Étiquette : Félix Tshisekedi

  • Est de la RDC : une diplomatie régionale sous tension autour de Tshisekedi

    Est de la RDC : une diplomatie régionale sous tension autour de Tshisekedi

    La rencontre entre le président congolais Félix Tshisekedi et ses homologues angolais João Lourenço et togolais Faure Gnassingbé, en Angola, s’inscrit dans un contexte régional explosif marqué par la persistance de l’insécurité dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

    Loin d’être une simple réunion protocolaire, ce tête-à-tête à trois révèle les limites, mais aussi les recompositions, de la diplomatie africaine face à l’un des conflits les plus complexes du continent.

    Tête-à-tête Tshisekedi, Lourenço et Gnassingbé

    En effet, depuis plusieurs mois, la situation sécuritaire dans le Nord-Kivu et l’Ituri se dégrade, avec la résurgence du M23 et la multiplication des groupes armés locaux et étrangers. Malgré les initiatives diplomatiques successives – processus de Luanda, de Nairobi, déploiement de forces régionales –, la paix reste hors de portée. C’est dans ce contexte que Félix Tshisekedi cherche à relancer une dynamique politique, en s’appuyant sur deux figures clés de la médiation africaine.

    João Lourenço, président de l’Angola, est au cœur du processus de Luanda et s’est imposé comme un médiateur incontournable entre Kinshasa et Kigali. Son implication traduit la volonté de l’Angola de consolider son rôle de puissance stabilisatrice en Afrique centrale. Mais les résultats concrets de cette médiation restent mitigés, tant les accusations mutuelles entre la RDC et le Rwanda continuent d’empoisonner les relations régionales.

    La présence de Faure Gnassingbé, président du Togo, est plus révélatrice encore. Désigné par l’Union africaine comme médiateur dans le conflit entre la RDC et le Rwanda, il incarne une diplomatie plus discrète, mais active. Son implication signale la volonté de l’UA de reprendre la main sur un dossier longtemps dominé par des initiatives sous-régionales parfois concurrentes. Elle témoigne aussi d’une recherche de compromis africain, face à l’échec relatif des pressions internationales.

    Cependant, cette diplomatie à plusieurs niveaux se heurte à une réalité brutale : sur le terrain, les armes continuent de parler. Les populations civiles de l’est de la RDC restent les premières victimes d’un conflit qui mêle enjeux sécuritaires, rivalités géopolitiques et intérêts économiques liés aux ressources naturelles. Les rencontres au sommet, aussi stratégiques soient-elles, peinent à produire des effets durables sans une volonté politique forte et coordonnée de l’ensemble des acteurs impliqués.

    En se rendant en Angola, Félix Tshisekedi envoie un message clair : la solution au drame de l’est congolais ne peut être que régionale et africaine. Reste à savoir si cette nouvelle séquence diplomatique saura dépasser les déclarations de principe pour se traduire, enfin, par une désescalade réelle sur le terrain. L’histoire récente invite à la prudence.

  • Est de la RDC : à Lomé, l’Union africaine parviendra-t-elle enfin à peser dans le conflit ?

    Est de la RDC : à Lomé, l’Union africaine parviendra-t-elle enfin à peser dans le conflit ?

    Le 17 janvier, le Togolais Faure Gnassingbé accueille une réunion sur la crise dans l’est de la RDC. Avec l’espoir de relancer l’Union africaine dans un dossier où elle peine à se faire entendre.

    Au sein du casting déjà pléthorique des médiateurs dans le conflit dans l’est de la RDC, l’Union africaine (UA) peut-elle vraiment prétendre jouer plus qu’un second rôle ? En charge du dossier pour le compte de l’organisation continentale depuis le retrait de l’Angolais João Lourenço en mars 2025, Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil du Togo, accueille ce 17 janvier une réunion de haut…

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  • Petite décrispation à Kinshasa

    Petite décrispation à Kinshasa

    Dans la rencontre de ce 5 juin entre Martin Fayulu et Félix Tshisekedi, certains voient une victoire politique pour le chef de l’État congolais, tandis que d’autres soupçonnent un ralliement et parlent d’opposition, de connivence. Comment se faire un avis, avec des appréciations aussi contrastées ?

    D’abord, une certitude : cette rencontre est un événement marquant de la vie politique congolaise. Mais, avant de tirer des conclusions définitives sur les motivations de l’opposant Martin Fayulu, comme sur la sincérité du président congolais Félix Tshisekedi, les Congolais devraient observer calmement l’évolution de ce nouveau climat. En mettant une multitude de guillemets bien solides au substantif « rapprochement ». 

    Le diagnostic posé par Martin Fayulu se fonde sur des réalités que vivent douloureusement, dans leur chair, des millions de Congolais. Oui, la RDC est dans une passe difficile, et même en danger ! Oui, le sang des Congolais a trop coulé. Mais, devant un tel tableau, les leaders politiques devraient-ils constater et laisser faire, en espérant voir le chef de l’État déstabilisé, disqualifié ou renversé ? Ou alors surmonter les rancœurs pour sauver l’essentiel, qui peut encore l’être ? 

    Voici venus les jours où les hommes d’État, ayant le sens du sacrifice et de l’intérêt général, se distinguent. À l’opposé des tacticiens de la politique, qui rapportent tout au profit personnel qu’ils peuvent en tirer. Au regard du contentieux historique entre lui et Félix Tshisekedi, il a probablement fallu à Martin Fayulu un certain courage, pour oser une telle initiative.

    Accusations de se positionner en candidat au poste de Premier ministre

    Est-ce pour cela que certains le soupçonnent de se positionner pour le poste de Premier ministre ? Dans ce monde, beaucoup aiment prêter aux autres leurs propres mesquineries. Le souci de l’intégrité territoriale et des victimes du M23 ne devrait pas être irrémédiablement suspect. Il est facile, pour chacun, de désigner l’autre comme opposition de connivence, de se proclamer opposition de rupture, à bonne distance de l’opposition armée. Mais, certains se positionnent à leur manière, en laissant la gangrène se propager, avec le cynique et secret espoir que la déconfiture aura raison du pouvoir qu’ils combattent et leur profiterait. 

    Comme Premier ministre, Martin Fayulu, qui sait, serait peut-être moins incompétent que d’autres. Après tout, en 2018, lorsque son nom a surgi dans la présidentielle en RDC, les échos venant de Bamako vantaient ses qualités de dirigeant, du temps où il officiait à la tête de la compagnie ExxonMobil, au Mali. La jeunesse y admirait son leadership stimulant, il l’incitait à se surpasser, accroissait la productivité de tous et de chacun, en payant mieux les salariés. Cela ne garantit évidemment rien. Mais, s’il était finalement l’exception, qui confirmerait la règle de l’incurie généralisée ?

    Félix Tshisekedi et Martin Fayulu pointent accusent Joseph Kabila

    Martin Fayulu et Félix Tshisekedi accusent ouvertement Joseph Kabila d’être derrière la rébellion du M23. Joseph Kabila avait sous-estimé Félix Tshisekedi, qu’il espérait sans doute manipuler, comme tant de politiques, plus préoccupés par leurs intérêts tortueux que par le destin de leur peuple. Et si lui-même faisait partie du problème ? Avant 1997, il était totalement inconnu des Congolais. Puis, en janvier 2001, du jour au lendemain, il s’est retrouvé aux commandes de ce grand pays, au mépris de tout cadre constitutionnel. Son grand mérite était d’être le fils de Laurent-Désiré Kabila, assassiné par une main aussi mystérieuse que les intérêts opaques des armées étrangères qui l’avaient porté au pouvoir, quatre ans plus tôt. À la faveur d’une rébellion expéditive, les Congolais ont donc eu le père pendat quatre ans, et le fils pendant 18 ans. En pure perte, comme les 32 ans de Mobutu ! 

    Et personne ne s’étonne de cette maladresse qui consiste, pour un ancien chef de cet État-là, à transiter, pour regagner sa patrie, par Kigali, capitale accusée de télécommander la rébellion du M23. Et il n’imagine pas que s’afficher avec les mêmes rebelles, à Goma sous contrôle, est une faute politique. Quel consternant désastre serait-ce, si le sursaut auquel appelle Martin Fayulu devait consister à seulement redistribuer les places autour de la mangeoire, sous les yeux ahuris d’un peuple congolais qui, depuis six décennies, résiste frénétiquement à l’avilissement !

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 7 juin 2025 sur RFI


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