Étiquette : Histoire

  • Oti, la mémoire oubliée du nord Togo

    Oti, la mémoire oubliée du nord Togo

    Au nord du Togo, le bassin de l’Oti demeure l’un des grands foyers historiques méconnus d’Afrique de l’Ouest, où se croisent depuis des siècles migrations, alliances, rivalités politiques et brassages culturels.

    Longtemps considéré comme une simple périphérie géographique, le bassin de l’Oti apparaît aujourd’hui comme un véritable espace de mémoire où se sont rencontrés plusieurs peuples venus du Gourma, du Dagbon, du pays moose ou encore des territoires anoufo. Cette région du nord togolais, traversée par la rivière Oti, a servi de zone de passage et d’installation à de nombreuses communautés ouest-africaines bien avant la colonisation.

    Au cœur de cette histoire figure le pays Dyè-Boukombom, également appelé Ngangam. Les traditions orales recueillies par plusieurs chercheurs évoquent l’installation progressive de populations dans cette partie du bassin de l’Oti, avec la mise en place d’organisations politiques locales, de réseaux commerciaux et de systèmes de coexistence entre groupes voisins. L’histoire des Ngangam reste notamment marquée par leurs relations avec les Kpankpamba, les Dagomba, les Moose et les Gulmu.

    Selon les travaux récents de l’historien Ilaboti Dipo, les récits fondateurs des Ngangam montrent que cette région n’a jamais été isolée. Au contraire, elle a constamment subi les influences politiques et militaires des grands royaumes voisins. Les migrations successives, parfois provoquées par des conflits ou des crises économiques, ont progressivement transformé le paysage humain du bassin de l’Oti.

    Les XVIIIe et XIXe siècles constituent d’ailleurs une période de profondes mutations. L’expansion des puissances anoufo et les rivalités entre chefferies locales bouleversent alors les équilibres traditionnels. Plusieurs communautés sont contraintes de se déplacer, tandis que d’autres se regroupent pour renforcer leur sécurité face aux menaces extérieures. Ces recompositions politiques contribuent à redessiner les rapports de force dans toute la région septentrionale du Togo actuel.

    Les historiens rappellent également que le bassin de l’Oti fut un espace stratégique reliant les savanes du nord aux circuits commerciaux plus méridionaux. Cette position de carrefour favorisa les échanges culturels, linguistiques et économiques entre populations diverses. Aujourd’hui encore, cette diversité reste visible dans les traditions, les langues et les structures sociales présentes dans la région.

    Au-delà de l’histoire politique, cette mémoire ancienne constitue désormais un enjeu patrimonial et identitaire majeur pour le Togo. Dans un contexte où les traditions orales jouent un rôle essentiel dans la transmission du passé, plusieurs chercheurs plaident pour une meilleure valorisation des récits historiques du bassin de l’Oti afin de préserver un héritage longtemps resté dans l’ombre.

  • Kangni Alem ressuscite Sylvanus Olympio

    Kangni Alem ressuscite Sylvanus Olympio

    La littérature togolaise s’enrichit d’un nouveau titre. L’écrivain togolais Kangni Alem vient de publier « Olympio », un roman qui plonge dans l’histoire politique et humaine du Togo à travers la figure emblématique de Sylvanus Olympio. Paru aux Éditions Graines de Pensées, l’ouvrage propose une relecture intime d’un destin brisé et d’une nation marquée par l’un des événements les plus tragiques de son histoire.

    À travers cette œuvre, l’auteur explore les zones d’ombre et les souvenirs autour de l’ancien président togolais, assassiné le 13 janvier 1963, premier chef d’État africain victime d’un coup d’État militaire après l’indépendance. Loin d’un simple récit historique, Olympio s’annonce comme une méditation littéraire sur la mémoire, la perte et les promesses inachevées de l’indépendance.

    Un roman entre mémoire familiale et histoire nationale

    Selon la présentation de l’ouvrage, le récit s’ouvre sur une interrogation presque prophétique :
    « Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue, mais le jour vient. »

    Cette phrase prononcée par Sylvanus Olympio avant sa mort donne le ton d’un roman profondément introspectif. Le livre retrace les fragments d’une vie interrompue trop tôt, celle d’un homme devenu symbole d’un espoir national.

    Dans Olympio, la mémoire est reconstituée à travers le regard de Nitout Olympio, neveu du président défunt. À partir d’archives publiques, de souvenirs familiaux et de témoignages de proches, le narrateur tente de recomposer le parcours de cet homme d’État : son enfance, ses années de formation, son mariage avec Dinah Olympio, son ascension politique et la brutalité de sa disparition.

    Peu à peu, le roman dresse un double portrait : celui d’un homme surveillé, confronté aux tensions de son époque, et celui d’une jeune nation en quête de souveraineté et de stabilité. En mêlant récit intime et réflexion politique, l’œuvre interroge la construction de la mémoire collective togolaise.

    Une écriture entre histoire et introspection

    Avec Olympio, Kangni Alem poursuit une démarche littéraire qui traverse l’ensemble de son œuvre : revisiter l’histoire africaine à travers le prisme de la fiction et de la mémoire. L’auteur adopte une écriture sensible et fragmentée qui mêle archives, narration personnelle et réflexion historique.

    Cette approche permet de donner chair aux silences de l’histoire. Le roman explore notamment la douleur des proches, les interrogations d’une génération et les blessures laissées par les bouleversements politiques des premières années d’indépendance.

    Après des romans tels que Esclaves ou Les Enfants du Brésil, où l’auteur abordait déjà les questions de mémoire et d’identité liées à la traite atlantique, Olympio s’inscrit dans la même quête : comprendre le passé pour éclairer le présent.

    Plume majeure du Togo

    Né en 1966 à Lomé, Kangni Alem est l’une des figures importantes de la littérature et du théâtre africains contemporains. Écrivain, dramaturge, traducteur et universitaire, il est également fondateur de l’Atelier Théâtre de Lomé, une compagnie qui a marqué la scène culturelle togolaise.

    Titulaire d’une licence en lettres modernes puis d’un doctorat en littératures comparées, il a enseigné dans plusieurs universités, notamment à l’Université de Lomé et dans des institutions internationales.

    Son œuvre, riche d’une vingtaine de livres, explore les grandes fractures de l’histoire africaine : la mémoire de l’esclavage, les transformations sociales et les contradictions politiques du continent. Parmi ses titres les plus connus figurent Cola Cola Jazz, qui lui a valu le Grand prix littéraire d’Afrique noire en 2003, La Légende de l’assassin ou encore Les Enfants du Brésil.

    Reconnu pour la puissance de son écriture et son regard critique sur l’histoire, Kangni Alem s’impose aujourd’hui comme l’une des voix majeures de la littérature francophone africaine.

    Avec Olympio, Kangni Alem propose bien plus qu’un roman historique. Il invite les lecteurs à revisiter une page fondatrice de l’histoire togolaise et à réfléchir aux héritages politiques et humains laissés par les premières années de l’indépendance.

    À travers cette fresque intime et politique, l’auteur rappelle que la littérature peut être aussi un espace de mémoire, de questionnement et de transmission.

    Dans un pays où l’histoire reste parfois sensible, Olympio apparaît ainsi comme une tentative de dialogue entre passé et présent — un livre qui, comme la phrase inaugurale du roman, rappelle que même lorsque la nuit paraît longue, le jour finit toujours par venir.


  • Cheikh Anta Diop, 40 ans après : l’intellectuel qui a rendu l’Afrique à elle-même

    Cheikh Anta Diop, 40 ans après : l’intellectuel qui a rendu l’Afrique à elle-même

    Quarante ans après sa disparition, le 7 février 1986, Cheikh Anta Diop demeure l’une des figures intellectuelles africaines les plus influentes du XXᵉ siècle. Savant aux multiples facettes – historien, anthropologue, physicien, linguiste et homme politique – le penseur sénégalais a consacré sa vie à une mission aussi audacieuse que fondamentale : restituer à l’Afrique son histoire, sa dignité et les bases scientifiques de son développement.

    Né en 1923 à Diourbel, au Sénégal, Cheikh Anta Diop s’impose très tôt comme un esprit brillant. Formé en France, notamment à la Sorbonne, il acquiert une solide culture scientifique tout en s’intéressant à l’histoire ancienne de l’Afrique. À une époque où le continent était présenté comme marginal dans l’histoire de l’humanité, Diop ose contester frontalement les thèses eurocentristes dominantes. Ses travaux démontrent, preuves scientifiques à l’appui, que l’Afrique, et particulièrement l’Égypte ancienne, a joué un rôle central dans le développement de la civilisation humaine.

    Son œuvre majeure, Nations nègres et culture, publiée en 1954, marque un tournant décisif. Cheikh Anta Diop y soutient que l’Égypte pharaonique était une civilisation africaine noire et qu’elle a profondément influencé la Grèce antique, fondement de la civilisation occidentale. Cette thèse, longtemps combattue, sera progressivement reconnue grâce à ses recherches interdisciplinaires mêlant linguistique, anthropologie, histoire et sciences physiques, notamment les tests de mélanine sur les momies.

    Mais l’apport de Cheikh Anta Diop ne se limite pas à la réhabilitation du passé africain. Il voyait dans la connaissance historique un levier essentiel pour le développement du continent. Pour lui, aucun progrès durable n’est possible sans conscience historique. « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir », répétait-il. En redonnant aux Africains la fierté de leur passé, il entendait créer les conditions psychologiques et culturelles de l’émancipation économique et politique.

    Visionnaire, Diop plaidait également pour l’unité africaine, condition sine qua non du développement. Il dénonçait la balkanisation héritée de la colonisation et appelait à la construction d’un État fédéral africain, capable de peser sur la scène internationale. Dans ses écrits politiques, il insistait sur la nécessité pour l’Afrique de maîtriser la science, la technologie et l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, convaincu que le sous-développement n’était pas une fatalité mais le résultat de choix politiques et historiques.

    Linguiste engagé, Cheikh Anta Diop défendait l’utilisation et la valorisation des langues africaines dans l’enseignement et la recherche scientifique. Selon lui, le développement passe aussi par la décolonisation des esprits et des systèmes éducatifs, encore trop dépendants des modèles occidentaux.

    Quarante ans après sa mort, Cheikh Anta Diop continue d’inspirer chercheurs, étudiants, militants panafricanistes et décideurs africains. Son héritage intellectuel demeure d’une brûlante actualité à l’heure où l’Afrique cherche à définir son propre modèle de développement. Plus qu’un savant, Cheikh Anta Diop fut un éclaireur, un homme qui a osé penser l’Afrique par elle-même et pour elle-même. Son combat pour la vérité scientifique et la dignité africaine reste, aujourd’hui encore, un appel pressant à l’action et à la responsabilité collective

  • Togoville, l’incroyable histoire d’une petite ville qui a donné son nom à tout un pays

    Togoville, l’incroyable histoire d’une petite ville qui a donné son nom à tout un pays

    On l’appelle l’« âme spirituelle du Togo ». Togoville, dans le temps, était connue comme la ville sanctuaire de la religion vodoun avec la divinité Nyigblin (sur laquelle nous reviendrons plus tard dans cet article).

    C’est cette divinité qui la protège selon les nombreuses recherches universitaires que nous avons consultées. Mais la petite ville est devenue également aujourd’hui le lieu sacré des fidèles catholiques avec la Cathédrale qui la surplombe.

    Petite ville aujourd’hui calme, presqu’oubliée, elle était la première capitale qui a donné son nom au pays. Les natifs de ce milieu continuent de réclamer une reconnaissance pour cette partie du Togo, pour ce qu’il a été dans l’histoire du pays.

    « Notre localité est emblématique, mais elle est lésée. Si on reconnaît les mérites de Togoville et qu’on fait ce qui doit l’être pour mettre ses populations à l’aise, tout le Togo sera complètement sauvé », confie à BBC News Afrique, Folly-Notsron Barnabé, un cadre du milieu qui, nous a-t-il dit, s’est beaucoup battu pour la localité et a même fait la prison à cause de son engagement. Il est aujourd’hui à la retraite.

    Ce qu’il réclame, ce sont des routes bitumées, des infrastructures et une politique publique pour retenir les habitants de Togoville, notamment les jeunes qui la désertent. « Nous sommes isolés du reste du pays à cause du manque de route ».

    Située à environ 30 km de Lomé, la capitale togolaise, Togoville renferme pourtant des richesses culturelles qui peuvent être mises en valeur pour son développement. Elle a aussi connu l’esclavage et était importante au début du 20e siècle, époque où les colons allemands ont mis pieds pour la première fois dans la région.

    Aujourd’hui, Togoville ne vit que pour sa gloire du passé racontée dans les livres et qu’on peut écouter auprès des garants des us et coutumes de la localité. Pour les quelques natifs du milieu interrogés dans le cadre de ce papier, le temps s’est arrêté dans la cité qui les a vus naître. « Et il faut corriger cela », ajoute M. Folly-Notsron.

    Dans cet article, nous allons voyager dans cette petite ville qu’on pourra accéder aujourd’hui en faisant un long détour par une piste détériorée et poussiéreuse qui contourne le Lac Togo.

    Les ancêtres qui ont fondé Togoville sont des Adja qui viennent du Dahomey, actuel Bénin, selon le livre « Patrimoines », une collection de l’ancien président de l’Université de Lomé, le Professeur Nicoué L. Gayibor en collaboration avec Yves Marguerat et Jean-Claude Barbier.

    Ces ancêtres se sont ensuite installé au niveau de la rive sud du Lac Togo, notamment dans un village appelé Adjassémé. De l’autre rive, se dresse une colline avec une forêt et des terres derrière.

    Un jour, le chef de cette communauté, celui-là même qui veille sur la divinité Nyigblin, a voulu explorer cette autre rive et ce qui derrière la colline. C’est ainsi, selon l’universitaire, qu’il a trouvé des terres fertiles, propices à l’agriculture.

    Il a décidé d’y amener toute sa communauté et baptisé cette terre « Togo », dérivant de « to » qui veut dire « colline » en éwé, langue parlée au sud du pays, et « (a)go » qui veut « l’autre côté ou au-delà ». Togo peut s’expliquer donc par « au-delà ou de l’autre côté de la colline ».

    « De Adjassémé, on voyait sur l’autre rive du lac une colline. Un jour, l’un des principaux piliers de la collectivité Nyigblin, nommé Togbi Gbago, qui était chasseur de métier, décida de traverser le lac, ce qu’il fit sans grande difficulté à l’aide d’une pirogue de rônier. II visita ensuite la forêt qui couvrait le flanc et le sommet de ladite colline. À son retour, il dit aux siens « Toagodzi nyo nto », ce qui, littéralement traduit, signifie « c’est très bien du côté de la colline ». Après plusieurs visites successives des lieux, la population décida unanimement d’aller y habiter », lit-on dans « Patrimoines ».

    À Togo, la communauté, dont les membres appelés « les Togo », vivait dans la tranquillité avec la chasse et la pêche, et en harmonie avec ses voisins Baguida et Bè devenus aujourd’hui des quartiers emblématiques de la ville de Lomé, la capitale togolaise.

    C’est après la Seconde Guerre mondiale, avec la défaite des Allemands, que les Français ont ajouté « ville » à « Togo » qui devient Togoville.

    La responsabilité des Allemands

    Togo ou Togoville, comme les Français l’ont finalement baptisé, devenu un puissant royaume avec son administration traditionnelle et avec à sa tête le Roi Mlappa et son régent Plakoo, contrôlait les autres territoires, notamment Baguida et Porto Séguro (aujourd’hui appelé Agbodrafo, où s’est particulièrement déroulée la traite négrière au Togo).

    Baguida et Porto Seguro étant situés sur la côte, ils ont vu la présence des Portugais et Anglais qui y faisaient le commerce, surtout l’esclavage avant même l’arrivée des Allemands.

    C’est depuis la Gold Coast, actuel Ghana, que les Anglais perçoivent des taxes sur le commerce qui se déroulait sur le littoral jusqu’à Lomé. En décembre 1879, ils annexent Denu et Aflao et fixent l’actuelle frontière togolaise. Les Anglais avaient voulu annexer également tout le littoral qui est aujourd’hui le Togo.

    Selon le Professeur Nicoué Gayibor, historien et ancien président de l’Université de Lomé, « Malgré l’insistance des autorités d’Accra, Londres y demeurait hostile. Pourtant, sur l’ordre du gouverneur de la Gold Coast, le commandant de cercle de Kéta, le capitaine Reginald Firmhger, franchit la frontière d’Aflao le 18 juin 1884 et vint à Lomé, à Baguida, puis à Porto-Seguro pour forcer la main des chefs de ces localités. Il découvrit, lors de ce voyage, qu’il ne pouvait annexer ce territoire sans l’accord des chefs de Togoville ».

    Bien que les chefs de Togoville donnent la garantie aux Anglais que le littoral leur sera cédés, ils ont fait volte-face lorsqu’un navire allemand à bord duquel se trouve le Dr Gustave Nachtigal, arrive dans les eaux togolaises.

    Le régent Ananivi Plakoo de Togoville s’est alors approché des Allemands et leur a demandé une protection contre les Anglais. C’est ainsi qu’au nom du roi Mlappa, il a signé un traité de protectorat avec les Allemands.

    « Ne pouvant pas refuser une telle demande des chefs traditionnels et des commerçants allemands sur lesquels pèsent les menaces anglaises, Nachtigal débarque le 4 juillet sur la plage de Baguida, où l’attendent les chefs de Togo, de Baguida et autres localités. Le 5 juillet 1884, a lieu la signature du traité », relate « Patrimoines » de M. Gayibor.

    Avec les Allemands, le roi Mlappa a délimité le territoire qui porte aujourd’hui le nom de Togo.

    C’est ainsi que de « Togo », comme un petit royaume bien organisé avec sa propre culture, on est arrivé au « Togo », l’entité qui porte aujourd’hui les plus de 8 millions d’âme avec les 56 600 Km2, limité au nord par le Burkina Faso, au sud par le Golfe de Guinée, à l’est par le Bénin et à l’ouest par le Ghana.

    Le royaume lui-même est devenu Togoville grâce aux Français qui y avaient chassé les Allemands à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    « C’est la politisation de la localité par les Français. C’est ce qui les a amenés à donner ce nom Togoville à notre village », croit savoir Folly-Notsron Barnabé.

    Togoville, le sanctuaire spirituel du Togo

    Depuis sa création, cette petite ville a toujours été le sanctuaire du culte vodoun. « Les Togo » ont leur divinité Nyigblin, leur dieu protecteur qui trône dans la forêt sacrée du village.

    « Nyigblin est le dieu principal du peuple de Togo. C’est un esprit qui, semble-t-il, ne se voit jamais à travers une quelconque représentation physique et matérielle, sauf à la place publique de Xétsiavi où, dit-on, est représentée l’une de ses manifestations, appelée “Mama Kpo “, protectrice du village », raconte l’ancien président de l’Université dans son livre.

    Il ajoute : « On nous a affirmé que sa forme matérielle -inconnue- se trouve dans la case des voduno et que personne n’est autorisé à entrer dans cette case. À l’intronisation d’un avéto, Nyigblin l’accompagne dans la forêt sacrée, et revient à sa place après le décès de celui-ci. Dans l’enceinte du couvent, on voit des jarres, des pots contenant de l’eau pure et bénite. Le python en est le symbole, c’est pourquoi il est interdit à la communauté nyigblin de le tuer, et même d’en voir le cadavre. Toute personne qui enfreint cette loi doit accomplir des cérémonies expiatoires pour se purifier, comme chez les Xwla, qui ont la même vénération pour le python. S’il advenait qu’on tue un python, on prendrait soin de l’enterrer avec les feuilles d’arbre et de s’agenouiller pour battre les mains un certain nombre de fois. Il en va de même lorsqu’on le trouve mort quelque part. Après les cérémonies d’enterrement, un jour plus tard, on se rend dans le couvent, chez le vodoun, pour lui soumettre sa mésaventure. C’est alors qu’on prend le bain du pardon et de la purification ».

    Le roi des Togo, Mlappa, n’a pas autant d’influence sur le peuple que le Vodounon qui veille sur Nyigblin. Il y avait bien sûr d’autres divinités et leur culte, notamment Xébiésso (la foudre). C’est avec ces cultes que la société était organisée jusqu’à l’arrivée des Allemands qui y ont introduit le christianisme.

    « Mlppa veut dire ce que le couteau ne transperce pas et que les balles de fusil ne peuvent pas perforer. C’est ce mystère que l’entourage du roi racontait aux Allemands qui le craignaient », souligne Folly-Notsron Barnabé.

    Mais l’arrivée des Allemands a bouleversé cette spiritualité qu’avait cette communauté qui s’attache fortement à sa religion.

    D’abord c’est l’école européenne qui a été introduite, ensuite l’évangélisation. Le christianisme, selon le Professeur Nicoué Gayibor, est arrivé au sein d’une communauté qui disposait de sa propre organisation, de ses chefs et de sa religion.

    Il s’agissait pour cette mission, de réussir à s’implanter et d’empiéter sur la tradition de cette collectivité paisible. La tradition subissait une perturbation qui se répercutait directement sur l’individu et la société toute entière. Car la mission porte avec elle certaines façons de vivre, de penser et de parler qui sont apprises à l’école ou à l’église, lieux de rupture et de contestation des conceptions ancestrales.

    « On y apprend des choses nouvelles qui dépassent le cadre du village, de la famille. Pour amener les gens à se convertir, la Mission a employé des stratégies qui consistent à faire croire que les païens allaient au diable, alors que les chrétiens allaient à Dieu. Ceux qui deviennent chrétiens doivent rompre avec le monde dit païen. La Mission remet en particulier en cause la polygamie. Les chrétiens qui la pratiquaient sont souvent exclus de la communauté des fidèles ».

    Nicoué L. Gayibor ajoute : « Il est donc clair que l’activité de la Mission a été destructrice des valeurs anciennes, à Togoville comme ailleurs. A la place, elle a produit des individus détribalisés : elle détruit les grands principes moraux et l’ordre de la communauté Nyigblin ».

    Aujourd’hui, la communauté à Togoville est fortement animiste. Mais la ville est partagée entre ceux qui ont gardé la religion ancestrale et les convertis au christianisme.

    En 1973, la Vierge Marie serait apparue dans une barque sur le Lac Togo à Togoville. Ce qui a conduit à l’intronisation de « Notre Dame du Lac Togo ». Mais pour certains, c’était une sirène. Jusqu’aujourd’hui, l’on ne sait pas exactement ce qu’il en est.

    L’Eglise Catholique y a érigé une grande cathédrale et la ville sert de lieu de pèlerinage à des milliers de fidèles de cette église chaque année, pour honorer la vierge Marie. Mais, la cohabitation entre chrétiens et animistes n’est toujours pas facile à Togoville.

    Les querelles de voisinage subsistent toujours. Il arrive qu’à Togoville, les prêtres vodoun décident que le tam-tam ne résonne plus dans la localité pendant une certaine période. En prélude à des rituels pour les divinités et la protection des habitants.

    Mais, selon Yao Koussougbo, cultivateur et ancien du village, les chrétiens font fi de cette interdiction et joue du tam-tam surtout lors des messes du dimanche et autres célébrations eucharistiques.

    En 1985, lors de la visite du Pape Jean-Paul II à Togoville, ce dernier a prêché la coexistence pacifique entre les deux religions.

    Le troc, l’identité même de Togoville

    Sur l’une de ses rues poussiéreuses qui vient du village voisin, Ekpui, BBC News Afrique a rencontré Yao Koussougbo, cultivateur, qui, des produits agricoles chargés sur sa vieille moto, se dirige vers le marché emblématique de la petite ville. Un marché où jusqu’aujourd’hui, on n’achète pas avec l’argent.

    « Non, je ne vais pas vendre mes produits. Mais j’irai les échanger avec des produits de la pêche ou ce que je n’ai pas à la maison avec ma famille », nous indique-t-il avec un sourire, comme pour se moquer de notre curiosité.

    Descendant avec lui ce chemin en terre rouge qui fait perdre la vue à une centaine de mètres lorsqu’une moto passe en soulevant la poussière, nous sommes arrivés dans le marché bondé déjà de monde pour ces premières heures matinales. Déjà à 8 heures, il s’anime avec divers produits agricoles et de la pêche qu’on y trouve.

    « Si vous arrivez ici vers midi, vous ne trouverez plus personne », confie M. Koussougbo qui nous informe que le marché s’anime seulement en quelques heures. « Mais chacun y trouve son compte. Nous savons que c’est comme ça ».

    Au milieu du marché, sous un baobab, est assise Manavi Aklobéssi avec son étalage garni de poissons fumés. Devant elle se tient une autre dame lui tendant un bol rempli de la farine de manioc. « J’ai besoin de poissons pour préparer la sauce pour mes enfants. Je viens les échanger avec du gari (Ndlr, farine du manioc) », confie-t-elle.

    Durant une heure de tour dans le marché, ce sont ces genres d’échange, sans la monnaie. « Ce sont des échanges des produits agricoles contre ceux de la pêche. C’est un système qui existait depuis le 19e siècle lors de la régence de Gâ Djossou Mlappa. On n’achète pas avec l’argent », raconte Folly-Notsron Barnabé.

    Il est vrai qu’aujourd’hui, c’est devenu une curiosité pour les touristes qui voyagent dans la région, mais pour cet ancien cadre du village, si le système perdure jusqu’à ce jour, c’est à cause de la pauvreté dans la région.

    « On peut avoir du maïs, du manioc ou de l’igname, mais ne pas avoir de l’argent pour acheter d’autres ingrédients pour se faire un repas copieux. Il faut alors se rendre au marché de troc pour échanger ce qu’on a avec les autres accessoires dont on a besoin. Avec ça, les familles ne se plaignent pas à Togoville ».

    Il souligne toutefois qu’« aujourd’hui, ce n’est pas interdit d’aller dans le marché avec de l’argent. On a veillé à ce que ceux qui n’ont pas de produits à échanger puissent aussi acheter et satisfaire leurs besoins ».

    D’ailleurs, selon le Professeur Nicoué L. Gayibor, le troc était devenu moins fréquent à partir de l’époque où l’économie s’est monétisée, avec l’arrivée des Européens sur la côte togolaise. La monnaie utilisée avant la colonisation allemande était le cauri.

    Togoville, l’âme du Togo, reste une ville historique et culturelle qui attire beaucoup de chercheurs et de touristes avec ses 10 000 habitants environ qu’elle abrite aujourd’hui.

    On peut y accéder à partir d’Agbodrafo, en traversant le lac Togo sur près de 2 à 3 km ou en contournant le lac sur la difficile piste en latérite.

    Source: https://www.bbc.com/afrique


  • Au Togo, quelle est la différence entre Ewé, Mina et Ouatchi?

    Au Togo, quelle est la différence entre Ewé, Mina et Ouatchi?

    C’est à cette question que l’activiste togolais et homme littéraire David Kpelly tente de répondre avec une forte dose d’humour et de sarcasme.

    Chaque fois que des amis d’un pays africain visitent le Togo, l’une des questions qu’ils me posent très souvent est : quelle est la différence entre les Ewé, les Mina et les Ouatchi.

    J’ai beau leur expliquer, à travers les références historiques, les parcours des trois groupes, mais les amis semblent perplexes, n’ayant pas assimilé l’explication, et reviennent sur la question à chaque fois.

    Comme on dit souvent que les Africains aiment que les choses soient dites de façon imagée et métaphorique, j’ai trouvé un moyen imagé pour leur expliquer l’affaire.

    L’Ewé est le père. Il a deux enfants. Le premier, très wesh-wesh, a vite immigré en ville, est parti à l’école des Blancs, a appris à parler français, anglais, et allemand, et ces trois langues européennes ont modifié sa façon de parler sa langue originelle éwé. Il porte des vestes, prépare dans une cuisine moderne, mange de la salade avec de la mayonnaise et fume du cigare. C’est le Mina.

    Le second enfant est resté au village pour faire l’agriculture et l’élevage de porc dont il adore la viande qu’il prépare sous plusieurs formes: porc rôti, porc frit, porc au pinon… C’est le Ouatchi.

    Sans oublier que le père éwé a un frère resté avec lui au village, et qui aime faire le commerce avec pour seul objectif d’épargner beaucoup d’argent pour s’acheter un vélo pour aller aux funérailles au Bénin et au Nigeria avec sa femme: c’est l’Adja.

    Source: David Kpelly (page facebook)

  • Portrait de Lomé, des Nana Benz aux yéyés

    Portrait de Lomé, des Nana Benz aux yéyés

    Albums de famille, archives des photographes de studio, c’est toute une époque que les Togolais découvrent au Palais dans l’exposition « Lomé: portraits d’une ville ». Révélateurs puissants de souvenirs pour les visiteurs, déclencheurs de récits personnels ou points de départ d’une enquête dans la ville, les clichés des années 60 se rappellent aux bons souvenirs des Loméens.

    Source: rfi.fr

Radio Renouveau228

Ceci fermera dans 0 secondes