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  • Quand la pluie emporte le gagne-pain : à Lomé, les inondations plongent les commerçants informels dans la précarité

    Quand la pluie emporte le gagne-pain : à Lomé, les inondations plongent les commerçants informels dans la précarité

    À Lomé, les fortes pluies qui s’abattent depuis plusieurs semaines ne se contentent pas d’inonder les rues. Elles paralysent une économie informelle dont dépendent des milliers de ménages. Derrière les images de routes submergées se cachent des histoires de vies bouleversées, de petits commerces détruits et d’espoirs engloutis. Reportage au cœur d’une capitale où chaque averse devient une menace pour ceux qui vivent au jour le jour.

    Sous les eaux, une capitale au ralenti

    À Hédzranawoé, Nukafu, Bè, Agbalépédogan ou encore Awatamé, les pluies diluviennes ont transformé les rues en véritables cours d’eau. Les eaux stagnantes envahissent les marchés improvisés, les étals disparaissent sous la boue et les clients se font rares.

    Dans cette ville où une grande partie de la population tire ses revenus du commerce informel, les inondations ne représentent pas seulement un désagrément. Elles signifient l’arrêt brutal de l’activité économique.

    À chaque nouvelle pluie, les vendeuses hésitent à sortir leurs marchandises. Certaines préfèrent rester chez elles plutôt que de risquer de tout perdre. D’autres n’ont simplement plus rien à vendre.

    Pour beaucoup, la journée commence désormais par une question angoissante : la pluie laissera-t-elle une chance de travailler ? « Je n’en peux plus » résume désormais la détresse silencieuse des commerçantes.

    Sous un hangar de fortune à Hédzranawoé, Adjo contemple les flaques qui encerclent son emplacement habituel. Son commerce de pagnes, construit au fil de plusieurs années d’efforts, tourne désormais au ralenti. La commerçante ne cache plus son découragement. « Ces pluies provoquent des inondations qui m’empêchent de faire mon petit commerce qui me permet de nourrir ma famille », confie-t-elle avant d’ajouter, la voix chargée d’émotion : « Je n’en peux plus. »

    Son témoignage résume la réalité de nombreuses femmes dont les revenus quotidiens assurent la scolarité des enfants, les soins médicaux et les dépenses alimentaires.

    Contrairement aux entreprises formelles disposant parfois d’une trésorerie ou d’assurances, les petits commerçants vivent essentiellement des recettes quotidiennes. Une journée sans vente est déjà une perte. Plusieurs semaines d’inactivité deviennent une catastrophe.

    À Nukafu, un commerce balayé par les eaux

    À quelques kilomètres de là, dans le quartier Nukafu, Amélie peine encore à réaliser ce qui lui est arrivé. Les premières pluies ont suffi à détruire tout son petit commerce. Les eaux ont emporté son installation, laissant derrière elles des marchandises irrécupérables. Aujourd’hui, elle ne travaille plus. « Je ne fais plus rien. Je reste à la maison », déplore-t-elle.

    Cette phrase, aussi simple soit-elle, traduit toute la brutalité des conséquences économiques des inondations. Rester à la maison ne signifie pas prendre du repos. Cela veut dire ne plus générer le moindre revenu.

    Comme Amélie, de nombreux vendeurs ambulants et détaillants voient leurs économies disparaître avec leurs marchandises. Beaucoup avaient contracté de petits crédits auprès de tontines ou de réseaux d’épargne communautaires. Désormais, ils doivent continuer à rembourser sans disposer de revenus.

    Une économie populaire fragilisée

    Dans la capitale togolaise, l’économie informelle constitue l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois. Des milliers de femmes vendent chaque jour des fruits, des légumes, des vêtements, des pagnes, des repas ou des produits manufacturés. Leur activité repose sur un équilibre fragile, celui d’acheter le matin, vendre dans la journée et réinvestir les bénéfices le lendemain.

    Les inondations brisent totalement ce cycle. Les marchandises périssables pourrissent. Les clients évitent les zones inondées.

    Les transports deviennent difficiles. Les fournisseurs eux-mêmes rencontrent des problèmes d’approvisionnement. À cela s’ajoutent les dépenses imprévues liées aux dégâts dans les habitations, obligeant certains ménages à utiliser leurs maigres économies pour réparer leurs maisons plutôt que pour relancer leur commerce.

    « Nous sommes condamnés à attendre que le soleil revienne »

    Madame Solim partage le même sentiment d’impuissance. Depuis plusieurs jours, elle ne se rend plus sur son lieu habituel d’activité. Les rues inondées et les pluies incessantes rendent tout déplacement compliqué. Elle résume sa situation en quelques mots: « Je suis restée à la maison parce que je ne peux plus vaquer à mes occupations économiques à cause des pluies qui plombent les activités dans la capitale togolaise. »

    Comme elle, beaucoup de travailleurs indépendants vivent désormais au rythme des prévisions météorologiques. Une pluie abondante signifie une journée sans revenus. Deux jours de pluie successifs deviennent un véritable casse-tête pour nourrir la famille.

    Les inondations, un phénomène de plus en plus préoccupant

    Ces dernières semaines, Lomé a enregistré des précipitations particulièrement importantes. Le débordement de plusieurs bassins de rétention et la montée des eaux ont provoqué des inondations dans plusieurs quartiers de la capitale, perturbant la circulation et affectant les activités économiques.

    Les spécialistes expliquent que plusieurs facteurs se conjuguent : l’intensité croissante des pluies liée au changement climatique, l’urbanisation rapide, l’imperméabilisation des sols et les difficultés d’évacuation des eaux dans certains secteurs.

    Les conséquences dépassent largement les seuls dégâts matériels. Elles touchent directement les revenus des ménages, la sécurité alimentaire, la santé publique et le pouvoir d’achat.

    La riposte du gouvernement

    Face à cette situation, les autorités togolaises ont multiplié les interventions d’urgence. Le ministre délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement, Séna Alipui, s’est rendu dans plusieurs quartiers sinistrés afin d’évaluer les dégâts et de coordonner les opérations d’urgence.

    Le gouvernement a notamment renforcé les opérations de pompage des eaux, procédé au nettoyage des caniveaux, à l’enlèvement des déchets, au suivi des bassins de rétention et mobilisé l’Agence nationale de la protection civile (ANPC) ainsi que l’Agence nationale d’assainissement et de salubrité publique (ANASAP). Le Plan ORSEC a également été activé pour renforcer la réponse face aux intempéries.

    Au-delà de l’urgence, les autorités poursuivent des investissements structurels destinés à réduire durablement les inondations. Parmi eux figurent le projet RAINE, l’utilisation du micro-tunnelier « Mawuse », la réalisation d’un troisième intercepteur des eaux pluviales et le renforcement des infrastructures de drainage dans le Grand Lomé.

    Parallèlement, le ministère de l’Action sociale a mobilisé ses services pour accompagner les populations sinistrées et renforcer l’assistance aux familles les plus affectées.

    Au-delà des infrastructures, sauver des moyens de subsistance

    Si les travaux d’assainissement sont salués, plusieurs commerçants estiment qu’ils ne suffisent pas à répondre à l’urgence économique. Pour ces travailleurs du secteur informel, chaque journée d’inactivité réduit un peu plus leurs capacités de rebond.

    Des économistes soulignent qu’une catastrophe naturelle ne détruit pas uniquement des infrastructures ; elle fragilise aussi le tissu économique local en privant des milliers de familles de leurs revenus.

    Pour beaucoup de femmes commerçantes, un appui exceptionnel sous forme de microcrédits, de subventions ciblées ou de facilités de relance permettrait de redémarrer rapidement leurs activités.

    Quand la pluie devient une question de dignité

    En fin de journée, les nuages s’accumulent de nouveau au-dessus de Lomé. Les commerçantes lèvent instinctivement les yeux vers le ciel. Pour certains habitants, la pluie est synonyme de fraîcheur. Pour Adjo, Amélie, Madame Solim et tant d’autres, elle est devenue le symbole de l’incertitude.

    Chaque averse menace un peu plus leur équilibre financier. Chaque inondation rappelle que les premiers touchés par les catastrophes climatiques sont souvent ceux qui disposent du moins de ressources pour s’en relever.

    À travers leurs témoignages, c’est toute une économie populaire qui exprime son inquiétude. Une économie discrète mais essentielle, qui nourrit quotidiennement des milliers de familles togolaises.

    À Lomé, la lutte contre les inondations ne consiste donc pas seulement à évacuer les eaux ou à construire de nouveaux ouvrages hydrauliques. Elle consiste aussi à préserver des moyens de subsistance, à protéger les plus vulnérables et à permettre à celles et ceux qui vivent de leur petit commerce de continuer à gagner dignement leur vie.

    Car derrière chaque étal fermé se cache bien plus qu’une activité interrompue : il y a une famille qui attend de pouvoir, enfin, reprendre le cours normal de son existence.

  • Golfe 4 : face à la menace de déguerpissement, les commerçants de Hanou-kopé sollicitent l’arbitrage de Faure Gnassingbé

    Golfe 4 : face à la menace de déguerpissement, les commerçants de Hanou-kopé sollicitent l’arbitrage de Faure Gnassingbé

    Les exploitants de bars, buvettes, restaurants et autres commerces installés le long du canal d’équilibre de Hanou-kopé demandent l’ouverture d’un dialogue avec les autorités afin de trouver une issue concertée au projet de déguerpissement qui les concerne.

    L’inquiétude reste vive parmi les tenanciers de bars, de buvettes, de restaurants et plusieurs commerçants installés le long du canal d’équilibre de Hanou-kopé, dans la commune du Golfe 4. Alors que des échanges auraient déjà eu lieu entre les autorités communales et l’Agence nationale d’assainissement et de salubrité publique (ANASAP), les occupants des lieux estiment que leur situation demeure sans solution.

    Réunis ce mercredi 8 juillet à Lomé au cours d’un point de presse, leurs porte-parole ont lancé un appel au Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, afin qu’il favorise, selon eux, un règlement concerté du différend qui les oppose à la municipalité.

    Selon la déclaration rendue publique à cette occasion, les commerçants affirment être confrontés à la perspective d’un déguerpissement imminent de leurs installations. Ils disent craindre les conséquences économiques et sociales d’une telle mesure sur leurs activités et sur les familles qui en dépendent.

    « Notre cri est un cri de détresse, de dignité et de justice », ont déclaré les porte-parole, précisant qu’ils ne remettent pas en cause « le domaine public » ni « l’autorité » des pouvoirs publics, mais souhaitent avant tout être entendus avant toute décision définitive.

    Dialogue et solution concertée?

    Dans leur déclaration, les occupants des lieux soutiennent qu’ils n’ont pas l’intention de s’opposer aux travaux d’intérêt public qui pourraient être engagés sur le canal d’équilibre. Ils affirment notamment que leurs installations ne feraient pas obstacle, selon eux, aux opérations de curage.

    « Nous ne bloquons pas le curage, nous entretenons les lieux », ont-ils déclaré, rejetant les accusations selon lesquelles leur présence empêcherait les travaux d’assainissement. Les commerçants assurent également contribuer régulièrement à l’entretien de leur environnement immédiat.

    Les signataires du document estiment par ailleurs que toute opération de déguerpissement devrait, selon eux, s’accompagner d’un dialogue préalable ainsi que de mesures permettant d’atténuer les conséquences sociales pour les personnes concernées.

    Ils évoquent les nombreuses familles qui dépendent de ces activités économiques pour faire face aux dépenses quotidiennes, notamment le paiement des loyers, de la scolarité des enfants ou encore des soins de santé.

    « Si vous détruisez aujourd’hui sans solution, vous créez la misère demain », déclarent-ils dans leur communiqué.

    Appel au secours

    S’adressant directement au Président du Conseil, les représentants des commerçants sollicitent son intervention afin de favoriser, selon leurs termes, « un dialogue franc et sincère » entre toutes les parties concernées.

    Tout en reconnaissant être installés sur une emprise relevant du domaine public, ils demandent qu’une solution négociée puisse être recherchée.

    « Nous sommes sur le domaine public. Nous le savons. Mais nous sommes vos concitoyens. Aidez-nous à avoir une solution concertée à notre situation », peut-on lire dans leur déclaration.

    À ce stade, les autorités de la commune du Golfe 4 n’avaient pas, dans le cadre de ce point de presse, rendu publique leur réaction aux différentes préoccupations exprimées par les commerçants. Les motivations précises des opérations envisagées n’ont pas non plus été détaillées au cours de cette rencontre avec la presse.

    Cette affaire intervient dans un contexte où plusieurs collectivités locales poursuivent des opérations d’assainissement, d’aménagement urbain ou de libération d’emprises publiques, des initiatives qui peuvent parfois susciter des inquiétudes parmi les occupants des sites concernés.

    Les commerçants de Hanou-kopé disent désormais espérer qu’une concertation permettra de concilier les impératifs d’intérêt public liés aux travaux d’aménagement et la préservation des moyens de subsistance des personnes concernées. En attendant une éventuelle évolution du dossier, ils réaffirment leur disponibilité à participer à toute discussion susceptible d’aboutir à une solution consensuelle.

  • Zoka, l’artisan des grands souliers et des grandes idées

    Zoka, l’artisan des grands souliers et des grandes idées

    À Super Taco, le nom de Zoka évoque autant l’excellence d’un artisan cordonnier que la pertinence d’un observateur averti de l’actualité sociopolitique togolaise.

    À Super Taco, à quelques mètres de la direction générale de Moov Togo, un modeste atelier est devenu au fil des années un véritable lieu de référence. Derrière son établi, André Kossi Adandjehoun, plus connu de tous sous le nom de Zoka ou encore « Monsieur le Maire », façonne bien plus que des chaussures : il cultive une réputation fondée sur l’excellence, la proximité et la sagesse.

    Quinquagénaire au parcours atypique, il fut d’abord enseignant avant de se consacrer pleinement à la cordonnerie. Depuis plus de trois décennies, il exerce ce métier avec une passion intacte et un souci du détail qui force l’admiration. Fabrication de chaussures haut de gamme sur mesure, réparation de souliers de valeur, restauration d’articles en cuir : chaque réalisation témoigne d’un savoir-faire artisanal rare, reconnu bien au-delà de son quartier.

    Mais Zoka ne se résume pas à son talent de cordonnier. Polyglotte, il s’exprime couramment en français et en anglais, entre autres, ce qui lui permet de dialoguer avec une clientèle variée. Son atelier est aussi un espace d’écoute où l’on vient chercher un conseil, un encouragement ou simplement échanger sur les réalités du quotidien. Pour de nombreux habitants de Super Taco, à Lomé, la capitale, il est un père, un grand-père, un confident et un conseiller dont la parole inspire confiance.

    À Super Taco, le nom de Zoka évoque autant l’excellence d’un artisan cordonnier que la pertinence d’un observateur averti de l’actualité sociopolitique togolaise.

    Cette aisance dans l’analyse et la communication lui vaut également une notoriété qui dépasse les limites de son atelier. Connu du grand public sous le nom de Zoka, il intervient régulièrement dans « Au jour le jour », la célèbre émission de débat et de décryptage de l’actualité sociopolitique togolaise diffusée sur les ondes de Kanal FM (93,5 FM) à Lomé. À travers ses analyses, ses observations et son regard de citoyen engagé, il contribue à offrir aux auditeurs un éclairage pertinent sur les grands événements qui rythment la vie nationale.

    Artisan accompli, observateur attentif de la société et homme de dialogue, Zoka incarne cette génération de Togolais qui ont su transformer leur métier en une véritable mission de service. Dans un monde où l’authenticité se fait rare, il rappelle qu’un artisan peut laisser une empreinte bien au-delà de son établi : dans les esprits, les cœurs et la mémoire collective.

    Son contact: (+228) 98 15 09 27

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