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  • Corruption au Togo : le CAR sonne l’alarme

    Corruption au Togo : le CAR sonne l’alarme

    Le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) tire la sonnette d’alarme face à ce qu’il qualifie de « dérive inquiétante » de la corruption et de la fraude au Togo. Dans une déclaration rendue publique le 26 mars 2026 à Lomé, le parti d’opposition dénonce une multiplication de scandales qui, selon lui, compromettent gravement l’avenir du pays.

    Au cœur de cette sortie médiatique, plusieurs affaires récentes qui alimentent l’indignation au sein de l’opinion publique. Le CAR évoque notamment des révélations portant sur des cas de corruption présumée dans certaines communes de Yoto. Selon les informations relayées par un député du parti au pouvoir, ces pratiques impliqueraient des montants estimés à plusieurs centaines de millions de francs CFA.

    Dans la même veine, une autre affaire signalée dans une commune de l’Ogou suscite de vives inquiétudes. L’équipe municipale sortante y aurait, d’après les accusations, emporté des biens meubles appartenant à la collectivité. Pour le CAR, ces faits traduisent une gestion opaque et irresponsable des ressources publiques au niveau local.

    Mais c’est surtout une révélation médiatique qui a récemment fait grand bruit dans le pays. Le directeur du journal L’Alternative a affirmé, preuves à l’appui, que certains agents de l’État opérant dans une régie financière seraient impliqués dans des pratiques de corruption à grande échelle. Ces derniers seraient capables de déposer chaque mois des sommes colossales sur leurs comptes bancaires personnels, alors même qu’ils sont chargés de collecter les fonds publics. Une situation jugée « inacceptable » par le CAR, qui y voit un grave abus de confiance.

    Autre point d’achoppement : la collecte de taxes sur les camions transportant du sable et du gravier. Le CAR s’interroge sur le rôle du ministère des Mines dans cette opération. Le parti affirme ne pas comprendre pourquoi ce département ministériel, qui ne disposerait pas de territoire spécifique sous sa responsabilité directe, percevrait des recettes estimées à plusieurs centaines de millions de francs CFA par mois. Il réclame des éclaircissements urgents sur la destination de ces fonds.

    Face à cette accumulation de soupçons, le CAR appelle à une réaction immédiate de la justice. Le parti demande au procureur de la République de s’autosaisir afin d’ouvrir des enquêtes approfondies sur les différents dossiers évoqués. Il insiste notamment sur la nécessité de faire toute la lumière sur les pratiques au sein de la régie financière mise en cause, et d’en publier rapidement les conclusions.

    Le CAR réclame également un audit complet de la gestion financière des 117 communes du pays sur la période 2019-2025, ainsi que des sanctions exemplaires contre tout auteur de détournement de deniers publics. Enfin, il exige une enquête spécifique sur la collecte des taxes liées aux matériaux de construction, afin d’identifier les responsabilités et de récupérer les fonds détournés.

    Au-delà des dénonciations, le parti propose une solution qu’il juge durable : la cogestion des ressources publiques. Selon lui, une implication accrue des différentes tendances politiques dans la gestion de l’État permettrait de renforcer la transparence et de limiter les abus.

    Dans un contexte marqué par une défiance croissante envers les institutions, cette déclaration du CAR relance le débat sur la gouvernance et la lutte contre la corruption au Togo.

  • Bolloré face à la justice

    Bolloré face à la justice

    Le feuilleton judiciaire autour de Vincent Bolloré connaît un tournant décisif. L’homme d’affaires français a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour « corruption d’agent public étranger » dans un dossier impliquant notamment le Togo. Une audience est attendue en décembre prochain, sauf rebondissement de procédure.

    Au cœur de cette affaire, des soupçons remontant à 2010. La justice française, à travers le Parquet national financier, estime que le groupe Groupe Bolloré aurait, via sa filiale de communication Havas, fourni des prestations à coût réduit pour soutenir les campagnes présidentielles de Faure Gnassingbé et de Alpha Condé. En contrepartie, le groupe aurait obtenu ou consolidé des concessions stratégiques dans la gestion de ports en Afrique de l’Ouest.

    Des faits anciens mais sensibles

    Les faits reprochés remontent à plus de quinze ans, mais leur portée reste hautement sensible. Le Togo et la Guinée représentent des zones clés pour les activités portuaires du groupe Bolloré, notamment dans la logistique et le transport maritime. Les ports de Lomé et de Conakry constituent en effet des hubs stratégiques pour les échanges commerciaux dans la région.

    Selon les juges d’instruction, ces arrangements supposés pourraient relever d’un système d’influence mêlant communication politique et intérêts économiques. Une pratique strictement encadrée, voire interdite, par le droit français lorsqu’elle implique des agents publics étrangers.

    Une défense ferme

    Face à ces accusations, la défense de Vincent Bolloré conteste vigoureusement toute irrégularité. Ses avocats soutiennent que les opérations évoquées s’inscrivaient dans un cadre commercial classique entre entreprises partenaires. Ils affirment également que leur client n’avait pas connaissance des modalités précises de certaines prestations réalisées par Havas.

    Deux autres figures du groupe sont également concernées par le renvoi : Gilles Alix, ancien directeur général, et Jean-Philippe Dorent, ex-responsable international chez Havas. Tous deux devront répondre, à des degrés divers, d’accusations liées à la corruption ou à la complicité d’abus de confiance.

    Enjeux politiques et économiques

    Au-delà du cas personnel de Vincent Bolloré, ce procès s’annonce comme un moment clé dans la lutte contre la corruption internationale. Il met en lumière les relations parfois complexes entre grandes entreprises occidentales et pouvoirs politiques africains.

    Pour le Togo, cité dans cette affaire, l’enjeu est aussi celui de l’image et de la gouvernance. Bien que les faits soient anciens, leur résonance actuelle intervient dans un contexte où la transparence et la bonne gouvernance sont de plus en plus scrutées, tant au niveau national qu’international.

    Une audience très attendue

    Si la tenue du procès est confirmée pour décembre, il pourrait durer plusieurs jours, voire semaines, au regard de la complexité du dossier. Ce rendez-vous judiciaire permettra de clarifier les responsabilités et, potentiellement, de faire la lumière sur des pratiques longtemps restées dans l’ombre.

    En attendant, cette affaire rappelle que les interactions entre politique et affaires, surtout à l’international, demeurent un terrain sensible où la justice entend désormais exercer un contrôle renforcé.

  • En RDC, un tribunal pour traquer les prédateurs de l’État

    En RDC, un tribunal pour traquer les prédateurs de l’État

    Le président congolais Félix Tshisekedi a signé ce week-end une ordonnance créant un tribunal pénal économique et financier. Cette nouvelle juridiction aura pour mission de juger les affaires liées à la corruption, aux détournements de fonds publics et au blanchiment de capitaux. Un parquet spécialisé y sera également rattaché afin de renforcer l’efficacité des poursuites.

    La réforme part d’un constat préoccupant : de nombreux dossiers transmis aux parquets par les services de contrôle ou de renseignement restaient sans suite, faute d’expertise suffisante au sein de la magistrature sur les questions financières complexes. En créant une juridiction spécialisée, les autorités congolaises entendent donc doter la justice d’un instrument plus adapté pour combattre les crimes économiques qui minent l’État.

    Une initiative qui répond à une réalité préoccupante

    Dans un pays comme la République démocratique du Congo, la création d’un tribunal pénal économique et financier peut apparaître comme une nécessité. Depuis des décennies, la corruption et les détournements de fonds publics figurent parmi les maux qui freinent le développement du pays. Les scandales financiers impliquant des responsables publics se succèdent, alimentant une profonde défiance de la population envers les institutions.

    Les rapports d’organisations nationales et internationales dénoncent régulièrement l’ampleur des pertes financières liées à la mauvaise gestion ou aux détournements de ressources publiques. Dans ces conditions, renforcer les capacités de la justice pour traquer les auteurs de crimes économiques apparaît comme une démarche légitime.

    Un tribunal spécialisé pourrait en effet permettre d’accélérer le traitement des dossiers, de mobiliser des magistrats formés aux questions financières et de réduire l’impunité dont bénéficient souvent les auteurs de détournements. S’il fonctionne de manière indépendante et transparente, cet outil judiciaire pourrait contribuer à restaurer la confiance des citoyens et envoyer un signal fort aux gestionnaires des fonds publics.

    L’enjeu crucial de l’indépendance judiciaire

    Mais si l’initiative peut être saluée sur le principe, son efficacité dépendra largement de la manière dont cette juridiction sera utilisée. Dans plusieurs pays africains, les dispositifs de lutte contre la corruption ont parfois été accusés d’être instrumentalisés à des fins politiques.

    L’exemple le plus souvent cité reste celui de l’Opération Épervier lancée au Cameroun sous la présidence de Paul Biya. Officiellement destinée à combattre la corruption au sein de l’État, cette campagne judiciaire a conduit à l’arrestation de plusieurs hauts responsables. Toutefois, de nombreux observateurs ont estimé que cette opération avait parfois servi à écarter ou intimider des personnalités perçues comme de potentiels rivaux politiques.

    Ce précédent alimente aujourd’hui les interrogations sur les mécanismes de lutte contre la corruption dans les régimes où la justice peine encore à affirmer pleinement son indépendance. Si le nouveau tribunal congolais devait être utilisé pour régler des comptes politiques ou neutraliser des adversaires, il risquerait de perdre toute crédibilité.

    Entre espoir et vigilance

    La création du tribunal pénal économique et financier ouvre donc une nouvelle étape dans la lutte contre la corruption en RDC. Sur le papier, l’initiative constitue une avancée importante dans un pays où les crimes économiques ont longtemps prospéré dans un climat d’impunité.

    Mais pour que cette réforme produise les effets attendus, plusieurs conditions devront être réunies : une véritable indépendance des magistrats, des procédures transparentes et une application équitable de la loi, quel que soit le statut des personnes poursuivies.

    Car la lutte contre la corruption ne peut être efficace que si elle est perçue comme juste et impartiale. Si ce tribunal devient un outil pour traquer les véritables prévaricateurs et protéger les ressources publiques, il pourrait marquer un tournant dans la gouvernance congolaise. Mais s’il se transforme en arme politique, il risque au contraire d’affaiblir davantage la confiance déjà fragile entre l’État et les citoyens.

Radio Renouveau228

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