Étiquette : Ayayi Togoata Apédo-Amah

  • En chair et en ville de Anas Atakora, Caraquet, les éditions de la francophonie, 2025.

    En chair et en ville de Anas Atakora, Caraquet, les éditions de la francophonie, 2025.

    L’actualité douloureuse n’échappe pas à la plume de Anas Atakora dans “Une mouche au Fréau Jardin”, lorsqu’il aborde le massacre de Fréau Jardin le 25 janvier 1993 à Lomé.

    Anas Atakora fait partie de la jeune génération de poètes qui ont redessiné le visage de la poésie togolaise. En témoigne amplement son recueil de poèmes En chair et en ville. Ces poèmes nous livrent la sensibilité du poète à travers des villes personnifiées qu’il met en relation avec lui-même ou des personnages qui lui sont chers.

    D’entrée de jeu, le titre interpelle le lecteur par son originalité, car l’expression connue est en chair et en os. Lorsque le mot ville est substitué à os, il est clair que la ville, telle que évoquée dans le recueil, est assimilable au corps. L’amour et les souvenirs nous livrent des vers qui font du corps une matière charnelle qui excite le sens tactile, puisque l’amour dont il est question est, au-delà des poussées de nostalgie, physique. La chair et son besoin de sensualité ravivent les bons souvenirs. L’amour omniprésent porte des identités de femmes et de villes qui se confondent souvent. Dans le poème “Angélique en trois villes”, sont évoquées en même temps que le personnage Angélique, des villes: Lomé, Halifax au Canada et quelque part en Louisiane aux États-Unis d’Amérique. “J’ai caressé des villes sur la peau d’Angélique/Douceurs océaniques/Dans les mains nomades du rêveur” (p. 17.) ” Angélique/Est un morceau de la Louisiane/Qui bouge sur un air d’Acadie [•••] Toutes les beautés mènent à sa hanche”(p.18). Dans le poème “Dalia fait face à l’aurore”, l’auteur nous dit que: “Le ciel dans ses yeux est volcanique” (p.24), en usant d’une métaphore sexuelle.

    Ailleurs, “Si vous passez par La Paz”, la capitale de la Bolivie, Anas Atakora rend  hommage au poète Apollinaire et au peuple Aymara. Il y souligne la ressemblance entre l’Amérique et l’Afrique :”Qu’importe/Si La Paz dit l’Amérique ou l’Afrique/Le désir est braisé par la même poussière/Les mêmes flammes/Sorties d’une bouche antique ” (p. 50.). Dans “Des villes intérieures” Atakora suggère au lecteur à quel point les villes sont intériorisées dans son corps et son imaginaire. “Tendre amour tu disais/ Mon corps est ta ferme/ Tu y manges bien [•••] Mon sperme a un goût de légumes” (p.58.). De fil en aiguille, le poète se rappelle son défunt père : “Et je vois mon père/Égrener son dernier chapelet/Mon père/Un morceau de linceul/Déposé dans la poussière/Devant une foule de personnes/Alignées en prière musulmane [•••] Et je touche ce corps/Père/Voici la dernière jetée de cauris/Qui me lira ton silence” (p. 54-55).

    “Lettres aux gens d’amour et de rêves” est l’occasion de rendre hommage aux êtres chers et aux poètes admirés : Maïakovski, Mahmoud Darwich, Jean-Jacques Dabla et Paul Valéry.

    L’actualité douloureuse n’échappe pas à la plume de Anas Atakora dans “Une mouche au Fréau Jardin”, lorsqu’il aborde le massacre de Fréau Jardin le 25 janvier 1993 à Lomé. Il s’agit de manifestants pacifiques couchés par les balles meurtrières d’une soldatesque ennemie de la démocratie et de la liberté. La mouche est ici l’image des tueurs et de la mort. “Je vis de morts qu’on sème/Avec du gazon et des arbres/Le fumier est de feu/Et de visages déchiquetés [•••] Je flâne/Dans le vide cri/L’espace flagrant/Où la mère a reçu un bouquet de grenades” (p. 34-35).

    L’ensemble des vers de “Portapique”, une ville canadienne, est dédié aux vingt-deux victimes d’une fusillade. “Portapique [•••] En ce printemps de la mort/Voici nos pétales pour panser/Ta douleur ” (p. 10).

    Les différents lieux visités par le poète nous montrent qu’il est très attaché aux voyages. Il en fait des lieux de souvenirs où il a laissé une partie de lui-même. L’amour et la mort se côtoient en donnant à ce recueil des senteurs de bonheurs et de malheurs à travers des vers dont la poéticité prennent aux tripes.

    Anas Atakora arrive avec sa plume à sublimer des choses simples ou prosaïques en leur donnant un cachet poétique. Le lire est un plaisir que je tiens à partager.

    Ayayi Togoata Apédo-Amah

  • Togo-L’émouvant adieu d’Ayayi Togoata Apédo-Amah à Sélom Gbanou

    Togo-L’émouvant adieu d’Ayayi Togoata Apédo-Amah à Sélom Gbanou

    Journaliste, intellectuel, universitaire, combattant de la liberté, le Togolais Selom Komlan Gbanou n’est plus. L’activiste Ayayi Togoata Apédo-Amah qui le connait bien lui rend hommage à travers ce posting consultable sur sa page Facebook.

    “SELOM KOMLAN GBANOU EST DEVENU UNE ÉTOILE AU FIRMAMENT

    Depuis quelques années, notre très cher ami de toujours Sélom Komlan Gbanou souffrait d’une grave maladie handicapante au Canada où il vivait et travaillait comme professeur d’université.

    Il est décédé le 16 juillet 2024.

    Sélom est né en 1964. Il a débuté ses études universitaires à l’Université du Bénin de Lomé, au département de Lettres Modernes. Il les a poursuivis à Bayreuth en Allemagne.

    Sélom était l’un de mes anciens étudiants et un ami qui fit partie du fameux groupe des tractographes dramaturges autour de la revue Propos Scientifiques créée et animée par l’universitaire Huenumadji Afan et moi. Plus qu’un simple universitaire, il fut un brillant intellectuel toujours curieux et prolixe. À Bayreuth, il avait fondé avec un ami la revue “Palabres” où les plumes de tous les horizons déposaient leurs réflexions scientifiques et intellectuelles.

    Sélom était un écrivain qui prenait son temps dans l’exercice artistique délicat de la littérature. Il était dramaturge, metteur en scène, nouvelliste et surtout poète. C’est à travers la poésie qu’il a excellé avec des oeuvres comme “Amour battant”(Awoudy, 2016) et “Enfantissages” (Awoudy, 2014). Son oeuvre poétique est l’une des plus aboutie de la poésie togolaise. Il donnait souvent des coups de main à des écrivains débutants qui cherchaient leur voie sur les chemins de l’écriture.

    Sélom fut un pionnier du journalisme vrai au Togo après le monopole détestable de la parole unique sous la dictature du parti unique. Avec un groupe d’amis, ils avaient

    créé le journal satirique “Kpakpa Désenchanté”. Il s’était agi d’un journalisme militant qui a accompagné la lutte du peuple togolais pour la liberté et la démocratie malgré les terribles menaces et les dangers de ce genre d’exercice dans une dictature militaire. Quand prit fin l’aventure de “Kpakpa Désenchanté”, il lui arrivait de prêter sa plume au journal “La Tribune des Démocrates” que je dirigeais à l’époque, dans les années de braise 1990. Fervent partisan de la liberté, il était un vrai combattant désintéressé, loin des calculs opportunistes et carriéristes.

    Lors de ses retours au pays, il ne négligeait jamais son terroir natal de Tchekpo dans le Yoto pour s’y ressourcer. Touche à tout, il avait fait des expositions de peinture et de photographie. Mais son terrain artistique de prédilection était les lettres en tant que créateur, critique et essayiste.

    Lorsque je fus informé par son grand ami Martin Gbénouga, trois jours plus tôt, que les médecins avaient débranché toute le tuyauterie qui le maintenaient encore en vie, je reçus un uppercut émotionnel. Les mots étaient absents comme disparus. Évanouis. Attendre l’inéluctable. Attente angoissante et douloureuse. Expression de l’impuissance de l’être humain incapable de donner un filet de souffle à un être cher aspiré par le néant. Malgré la cruauté de Koudjesu-la-Mort, Sélom ne sera pas néantisé. Ses oeuvres intellectuelles et artistiques lui survivront.

    Avec ce décès qui nous appauvrit d’une amitié chaude et complice, nous les amis de Sélom, je constate que le petit cercle des amitiés militantes et artistiques que nous avons dressé comme deux mains ouvertes vers l’être humain en signe d’amour depuis les années 1985-1990, est en train de subir l’érosion insidueuse du temps qui passe. Noël Tingayama Mawo, Camille Amouro, Sélom Komlan Gbanou nous ont adieusés, mais ils demeurent vivants en nous, gravés dans nos coeurs endeuillés au fer rouge de l’amour.

    Sélom, le combattant infatigable de la liberté, tu as chevauché une comète pour rejoindre les étoiles. Essuyons nos larmes”.

    Salut, l’Artiste !

    Ayayi Togoata APÉDO-AMAH

  • « Qu’est-ce qu’un écrivain », le nouveau livre de Togoata Apédo-Amah

    « Qu’est-ce qu’un écrivain », le nouveau livre de Togoata Apédo-Amah

    Dans son nouvel ouvrage, l’universitaire Ayayi Togoata Apédo-Amah tente d’expliquer ce qu’est un écrivain. Ecrire reste un art et il n’est pas donné à n’importe qui d’être auteur reconnu, peut-on résumer.

    QU’EST-CE QU’UN ÉCRIVAIN          ?

    “Qu’est-ce qu’un écrivain ? La question apparemment simple, ne va pas de soi, loin de là. L’écrivain est la pièce essentielle de la chaîne du livre. Son travail de création et de réflexion achevé passe par l’éditeur, les évaluateurs de manuscrits, l’imprimeur, le libraire, le distributeur, le lecteur, le critique littéraire. Si la chaîne qui fait exister l’écrivain est longue, l’exercice qui consiste à définir l’écrivain est complexe entre la production de son œuvre dans les règles de l’art, sa réception par le lecteur et le critique, l’interprétation basée sur l’imaginaire collectif et individuel, le statut du matériau qui est la langue avec ses normes et ses écarts, la figure d’autorité qu’il représente entre la réalité et le mythe “.

    Dans cet ouvrage, le chercheur a mené des réflexions sur l’écrivain et son art, sur une période de 1985 à 2023, ayant à l’esprit que l’art et les formes sociales évoluent, il se soucie d’établir le lien entre l’artiste et l’art et leur environnement dont ils sont les produits. Ce livre est aussi un parcours historique de la littérature africaine et du champ littéraire togolais. Il y est abordé les questions de la critique, des options idéologiques et esthétiques, la politique de la langue, l’avènement des maisons d’éditions qui ont bouleversé le paysage éditorial, le mythe de l’écrivain et de l’occident comme synonyme de qualité littéraire, etc.

    “Le phénomène littéraire est une pratique dynamique dont l’évolution dans le temps exige constamment le renouvellement de la lecture critique” conclut-il dans son introduction.

    Source : page facebook Littérature togolaise

Radio Renouveau228

Ceci fermera dans 0 secondes