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  • Lomé au cœur des décisions pour sauver la pêche artisanale en Afrique de l’Ouest

    Lomé au cœur des décisions pour sauver la pêche artisanale en Afrique de l’Ouest

    Des experts, décideurs et acteurs du secteur halieutique se réunissent à Lomé pour repenser l’avenir de la pêche artisanale dans l’Atlantique Centre-Est.

    Du 22 au 26 juin 2026, Lomé accueille la huitième réunion du Groupe de travail sur la pêche artisanale du Comité des pêches pour l’Atlantique Centre-Est (COPACE) de la FAO. Cet important rendez-vous régional rassemble des représentants gouvernementaux, des experts scientifiques et des partenaires techniques venus réfléchir aux solutions pour assurer la durabilité de la pêche artisanale, un secteur vital pour des millions de personnes en Afrique de l’Ouest.

    Organisée par le ministère togolais de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire, avec l’appui du secrétariat du COPACE de la FAO et du programme WASOP financé par l’Union européenne, cette rencontre se veut un cadre stratégique de concertation autour des défis qui fragilisent les communautés de pêcheurs.

    Considérée comme la principale plateforme régionale d’échanges de connaissances sur la pêche à petite échelle, cette huitième réunion s’inscrit dans la continuité des travaux menés à Dakar en 2023. Elle ambitionne de renforcer la coopération entre les États membres et de consolider les politiques de gestion durable des ressources halieutiques.

    Pendant cinq jours, les participants examineront le plan de travail 2026-2028 et les amendements proposés au mandat du Groupe de travail. Ils se pencheront également sur la caractérisation des pêcheries artisanales de la région, l’amélioration des systèmes de collecte des données et l’évaluation des sites de débarquement.

    Les discussions porteront aussi sur des problématiques émergentes comme l’industrie des aliments pour animaux à base de poisson, qui suscite de plus en plus d’interrogations quant à son impact sur la disponibilité des ressources destinées à la consommation humaine.

    La question de la sardinelle partagée, espèce emblématique et fortement exploitée dans la sous-région, sera également au centre des débats à travers une collaboration renforcée avec le projet EAF-Nansen afin d’élaborer un cadre régional de gestion.

    Au-delà des aspects techniques, la rencontre accordera une place importante aux enjeux sociaux et environnementaux. La cogestion des ressources, les migrations humaines liées aux activités de pêche, l’égalité des sexes et la revitalisation de la Plateforme des acteurs non étatiques de la pêche et de l’aquaculture en Afrique de l’Ouest (PANEPAO) figurent parmi les thèmes transversaux retenus.

    Face aux effets du changement climatique, à la surexploitation des ressources marines et à la fragilité économique des communautés côtières, les participants sont appelés à formuler des recommandations concrètes pour bâtir un modèle de pêche artisanale plus résilient et plus durable.

    En accueillant cette rencontre régionale, le Togo confirme sa volonté de s’imposer comme un acteur majeur de la gouvernance des ressources marines en Afrique de l’Ouest et de contribuer à la souveraineté alimentaire des populations de la sous-région.

  • Afrique de l’ouest : la faim, une bataille sans fin ?

    Afrique de l’ouest : la faim, une bataille sans fin ?

    En cette Journée mondiale contre la faim du 15 juin, l’Afrique de l’Ouest est confrontée à une question essentielle : malgré ses immenses ressources agricoles, pourquoi peine-t-elle encore à nourrir sa population ?

    Chaque année, le 15 juin rappelle au monde une évidence douloureuse : des millions de personnes continuent de souffrir de la faim alors que la planète produit suffisamment de nourriture pour tous. En Afrique de l’ouest, ce paradoxe est particulièrement frappant. Région fertile, riche en terres arables, en ressources halieutiques et en main-d’œuvre agricole, elle demeure pourtant l’un des principaux foyers mondiaux de l’insécurité alimentaire.

    Le constat est alarmant. Selon les dernières estimations de la FAO, près de 52,8 millions de personnes pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë pendant la période de soudure, entre juin et août 2026, si des mesures urgentes ne sont pas prises.

    Le Nigéria, le Mali, le Niger, le Tchad, le Ghana et la Guinée figurent parmi les pays les plus touchés. Plusieurs facteurs se combinent et se renforcent mutuellement : les conflits armés, les attaques djihadistes, les déplacements massifs de populations, les inondations, les sécheresses répétées, la flambée des prix des denrées alimentaires et la baisse des financements internationaux.

    Pourtant, le problème n’est pas seulement celui de la production agricole. L’Afrique de l’Ouest produit chaque année des dizaines de millions de tonnes de céréales, mais elle souffre d’un déficit d’organisation, de transformation et de conservation des produits agricoles. Les pertes post-récolte, le manque d’infrastructures de stockage, la dépendance aux importations et la faiblesse des chaînes de distribution aggravent la vulnérabilité des populations rurales et urbaines.

    Alors, cette partie du continent peut-elle un jour éradiquer la faim ?

    La réponse est oui, mais à plusieurs conditions. Les gouvernements devront investir davantage dans l’agriculture familiale, accélérer la mécanisation, sécuriser les zones rurales, développer les industries de transformation alimentaire et favoriser la consommation des produits locaux. La souveraineté alimentaire ne pourra être atteinte sans une volonté politique forte et durable.

    L’objectif mondial de « Faim zéro » fixé pour 2030 paraît désormais hors de portée. Mais cela ne signifie pas que la bataille est perdue. L’Afrique de l’Ouest possède les terres, les compétences et la jeunesse nécessaires pour inverser la tendance.

    La véritable question n’est donc plus de savoir si elle en est capable, mais si ses dirigeants sauront enfin transformer cet immense potentiel en une sécurité alimentaire durable. Car, au XXIe siècle, mourir de faim dans une région aussi riche constitue sans doute le plus grand des échecs collectifs.

  • Pourquoi le cinquantenaire de la CEDEAO à Lomé a été annulé

    Pourquoi le cinquantenaire de la CEDEAO à Lomé a été annulé

    Le très attendu sommet marquant les 50 ans de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), initialement prévu à Lomé en 2026, ne se tiendra finalement pas dans la capitale togolaise. L’annonce a été confirmée par plusieurs sources spécialisées ce vendredi, mettant fin à des mois de spéculations diplomatiques et de tensions sous-régionales.

    La célébration du cinquantenaire de la CEDEAO devait être un moment historique pour l’organisation régionale, créée en 1975 pour renforcer l’intégration économique, politique et sociale des États membres. Mais loin d’être une fête unitaire, ce jubilé est devenu le reflet des fractures profondes qui traversent aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest.

    Le report puis l’annulation de Lomé sont directement liés à un contexte politique tendu, tant à l’intérieur du Togo que dans l’espace CEDEAO au sens large.

    Au Togo même, les derniers mois ont été marqués par une forte contestation sociopolitique. Des mouvements de jeunesse et des collectifs citoyens — notamment le Mouvement du 6 juin (M66) — ont organisé des manifestations massives contre des réformes constitutionnelles et des restrictions politiques. Ces mobilisations ont parfois dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, créant un climat d’instabilité difficile à ignorer pour une organisation qui appelle à la paix et à l’unité régionale.

    Dans ce contexte sensible, organiser un sommet diplomatique de grande envergure dans la capitale togolaise aurait été perçu par certains comme un risque d’instrumentalisation politique plutôt qu’un moment de convergence régionale.

    Au-delà du Togo, la CEDEAO traverse une crise existentielle majeure : trois de ses anciens membres — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — ont quitté l’organisation début 2025 pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), changeant radicalement l’équilibre politique de la sous-région.

    Ce départ a ravivé un débat sur l’avenir même de l’organisation : certains États membres doutent de la capacité de la CEDEAO à répondre efficacement aux défis de sécurité, tandis que d’autres dénoncent l’influence de puissances étrangères ou l’absence d’une vision stratégique partagée.

    Ces divisions internes ont rendu l’organisation d’un sommet de célébration encore plus complexe, car il conviendrait d’adresser les divergences politiques au lieu de simplement marquer une date symbolique.

    L’annulation du sommet à Lomé est peut-être plus que le simple report d’un événement protocolaire. Elle symbolise une CEDEAO à la croisée des chemins, tiraillée entre son héritage institutionnel et les réalités géopolitiques actuelles.

    Les critiques internes et externes soulignent que l’organisation doit d’abord relever les défis structurels — de sécurité, de cohésion et de légitimité démocratique — avant d’envisager de grandes célébrations. Dans un climat marqué par des tensions politiques, des fractures institutionnelles et l’émergence d’entités rivales comme l’AES, la commémoration d’un demi-siècle d’existence a perdu de sa substance festive.

  • En attendant le bonheur des partis uniques…

    En attendant le bonheur des partis uniques…

    Après la généralisation, dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, des détentions arbitraires, des procès expéditifs, des coups d’État et de leur cortège de kakistocratie, il n’est pas exclu que, bientôt, certains réclament le retour au monopartisme.

    Au Gabon, le général Brice Oligui Nguema se déclare candidat à la présidentielle du mois prochain, au grand dam de ses potentiels adversaires et d’une partie de l’opinion qui pensait qu’au terme de la transition engagée depuis le coup d’État d’août 2023, il rendrait, comme il l’avait promis, le pouvoir aux civils. Que dit cette candidature de l’engagement des militaires en politique en Afrique ?

    S’il subsistait, dans l’opinion, une quelconque illusion sur l’aptitude des militaires africains à tenir parole, celle-ci s’est envolée avec cette déclaration de candidature. Ces cinq dernières années, il était, sur le continent, le dernier à s’être emparé du pouvoir par un coup d’État. Il semblait plus cohérent, se distinguant même, en étant le premier à revenir, aussi vite, à l’ordre constitutionnel. Sauf qu’en choisissant de se porter candidat à une élection qu’il peut difficilement perdre, il a décidé de garder le pouvoir. Il conforte l’impression, plutôt désagréable, que les militaires putschistes sont davantage motivés par la soif du pouvoir que par une quelconque volonté de rétablir l’état de droit et la démocratie. L’on est loin des gestes majestueux des militaires justiciers, dont quelques-uns sont entrés dans l’Histoire comme semeurs de démocratie et de développement. Certes, à Libreville, beaucoup encensent le général. Mais, il n’empêche. Son seul fait de gloire, pour le moment, est d’avoir renversé l’impopulaire Ali Bongo.

    Ne pensez-vous pas que ceux qui chantent les louanges du général Oligui Nguema sont convaincus qu’il est le seul à avoir l’envergure pour relever le pays ?

    Ils ne se sont manifestement pas donnés beaucoup de peine à chercher. Il est intriguant de voir des politiciens connus naguère pour leur virulence à l’égard du pouvoir des Bongo, se muer subitement en laudateurs obséquieux du général Brice Oligui Nguema, issu du même système. Comme s’ils le remerciaient pour la place qu’il leur a conférée dans le système nouveau. Et que, pour chacun d’eux, sa candidature était juste vitale. Après tout, ils ne peuvent espérer conserver leur rang et leurs privilèges au bord de la mangeoire que si le général est confirmé dans ses fonctions actuelles. Mais il n’y a pas qu’au Gabon que l’on admire aussi facilement un militaire, pour juste avoir déposé un chef d’État. La servilité de la plupart des laudateurs est d’autant plus déconcertante qu’elle n’est nullement désintéressée…

    La virulence des détracteurs l’est-elle davantage ?

    Non, évidemment pas ! Et le plus désespérant, au Gabon comme dans de trop nombreux pays africains, est que, entre les champions de la complaisance cupide et les détracteurs stériles, il n’y a pratiquement pas d’espace pour des voix qui soient dans la mesure, avec ce qu’il faut de crédibilité, pour indiquer le cap de l’intérêt général, avec quelque chance d’être écoutées. Pendant que les profiteurs d’hier ruminent à l’écart leur rancœur, les profiteurs d’aujourd’hui embouchent leur trompette de griots, en attendant qu’un jour les rôles s’inversent. Ou que s’opèrent des ralliements, ou des défections, au nom de la transhumance si répandue dans certaines contrées.

    À l’indépendance du Ghana, le Dr Kwame Nkrumah se réjouissait de ce que l’Afrique avait conquis le droit de commettre ses propres erreurs. Certains semblent l’avoir pris au mot, au-delà de la caricature. Mais, en oubliant d’en assumer les conséquences. En oubliant de s’améliorer à partir des expériences malheureuses. Comme s’ils avaient délibérément fait le pari du recul permanent, certains peuples s’évertuent à répéter sans cesse les mêmes erreurs. C’est ainsi que l’on glisse subrepticement vers ce que l’on appelle la kakistocratie. Et, à ce rythme, il ne faut pas s’étonner, demain, dans la continuité de la mode des coups d’État, que l’on vienne convaincre les Africains de l’utilité, sinon du bonheur des partis uniques.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 8 mars 2025 sur RFI

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