous dans la violation des droits des autres.

    Comment expliquer un tel niveau de violence de la part l’escorte d’une Première ministre ?

    Il y a, dans les rapports qu’entretient le pouvoir avec les populations dans de nombreux pays africains, une charge de brutalité, qui remonte à la colonisation. Le colonisateur supportait mal la contestation, encore moins la rébellion, qu’il réprimait violemment ! À l’indépendance, cette propension à brutaliser s’est perpétuée avec certains dirigeants des jeunes nations. Au Cameroun, par exemple, il y a eu transmission, à travers la répression des maquis de l’UPC. Comme une passation de service sur l’art de réprimer. Pour écraser les populations, le pouvoir colonial s’appuyait essentiellement sur la soldatesque africaine, base des futures armées nationales. Au camp de Thiaroye, les Blancs n’étaient pas seuls à massacrer les tirailleurs réclamant leur dû. En Guinée, où Sékou Touré faisait torturer et mettre à mort les ennemis réels ou supposés de son régime, le Camp Boiro était tenu par des nationaux. Mais, leur fonctionnement était calqué sur ce qui se faisait sous la colonisation.

    De cette violence coloniale, Aimé Césaire disait qu’elle « dé-civilisait le colonisateur, l’abrutissait, le réveillait aux instincts enfouis, à la convoitise… ». Et c’est pour mettre en garde contre la perpétuation de cette violence qu’il écrivait que les dirigeants africains ne devaient pas considérer l’indépendance comme l’occasion, pour eux, de venir, en lieu et place du Blanc, « faire le Blanc sur le dos de leurs frères Noirs ». Ce que l’escorte de la Première ministre a fait subir à Fiston Kabeya rappelle, en tout point, les brimades et les violences de la colonisation belge dans ce même Congo.

    N’est-ce pas, là, une lecture d’une grande tristesse ?

    Chaque dépositaire de l’autorité croit, hélas, incarner, personnifier le peuple, et supporte mal toute remise en cause. Et le matamore de l’entourage d’un Premier ministre se prend pour le Premier ministre des matamores. Plus ils sont intellectuellement limités, plus ils se laissent griser par le sentiment de puissance. Or, dans cet environnement de népotisme généralisé, si Fiston Kabeya avait été le cousin d’un ministre, il serait peut-être de ceux qui roulent impunément à contresens et se pavanent comme s’ils étaient des génies. Avec ce réflexe de brutes propre à ceux qui aiment persécuter les gens qui leur semblent en position de faiblesse. Cette fin tragique de Fiston Kabeya rappelle que les allées du pouvoir pullulent de gens dangereusement primaires. Le fait qu’ils gravitent autour d’un chef d’État ou d’un Premier ministre n’y change rien.

    C’est dur à entendre. Mais, dans nombre d’États africains, la proximité avec le pouvoir pousse beaucoup à se croire omnipotents, avec droit de vie ou de mort sur tout citoyen qui s’aviserait de les défier. C’était aussi cela, le pouvoir colonial !

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du samedi 5 avril 2025

  • Au Sahel, risquer sa vie pour 100 euros par mois

    Au Sahel, risquer sa vie pour 100 euros par mois

    Les camionneurs qui relient le port de Lomé, au Togo, au Burkina Faso et au Niger, risquent chaque jour leur vie en prenant la route. D’un côté, les attaques des groupes djihadistes. De l’autre, la multiplication des check-points et des détours imposés qui allongent les trajets.

    À Cinkassé, une ville togolaise frontalière avec le Burkina Faso située à 600 km au nord de Lomé, le parc à camions situé à proximité du poste de contrôle douanier grouille d’activité. Des dizaines de camions sont stationnés. Les conducteurs, en attendant de remplir les formalités douanières, tuent le temps en discutant autour d’une tasse de thé. Les sujets de conversation tournent autour des mêmes préoccupations : le mauvais état des routes ou encore la lenteur des formalités administratives qui retarde le voyage, prolonge l’attente dans le parc et complique la planification des trajets.

    À cela s’ajoute une inquiétude permanente sur les conditions de sécurité, de plus en plus incertaines. Un peu plus loin, les ronflements des moteurs, entrecoupés de coups de klaxon assourdissants, annoncent le départ imminent pour la suite du voyage vers des zones où les dangers sont omniprésents.

    Au Togo, le secteur des transports de marchandises joue un rôle essentiel dans les échanges avec les pays du Sahel. Depuis le port de Lomé, des entreprises assurent l’acheminement de divers produits tels que les matériaux de construction, les denrées alimentaires, les appareils électroménagers, les vêtements, etc. En l’absence de ligne ferroviaire entre le Togo et les pays de destination, le transport se fait principalement par camion. L’activité rapporte entre 600 et 700 euros par voyage à l’entreprise, en fonction de la nature et du volume des marchandises transportées, mais aussi de la destination.

    « Il faut bien nourrir nos familles »

    Dans la cabine exiguë de son poids lourd, Rachid, un homme d’une cinquantaine d’années, le visage buriné par des années de travail difficile aux quatre coins du Sahel, s’apprête à reprendre le volant pour affronter une nouvelle fois ces routes périlleuses. La main gauche sur un volant usé, marqué par des milliers de kilomètres parcourus, et un chapelet dans la main droite, les perles glissant lentement entre ses doigts calleux, son regard concentré mais inquiet scrute la route devant lui. Une route où les dangers sont invisibles mais permanents, où chaque kilomètre est une prise de risque.

    Sur le siège arrière s’entassent quelques effets personnels et un tapis de prière enroulé, son sanctuaire mobile qu’il garde toujours avec lui pour les moments de recueillement. Rachid, comme à son habitude, adresse une prière silencieuse avant chaque départ, implorant la protection divine :

    Chaque départ me remplit d’inquiétude, confie-t-il. Il y a non seulement les soldats qui nous harcèlent sur la route mais aussi les groupes armés qui rôdent1. Avant de partir, il faut dire adieu à sa famille parce que chaque voyage peut être le dernier. Le problème, c’est surtout l’axe Kaya-Dori [au Burkina Faso]. Là-bas, très souvent, les groupes armés enlèvent les camionneurs et les amènent dans la brousse. Certains reviennent, mais malheureusement, beaucoup ne reviennent jamais. Mais c’est notre métier. Que pouvons-nous faire ? Il faut bien nourrir nos familles.

    Comme Rachid, ils sont des centaines à affronter les dangers chaque jour contre en moyenne 100 euros de salaire mensuel. Dans le parc du poste de contrôle de Cinkassé, Saïd Traoré patiente. Son visage, mêlé de fatigue et d’effroi, raconte l’histoire avant même qu’il n’ouvre la bouche : « Franchement, cette route fait peur. Il y a neuf mois, j’étais au Mali. En revenant, j’ai eu une panne de pneu. J’ai dû m’arrêter pour attendre de l’aide. Des hommes armés sont arrivés et m’ont demandé pourquoi je m’étais garé. Je voulais leur expliquer mais ils m’ont frappé et poignardé aux mains et aux fesses, puis ils m’ont amené dans leur base… »

    Il s’interrompt un moment, chaque mot semblant raviver la douleur du souvenir. Après un court silence, il reprend : « Ils voulaient emmener mon camion mais ils n’ont pas réussi. À leur base, j’ai retrouvé d’autres chauffeurs. Nous étions gardés comme des otages, et lorsqu’ils revenaient de leurs attaques ils nous donnaient leurs fusils pour qu’on les nettoie. Ils ont tué plusieurs camionneurs avec leurs apprentis. » Saïd et ses camarades ont eu la vie sauve grâce à une intervention rapide de l’armée nigérienne – ils avaient en effet été déplacés au Niger par leurs geôliers -, mais beaucoup n’ont pas eu cette chance.

    Un traumatisme silencieux

    Sur les routes menant du Togo vers le Sahel, plusieurs camionneurs ont perdu, pour certains la vie, et pour d’autres leur camion et par conséquent leur emploi. C’est le cas de Moustapha, 48 ans, marié et père de quatre enfants. Après avoir été arrêté en février 2019 sur la route de Pama, dans l’est du Burkina Faso, il a dû changer de métier.

    Lorsqu’ils nous ont arrêtés, se souvient-il, ils nous ont forcés à décharger nos camions dans leur base, en pleine forêt. Le lendemain, ils m’ont reconduit à moto jusqu’à la route bitumée et m’ont demandé de partir. Je suis allé faire ma déposition à la gendarmerie de Fada N’Gourma avant de rejoindre Lomé via Ouagadougou. C’est quelques jours après qu’ils ont relâché mon collègue. Beaucoup de camionneurs ont vécu le même sort et vivent leur traumatisme en silence.

    Contacté, le syndicat de l’Union des transporteurs routiers du Togo (Unatrot) n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet sensible, probablement par crainte de représailles ou en raison d’une volonté de ne pas attirer l’attention sur une crise qui perdure. Le nord du Togo est confronté, depuis 2022, à une crise sécuritaire marquée par des incursions d’hommes armés, souvent en provenance du Burkina Faso. Mais le gouvernement togolais communique très peu sur la situation.

    En 2023, plusieurs attaques djihadistes ont visé des camions transportant des marchandises. Ces attaques ont fait plusieurs dizaines de victimes sur l’axe Lomé-Ouagadougou. Les incidents les plus graves ont été signalés dans le village burkinabè de Nouaho, situé à une trentaine de kilomètres de la frontière togolaise.

    Des détours imposés, un manque à gagner

    Cette situation ne préoccupe pas uniquement les camionneurs et leurs familles. Les propriétaires des camions s’inquiètent également. Entre la crainte de voir leurs chauffeurs attaqués ou kidnappés et la possibilité de perdre leurs camions, ces derniers vivent dans une angoisse permanente. À Dapaong, dans la région des Savanes (nord du Togo), Ali, l’un de ces propriétaires, ne cache pas son désarroi : « La situation est vraiment difficile. Nous voyons souvent plusieurs images de camions brûlés ou détournés vers des destinations inconnues. Quand mon employé prend la route, je ne dors pas tranquillement jusqu’à ce qu’il soit revenu sain et sauf. »

    Depuis 2019, les trajets reliant le port de Lomé à l’est du Burkina Faso et au Niger se sont considérablement rallongés. La RN 19, qui part de la frontière est du Togo, à Ponio, est désormais contrôlée par des groupes djihadistes, ce qui rend ce tronçon impraticable. Ceux qui transportent des marchandises vers le Niger ou vers Fada N’Gourma doivent désormais emprunter des routes alternatives et passer par Ouagadougou et Kaya.

    Pour aller au Niger, une fois arrivé à Kaya, il faut attendre l’organisation d’un convoi militaire pour assurer la sécurité, et cela peut prendre plusieurs semaines. Une fois, nous devions ravitailler la mine d’or d’Essakane [située à 310 km au nord de Ouagadougou, dans la région du Sahel, NDLR] en carburant, mais nous avons dû attendre deux semaines pour que le convoi, composé de forces terrestres, de drones et d’hélicoptères, nous accompagne jusqu’à destination, raconte Martin, un chauffeur de camion-citerne.

    Ces adaptations représentent un manque à gagner pour les propriétaires. « Avant, les camions mettaient au plus trois semaines pour effectuer l’aller-retour entre Lomé et Niamey. Aujourd’hui, avec les détours et les délais liés à l’organisation des convois, cela peut prendre jusqu’à trois mois. Plus le voyage dure, moins le propriétaire gagne, car il faut aussi ajouter les frais de route et la dotation en carburant », explique Ali, qui estime avoir perdu en un an plus de 7 000 euros en raison de cette situation.

    Attaques et incendies de camions restent monnaie courante sur les routes du Sahel. Mais, chaque jour, des camionneurs bravent le risque. Souvent seuls ou parfois en convoi, ils sont résolus à dormir sur les routes, dans la cabine de leurs camions ou sur un lit de fortune dressé sous le véhicule garé, exposés à toutes sortes de menaces.

    Source: https://afriquexxi.info/

Radio Renouveau228

Ceci fermera dans 0 secondes