Il y a quelque chose de profondément incompréhensible, voire d’inacceptable, à demander aux consommateurs de payer plus cher pour des services dont la qualité ne cesse de se dégrader. Au Togo, les coupures répétées d’électricité viennent remettre sur la table une question fondamentale : jusqu’où les ménages devront-ils supporter les défaillances des services publics essentiels ?
Les coupures répétées d’électricité et les informations relatives à une nouvelle hausse des tarifs de l’eau et de l’électricité relancent le débat sur la qualité des services publics au Togo. Alors que les consommateurs subissent déjà les conséquences des perturbations de la fourniture, la perspective d’une nouvelle augmentation tarifaire soulève une question de fond : peut-on payer davantage pour un service qui peine à satisfaire les attentes des usagers ?
Les interruptions d’électricité ne sont pas sans conséquences sur les ménages et les activités économiques. Appareils endommagés, denrées alimentaires perdues, recours coûteux aux groupes électrogènes : les usagers supportent des charges supplémentaires liées aux insuffisances de la fourniture. Pour les artisans, les commerçants et les petites entreprises, les délestages se traduisent également par des pertes financières et des perturbations dans le travail.
Dans ce contexte, une nouvelle augmentation du prix du kilowattheure, si elle venait à être confirmée, ne pourrait être envisagée sans explications préalables. L’expérience de 2025, marquée par une hausse moyenne annoncée de 12,5 % des tarifs de l’électricité et une contestation ayant conduit à une suspension partielle de la mesure, illustre les limites des décisions tarifaires insuffisamment concertées. Les consommateurs ne peuvent être simplement mis devant le fait accompli.
Cela ne signifie pas pour autant que les difficultés financières de la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) et de la Société togolaise des eaux (TdE) doivent être ignorées. Ces entreprises ont besoin de ressources pour entretenir leurs installations, moderniser leurs équipements et améliorer leurs réseaux. Mais leur équilibre financier ne saurait être dissocié de la qualité des prestations. Les populations sont en droit de connaître les coûts réels de fonctionnement, les besoins d’investissement et les raisons des dysfonctionnements persistants.
Les informations évoquant d’éventuelles pressions du Fonds monétaire international (FMI) en faveur d’une révision des tarifs appellent également des éclaircissements. Le gouvernement gagnerait à faire preuve de transparence sur ses engagements auprès des partenaires financiers. La politique tarifaire des services essentiels ne peut être soustraite au débat public, particulièrement dans un contexte où le pouvoir d’achat des ménages reste éprouvé.
La proposition de la LCT d’organiser des Assises nationales de l’eau et de l’énergie mérite, à cet égard, d’être examinée. Ces rencontres pourraient permettre aux différents acteurs de dresser un diagnostic partagé et de définir les orientations d’une politique durable. Encore faudrait-il qu’elles ne se limitent pas à une succession de déclarations d’intention. Elles devraient déboucher sur des engagements précis en matière de réduction des coupures, d’amélioration de la distribution, de transparence financière et de protection des consommateurs vulnérables.
Au fond, le débat dépasse le montant des factures. Il porte sur les obligations des fournisseurs de services publics et les droits des usagers. Si les consommateurs doivent contribuer au financement des infrastructures, ils sont également en droit d’exiger une fourniture régulière et de qualité. Il appartient aux autorités de garantir cet équilibre.
Avant toute nouvelle augmentation tarifaire, un bilan public des performances des secteurs de l’eau et de l’électricité s’impose. La modernisation de ces services ne peut se mesurer uniquement aux recettes mobilisées ou aux tarifs appliqués. Elle doit surtout se traduire par une amélioration concrète des conditions d’accès à l’eau et à l’électricité. C’est à cette exigence que devra répondre toute réforme de ces secteurs.



